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VI. — SARCOMES DES TISSUS MUSCULAIRES. MYOMES MALINS

Bien que la plupart des auteurs donnent une place à part dans leurs classifications aux tumeurs des tissus musculaires et ne les confondent pas avec les néoplasies conjonctives, il nous paraît y avoir avantage à le faire, et nous les considérerons comme constituant dans leurs formes malignes une des variétés des sarcomes (‘2).

Les éléments musculaires sont en etïét étroitement associés aux éléments conjonctifs, ont une origine mésodermique commune, et se comportent en général comme une dépendance, une adaptation spéciale des appareils de charpente et de soutien de l’organisme.

Les fibres lisses, surtout, et ce sont elles qui nous intéressent plus spécialement, sonten relations constantesavec lelissu conjonctifeominun ; elles sont en outre partie intégrante des appareils vasculaires artériels et veineux.

(1) Rodert Rôssle, Der PiRmentierunusvergans’ ini Melanosai-Uom [Zeilschr. ('. Krebsforchunçf, 1904).

(2) Myome malin de la réyion du coude yénéralisé au foie. — Hanot et Gilbert, Etude sur les maladies du foie. Paris, 1888 — Myome malin de l'uléru.s. — Krische, Diss. Gôttingen. — Langerhans, Berl. med. Ges., 1893. — B. Condamin, D’une forme particulière de cancer utérin (cancer diffluent à cellules musculaires lisses de type embryonnaire) [Province méd., 1893). — BÉRAnn, Un cas de cancer musculaire de l’utérus (Écho méd. de Lyon, 1896). — Paviot et Bérari», Du cancer musculaire lisse en général et de celui de l’utérus en particulier [Arch. de méd. expér., IX). — Schultze, Ein Beitrag zur Histogenèse des Myosarkoms. Diss. München, 1901. — Minkowski, Myommetastasen in Lungen, Leber und Muskeln (Münch. med. Woch., 1901). — Devig et Gallavardin, Contribution à l’étude des léiomyomes malins avec généralisation viscérale (Itevue de chir., 1902). — VoGLER, Sarcome de l’utérus é point de départ dans les fibres muscidaires [Erget.nisse., 1902). — Ulesko Stroganova, Ueber das Maligne Uterusmyom (Leiomyoma malignum uteri) (Monalschr. /'. Geburl. u. Gynak., 1903). — Schla- GENHAUFER, Wicfi. lilin. Woch., 1902. — Mastry, Zur Kenntniss der malignen Myome des Utérus {Zeilschr. f. Heilkunde, Bd. XXII). — Myome malin de l'estomac. — Hansemann, Myome kystique de l’estomac avec métastases dans le foie et les reins (Nalur. Vers., 1893). — Moser, Ueber Myosarkom der Magens (Deutsche med. Woch., 1903). — Einsing, Journ. of palh., 1903. — Borrmann, Mitt. a. d. Grenzgeb., VI. — Brodowski, Arch. f. palh. Anal. u. Phys., LX.\^■I. — Myome malin du jéjunum. — Bidüert, Geschwulstlehre. — Myome malin de la vésicule biliaire. — Landsteiner, Wien. klin. Woch , 190-4.

ï\ MENETHIEll. — LE CANCER.

Enfin, comme nous allons le voir, les néoplasies qui se développent aux dépens des éléments musculaires sont si ressemblantes aux sarcomes du lissu conjonctir commun que la plupart des auteurs les conl'ondent, et les décrivent comme sarcomes à cellules fusiCormes.

Léiomyosarcomes. — Une des premières observations de léiomyome malin généralisé a été rournie par Hanoi et Gilbert qui ont décrit les métastases hépatiques d'une tumeur musculaire primitive du pli du coude.

La comparaison avec les formes hyperplasiques permet de suivre le développement des formes malignes et l’étude est d’autant plus facile que l’évolution sarcomateuse se rencontre souvent dans un myome typique et jusque-là d’allures bénignes.

Les my ornes ou fibro-my ornes utérins sont des tumeurs extrêmement fréquentes, qui se développent dans les parois, ou font saillie à la surface de l’organe ; ils peuvent atteindre des dimensions énormes et sont constitués par des faisceaux de fibres musculaires lisses diversementorientés,intriquésou tourbillonnants, et qui sedistinguent facilement du muscle normal par cette absence de régulation dans leur disposition, et par leur mélange à un tissu fibreux dense, qui forme le stroma de la tumeur. C’est donc une néoplasie complexe à la fois musculaire et fibreuse, et qui peut ainsi, comme toutes les néoplasies complexes, être éventuellement le point de départ de néoplasies différentes, en rapport avec les deux variétés de tissus qu’elles renferment.

Ainsi s’explique la variété des opinions émises à l’endroit des tumeurs malignes des muscles lisses, les uns en faisant des sarcomes (l), et les autres des myomes malins, des myosarcomes.

Les fibromyomes peuvent en effet être le point de départ d’une évolution sarcomateuse, semblable à celle du tissu conjonctif commun, d’un vrai sarcome à cellules fusiformes. Toutefois, Pilliet et Costes nous paraissent en avoir singulièrement exagéré la fréquence quand ils disent avoir observé la dégénérescence sarcomateuse 11 fois sur 21 cas de fibromyomes, et les lésions périvasculaires qu’ils considèrent comme forme initiale ne nous paraissent pas avoir cette signification. Nous ne ferons d’ailleurs que mentionner cette forme de sarcome, sa description appartenant à l'histoire des tumeurs du lissu conjonctif commun, précédemment faite.

Plus fréquemment les fibromyomes sont le point de départ de sarcomes musculaires. Ce sont les tumeurs que nous étudions présentement.

C’est en effet aux dépens de myomes bénins antérieurement

(1) PiLLiuT, Soc. aniil., 1891. — Costf.s, Recherches aiiatomo-patliologiques sur révolution des lihroniyomes de l'utérus et de ses annexes. Thèse de Paris, 1895. — A'on Kahluiîn. — WiLLi.vMS. — PiCK. — 'VoGi.En. — DoniiEHTiN, Rcitrage zur kasuistik der Gesch\^•ulste {Zieglers lieilriige, XX\TII).

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cxislaiils que se dévoloppenl les myosarcomes, el il paraîl y avoir là unerelalion analogue à celle que nous observons, dans les lumeurs épitliéliales, entre les adénomes el les épilhéliomes. 11 est possible d’aillcursque d’autres altérations du lissu musculaire soient préparatoires à leur développement.

\^esmijoscircomes forment souvent ries lumeurs très volumineuses. Us se caractérisent clinicpicment surtout par la rapidité de leur

Fig. 100. — Myosarcome typique (Menetrier).

Fragment delà paroi d’un sarcome kystique de l’utérus enlevé par Lejars.

La coupe porte sur les limites de la tumeur et montre juxtaposés le muscle utérin, avec ses fibres lisses relativement espacées, dans un lissu conjonctif dense el fibreux, en raison de l’irritation de voisinage, et le lissu du myosarcome où, par suite de la prolifération néoplasique active, les éléments cellulaires sont étroitement pressés les uns contre les autres. On distingue néanmoins en plusieurs points la forme allongée des noyaux, et par places l’aspect en fuseau des cellules qui ont conservé l’apparence générale des fibres lisses, un peu plus petites que les éléments normaux correspondants de la paroi utérine. En raison de l’incidence de la coupe, un grand nombre de noyaux coupés en travers paraissent à tort de forme ronde.

A, tissu néoplasique du myosarcome; R, lissu utérin; G, G', vaisseaux sanguins. (Grossissement : 152

croissance. Leur aspect macroscopique est assez semblable à celui des fibromyomes, mais avec plus de mollesse el de friabilité du lissu, une vascularisation souvent plus abondante, la fréquence des cavités, kystiques ou pseudo-kystiques, les unes contenant un liquide clair, d’autres des exsudais hémorragiques. Ces cavités peuvent

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aussi résulter du ramollissemenl nécrobiolique de parties plus ou moins étendues du tissu.

Par leurs caractères histologiques (fig. 100), les myomes malins se l)résentent comme des néoplasies surtout cellulaires; ils se distinguent ainsi des fibromyomes, où le tissu fibreux, toujours en proportion considérable, écarte etdissocie les faisceaux musculaires, etse rapprochent de l’apparence des sarcomes à cellules fusiformes, avec lesquels, aux faibles grossissements, ils olfrent une ressemblance presque complète.

Ils sont en elfet, dans les formes typicjues, constitués par des cellules allongées en manière de fuseau, renflées autour du noyau et effilées à leurs deux extrémités (fig. 101).

Le noyau est tantôt allongé en bâtonnet, tout comme le noyau des fibres lisses normales, et tantôt plus court, ovoïde, comme le noyau des cellules conjonctives. Et cela selon le degré de métatypie plus ou moins grand de la forme cellulaire. D’une manière générale, le noyau est plus court, plus gros, plus coloré que celui des fibrescellules; le corps cellulaire est également plus court et plus trapu. Mais, malgré une métatypie assez accentuée, ce qui le plus souvent permet de reconnaître la nature musculaire des cellules néoplasiques, ce sont les réactions colorantes du protoplasma, qui, avec plus ou moins d’intensité, présente les mêmes affinités que le protoplasma musculaire, la coloration hémoglobique, la teinte rouge-brique par l’éosine et l’aurantia, et qui se montre tantôt diffuse dans toute la cellule, et tantôt, dans les formes de métatypie accentuée, sous forme de fines stries de coloration plusintense que le reste du protoplasma.

Les fibres-cellules sont groupées en faisceaux parallèles, s’entrecroisant les uns les autres, ou en radiations irrégulières et d’apparences variées selon l’incidence de la coupe.

Le stroma est peu abondant le plus souvent. Les vaisseaux présentent une paroi complète; ils sont parfois très nombreux, avec dilatations irrégulières, parois fragiles, et, dans ces cas, les hémorragies interstitielles se rencontrent fréquemment. Dans les formes métatypiques ou atypiques, l’altération morphologique des cellules peut être plus accentuée, et l’on trouve alors des cellules géantes en nombre variable (fig. 101). Les unes sont caractérisées par l’énormité de leur noyau et l’abondance de leur protoplasma. Les noyaux, de formes multiples, massifs et lobés, ou irrégulièrement contournés, dessinent des figures variées, en forme de couronne, présentent en outre une répartition très irrégulière de leur substance chromatique, généralement très abondante. D’autres cellules géantes sont mullinucléées. Les unes et les autres paraissent relever de karyokinèses anormales qui s’observent fréquemment dans ces formes atypiques et decroissaucc exubérante : karyokinèses hyporchromatiques, asymétriques, et surtout multipolaires.

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Les myosarcomes se caraclérisenl comme tumeurs malignes non seulement par la rapidité de leur croissance, mais aussi par leur tendance envahissante et infectante. Ils fournissent en effet des métastases (|ui peuvent se disséminer, le plus souvent par voie sanguine, dans le foie, les poumons, les ganglions bronchiques (Hirch- Hirschfeld, Mastryl, le pancréas, les muscles (Minkowski), etc.

Fifç. ICI. — Myosarcome atypique (Menetrier).

Coupe provenant d'un volumineux niyome malin enlevé jiar Lejars.

La tumeur est formée de cellules pour la plupart fusiformes, à noyau en bâtonnet, à protoplasme eflilé aux deux extrémités et finement strié longitudinalement. Ces cellules ont en grande partie conservé l’apparence des fibres musculaires lisses, elles sont seulement plus volumineuses, leurs noyaux sont plus gros et plus irréguliers. Elles sont en outre mêlées d’éléments géants, irrégulièrement semés au milieu d'elles, et se présentant soit avec des noyaux gigantesques, soit avec des noyaux multiples dans de vastes plaques protoplasmiques.

A, cellules fusiformes de type musculaire; B, cellule géante à noyaux multiples, dont deux noyaux pyenotiques et deux noyaux en couronne; C, cellule géante à noyau unique hyperchromatique. 'Grossissement: SOOf.)

Localement, ils peuvent envahit- les ligaments larges (Mastry).

Les myosarcomes sont surtout fréquents dans Tutérus, mais ils peuvent encore se rencontrer dans les parois du tube digestif, estomac surloul(Hansemann,Moser, Einsing, Borrmann, Brodowski), donnant des métastases dans le foie, le poumon, les reins; Ribbert a observé un myosarcome du jéjunum, Landsteiner de la vésicule biliaire.

L’ovaire, le rein, la vessie peuvent encore en être le point de départ.

Dans ces formes malignes des myomes, l’atypie cellulaire est

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souvent très peu prononcée et nullement en rapport avec les propriétés infectantes. Si bien que Minkowski, qui a observé un cas de myonie utérin généralisé au foie, au poumon, aux muscles du bras, a cru pouvoir considérer son cas comme généralisation de myome bénin! Notre définition du cancer ne nous permet pas d’admettre nue semblable explication.

Rhabdomyosarcomes. — Les myomes striés sont très rares à l’étal pur. Ce sont de petites tumeurs de la grosseur d’une noix, d’une noisette, formées de fibres anormalement conformées, grêles ou creuses, ou fusiformes avecstriation plus oumoinsnette, ou des formes variées avec noyaux multiples. lisse rencontrent le plus souvent dansles reins, les organes génitaux, la vessie, le cœur, l’œsophage, et surtout dans des tumeurs à tissus multiples telles que les tératomes ou les embryomes.

Quelques observations les montrent capables de malignité. Wolfensberger a rapporté un cas de myome strié œsophagien avec métastases ganglionnaires. Stœrk a vu un rliabdomyome du testicule (mais il s’agit là vraisemblablement d’un embryome) disséminer des métastases musculaires dans les ganglions rétropéritonéaux, médiastinaux et cervicaux. Enfin, dans un cas de Benerîati, les métastases paraissaient purement sarcomateuses (1).

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