XII
P. MENETRIER. — I.E CANCER.
i° Sarcomes des tissus endothéliaux et périthéliaux, des vaisseaux et des séreuses. Endothéliomes et périthéliomes. — Aux néoplasies proprement vasculaires, endothéliomes et périthéliomes, nous joindrons les néoplasiesdu revêtement des séreuses. Nous réunissons ainsi des néoplasies caractérisées par la prolifération des cellules endothéliales, cellules plates, spécialisées dans la fonction de revêtement de cavités, et sans tenir compte de leur origine embryogénique, les cellules de revêtement des grandes séreuses pleurale et péritonéale, bien que d’origine épithéliale, se comportant dans leurs évolutions inllammatoires et néoplasiques de la même manière que les cellules piales vasculaires, d’origine différente par conséquent, mais de différenciation morphologique et fonctionnelle analogue.
5“ Sarcomes mélaniques. — Bien que n’admettant pas complètement la conception de Ribbcrt, qui considère les sarcomes mélaniques, et même toutes les tumeurs mélaniques, comme dérivant uniquement d’une cellule spécialement différenciée dans la fonction pigmentaire, la cliromatophore, nous ferons néanmoins une classe à part de ces sarcomes pigmentés, la fonction pigmentaire, si intensivement exagérée, dans les cellules de ces tumeurs, alors même qu’elle n’est pas exclusivement spéciale d’un type cellulaire défini, justifiant cependant un groupement à part.
6“ Sarcomes des tissus musculaires. — Les tissus musculaires ne sont pas habituellement rangés dans le groupe des tissus conjonctifs ; ils présentent cependant les plus grandes connexions d’origine et de fonctions avec les tissus de charpente, auxquels ils sont intimement associés; d’autre part, leurs néoplasies sont si étroitement ressemblantes aux néoplasies du tissu conjonctif commun que la plupart des auteurs les confondent encore, les décrivant le plus souvent comme sarcomes à cellules fusiformes; ces raisons nous paraissent suffisantes pour les joindre aux sarcomes, sous le nom de myo-sarcomes, ou de myomes malins. Nous aurons également à mettre en parallèle des formes hyperplasiques et typiques, les fibromyomes, et des formes malignes, les myosarcomes métatypiques ou atypiques. Nous ne décrirons d’ailleurs que les néoplasies des muscles lisses, celles des muscles striés n’ayant, à notre connaissance, pas de formes malignes indépendantes, et se trouvant seulement associées à des néoplasies complexes du groupe des tératomes et des embryomes.
SARCOMES DU TISSU COXJONCTIF COMMUN.
Ce sont les formes les plus fréquentes de sarcomes, et elles peuvent se rencontrer à peu près dans Ions les points de l’économie, le tissu ([ui leur donne naissance étant lui-même présent dans tous lesorganes et tous les tissus, à l’exception des revêtements épithéliaux de surface.
CAXCEHS DES TISSUS COXJOXCTIVO- VASCULAIRES.
Ils ont néanmoins leurs sièges de prédilection, et ce sont juslemenl ceux oii le tissu conjonctif est le plus abondant: on les rencontre donc au niveau des membres, dans les aponévroses et les fascia, les gaines des vaisseaux, le périoste des os, les articulations, les muscles, et, parmi les organes, les ovaires, plus rarement les parois du tube digestif, les poumons, les glandes et les parenchymes.
Les formes atypiques sont habituellement désignées par l’apparence de leurs cellules : sarcomes à cellules fusiformes, sarcomes à cellules rondes.
Ce sont en etTet des tumeurs surtout cellulaires, où les éléments sont juxtaposés, tassés les uns contre les autres, sans former à proprement parler un tissu, et dont, par conséquent, les caractères sont réduits uniquement aux particularités morphologiques de ces cellules.
Les sarcomes à cellules rondes sont distingués, d’après les dimensions des éléments, en sarcomes à grosses et sarcomes à petites cellules.
Les sarcomes à peliles cellules rondes sont formés de cellules petites à gros noyau remplissant la presque totalité de l’élément, entouré d’une mince bordure protoplasmique; on en peut distinguer deux variétés principales : l’une plus petite, à noyau riche en chromatine et légèrement contracté ; l’autre plus volumineuse, à noyau clair; ces éléments présentent en somme tous les caractères des cellules lymphatiques, des lymphocytes, avec une ressemblance plus grande tantôt avec les lymphocytes ordinaires, tantôt avec les cellules des centres germinatifs des ganglions. Ces sarcomes à cellules rondes doivent donc être rangés parmi les néoplasies lymphatiques, dans les lymphocylomes, même alors qu’ils paraissent s’èlre développés primitivement dans le tissu conjonctif commun, les lymphocytes figurant au nombre des éléments qui peuvent éventuellement s’y rencontrer.
Les sarcomes à yrosses cellules rondes sont composés d’éléments de morphologie plus variée. Ils sont formés de grosses cellules, tantôt sphériques, à très gros noyau, à protoplasma plus ou moins abondant, granuleux, et se rencontrent dans les os. Nous les rattacherons aux néoplasies médullaires. Ou encore ce sont des éléments d’apparence épithélioïde, ronds, ovales ou aplatis, tantôt répartis dans un stroma alvéolaire, tantôt formant des masses, parcourues de canaux vasculaires sans parois propres, ou dont la paroi est exclusivement formée de ces cellules; ces dispositions particulières, comme aussi l’apparence même des cellules, nous inclinent à rattacher la plupart de ces tumeurs aux néoplasies endothéliales et à les décrire comme cndothéliomes atypiques. Il y a toutefois, dans cette catégorie de sarcomes, très probablement à faire la part d’espèces cellulaires particulières à certains organes, et dont les néoplasies, encore mal connues, sont difficiles à classer dans une étude d’en-
P. Ml’NETRIER. — LE CANCER.
semble. Il est possible, par exemple, ainsi que le pensent Chevassu, llansemann, (jue cerlainssarcomes à cellules ronclesdu testicule aient pour origine la prolifération néoplasique des cellules interstitielles.
Il nous paraît donc difficile de décrire dans les sarcomes du tissu conjonctif commun des sarcomes à cellules rondes.
Les sarcomes à cellules fusiformes sont constitués au contraire par des éléments qui se rattachent directement à la cellule conjonctive commune, ou plutôt aux divers types des cellules fixes des tissus conjonctifs.
Les cellules sarcomateuses fusiformes sont, comme leur nom l'indique, des cellules en forme de fuseau. Le corps est allongé, se termine en pointe à ses deux extrémités qui se prolongent en fdaments déliés de longueur variable, soit simples, soit doubles ou triples, mais toujours dirigés dans le sens du grand axe de l’élément. Le noyau, situé au centre de la portion renflée, est également allongé, de forme ovoïde, et plus ou moins long selon les variétés. Le protoplasma est finement granuleux avec des filaments grêles, allongés dans le sens du grand diamètre. Les noyaux renferment souvent deux nucléoles qui peuvent se colorer différemment du noyau. Il y a du reste de nombreuses variétés de ces cellules.
Ces cellules fusiformes à pointes effilées ne correspondent exactement à aucun élément normal des tissus conjonctifs, mais elles trouvent leur analogie complète avec les cellules conjonctives modifiées par les processus inflammatoires, et plus particulièrement dans les processus inflammatoires, vers la fin de la phase aiguë, et alors que commence la formation du tissu cicatriciel, ou encore et mieux dans les processus subaigus, avec inflammation productive; là, les cellules tassées, dans la paroi des abcès chroniques, par exemple, présentent une apparence identique à celle des cellules sarcomateuses fusiformes, et quand l’inflammation productive a édifié une couche assez épaisse de ces cellules, l’apparence est tout à fait semblable à celle du tissu sarcomateux.
D’ailleurs, entre les processus nettement inflammatoires et la néoplasie sarcomateuse atypique, il existe des intermédiaires qui nous montrent plus nettement encore la filiation conjonctive de ces cellules fusiformes; ce sont les néoplasies bénignes des tissus conjonctifs, néoplasies purement conjonctives comme les fibromes, néoplasies mixtes comme les adénomes.
Fibromes et fibro-adénomes. — Les fibromes sont des fumeurs qui reproduisent, on pourrait môme dire avec exagération, la stimcture du tissu conjonctif adulte, mais qui, dans leurs formes molles, en croissance active, montrent, avec une substance intercellulaire, conformée comme la substance conjonctive normale, des éléments cellulaires abondants, et représentant exactement le type de la cellule fusiforme, donc métalypi(pies par rapport à la cellule conjonctive
CAN'CKRS DKS TISSUS CON.IONC'I I VO-VASCUUAIIIK S. i;*-:j73
normale. Ces tumeurs présenlenl d’ailleurs des variélcs d’activité progressivement croissante, pouvant représenter une série prescpie continue du (ibrome, tumeur bénigne, au sarcome, tumeur maligne, en passant par des intermédiaires où la tendance proliférative se mar(|ue par l'abondance de plus en plus grande des cellules, et qui, comme les fibromes des parois abdominales par exemple, montrent une extension rapide et une tendance à la repullulation locale en cas d’extirpation incomplète, indiquant sinon la malignité vraie, du moins l’ébauche du processus néoplasique. C'est sans doute à ces formes intermédiaires qu’appartiennent les tumeurs décrites par Regaud et Nové-.Josserand sous le nom de fibrome musculaire dissociant à évolution maligne, et oii la malignité s’entend d’ailleurs seulement de l’évolution locale, la prolifération conjonctive, très active dans les parties jeunes, aboutissant en fin de compte à la formation de tissu fibreux il).
Ces états intermédiaires entre l’hyperplasie conjonctive simple, irritative, réactionnelle, et les sarcomes à cellules fusiformes, se rencontrent encore dans une autre catégorie de tumeurs bénignes, dans les adénomes, ou, pour préciser plus exactement, dans ces variétés d’adénomes que l’on individualise sous le nom de fibro-adénomes. Ce sont en ellet des états hyperplasiques complexes, comme le sont d’ailleui’s les tissus glandulaires qui leur donnent naissance, et où le tissu conjonctivo-vasculaire, bien que subordonné et fonctionnellement et physiologiquement au tissu épithélial plus dilTérencié, n’en présente pas moins une tendance manifeste à l’accroissement hypertrophique, soit par prolifération cellulaire, soit par formation exagérée de substance conjonctive. Dans ce second cas, qui nous intéresse moins, les glandes hypertrophiées ou kystiques sont séparées par un tissu fibreux pauvre en cellules, et présentant en somme les apparences du fibrome dur; c’est le cas habituel du fibro-adénome du sein, dénommé également pour cette apparence fibrome lacunaire ou kijsliijue. Mais dans le premier cas, où le tissu interstitiel des adénomes est surtout cellulaire, l’apparence est alors très voisine de celle des tissus sarcomateux. Cet aspect est fréquent particulièrement dans les adénomes de l’utérus et des trompes, et parmi les tumeurs décrites sous le nom de polypes muqueux. Au microscope, ces tumeurs sont formées de tubes glandulaires tapissés d’un épithélium cylindrique où prédominent les cellules muqueuses. Ces glandes sont anormalement développées, souvent kystiques, et dans les kystes il n’est pas rare de voir des végétations plus ou moins arborescentes de l’épithélium. Le tissu interstitiel très développé se i)ré-
(1) Regaud, Du fibrome musculaire dissociant à évolution malij^ne {Arch. de méd. exjjér., 1S96). — NovÉ-JossEnA^r>, Étude sur les tumeurs conjonctives des muscles striés et en particulier sur le fibrome dissociant à évolution maligne. Thèse de Lyon, 1895.
P. IMKNKTRIPR. — LE CANCER.
sente formé (l’une acciimnlnlion consicJérable de cellules fusiformes à gros noyau ovoïde, généralement peu chromatique, à protoplasma renllé autour du noyau, et elTdé en pointe aux extrémités et sans substance conjonctive entre les cellules, qui paraissent n’être entourées que d’une substance intercellulaire purement liquide, le tissu est mou et humide à la coupe. Il y a donc, dans ces polypes muqueux de rut(-rus, hyperplasie de deux sortes de tissus, du tissu épithélial glandulaire, marquée par l’hypertrophie des glandes, la multiplication de leurs culs-de-sac, les formations kystiques, les végétations dendritiques à leur intérieur; et hyperplasie avec métatypie du stroma conjonctif, qui se montre presque exclusivement cellulaire, formé de cellules fusiformes du type sarcomateux, et avec une substance cellulaire imparfaite purement liquide (fig. 45).
Ces formes d’hyperplasie complexe où l’adénome se montre comme tumeur intermédiaire à la fois au cancer épithélial et au cancer conjonctif, à l’épithéliome et au sarcome, nous paraissent présenter un intérêt considérable, en ce moment où les expériences d’Ehrlich et d’Apolant nous montrent dans le cancer greffé des souris, qui, ainsi que le prouvent les examens histologiques de ces auteurs, se présente le plus souvent avec des apparences adénomateuses, la possibilité d’une évolution cancéreuse, soit avec le type épithéliome, soit avec le type sarcome. Et d’autre part, la clinique humaine nous apprend en effet les relations possibles de ces hyperplasies adénomateuses, aussi bien avec l’épithéliome qu’avec le sarcome.
Ces adénomes à stroma de cellules fusiformes se rencontrent également dans la mamelle ; et l’on trouve dans les ovaires des tumeurs comparables dans lesquelles, avec une végétation des épithéliums correspondant aux hyperplasies adénomateuses des organes glandulaires et formant des végétations intrakystiques arborescentes et exubérantes, le stroma se montre également constitué par un tissu conjonctif exclusivement formé de cellules fusiformes, sans substance intercellulaire, ou avec une substance intercellulaire purement liquide. Et dans l’ovaire, tout comme dans le sein, dans l’utérus et dans les trompes, les sarcomes à cellules fusiformes, sans présenter la môme importance que les épithéliomes, sont néanmoins des tumeurs assez fréquemment rencontrées.
Voilà donc une série d’états pathologiques, ou mieux d’étapes morbides, dans lesquels nous voyons des altérations morphologiques des éléments du tissu conjonctif, progressives depuis l’inflammation simple réactionnelle jusqu’aux hyperplasies des tumeurs typiques, nous permettant de relier avec certitude la cellule conjonctive normale à la cellule fusiforme sarcomateuse. Il ne s’agit pourtant juscju’ici que de néoplasies bénignes.
La série peut se continuer, presque sans interruption, dans les néoplasies malignes.
CAXCI-RS DKS TISSUS CONJOXCTl VO-VASCULAI HIIS. 13-375
Fibro-sarcome. — Le fibrosarcome, forme niélalypif(ue de la néoplasie conjonclive maligne, ililTère à peine des formes de fd^romes riches en cellules que nous eilions précédemmenl. Car il présente un mélange de parties fibreuses et de parties cellulaires, qui font <|ue, selon les points consitlérés, son apparence est exactement celle du fibrome ou celle du sarcome atypique. Ces derniers points sont naturellement les plus importants, ce sont eux qui font la malignité de la tumeur et d'où partent les métastases, et aux dé[)cns des()uels SC font les récidives. 11 est d'ailleurs particulièrement difficile, dans les fil)ro-sarcomes, de faire avec certitude le départ exact entre ce qui appartient au néoplasme, ce qui constitue son parenchyme et le stroma. Et l’on peut aussi bien considérer l’apparence mêlée de sarcome et de fibrome comme une réaction fibromateuse du stroma, réaction défensive de l'organisme contre les cellules sarcomateuses, que comme une tumeur maligne, à évolution typique et bénigne d'une partie de ses éléments.
Sarcome à cellules fusiformes. — La forme atypique du sarcome du tissu conjonctif commun est le sarcome à cellules fusiformes. Nous avons vu que, malgré l'atypie des cellules, il était facile de les relier aux cellules conjonctives normales, aux éléments fixes du tissu conjonctif, que la filiation pouvait s’en établir par la comparaison avec les altérations inflammatoires et hyperplasiques de ces mômes cellules, et sans qu’il soit besoin, faute de mieux, de les comparer aux cellules embryonnaires. Nous pouvons ajouter qu’en fait il n’existe chez l’embryon aucun tissu identique au tissu du sarcome à cellules fusiformes.
Mais, de même que dans leurs adaptations multiples les cellules fixes des tissus conjonctifs présentent une morphologie assez variée, il existe un grand nombre de variétés de cellules fusiformes des sarcomes. 11 faudrait même pouvoir décrire autant de variétés que de localisations. La chose n’est pas actuellement possible et, pour la simplicité de la description, on range communément ces sarcomes en deux classes : sarcomes à petites cellules, à grandes cellules fusiformes, tout en admettant l’existence de toutes formes intermédiaires.
Sarcomes à petites cellules fusiformes. — Les cellules présentent une longueur de 10 à 20 a, une largeur de 5 à 10 g, renflées à leur centre, avec un noyau ovale allongé, effilées à leurs deux extrémités; elles sont disposées parallèlement les unes aux autres, constituant ainsi des faisceaux diversement orientés. Les faisceaux s’entrecroisent les uns les autres, formant un feutrage dense, parfois régulier, souvent en tourbillons, et qui le plus souvent paraît commandé dans sa disposition par la distribution des vaisseaux à son intérieur. Ceux-ci constituent en elfet des centres de rénovation active pour les cellules, qui se développent et s’ordonnent à leur pourtour, et par-
P. MliNETRIER. - LE CANCER.
fois leur servent de paroi, le sang circulant alors dans des canaux capillaires limités par les seules cellules néoplasiques. Mais ce n’est nullement la lorme essentielle de la circulation du sarcome, car constamment on y rencontre également <les vaisseaux parfailement conformés, artères, veines ou capillaires.
Ces petites cellules fusiformes paraissent présenter une grande fragilité de leur protoplasma, et, quand les pièces n’ont pu être
Fig. 75. — Sarcome primitif du poumon. Sarcome à petites cellules fusiformes
(Ménétrier).
Les îlots sarcomateux ont envahi les alvéoles du poumon à la manière des epithéliomes et les cellules se sont multipliées dans leurs ca^■ités en utilisant comme stroma les parois ah'éolaircs épaissies.
A, A', A", îlots sarcomateux remplissant les alvéoles; B, B', B", stroma formé par les parois alvéolaires épaissies et sclérosées; C, pai'enchvme pulmonaire a\oisinant comprimé (Grossissement ; 30t*.)
fixées encore fraîches, il est fréquent de voir le proloplasma s’effriter, les noyaux seuls persistant, et dessinant néanmoins, en raison de leur forme allongée, assez exactement la direction des faisceaux, leurs inlricalions et leurs tourbillons.
Ces cellules se reproduisent par mitose. Les figures de karyokinèse sont fréquentes sur les coupes, et il est ii remaniuer que les cellules qui les présentent n’ont pas la forme de fuseau des éléments au repos, mais sont des cellules courtes, ovales, à protoplasma homogène, et clair dans toute la région périnucléaire.
CANCIiRS I)i:s TISSUS CONJONCTI VO-YASCULAIRi: S. 1»— 3/7
Dans uno miMiie lumeur il y a en gciu-ral une grande unil'ormilé dans les dimensions des cellules. Les cellules géantes sont fort rares dans celle variété de sarcome. La substance intercellulaire est e.vlrémemeul peu développée, les cellules sont baignées dans un suc inlersliliel demi-li(juide dans lequel on distingue seulemcnl, après coloration éleclivc, de très minces tibrilles espacées.
Fij;-. 76. — Sarcome primitil’ du poumon. Sarcome à petites cellules fusiformes
(Menetrier).
Paroi bronchique envahie par des lymphangites sarcomateuses et par la propagation d'une masse néoplasique développée dans un petit ganglion du voisinage.
A, A', revêtement cylindrique cilié de la cavité bronchique; 13, B', B", lymphangites sarcomateuses de la muqueuse; G, ganglion en transformation sarcomateuse complète qui, en D, pousse un prolongement néoplasique entre deux cartilages E et E' ; F, parenchyme pulmonaire. Grossissement : 20D.)
Ces sarcomes à petites cellules fusiformes se développent dans toutes les régions conjonctives, fascia, gaines vasculaires et nerveuses, tissu conjonctif sous-cutané et sous-muqueux, et il serait assez difficile actuellement de préciser un rapport exact entre celle forme cellulaire et une variété déterminée des tissus conjonctifs. Pourtant elle nous paraît, dans un certain nombre de cas tout au moins, correspondre assez bien au tissu conjonctif tin et délicat de certains viscères. C’est ainsi que dans quatre cas de sarcome primitif du poumon nous avons rencontré des tumeurs exclusivement formées
1>. MENETRIER. — LE CANCER.
(le CCS très fines cellules fusiformes (fig. 75, 7(3, 77), à noyau ovoïde, à proloplasma mince el fragile à prolongements grôles el assez courls, lassées en faisceau.x diversement orientés, et qui remplissaient les alvéoles encore distincts et formant stroma. Ou exagérément prolilérées, les tumeurs étaient volumineuses, formaient de vastes espaces purement cellulaires, avec de très rares vestiges des parois alvéolaires distendues et dissociées. Ces éléments s’infdtraient dans les parois bronchiques, dans les plèvres avoisinantes, et dans les
Fig. 11. — Sarcome primitil' du poumon. Sarcome à jjetites cellules fusiformes.
(Menetrier).
Éléments cellulaires du sarcome formés de cellules petites à noyau ovoïde, à protoplasma peu abondant, effilé aux deux extrémités, et extrêmement fragile, car il manque sur le plus grand nombre des éléments, et ne se retrouve que sur les cellules particulièrement bien fixées. Ces cellules sont très uniformes; il y a cependant de place en place des éléments arrondis multinucléés.
A, cellules fusiformes sarcomateuses ; R, grande cellule multinucléée ; C, Iraclus conjonctif du stroma. (Grossissement : 317D.)
ganglions du médiastin. L’apparence macroscopique était celle d’un encéphaloïde assez dense, tumeurs blanches, molles, donnant un suc laiteux au raclage.
Des sarcomes de la choroïde nous ont présenté également les mêmes petites cellules.
Mais en somme, si le type histologique est comparable dans ces diverses néoplasies, les aspects macroscopiques sont trop variables pour (ju’il en puisse être fait une description d’ensemble, et ce sont tantôt des tumeurs assez denses, consistantes, de teinte grise ou gris rosé, tantôt des tumeurs franchement encéphaloïdes, blanches ou jaunâtres et de consistance molle.
CAXCÆUS l)i;s TISSl’S COXJONCTIVO-VASCULAIKI'S. 13—3:')
Bien que loules tloivcnl ôlrc considérées comme malignes, leur évolulion est inégalemeul rapide et infectante. lîeaucoup ne se généralisent (|ue tardivement, et n’envahissent (jiie peu à peu les parties voisines, d’on la curation définitive fré(jnente par extirpation chirurgicale. Les sarcomes pulmonaires nous ont paru au contraire se spécialiser par la constance de l’envahissement des ganglions. Ils tuent d’ailleurs rapidement en raison des inflammations })neumoniques ou bronchopneumoniques qu’ils déterminent par l’envahissement et la compression des grosses bronches, amenant la dilatation des bronches sous-jacentes et provo(iuant de faciles infections dans les sécrétions stagnantes qui s’y accumulent.
Sarcomes à grosses cellules fusiformes t^fig. 74). — Ils ressemblent fort aux précédents; ils n’en sont du reste qu’arlificiellement distingués; des formes intermédiaires multiples les reliant les uns aux autres. Ce sont également des masses charnues de tout volume, grisâtres, blanchâtres ou rosées, fermes, limitées ou ditVuses, et qui se développent dans les fascia, les membranes, le périoste, et plus particulièrement le tissu conjonctif intermusculaire ou interstitiel des muscles lisses et striés; les glandes, et notamment la mamelle; les ovaires, etc. Ils sont constitués par de grosses cellules riches en protoplasma se terminant à leurs extrémités effilées par de longs prolongements simples, doubles ou multiples. Leur longueur varie de 80 à 100 leur largeur est de 20 jj. en moyenne. Mais il y a souvent une grande inégalité de taille entre les cellules.
Les noyaux, de forme ovale, allongée, sont gros, granuleux, brillants, presque vésiculeux, souvent doubles dans un même élément. Les cellules sont plus polymorphes que dans les sarcomes à petites cellules et, indépendamment de l’inégalité détaillé des cellules fusiformes, on y trouve en outre et à peu près constamment des cellules géantes de formes diverses, soit de grosses cellules irrégulièrement globuleuses, à noyau hypertrophique, énorme, lobé, mais unique, parfois exagérément chargé de chromatine, et souvent en karybkinèse, soit des cellules géantes à noyaux multiples nettement distincts les uns des autres, et à protoplasma sombre et granuleux.
La substance intercellulaire est très peu développée, formée de fines fibrilles. Les cellules sont disposées en faisceaux, donnant au tissu examiné aux faibles grossissements cet aspect fasciculé d’où l’on tire souvent une désignation de la tumeur. Le stroma est variable; quand il est très développé et fibreux, la tumeur prend l’aspect du fibro-sarcome, et présente des caractères macroscopiques de dureté et de consistance en rapport.
Les propriétés évolutives et la malignité de ces tumeurs sont aussi inégales, selon les cas, que dans les formes à petites cellules précédemment étudiées.
\ous venons d’énumérer unesérie continue de néoplasies du tissu
P. MENETIUER. — LE CANCER.
conjonclircommun, où nous avons pu suivre, depuis les ùlléralions inllammaloires jusqu’à la néoplasie atypique, les modalités évolutives d’un même élément, facilement reconnaissable dans ces divers étals, les cellules rusiformes, dérivé direct des cellides fixes du tissu conjonctif.
Maison trouve en outre dans ces mêmes tissus d’autres néoplasies qui, bien que paraissant développéesaux dépens des mômes éléments, présentent cependant des apparences quelque peu différentes : ce sont les myxomes et les myxo-sarcomes.
Myxomes. — Les mijæomes sont des tumeurs molles, d’apparence gélatineuse, demi-transparentes, succulentes, imbibées d’un liquide incolore ou jaunâtre, gommeux, et fini donne les réactions du mucus.
Ils forment des masses de volume variable, quelquefois énormes, arrondies, lobulées, tantôt nettement limitées par une enveloppe fibreuse formant capsule, tantôts’infiltrant dans les tissus avoisinants. Leur croissance est rapide, leur développement exubérant. Les récidives se font le plus souvent localement ; ils peuvent cependant donner des métastases et se comporter avec les mêmes allures que les sarcomes fusiformes les plus malins.
Examinées au microscope, ces tumeurs se distinguent des néoplasies précédemment étudiées, moins par les formes de leurs cellules que par l’abondance de la substance inlercellulaire, qui se présente ici avec des caractères bien différents de la substance intercellulaire normale des tissus conjonctifs, puisque, en grande partie liquide ou demi-liquide, muqueuse, elle apparaît absolument transparente, parcourue seulement de filaments conjonctifs plus ou moins déliés (fig. 78).
Les cellules sont étoilées ou fusiformes, relativement grêles, et à très longs prolongements. Elles renferment un noyau rond ou ovoïde, le plus souvent unique. Ces cellules sont relativement rares dans le tissu, avec cependant une irrégularité assez grande dans leur distribution ; les points où se fait leur multiplication active en étant abondamment pourvus, tandis que dans la plus grande partie elles sont très distantes, perdues au milieu de la substance muqueuse. Leur morphologie varie égalementbeaucoiq') ; (ines, allongées, ellesdiffèrent à peine des cellules fusiformes, mais avec plus de gracilité et de longueur de leurs prolongements; ou étoilées, avec un corps protoplasmique ramassé, globuleux, et une infinité de prolongements formant toulTe tout autour ; ou encore de nombreuses autres variétés. La substance intercellulaire, purement mufpieuse dans certains cas, est le plus souvent mêlée de'tissu fibreux, de fibres élastiques, et cela en jiroportions inégales, jusqu’à se rapprocher de l’apparence des fibrosarcomes.
Le type du tissu myxomateux est donc en somme assez polymorphe. En tout cas, si on lui cherche un analogue dans les tissus normaux connus, la première idée qui vient à l’esprit est de le comparer au tissu muqueux du fœtus, dont la forme la plus complète se retrouve à
CANCEUS DES TISSUS CONJONCTIVO-YASCULAIRES. 13—381
la naissance dans le cordon oml»ilical, niais (|ni représcnle égalemenl un étal par lequel passent les divers tissus conjonctifs, au cours de leur diWeloppemeut. Celle assimilation du tissu des myxomes à un tissu embryonnaire ou fœtal conduit naturellement à en rechercher l'origine, suivant la conception de Cohnheim, dans la persistance de tissus embryonnaires, formant le germe latent de la tumeur qui se développe ultérieurement.
Le fait est très admissilile dans un certain nombre de cas, et il y a eu elTel des observations probantes en ce sens, où des myxomes se développent en des régions, sièges de malformations habituelles, ou
K.COfuaJjJ.
Fig. 78. — Myxome (Meneirier).
Des cellules étoilées, à prolongements multiples et d’une finesse extrême, sont espacées dans une substance muqueuse demi-solide, absolument transparente.
La préparation provient d’une énorme tumeur de la cuisse à croissance rapide, . mais sans métastases (Grossissement : 800'^.)
encore, comme nous l’avons vu avec notre collègue Demoulin, se montrent en deux points symétriques de l’organisme, à la face interne de chaque cuisse, rendant ainsi probable l’existence d’une malformation de développement comme origine du myxome et, par là, delà persistance d’un tissu, partout ailleurs temporaire, eu un point circonscrit de l’organisme.
Nous ne pensons pas cependant que ce soit là la seide explication possible du développement des myxomes, et qu’il soit nécessaire, pour
P. MENETRIEU. — LE CANCER.
les expliquer, (!(' loujours admcUrc la persistance de germes embryonnaires non évolués. Si, en elTel, nous recherchons, comme nous l’avons fait pour le sarcome à cellules fusiformes, s’il n’existe pas dans les états irritatifs ou intlammatoires des tissus conjonctifs des altérations analogues à celles du myxome, nous trouvons que, dans certaines régions du corps, dans les fosses nasales notamment, et aussi au niveau de la cuisse, les inflammations du tissu conjonctif sous-muqueux produisent un état hyperplasique de tout point comparable aux myxomes. Et, de fait, les cellules du myxome diffèrent moins des cellules fixes du tissu conjonctif normal que les cellules du sarcome fusiforme; les cellules anastomotiques, à prolongements multiples, se rencontrent communément dans le tissu conjonctif ordinaire, et ressemblent à très peu de chose près à celles du myxome qui se spécialisent surtout par la substance intercellulaire, demiliquide, muqueuse, qui les sépare. C’est une modalité imparfaite de la substance intercellulaire, qui normalement correspond à un certain degré dedéveloppemenl du tissu, maisqui peutégalementse rencontrer en pathologie dans des états inflammatoires. Telles les productions muqueuses que l’on connaît sous le nom de polypes muqueux des fosses nasales. Et, sans vouloir confondre ces produits inflammatoires hyperplasiques, qui tiennent le milieu entre le fibrome œdémateux et le myxome, avec les myxomes vrais, nous trouvons assez d’analogie entre eux pour les considérer comme l’étape initiale d'une altération conjonctive métatypique conduisant à la formation du myxome.
Les myxomes présentent en outre des variétés multiples. Il en est qui tiennent à la surcharge graisseuse des cellules, soit semées de fines granulations infiltrant le protoplasma, ce qui est assez commun; soit renlermant de grosses gouttes de graisse, à la manière des cellules graisseuses du tissu adipeux normal, d’où le nom de myxome lipomateux donné à ces sortes de tumeurs. C’est d’ailleurs fréquemment dans les régions où prédominent les tissus adipeux que se développent les myxomes, et il y a une certaine affinité entre les lipomes et les myxomes.
Le ramollissement muqueux de parties plus ou moins étendues de la tumeur amène la formation de cavités kystiques (myxomes cystoïdes) renfermantsoit un liquidetransparent, soit plus souvent, et par suite d’hémorragies, un liquide teinté de sang, plus ou moins altéré, couleur café ou chocolat.
La prédominance des vaisseaux, qui, fragiles, sont causes d’hémorragies interstitielles, permet de décrire des formes télangiectasiquesou hémorragiques.
Les myxomes se rencontrentdansle tissu conjonctif sous-péritonéal, rétro-péritonéal, sous-cutané, intermusculaire, dans la moelle des os, sous l'endocarde, dans le larynx, dans la gaine des nerfs, dans les cavités du système nerveux central, l'arachnoïde, au niveau
CAXCEnS DES TISSUS CONJOXCTI VO-VASCUEAIRES. 13-:583
(le la mamelle oii le myxome forme les plus volumineuses peul-ôlre des tumeurs du sein, soit complèlemenl solides, soit remplies de cavili'S kystiques, qui peuvent être le siège d’hémorragies importantes (Ij.
Helicpiats embryonnaires, comme l’admettent un grand nombre d'auteurs, manifestation d'une évolution métatypique du tissu con-'* jonctif, comme nous le croyons dans une partie des cas tout au moins, les myxomes représentent donc avec les sarcomes à cellules fusiformes les principaux types sarcomateux du tissu conjonctif commun. Et, si nous les rangeons ainsi dans les cancers, bien que la grande majorité d'entre eux se montrent des néoplasies locales, c’est qu’ils sont cependant capables de manifester tous les caractères de la malignité cancéreuse ; l’extension indéfinie, la destruction des tissus envahis et la formation de métastases, comme le prouvent notamment les observations de Virchow, de H. T. Butlin, G. Simon, Bafin, de Brault, etc.
Enfin ces formes de sarcomes peuvent s’associer à quelques-unes de celles que nous décrirons parla suite, aux sarcomes endothéliaux, aux sarcomes à cellules rondes, aux lymphocytomes, aux ostéosarcomes ou aux chondrosarcomes, en raison des affinités que nous avons déjà signalées entre les néoplasies conjonctives, résultat des affinités que présentent normalement les diverses variétés de cellules des tissus conjonctifs. Nous signalons seulement ces variétés sans nous y appesantir, la description des formes typiques étant suffisante pour en comprendre les détails.
H.— sarcomes du tissu conjonctif spécialisé pour former