‹ CancerChapitre 4 sur 54 · I.A CILLLULK CANCÉUliUSE · texte numérisé non relu

I.A CILLLULK CANCÉUliUSE

l’organisme un nombre indéfini de Inmours secondaires ; c’est la généralisation du cancer.

Kn plus de ces caractères fondamentaux et qui sont les memes quelle que soit la variété du cancer, on observe des modifications morphologicpies et fonctionnelles des cellules ainsi intéressées par la prolifération néoplasique; des troubles fonctionnels et des altérations variées de ces cellules dont la vitalité est souvent compromise j)ar l'intensité même de leur processus proliféralif, d’où de nombreux types de dégénérescences.

Parallèlement, des modifications importantes se passent dans les tissus en rapport avec les cellules proliférées ; d’une part, la trame conjonclivo-vasculaire est utilisée par la tumeur en prolifération qui y puise ses principes nutritifs ; d’autre part, le cancer y rencontre des éléments de défense de l’organisme, qui peuvent parfois entraver son développement et tout au moins contribuent à modifier son évolution et sa morphologie.

On observe enfin, et cela à une période plus ou moins tardive selon les cas et selon les variétés de cancers, un retentissement sur l’ensemble de l’organisme de cette affection d’abord locale, puis généralisée; retentissement de causes diverses, mais au nombre desquelles il faut compter l’action nocive spécifique des éléments néoplasiques, et qui constitue la cachexie cancéreuse.

Dans cet ensemble que constitue le processus cancéreux, nous avons à étudier tout d’abord la cellule cancéreuse, l’élément essentiel, actif, du processus; sa biologie, ses fonctions, ses modes de multiplication, les dégénérescences qu'elle subit; ses rapports avec les autres éléments de l’organisme, les efforts réactionnels et défensifs de celui-ci, les modifications qu’il en éprouve. Puis les étapes du processus, ses débuts et ses rapports avec les états morbides antérieurs et préparatoires; l’accroissement et l’extension du cancer; sa généralisation et son retentissement sur l’organisme, la cachexie cancéreuse.

La cellule cancéreuse est surtout remarquable par son indépendance relative de l’organisme dans lequel elle se développe ; par sa tendance à s’affranchir du plan d’organisation, pour se comporter en véritable parasite. Aussi est-il possible de l’étudier comme telle, comme un organisme indépendant, dans ses principales propriétés. Et cela, ainsi que nous le verrons, est possible non seulement en l'observant dans son milieu naturel et en dissociant, par la pensée, ce qui est de son fait ou appartient aux éléments avoisinants, mais encore en l’isolant, en la transportant expérimentalement dans un autre organisme comme les grelîes des tumeurs nous permettent de le faire, dans un certain nombre de cas tout au moins.

Thaité de médecine.

P. MENETRIER. — I>E CANCER.

1“ modes de multiplication. — De ses pro[)riélés, la plus caractéristique est la propriété de reproduction. La cellule cancéreuse est avant tout un élément proliférant: c’est par la multiplication excessive de ses éléments que la tumeur cancéreuse se spécialise tout d’abord, et c’est par cette propriété essentielle que nous devons en commencer l’élude.

Tous les modes de reproduction cellulaire peuvent être observés dans les cancers. Le plus important et le plus fréquent est celui delà division indirecte des noyaux, de la karyokinèse ; on observe également la division directe, et les modalités particulières qualifiées de fragmentation.

Karyokinèse. — Les travaux d’Arnold (1), Martin (2), Cornil {3). Filbri (4), Rosow (5), Podwyssozki (6), Seslawin (7), Borrel (8), Fabre- Domergue (9), Strœbe (10), Schütz, Karg, V. Müller (il), Pfitzner, Schottlander(12),Trambusli(13), Galeolli(l4), Krompecher (15), etc., ont établi la constance de ce mode de reproduction dans les tumeurs épithéliales et conjonctives, dans toutes les variétés de tumeurs malignes.

Des observations de Cornil, de Seslawin, de Hauser, etc., résulte qu’il y a un rapport direct entre l’activité de développement de la tumeur et la fréquence des figures de karyokinèse, et aussi ce fait, d’importance majeure pour interpréter l’origine et la nature du processus, que, tandis que les cellules néoplasiques (cellules épithéliales, cellules sarcomateuses) seules offrent cette abondance de figures karyokinétiques, les cellules de la trame n’en présentent pas ou seulement à titre exceptionnel.

(1) Arnold, Ueber feinero Struklur der Zellen unter normalen und pathologischen Bedinguiigen (Virch. Archiv, 79). — Ueber Kernteilungsfigiu’en in den Zellen der Geschwulste {Virch. Archiv, 78).

(2) Martin, Zur Kenntniss der indirekte Kernteilung {Virch. Archiv, 1881).

(3) Cornil, Sur le procédé de division indirecle des noyau.x et des cellules épithélialesdans les tumeurs (épilhéliome, carcinome, papillomel {Arch. de physioL, 1886).

(4) Filbri, Inaug. Diss. Bonn, 1887.

(5) Rosovi', Inaug. Diss. Saint-Pétersbourg, 1888.

(6) Podwyssozki, Wralsch, 1889.

(7) Seslawin, Inaug. Diss. Saint-Pétersbourg, 1889.

(8) Borrel, De la division du noyau et de la division cellulaire dans les tumeurs épithéliales {Journal de Vanalomie, 1892).

(9) Fabre-Domergue, Les cancers épithéliaux. Histologie. Histogénie. Etiologie. .\pplications thérapeutiques. Paris, 1898.

(10) Stroebe, Kernteilung und Riesenzellenbildung in Geschwu\slei\{Ziegler's Bei- Iriige, Vil). — Zur Kenntniss Verschicdcncr cellularer Vorgange {Ibid., .\I). — Ueber Vorkommen und Bedeutung der asymetrischen Karyokinèse {Ibid., XIV'.

(11) ViTALis Muller, Ueber celluliire Vorgange in Geschxvülsten ( Virc/i. .Archiv,

exxx).

(12) Sciiottlander, Arch. f. Mikroskop. Anal., 31.

(13) Trambusti, Ziegler's Beitriige, 22.

(14) Gai.botti, Ziegler's Beitriige, 20.

(15) Krompecher, Ueber Zcllteilung {Cenlralblatl /'. allg. Path. u. Path. Anal.. 1902).

LA CELLULE CANCÉIIEUSE.

Dans le cancer de l’eslomac, Hauser (1) coinple .500 iniloses épithéliales, contre H seulement dans le tissu conjonctif du stroma. Aussi peut-on, dans unecertaine mesure, conjecturer de la malignité d'une tumeur par l’abondance des mitoses que l’on y rencontre. Dans le grand nombre de cellules en division, on peut en saisir à tous les stades du processus, et l’on peut constater ainsi que tandis que, pour un certain nombre de cellules, les phénomènes de la karyokinèse s’elTectuent avec des apparences absolument normales, pour d’autres, et en nombre plus ou moins considérable selon les tumeurs étudiées, desanomalies serencontrentauxdiversstades de la division.

Ce n’est donc pas seulement par leur abondance que les mitoses des cancers sont remar(|uables ; c’est encore et surtout par les nombreuses moditications pathologiques qu’elles présentent. Cornil, dès 1886, a attiré l’attention sur la fréquence des karyokinèses anormales dans les néoplasmes, et les observations qu’on en a pu faire ont pris une importance considérable, tant au point de vue des inductions que l’on en peut tirer sur le processus lui-même, puisque plusieurs théories pathogéniques en sont issues, qu’au sujet de l’interprétation de certaines figures rencontrées dans les cellules des tumeurs, et considérées comme des parasites par desobservateurs trop pressés d’y découvrir la cause spécifique de ces néoplasies.

Les anomalies observées consistent en la présence dans les cellules en prolifération de divisions nucléaires multipolaires à 3, 4, 5 branches et plus, surtout fréquentes dans les cellules volumineuses et hypertrophiques (fig. 91); dans des irrégularités de forme, de nombre, de volume des filaments chromatiques; la division incomplète de la cellule aboutissant à la formation de cellules géantes à noyaux multiples, l'essaimement de fragments de chromatine dans le protoplasma ; la multiplication isolée des centrosomes (Borrel) (2) et leur inclusion dans des vacuoles du protoplasma ; l’inclusion de noyaux dégénérés ou de cellules filles dans le protoplasma de la cellule mère. Schottlander, Trambusti et Flemming décrivent des mitoses avec chromosomes égarés. Toutes ces apparences, dont, grâce à des techniques colorantes perfectionnées, l’origine cellulaire ou nucléaire a pu être nettement affirmée, reproduisent complètement les diverses figures présentées comme parasites intracellulaires ou intranucléaires [Cornil (3), Pianese (4), etc.].

Les mitoses multipolaires sont relativement fréquentes (5). D’après

(1) Hauseu, Das Cyliiiderepithelcai’cinom des Magens imd des DicUdarm^. Icna, 1890.

(2) BomiEL, Congrès inl. de médecine. Paris, 1900.

(3) CoBML, Congrès inl. de médecine. Rome, 1 894.

(4) Pianese, Reilrage zur Histologie und Aeliologie des Carcinoni's {Ziegler's Beitrage., 1896).

(6) CoBNii-, Mode (le mulliplicalion des cellules et des noyau.\ dans IMpilliélioina (Joiirn. de l’anat., 1891). — Cornil a trouvé des variations en rapport avec le

P. MENETRIER. — LE CANCER.

un relevé de Krompecher portant sur 313 tumeurs malignes, tant épithéliales que conjonclives, la division mitosique double se rencontrerait dans 77 p. 100 des cas, la mitose multiple dans 47 p. 100. Cet auteur décrit soigneusement la forme des cellules, et constate (|ue les mitoses multiples se renconlrenl dans des cellules nettement limitées, le plus souvent bien symétriques, les segments chromatiques et achromatiques présentant dans le plus grand nombre des cas une division nettement ordonnée dans l’espace, suivant le type des corps stéréométriques (tétraèdre, octaèdre, hexaèdre, etc.).

L’incidence variabledes coupes peutdonner aux figures de division une apparence faussement asymétrique, mais il existe aussi des mitoses réellement asymétriques.

Les mitoses multipolaires se rencontrent d’ailleurs dans des conditions absolument physiologiques dans les tissus de l’embryon ; on ne saurait donc, par cela seul, les considérer comme pathologiques.

Chaque observateur, d’ailleurs, attache une importance plus particulière à telle ou telle de ces anomalies.

Hansemann (1) a particulièrement insisté sur l’asymétrie des figures de karyokinèse, le partage inégal des filaments mitosiques, les formations de cellules à noyaux hyperchromatiques et hypochromatiques. D’après lui, à chaque race cellulaire correspond un certain type de mitose assez caractéristique pour permettre de diagnostiquer la variété de cellule. Dans les tumeurs, les caractères des mitoses changent, et les modifications portent sur tous leurs éléments constitutifs, chromosomes, fuseau, durée de chaque phase, situation des mitoses dans les cellules, forme des cellules pendant la mitose, etc. Il décrit notamment des cellules avec chromosomes, en nombre normal, mais altérés dans leur forme; des altérations des corpuscules centraux, des cellules à noyaux hypocliromatiques avec diminution du nombre des chromosomes; des cellules à noyaux hyperchromatiques avec augmentation des chromosomes. Les noyaux hypocliromatiques peuvent résulter de dégénérescences partielles des chromosomes, mais il attribue surtout leur origine à un phénomène auquel il attache une importance capitale, à l'asymétrie des mitoses; au partage inégal de la substance chromatique dans la division des noyaux. Les mitoses asymétriques seraient, d’après lui, surtout fréquentes dans les carcinomes, plus rares dans les sarcomes, et ne se rencontreraient pas dans les hyperplasies et les tumeurs bénignes. Ces modifications du processus mitosique, Hansemann les

\ olume des cellules. Les cellules de 15 à 20 (x préseiileraienl des divisions doubles, celles de 25 à 10 (x des divisions muUipolaires.

(1) Hansemann, Ueber Asyinetrisclie Zellteilung in EpilhelUrebsen und dereu biologisclie Redeulung (Virch. Archiv, 1890). — Studien über die Specilizitiil, den Allruismus und ilie Anaplasie der zellen. lîerlin, 1893. — Die Mikroskoixiscbe Diagnose der büsartigen (iescliwülsle. Berlin, 1897. — Ueber Kernleilungsliguren in büsai'Ligen Geschwülslen [liiolo^isches Cent r albin II, 1901).

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