DES RÉCIDIVES
Après ampulalion delà mamelle, le chirurgien et sa malade devront surveiller de très près la région opératoire, afin de déceler, dès son apparition, la présence d une récidive. Nous savons que, malgré les sacrifices les plus étendus, le carcinome reparaît, repullule sur place dans l'immense majorité des cas. La cause de la récidive est assurément une ablation incomplète des tissus envahis ou peut-être une grelTe cancéreuse.
Faut-il attacher une grande importance à cette dernière? Elle est certainement possible, mais nous la croyons rare. Sabatier recommande, pour l'éviter, de ne pas morceler la tumeur; le conseil est sage, mais peut-être inutile, la glande élant toujours largement enlevée avec la tumeur qu'elle contient. Donitz change tout instrument qui a
CANCER DU sr;m
touché ù ]a néoplasie et, par celte simple préeau lion, n'aurait plus de récidive dans la cicatrice. Ce résultat est brillant, mais pourrait bien être le fait d'une de ces séries qu'on observe si fréquemment en chirurgie.
Malgré les plus grandes précautions, le chirurgien verra survenir la récidive, qui peut apparaître d'ailleurs à une époque variable. Rieffel a fait le relevé de 687 cas à ce point de vue et trouvé les résultats suivants :
Récidive dans la J" quinzaiue 35 fois ou b,09 pour 100.
— dans le le'- mois 91 — 13,24
— après la fin du 1«'' mois. . 561 — 67 —
Pour Winiwarler, c'est dans les premières semaines que se font les deux tiers des récidives. Fink pense que la moitié paraissent dans les quatre premiers mois et Hildebrand dans les six premiers. D'un relevé portant sur 478 observations, Gross conclut que la récidive se montre :
Dans les 3 premiers mois dans 4i,14 pour 100 des cas.
Après 12 mois dans 15,5 — —
Après 3 ans dans 2,32 — —
Ces statistiques ne sont pas d'un grand intérêt et ne peuvent être d'aucune ulihté pratique. 11 suffit de savoir que trois éléments principaux
DES RECIDIVES
influent sur l'apparition de la récidive : T l'âge de la malade ; 2" la variété bistologiqiie du carcinome ; 3" l'étendue des lésions. Comme le disait encore récemment Daniel iMollière au congrès de chirurgie (t888), la gravité du cancer et la rapidité des récidives sont en raison inverse de l'âge des malades. L'examen bistologique de la tumeur donnera encore un excellent élément de pronostic; l'encéphaloïde, par exemple, paraît récidiver plus facilement et plus vite que le squirrhe. Enfin, l'étendue des lésions, comme bien on pense, doit tenir une large place dans la portée du pronostic; l'adbérence au grand pectoral, l'adénopatbie axillaire, a fortiori sus-claviculaire, feront redouter une récidive rapide.
La récidive se montre sous des aspects un peu différents, suivant qu'elle survient dans la plaie même ou qu'elle se développe après cicatrisation complète. Dans l'un et l'autre cas, elle I offre ce caractère particulier d'être ordinairement I multiple, alors que la tumeur primitive est presique toujours unique.
Quand elle paraît dans la plaie, on remarque lune ou plusieurs petites plaques, parfois végétantes, de couleur grisâtre, indurées ou molasses, Itranchant toujours sur le ton rosé des bourgeons
CANCEK DU SEIN
charnus. Ces plaques, ces végélalions s'élendont rapidement, se réunissent cniro elles el reconsliluent ainsi une nouvelle masse néoplasique à évolution le plus souvent aiguë.
Après cicatrisation, les noyaux de récidive se montrent au niveau et autour de la cicatrice ou dans la profondeur de l'aisselle. Ils peuvent occuper l'épaisseur de la peau et faire saillie à sa surface ou se développer vers la profondeur, tendant à adhérer au grand pectoral. Dans ce dernier cas, ce n'est que par hasard ou grâce à une exploration attentive qu'on les découvre. La tumeur de récidive se montre sous forme de nodules petits, vaguement arTondis, durs, adhérents soit à la peau, soit aux tissus profonds. L'évolution en est rapide le plus souvent et le volume en d evient bientôt considérable.
Quand elle est ganglionnaire, la récidive présente les caractères ordinaires de l'adénopathie carcinomafeuse.
A quelle époque doit-on escompter la guérison définitive? « Lorsqu'après l'opération, dit Volkmanu, une année entière s'est écoulée sans que l'examen minutieux puisse démontrer une récidive locale, des tuméfactions ganglionnaires ou des symptômes d'affections internes,