IS
En Prusse (1) sur décès la proportion des cancers a été;
Sur 10000 vivants, meurent de cancer :
A .Moscou, en 1880, il y avait 411 morts par cancer sur 700000 habitants en 1896, le Bureau statistique en compte 832 sur 900000 habitants ; le nombre des cancéreux a doublé en seize ans.
En Irlande (2), la proportion des décès par cancer, rapportée à 10000 habitants vivants, a été :
En Nouvelle-Zélande (3), la proportion des cancers sur 10000 habitants a été :
A Riode-Janeiro(deAzevedoSodré),en 1890, on enregistre 132 décès par cancer, et 236 en 1903.
Enfin nous emprunterons à de Bovis un tableau général de la mortalité cancéreuse en 1880, 1888 et 1900, plus démonstratif encore à ce point de vue.
(1 ) Hirschberg, Slatisticjue de la ville de Berlin {Zeilschr. /'. Krebsforchung, 1904).
(2) Spécial Report on cancer in Ireland. Dublin, 1903.
(3) The New Zealand Official Year Book, 1901.
P. MENETRIER. — LE CANCER.
Pour 100 000 hahilanls, la morlalilé cancéreuse a élé (1) :
. , , (Royaume
Aiiifletci’i'e , ,
° i Londres
Autriche (Cisleilhane)
I Royaume
Ecosse. • • 1
I Huit principales villes
Espagne : Madrid
I Paris
I< pnnr»A ,
I Villes de plus de 5 000 habitants . .
Hollande
Irlande
Italie
Norvège
Prusse
Russie : Saint-Pétersbourg
Suède : villes
Suisse
. Baltimore
I BulTalo
Etats-Unis. / Washington
j Sept plus grandes villes . . . .
' Ensembledes Étatsdel’Union.
République ^ Province de Tucuman
Argentine. ( Ville de Buenos-Ayres
lyoo
Ainsi, les statistiques de tous les pays nous montrent une augmentation constante et progressive du chitTre des décès par cancer. Devons-nous en conclure à une extension menaçante de ces formes morbides, à un danger social comme beaucoup paraissent le croire, ou les statistiques, avec leurs bases si défectueuses, ne seraient-elles causes de quelque erreur?
Fabre (^j, trouvant à Lyon une augmentation des faits de cancer consignés dans les statistiques mortuaires (augmentation régulière d’année en année : 444 cas en 1875, 580 en 1891), constate qu’en comparant ces chilïres au chilfre de la population de la ville, également en augmentation régulière d’année en année, la proportion restait rigoureusement la même. Mais cette explication ne peut s’appliquer aux statistiques que nous avons rapportées, où il est tenu compte du chiffre de la population et non pas seulement du chilfre brut des décès par cancer.
On peut aussi, le cancer sévissant surtout chez les sujets âgés, ou du moins ses formes les plus fréquentes étant proiu’es aux âges avancés de la vie, se demander si cette fréquence apparente ne tiendrait pas à l’accroissement de la longévité humaine, qui en effet, et en raison de l’amélioration de l’hygiène générale, s’est notablement augmentée, en moyenne tout au moins, au cours du siècle dernier. Cette raison doit avoir son importance et peut être invoquée dans un
(11 Tableau reproduit d'après de Bovis, Seniiiine inéd., 1902. L'augmentation de la fréquence du cancer, sa prédominance dans les villes et sa prédilection pour le se.\e féminin sont-elles réelles ou apparentes?
(2) EAniŒ, De la contagion du cancer. Thèse de Lyon, 1892.
Él'IOLOGIE.
la— 481
certain nombre île cas. Pourtant, dans les pays où l'augmentation des décès par cancer a été notée, on ne trouve pas toujours une augmentation parallèle de la |)opulation au-dessus de ([uarante ans. Ainsi en Prusse,de lS75à 18‘.>3, l’accroissement de la population Agée de plus de quarante ans n’aurait subi quelles variations insignifiantesfWutzdorff). Inversement, au Brésil, dans les régions où le cancer paraît extrêmement rare, de Azevedo Sodré remarque la proportion considérable des décès à un Age avancé, 13,3 p. 100 au-dessus de soixante ans (dont 804 au-dessus de cent ans ?).
Une tout autre explication ressort des très complètes études de de Bovis. Si, comme le fait cet auteur, on partage les cancers en deux classes: 1® les cancers externes, facilement apparents et d’un diagnostic sans difficulté, ’2° les cancers de diagnostic difficile, on constate que toute l'augmentation porte sur ces derniers, les premiers demeurant stationnaires, ou môme étant eii diminution. Ainsi les cancers externes sont stationnaires ; il y a même notable diminution des cancers du sein et de l’utérus, qui, dans les statistiques anciennes, fournissaient le plus fort contingent des cancers, et toute l’augmentation porte sur le chiffre des cancers viscéraux.
Dans la statistique parisienne, les cancers du sein, de l’utérus, de la bouche donnent les proportions successives suivantes :
.\iinùes. Sein. UU'tiis. Roiiclie.
État stationnaire ou même diminution notalile qui s’explique d’autant mieux que, par la généralisation des interventions chirurgicales, les malades succombent plus ou moins longtemps après l’opération, à des complications viscérales pour lesquelles le diagnostic de cancer n’est plus porté.
De même G. King et Xewsholm (1), utilisant la statistique de Francfort, trouvent que les cancers accessibles (utérus, sein, langue, rectum, peau, etc. j ont, pour la femme, passé de la proportion de 108, 1 à 13"2,9 pour 100000 vivants, de 1860 à 1880, et, pour l’homme, de 12,0 à 7,04, tandis que les cancers inaccessibles (estomac, foie) ont, pour l’homme, passé du chilfre de 11 1,8 à 188,8 et, pour la femme, de 132,3 à 103.
De Bovis cite encore à l’appui les statistiques italiennes de 1800 (2) où l’on voit la progression inégale des cancers de divers sièges.
(1) Proc, of tlie Roi/nl Soc. of London, 1893 (cités par ni-; Bovis).
(2) Slatistica délia causa di morte neü’anno 1899.
'fllAITli DE MÉDECINE.
1*. .Mi;.\ETIUi;i!. — L]' CAIVCi:i5.
Xomltre de cas
Siè^c dos cancers. dansjM ii^jes
i8«7-Sy. iSijij.
Utérus; va^iii ; ()\airc 2103 2d7S
Sein 10i;{ 916
Kstoniac ; œsophage 3341 4613
Fuie; raie; pancréas; intestin; pérituiiie 2122 3240
Il trouve ainsi que, d'une manière générale, le cancer du rectum paraît au moins stationnaire; le cancer utérin a subi une diminution assez notable; le cancer du sein a encore plus diminué, les cancers tle la bouche et des annexes sont peut-être en voie d’augmentation, mais l’augmentation principale est due surtout aux cancers visci raux.
Cette diminution dans les statistiques du chiffre des cancers accessibles est d’ailleurs confirmée par les travaux deWeinberg et Caripar (Stuttgart), Frassi (Parme), ^^filbur (Michigan), Frief (Breslau .
Fn relevé plus récent de la statistique parisienne confirme également ces données.
Sur 100 000 habitants, les décès par cancer en un an ont été :
iSS6
Siège (lu cancer.
i8(jo
)(jo5
lîoiiclie
]-]ptüniac
Intestin
Organes geinitaux de la lemme
Sein
Ainsi précisée, l’augmentation du chilTre des cancers paraît un phénomène purement statistique et indépendant de la fréquence réelle de ces formes morbides. On peut honorablement l’expliquer par la perfection plus grande du diagnostic, permettant de reconnaître des formesjusque-là méconnues par la clinique, etle grand nombredescancers trouvésseulementà l’examen nécropsique, la fré({uence dccessurprises d’autopsie, permet de croire qu’il y a en effet encore beaucoup de progrès à réaliser dans ce sens, mais on doit tenir compte aussi des phénomènes de la suggestion médicale, et penser que, plus l’attention sera attirée sur l'augmentation de fréquence du cancer, et plus le ch i lire des cancers tiendra une place importante tlans les stûtisti(|ues.
Sièg-c et frcqueiicc relative tles diverses formes de cancers. — Cancers primitifs multiples. — A des degrés divers, les diderents organes et tissus sont atteints par le processus cancéreux, et la fréquence avec latpiclle cliacun d’eux en est le siège peut, dans une certaine mesure, nous fournir d’utiles indications étiologiques.
Dans la règle, le cancer a un début unique, et une seule variété de cancer se développe piâmilivemcnt chez un individu. Cette règle
ÉTIOLOGli:.
I ;î— 'jH3
-soullVe quchiues cxceplions, mais clics sont assez rares pour eu souligner rimporlauce. El de l'ail, les cancers juMinilifs inulli|)lcs de. lyjie dill'érent sont de ces observations exceplionnelles que l’ou croit devoir publier. Nous en avons observé un cas oii un cancer gastrique, dévelopj)é au pourtour pl’uu ulcère, coïncidait avec un cancer primitif des voies biliaires, tous deux nettement diirérenciés par leurs types cellulaires.
FrenUel, dans sa llièse, en cite une quinzaine d’observations; Millier, en l'.Krj, en réunit ‘JS cas dans la littérature et y joint une observation personnelle. Les combinaisons, dans ces cas, sont des plus variées, et paraissent d'ailleurs de pures rencontres de hasard, sans lien palhogénique reconnaissable: utérus et pancréas, Bard ; (csophageel intestin, l^renkel ; épilhéliome du foie et sarcome de l’utérus, Hanoi; œsophage et ampoule de Vater, Lannois et Courmont; œsophage et estomac, Omlu’édanne; estomac et utérus, Thiéry; cancer pharyngo-laryngé et stomacal, Fontoynonl; jiarotide, poumon et foie, Milian ; ovaire et estomac, Lamparter i l).
Dans le cas. au contraire, oii la multiplicité des foyers initiaux du •cancer s'observe avec un type cellulaire identique, il ne s’agit plus de coïncidences fortuites, mais bien d’une modalité particulière des lésions ou des alTections précancéreuses, le cancer se formant alors soit aux dépens d’inllammations chroniques siégeant sur des territoires cellulaires plus ou moins vastes (lupus, cirrhoses), soit aux dépens d’hétérolopies cellulaires multiples. Nous reviendrons un peu plus loin sur ces faits qui sont d’un grand intérêt au point de vue palhogénique.
Statistiques générales par localisations. — Mais, ces exceptions signalées, dans la règle le cancer débute en un point unique de l'organisme.
Les sièges les plus fréquents du cancer sont le tube digestif, l’estomac particulièrement, et les organes génitaux de la femme, utérus et mamelle. Et dans les anciennes statistiques nous voyons^ ■selon les auteurs, tantôt l’une et tantôt l’autre de ces localisations prédominer.
Ainsi Tanchou, utilisant les relevés des décès du département de la Seine de bSIlOà bSiO, trouve le cancer de l’iitérus de beaucoup le plus fréquent, le cancer de l’estomac ne venant qu’au second plan, et d’assez loin.
(1) Fuiînkiîi,, De.s lumeiir.s cancéreuses mulli|)Ics et primitives à type dill'érent. 'thèse de Faris, 1894. — (î. Mi'ii.i.cit, Ueber multiple piùmiirc Carcinom. Tuljingeu, 1902. — II.\nsi:m.\xn, Die gleiclizeitige Vorkumenen verschiedenartiger Geschwulsle bei dersell)en Person {'/.eitschv. f. Krohsfiirchii luj , — Haiu), Arch. f/èn.
We iiiéd., 1892. — 1..vnni)is et Couumo.xt, Revue de méd., 1891. — Umiihï;i>.vnm:, Soc. unuL, 1893. — Tiiicuy, Soc. aiiat., 1889. — Fontoyno.xt, Soc. iinnl., 1897. — Mii.i.ax, Soc. unnl., 1897. — i,AMr.vuri';ii, (lenlr. f. .Ml;/. l'uLh. u. juilli. Anal.,
P. MENETRIER — LE CANCER.
Décès par liiineiirs malûjnes de IS30 h IS^iO dans le déparlemenl de la Seine
{Tanclioii) (1).
Nomljrc de décès par tumeurs mali};ncs
Cancer de l'uLcrus
Estomac
Sein
Foie
Rectum
Intestin