IV. — ÉTIOLOGIE
Une étude générale de l'étiologie des cancers reste forcément dans nn certain vague, en raison de la multiplicité des formes morbides ainsi réunies sous une étiquette commune. Si l’on veut, en etfet, pour avoir des chiffres importants, s’adresser au.v grandes statistiques de villes ou d’Etats, on n’y trouve que « le cancer », maladie, entité unique et sans distinction de formes ou d’espèces; et il n’en saurait être autrement, puisque le diagnostic clinique courant ne peut guère donner plus. Encore ce diagnostic ainsi restreint comporte-t-il bien des erreurs. Bashford ( t ), essayant d’en apprécier la fréquence, rapporte que sur 2886 cancers admis dans les hôpitaux de Londres, et pour lesquels le diagnostic clinique fut contrôlé par l’examen microscopique, la proportion des erreurs était de 14 p. 100 pour les cancers facilement accessibles à l’exploration et de 41 p. 100 pour les cancers profonds plus ou moins inaccessibles. Et il s’agit là de diagnostics portés par des médecins compétents, après examen complet des malades.
Pour les malades de la ville (c’est du moins ce qui se passe • à Paris), le diagnostic mortuaire est porté non parle médecin traitant qui a connu et soigné le malade, mais par le médecin de l’état civil, venu constater le décès, et obligé d'imaginer un diagnostic rétrospectif. Ici l’erreur est impossible à chiffrer, et nous en devons retenir un prudent scepticisme, devant les conclusions à tirer des gros chiffres de ces statistiques, d’ailleurs si impressionnantes par leurs apparences de rigueur scientifique.
Malheureusement, si, désireux de plus de précision diagnostique, on ne veut utiliser que les documents pourvus du contrôle anatomique et histologique, les statistiques personnelles, les statistiques de services, les statistiques d’hôpital, le nombre relativement restreint des cas expose à toutes les causes d’erreur résultant de l’étude plus particulière de telles ou telles variétés de cancers, des spécialisations de services, ou plus simplement encore du hasard des séries pathologiques.
Ces réserves faites sur les inconvénients de ces divers modes d’investigation, nous chercherons néanmoins à les utiliser et à les corriger les uns par les auti’es.
Fréquence du cancer. Données niiinériqiies. — La fré(iuence du cancer, tel ([ue le comprennent les statistiques, et tel que nous l’en-
(!) Hasiii'oiu), Scient. Beiiorls, etc., 1005.
ETIOLOOIK.
leiuions nous-mèine, c’esl-à-dirc englohanl loules les néoplasies malignes, est assez grande el correspond en moyenne à 4 ou 5 p. 100 de la morlalilé générale. Rapportée au chilïre de la population, la proportion des décès par cancer, et pour des atreclions aussi habituellement mortelles le cliilTre des décès doit indiquer avec une exactitude très suffisante le taux de la morbidité, s’élève à G ou 7 décès cancéreux par 10 000 habitants vivants. Ce sont là des chilïres moyens, mais qui varient d’un pays à l’autre et, dans un même pays, d’une ville aux autres villes, dans des limites assez étendues : en France, 10, 12, et jusqu’à 17, 18 pour 10 000. En d’autres points, les statistiques fournissent des chilïres infimes, 1 p. 10000, 0,40 même, comme au P>résil.
Les tableaux ci-joints, que nous empruntons à divers auteurs, donneront une suffisante idée, et de la fréquence moyenne du cancer et de ses variations selon les divers pays, telles du moins que nous les montrent les statistiques officielles.
Propoi-lion des décès par cancer sur 10000 habilanls vivants, el par rapport au chiffre de la mortalité générale (1).
France (1895-1898).
9,8 sur
habitants,
4,6 sur la mortalité générale.
Suède (1887)
Angleterre (1896)..
Saxe (1876-1885). . .
Hollande (1888) . . .
Italie (1888)
Tasmanie 0891). . .
Autriche (1887).. . .
États-Unis (1890) . .
Nouvelle-Zélande
Brésil (1891-18951. .
Statistiques de quelques villes. — Morlalilé par cancer sur 10000 habitants vivants (21.
Boulogne-sur-Mer 17,ô
Rouen 16,9
Nancy 15,9
Orléans 15,1
Lyon 11,5
Dijon 11,0
Paris 11,8
Cliichester 11,8
Canlerbury 11,3
Copenhague 10,9
Bordeau.’i 10,3
Cambridge 9,5
Buckingliam 9,4
Edimbourg 9,3
Aberdeen 8,9
Dundee 8,3
Bremen 8.0
Boston 7,9
Buenos-Ayres 7,7
Hambourg 7,6
Londres 6,8
Baltimore 6,5
New- York 6,2
Glasgow 6,1
Berlin. 5,7
Philadelphie 5,5
Washington 5,0
Rio-de Janeiro 2,8
S. Paulo 2,5
Bahia 1,9
(1) Tableau reproduit d'après A. de .\zevedo Sodué, Le cancer au Brésil (Deuxième Congrès médical de l’.Xmérique latine. Analysé in Zeilschr. f. Krebsforchunq, 1901).
(2) Ibid.
P. MENETRIER.
Accroissement progressif du nombre des décès par cancer. — Avec celle réparlilion inégale de la naorlalilé cancéreuse, sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin, un des faits les plus curieux que nous aienl révélés les slalisliques esl l’augmenlalion du nombre des décès par cancer dans ces dernières années. C’esl un fail qui d’ailleurs avail frappé plusieurs médecins, el Verneuil i 1), se basanl sur l’observalion el sur sa pratique des dernières années comparée à ce qu’il avail vu au début de sa carrière, trouvait une augmenlalion notable du nombre des cancéreux.
Si l’on étudie des relevés slalisliques portant sur un assez grand nombre d’années, on trouve en effet une augmentation régulière el progressivedu nombre des décès par cancer. PourParis, par exemple, la proportion pour 10 000 habitants passe de 8,4 en 1865 à l'2,I en 1900; à Londres, pendant le même temps, la proportion passe de 4,8 à 9,5. Mais le plus remarquable esl qu’une semblable augmentation n’est nullement spéciale à ces deux villes, et se retrouve, avec plus ou moins d’intensité, dans tous les pays.
Le fait est indéniable, et les tableaux statistiques que nous rapportons le montrent avec évidence.
Pour la ville de Paris (2), nous trouvons les chiffres suivants où la proportion des décès par cancer est rapportée à 100 000 habitants vivants.
Années.
Décès par cancer.
L’augmentation est ainsi régulièrement croissante. Des relevés statistiques de divers pays, Angleterre, Prusse, Irlande, Nouvelle- Zélande, Brésil, nous montrent le même phénomène dans les régions les plus distantes.
Accroissement du nombre des décès par cancer à Londres dans ces cinquanle
dernières années (3).
Sur 1 000 vivants moururent de cancer ;
(1) Verneuil, Gaz. hebdom. de méd. el dechir., 1893.
(2) J. Bertillon, De la fréquence des principales causes de décès à Paris pendant la seconde moitié du six® siècle.
(3) Report of the public Health Committee of the London Counly Council, 1902.
ETIOLOGIE. la— 'i79
. .Sur 1 ooo vivants
tnoururenl de cancer :