CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — CLASSIFICATION
mique ; *2“ org^anoïdes, formées de plusieurs éléments de structure compliquée, rappelant un organe; 3“ léraloïdes pour les agglomérations de tissus complexes, imputables à une malformation congénitale.
On a même cru trouver dans l’origine embryogénique de chaque tissu les bases d’une classification rationnelle et physiologique, l’évolution normale devant commander les déviations des évolutions pathologiques. Lancereaux, se conformant à la théorie de Remak sur la formation et le développement des trois feuillets du blastoderme, décrit comme néoplasies épithéliales toutes celles qui dérivent des tissus et organes formés aux dépens des feuillets interne et externe, et néoplasies conjonclives les formations du feuillet moyen. Ziegler adopte une classification identique. Rindfleisch arrive également à des conclusions semblables en suivant les théories de His, qui distingue dans le développement du germe deux formations particulières, l’embryon, ou archiblaste, donnant tous les tissus différenciés, et le parablaste, formé de parties extra-embryonnaires de l’œuf, et matrice des tissus conjonctivo-vasculaires. Mais les données embryogéniques ont varié depuis Remak et depuis His ; la conception du parablaste n’est plus acceptée aujourd’hui, et l’on ne peut refuser au feuillet moyen la propriété de former des épithéliums. L’origine blastodermique n’a aucune importance à cet égard, et ne saurait même servir à classer les types cellulaires, les formes les plus semblables pouvant provenir de feuillets dilTérents et les plus différentes d’un même feuillet.
Au surplus, et quelle que soit l’importance du stade à trois feuillets dans l’histoire du développement, l’évolution des ti.ssus se poursuit bien après; les divisions successives des cellules amènent progressivement la formation de tissus diflérenciés qui possèdent de toutes autres propriétés que les tissus embryonnaires, et c’est aux dépens des cellules de ces tissus complètement différenciés que se forment les tumeurs. Chacune de ces cellules étant susceptible de proliférer en donnant naissance à des néoplasies, on voit combien sont nombreuses les classes et les variétés de cancers, puisqu’il doit y en avoir, non seulement autant que de tissus considérés génériquement, mais encore autant que d’adaptations spéciales de ces tissus à la constitution de chaque organe ou appareil.
Chaque cancer doit donc se rattacher à un tissu normal, comme une modification pathologique de ce tissu, et les cancers se classeront naturellement comme les tissus normaux dont ils dérivent.
La chose est assurément facile pour un certain nombre de cancers, dont les éléments constituants sont en etïet très semblables aux éléments normaux du tissu dont ils proviennent, ont conservé leur type originel, et que pour cette raison nous appellerons typiques, cancers typiques, formes typiques des cancers.
.Mais il n’en est pasainsi pour tous; dans un grand nombre de cas.
P. MENETRIER. — LE CANCER.
dans le plus grand nombre peul-ôlre des cancers, l’apparence des cellules est assez distante du type normal pour qu’on éprouve une certaine difficulté à les identifier ; pour qu’il soit utile de connaître exactement le lieu de leur développement, pour établir leur filiation originelle. 11 en est d’autres où, même avec celte notion, l’assimilation à un type normal devient singulièrement malaisée, et parfois à peu près impossible.
Ces cellules néoplasiques, que l’on identifie difficilement avec un type cellulaire normal de l’adulte, on a cru trouver plus facilement leurs analogues en les comparant aux cellules de l’embryon. iMüller l’avait dit le premier : « Le tissu qui forme une tumeur a son type dans un lissu de l’organisme, à l’étal embryonnaire, ou à l’élat de développement complet ». Lancereaux décrit le sarcome comme fibrome embryonnaire ; Cornilet Ranvier consacrent un des groupes de leur classification aux tumeurs formées de tissu embryonnaire ; Bard considère que chaque type cellulaire peut, dans ses déviations néoplasiques, donner des tumeurs, soit de type embryonnaire, soit adulte, soit intermédiaire; il décrit ainsi des épithéliomes, fibromes, ostéomes, myomes,névromes embryonnaires. Et depuis, le plus grand nombre des auteurs, jusque dansles Irailéslesplus récents, qualifient d’embryonnaires toutes les formes néoplasiques à cellules anormales, c’est-à-dire à peu près tous les cancers.'
Malgré celte unanimité à retrouver dans les cancers des tissus méritant la qualification d’embryonnaires, nous ne saurions nous ranger à cet avis, et ce n’est pas seulement la dénomination qui nous paraît vicieuse, mais encore et surtout la conception théorique qu’elle indique. Le terme, à vrai dire, fait image, et semble expliquer la force proliférative des cellules du [cancer, assimilées ainsi aux tissus si intensivement proliférants de l’embryon. Mais c’est une pure comparaison, à peine justifiée par quelques ressemblances morphologiques, mais nullement par l’évolution qui reste absolument différente, rendant ainsi toute ideiilificalion impossible.
"^’esl de tout autre manière qu’il nous faut comprendre et expliquer les anomalies des cellules des cancers, que, selon leurs degrés, et en raison de leur déviation plus ou moins complète du type normal, nous qualifierons de mélalypiques et d'atypiques.
Les cellules des cancers, si actives que soient leurs propriétés prolifératives, sont des cellules malades, des cellules pathologiques, et leurs analogues nous devons les chercher, non dans les éléments normaux de l’embryon, mais dans les cellules altérées des tissus pathologiques. El celles-ci nous fournissent non seulement des formes de comparaison, mais, ce qui est plus important, la filiation même des cellules néoplasiques.
C’est que le processus cancéreux n’est, autant que nous pouvons étudier ses origines, jamais un processus primitif. C’est du moins