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Bouchers

D’autres statistiques, et notamment les enquêtes allemandes, semblent accuser une fréquence particulière du cancer chez les jardiniers.

Contagion et infection (1 ). — La facilité avec laquelle les théories parasitaires permettent aujourd’hui d’expliquer le développement des maladies, et le succès des enquêtes étiologiques entreprises pour la détermination des causes de la tuberculose, de la fièvre typhoïde, du choléra, etc., ont naturellement conduit à entreprendre des recherches analogues pour le cancer, que, du reste, les médecins qui s’en sont occupés ont paru considérer comme une maladie une, définie, analogue à celles que nous venons de citer, et quels que fussent, du reste, le siège et la variété anatomique des tumeurs. Grâce à eette largeur de conception, il n’a pas été difficile de trouver fies foyers endémiques et des épidémies de cancer, des maisons, [Guelliot (2), Shaltock et Ballance], des rues, des villages IP. Lucas-

(1) Michaux, De la contagion du cancer (Sem. méd., 1889). — F.vhriî, De la contagion du cancer. Thèse de Lyon, 1892. — Mknsciiig, Ueber die contagiositiit des Kreljscs. Inaug. Diss. Dresde, 1902.

(2) Gl'eli.iot, Union méd. du .Xord-U.fl, 1891 . — Gaz. des hôj)., 1892.

P. MEMETRli:!!. — LE CANCER.

Cliampionnièrc (1), Arnaiidol, Rebulel (2), Maniclion, etc.] on tics quartiers dans les villes (Fiessinger, etc.) habités par le cancer et dont, les babilanls sont simultanément ou successivement frappés de toutes les formes de cancer, et quebjuefois à des années de distance, mais peu importe.

Arnaudet, dans une petite commune de Normandie, relève en huit années 11 décès par cancer sur un cbitfre total de 7i décès, soit une proportion de 14,<SS p. 100 qui, comparée à la moyenne fournie par les statistiques parisiennes à la même époque, 4,1G p. 100, donne ainsi un chitTre trois fois plus fort. Des observations ultérieures du même observateur et de médecins exerçant dans la môme région donnent des résultats semblables. Dans d’autres régions, P. Lucas- Championnière, Guelliot, utilisant soit les faits de leur observation personnelle, soit surtout les observations de médecins de campagne, arrivent à des conclusions analogues.

Et pour suivre la comparaison avec la fièvre typhoïde, on cherche également l’origine hydrique de la contagion, la maladie suivant le cours des eaux (Arnaudet) et particulièrement disséminée en Normandie par le cidre, dont on connaît les procédés de .fabrication peu hygiéniques; à moins que le rôle des eaux ne soit indirect, le cancer, par analogie avec la malaria, étant provoqué par les piqûres d’insectes aquatiques (Fiessinger) (3). Et cela se trouve concorder avec les observations des médecins anglais Ballance, llaviland, qui constatent la prédominance des cas de cancer chez ceux qui habitent le long de rivières à débordements périodiques.

Ces idées, certainement ingénieuses, reposent malheureusement sur des faits peu probants, sur des observations bien incomplètes, souvent môme plutôt des souvenirs ou des impressions que des observations rédigées, et l’on ne paraît pas tenir un compte suffisant des difficultés du diagnostic des cancers viscéraux, gastriques notamment, qui abondent dans ces statistiques, alors surtout qu’en aucun cas il ne saurait y avoir de contrôle anatomique.

D’ailleurs, aux statistiques on peut toujours opposer les statistiques. Brunon (4) a fait en Normandie même une contreenquête, et la majorité des médecins qui lui ont répondu n’ont pas remarqué dans leur pays cette fréquence insolite des cancers.

La comparaison avec ta statistique parisienne prise comme type peut être faussée par la grande fréquence de la tuberculose à Paris. .Justement, dans leurs mémoires, P. Lucas-Championnière, Arnaudet signalent la rareté de ta tuberculose dans les pays oii ils

(1) l’. LucAS-CiiAMiNONMi'iiiE, Juiim. cis méil. el de chir. jirnliqiiex, ISSf».

(2) Aunaupet, Le cancer dans une commune de Normandie (Mornuuulie méd.. IShO-lSODi. — Ueiuii.et, Ibid., 1801.

(8) Eiessingeu, Rallioji^énie du cancer iltcviie de méd., 1893).

{!) Riioo.n, Emiuète sur le cancer en Noi-mandie. Rouen, 1803.

ETIOLOGIE.

■ a— 5oy

ont observé; la tuberculose lue avant l’ége du cancer; les malades d'Arnaudel étaient pour la plupart fort Agés, et la rré(|uence du cancer croit avec l’Age. Des raisons de ce genre pourraient, jus([u'à un certain point, expliquer une fréquence relalivedu cancer en certaines régions. Mais, d’autre part, le nombre relativement restreint des fails réunis par ces observateurs expose à toutes les erreurs tenant au hasard des séries patliologitpies et ôte toute valeur à ces observations <lonl l’inlérét résulte uniquement de leur fréquence, «juand elles ne sont pas appuyées de chilfres très importants.

11 est curieux de voir ainsi nombre de médecins appuyer l'opinion d’une fréquence plus grande du cancer dans les campagnes que dans les villes, alors que nous avons vu les grandes statistiques indiquer des résultats préci.sément contraires.

En somme, et jusqu'à présent, il ne nous parait sortir aucun éclaircissement de ces enquêtes éliologi(|ues, et leur défaut capital, irrémissible, nous parait être la conception du cancer comme maladie. Les tumeurs malignes constituent un groupe morbide, une même famille pathologique, si l’on veut, mais pas une maladie, et, ({uelle que soit l’hypothèse admise sur leur palhogénie, il est impossible de leur supposer une cause unique pour toutes; si elles sont d’origine parasitaire, il n'est pas supposable (jue le parasite de l’épithéliome des lèvres soit le même que celui du cancer du foie ou de rosl('-osarcome des membres ; et que serait une enquête étiologique où l’on confondrait la tuberculose, la syphilis, la morve et l'infection purulente, sous prétexte (jue ce sont toutes des maladies infectieuses anatomiquement parentes?

Ladoclrine parasitaire des cancers s’appuie d’autre part sur l'expérimentation dont nous nous sommes déjà occupe au chapitre du processus cancéreux, et nous y avons vu que tous les faits positifs de transmission des cancers pouvaient se référer au mécanisme de la grell’e cellulaire; et sur les observations bactcriologi(iues et histologiques; que, pour éviter les redites, nous étudierons un peu plus loin avec les théories palhogéniques.

Dans le présent chapitre, nous ne voulons grouper et interpréter que des fails cliniques. lien est encore (juelques autres où l’on a cru voir une démonstration de la contagion ou de l’infection cancéreuses.

D’autres sources de contamination ont en elfel été invoquées.

L. Noëljl) croit trouver une explication de l’endémicité du cancer en certaines régions dans l'existence aux mêmes lieux d'une maladie des arbres appelée chancre ou cancer des arbres. Ici il semble bien que ce soit le mol qui ait suscité l'idée, car, avec les caractères «jue nous reconnaissons au cancer de l'homme et des animaux, dont le plus important est l’infection cellulaire, il ne semble pas possible

(1) Liio\ Sur la topograi^liie et la contagion du cancer. Chancre ou cancer

«les nrhrc.«. Cancer des hommes. Thèse de Paris, ISO".

P. MENETRIEIP

Ll- CA.XCEPi.

(le rclroLiver chez les végétaux, dont les cellules sont immobiles et ([ui sont dépourvus d’appareil circulatoire, un processus analogue. (Juoi qu’il en soit, plusieurs observateurs se sont occupés d’étudier le cancer des arbres. Bra (I) a l'ait des cultures de Acclria dilissinia, parasite supposé du cancer des arbres, et il a cru pouvoir l’identifier au parasite qu’il retirait des cancers humains ; môme, d’après cet auteur, l’inoculation aux arbres du parasite humain reproduisait le chancre.

Mais des recherches ultérieures de Brezinski attribuent le cancer des arbres à un bacille (Baclerium mali pour le pommier, Baclerium pyri du poirier, Baclerium corijlli du noisetier).

Un autre parasite des végétaux a joué un certain rôle dans l’histoire du cancer, \e Plasmodiophora Brassicœ. C’est un myxomycète découvert par M’oronin en 1877, dans une maladie du chou, et dont Podwyssotzky (3) a étudié l’action pathogène chez les animaux, oit il se comporte comme un parasite endo-cellulaire, donnant des figures analogues aux inclusions des cellules cancéreuses. Il s'agit là d'ailleurs d’une simple analogie morphologique, car on n’obtient, chez les animaux inoculés, ni vraies tumeurs, ni cancers (4). Mais Behla, observant à Luckau une mortalité cancéreuse assez forte (t cancer sur 9 décès), a cru pouvoir attribuer cette fréquence à l’alimentation des habitants par des choux qui, dans la région, sont fréquemment infectés par le Plasmodiophora.

On rencontre de-cide-là, dans la littérature, des observations de transmission du cancer par contagion plus ou moins directe. Il y en a d’anciennes ou de récentes et qui se ressemblent singulièrement par leur imprécision.

Ainsi, au xviii® siècle, a le D‘' Turner assure que deux personnes de sa connaissance perdirent la vie pour avoir goûté de la liqueur qui coulait d’un cancer à la mamelle » (Encyclopédie, art. Cancer). 'l’out récemment, von Leyden (5) a observé un jeune homme qui, par erreur, avait avalé le contenu d’un verre renfermant l'eau de lavage de l’estomac d’un carcinomateux et qui mourut deux ans après d’un cancer de l’estomac. Et Naunyn a rapporté un cas semblable d’un médecin ayant avalé du contenu gastrique d’un cancéreux, et ([ui mourut de carcinome. Le plus curieux est certainement qu'il se soit trouvé autant de gens pour faire une expérience aussi répugnante. Passe encore pour le mari dont parle Peyrilhe, qui, ayant sucé

(1) Bua, C. U. (le l'Acucl. des sciences, 1899.

(2) UnnziiNSKi, Ihili. inlern. Je ('.'{end. des sciences de Cracovie, 199.8.

(3) Poii\\ ASSOTZK.Y, Presse médicale, 1990. — Ueher die experimentelle Erzeiiguiifî von parasilaren inyxomyccten GesclnvnlsLcn verinitlelsl Iniprung von Biasinodiophora brassicje {/eilsclir. /'. Idin. .Med., 1902).

(1) LchMCNTiiAi., Ticrvei-suclie mil Plasmodiopliora livassiac (Zeilsc/ir. f. Krebs/'orchniifi, 190')).

(a) Von I.icvin:.', N.vunvn, XX' Eongrcs de niéd. inl. \\’iesl)aden, 1992.

irnoLOGii:.

la mamelle cancéreuse de sa l’emmc dans rinlcnlion de la soulager, lut alLeinl peu de temps apiès d’un cancer aux gencives <pii le (il périr.

La transmission du cancer dans les rapports sexuels a été incriminée (1). On cite des laits de Clemou, de llrouardel ('2) (|ui observèrent successivement un cancerde Tutérus chez la femme, un cancer d(' la verge chez son mari. Ouelliot en a rasseml)lé 2;i observations, et I)lus récemment Belha arrive au chillVe de 30 cas plus ou moins démonstratifs et relevés dans toute la littérature. Outre que la plupart de ces faits manquent de ces détails d’observation qui pourraient rendre vraisemblable la contagion, il faut bien remarquer leur petit nombre, et le contraste qui existe entre la fréquence excessive du cancer de l’utérus et la grande rareté des cancers de la verge.

On invoque même la contagion professionnelle.

Richard Rudd dit avoir vu mourir de cancer cinq chirurgiens d'hôpital, qu’il suppose s’être infectés auprès de leurs malades, et Guermonprez rapporte l'observation d’un médecin contagionné en grattant une pustule d’acné alors qu’il soignait des femmes cancéreuses; lui-même aurait eu une verrue au doigt après avoir touché un cancer de la langue ? (3j

Il est bien difficile de trouver dans ces anecdotes Icséléments d’une démonstration de la contagiosité des cancers.

Actions traumatiques et irritatives. — Plus puissantes et d’action plus facilement démontrable sont les causes locales traumatiques ou irritatives. C’étaient là des causes généralement acceptées des anciens, qui distinguaient mal les tuméfactions, les épanchements de sang ou d’humeurs, immédiatement consécutifs aux traumatismés, des véritables tumeurs par prolifération de tissu ; acceptées toujours dans les idées populaires, qui le plus souvent ne font que continuer les traditions scientifiques des âges précédents; mais ces idées ont été en partie laissées de côté au fur et à mesure que nos connaissances de la structure des tumeurs se perfectionnaient, qu’on apprenait à mieux distinguer entre les conséquences de ces diverses actions traumatiques, et la complexité des néoplasmes parut hors de proportion avec les causes si simples invoquées pour leur production. On y revient aujourd’hui (4), et c'est qu’en effet les traumatismes,

(Il Der Ui’OgciiitaIkrebs in sciner lîedeuLung- fur das Ki'chspi'oh\cm \Zeilsclir. f. Kreht<l'orchun([, 190i).

(2) Cité par Michaux.

(3) Guf.hmom-hez, De la coiilafjion ijrofcssionncllc du cancer ylhiLl. méd., 1396).

(4) HEitzi-Ei.li, Tunior und Ti-auma {/eilsclir. f.Krebsforchiuuj, 1 901). «01 inc Trauni.a kein Tuinor », dit llinizi'ELn en donnant au mot truuina son sens le plus larf;e. — hENoniscK, I.a connexion étiolofçiiiue entre le traumatisme et la formation des lumeuvs [Deutsche Zeilsrlir. /'. C/it/-., l.ll) — Hufe, Impoitancc du trauma dans l'étiologie des tumeurs malignes [CenlraLhlnLl /. allg. I‘alh. ii. palh. Anal., 1902). — W'. Riii-ke, Die lîedcutung des Traumas l'iir die Initsthclumg derjCarcinome und Sarkome [Arch. /'. lilin. Chir., lîd. L.XXN’lll).

P. iMEM'/n^lEP. - LK CANCI-H.

passagers ou ré[)élés, les irritations et les inllammations chroniques sont des causes puissantes de prolifération cellulaire, et (jue celle-ci constitue justement le substratum anatomi(pie de la tumeur cancéreuse.

Il importe de distinguer, dans ces iniluences irritatives, le traumatisme brus(iue, plus ou moins violent, mais temporaire, de l’action persistante, continue, agissant lentement mais indéfiniment, des irritations mécaniques, physiques, chimiques ou inllamraatoires. Car il semble bien que ces modes d’action divers correspondent à des effets différents et iniluencent le développement de tumeurs dilTérentes.

Traumatismes brusques et passagers. — Les traumatismes brusques, dont la contusion représente le type, sont plus particulièrement incriminés, et le plus grand nombre des malades porteurs de tumeurs eu font remonter le début à un accident de ce genre, si fréquemment même que l’on en est induit à suspecter leur témoignage et à penser qu’ils se sont suggéré à eux-mêmes cette étiologie, comme expliquant le mieux le développement de leur mal. Cette étiologie a pourtant pour elle des appuis considérables, depuis A. Paré, Boerhaavc, Van Swieten, Morgagni, Velpeau, jusqu’à Virchow, Paget, Verneuil et les nombreux élèves qui se sont inspirés de son enseignement (I).

Même en se montrant rigoureux dans le choix des observations, et il faut l’être, justement en raison de cette tendance des malades à expliquer leur mal d’une façon plausible, on en trouve un nombre assez considérable pour entraîner la conviction; et l’on ne peut en etTet nier rintluence causale du traumatisme quand un tissu ou un organe, sains antérieurement, deviennent, à la suite d’une co’ntusion, le siège d’une tuméfaction inllammatoire, qui ne rétrocède pas, mais croît ensuite progressivement, se constituant en tumeur.

Si l’on considère quelles variétés de tumeurs résultent de cette sorte de traumatismes, il semble que ce soient surtout des tumeurs dérivées des tissus conjonctivo-vasculaires, bien plutôt que des tumeurs épitliéliales, ces dernières semblant plus spécialement en rapport avec les irritations chroniques et longtemps prolongées. Nous sommes en cela d’accord avec Schuchardt (2), ([ui oppose à ce point de vue le sarcome et le carcinome, le premier consécutif à un trauma unique, le second à des irritations répétées, et Ouénu admet également l’induence plus particulière des traumatismes dans le développement des tumeurs conjonctives.

Il ne faut cependant pas pousser trop loin cette opposition ; c’est une question de plus ou de moins que l’on peut mieux apprécier en

(1) I.i:ci,iîFU'., (Contusion et néoplasmes. Thèse de Paris, I8S3.

(2) ScnnciiAiiDT, Iteitriige /.ur Inilsteluinfï des Carcinoms ans chron. entziîndlicliem Zustande der Schleiinliaiile und llaiiLdecken {Klin. Vorlr. f. l'.hir., 1885 .

l'T10L0(JlE.

i-ilanl (juchiues cliillVes. Uopke ), sur <S0(> carcinomes cl 181) sarcomes observés à la cliniciuc chirurf^icalc d’Iéna, de 1891) 1901, trouve un

Iraumalisme unique à l'origine de 19 carcinomes el de 19 sarcomes, ce (|ui donne la proportion de 1/lOdossarcomesel 1 '42 descarcinomes relevant de cetle cause éliologiciue. Ziegler, sur 328 carcinomes observés à la clinique chirurgicale de Munich, en trouve 55 consécutifs à un Irauma unique, et, sur 171 sarcomes, 75 développés dans les mêmes conditions, ce qui donne les proportions de 1/5 j)Our les sarcomes el de 1/0 pour les carcinomes. Enfin Lengrisek (2), sur 18 tumeurs malignes consécutives à un Irauma unique, ne rencontre que 2 carcinomes contre 13 sarcomes. Ces exemples suffisent à montrer (|ue le Iraumalisme unique agit plus fréquemment dans le développement des sarcomes que dans celui des épilhéliomes.

Les sarcomes, el particulièrement les sarcomes des os, relèvent donc souvent d’une origine traumali(|ue ; Boerhaave, Van Swieten ont déjà signalé des observations susceptibles d’une semblable interprétation. Dans une statistique de Gross (3), sur lit cas d’ostéosarcome, 63 étaient manifestement sous la dépendance d’un traumatisme. Delmas et Cannieu (4) ont observé un chondro-myxosarcome du tibia consécutif à un traumatisme.

Il en est de même des sarcomes d’autres organes. Leclerc, dans sa thèse, en rapporte des exemples pour la mamelle el le testicule. Dans ces faits, le traumatisme a été suivi d’une tuméfaction intlammatoire qui ne rétrocédait pas, mais se confondit avec le développement ultérieur de la tumeur, continuité dans les accidents qui rend évidente la relation causale.

Pour l’œil, Rochon-Duvignaud (5) a observé un sarcome de la choroïde à marche rapide d’origine traumatique; les troubles visuels apparurent un mois après un coup reçu sur l’orbite, et six mois après on pouvait constater la présence d’une tumeur noirâtre dans le champ pupillaire. Ici la chronologie est tout à fait en faveur de l’interprétation étiologique ; de même dans les cas rapportés par Wicherkiewicz iG) : l"’ cas : enfant de six ans, Irauma de l’œil droit, un mois après extirpation d’un sarcome à petites cellules rondes; 2“ cas : fille de six mois, développement d’un sarcome de l’œil deux mois après le traumatisme.

Des tumeurs des centres nerveux ont été observées dans les mêmes conditions : sarcome du cerveau consécutif à un Iraumalisme

(1) W. Rüi’Kii:, Die lïedeiiLung des Traumas für die EntsLeliung der Carcinome und Sarkome (Arch. f. Idin. Chir., Bd. LXXVIII).

(!’) Le>'ghisck, Loc. cil.

(3) Cité par Schwautz, Thèse d'a^^rég. Paris, 1880.

(i) Delmas et CA?iMEU, Journ. de niéd. de Bordeaux, 1895.

(5) Rociio.n-Duvignauii, Sarcome de la choroïde i\ marche rapide développé après un traumatisme (Soc. d’ophtalmologie de Paris, 190 i).

(6) W’iCHEHKiEWicz, Trauma cause immédiate d’un sarcome de l'ccil (Cenlralhlallf. allg. Palh. u. palh. Anal., 1902).

Traité de médecine.

.XIII. — 3:i

l‘. MENETRIiiH. — LE CANCER.

(Handford) (1); tumeur du cervelet quatre mois après une chute sur la tête I Auvray) (2).

Cette inlluence des traumatismes Ijrusf|ues et passagers, agissant par ellraclion et contrition des tissus, épanchement plus ou moins altondant de sang, et, partant, lésions vasculaires constantes, est particulièrement intéressante à constater dans le développement des sarcomes, étant donnée l’origine de ces tumeurs, dans le tissu conjonctivo-vasculaire, plus particulièrement lésé en ces cas, et par le siège môme de la contusion et par les phénomènes ultérieurs de réparation, qui s’elTectuent à ses dépens. 11 est donc directement incité à proliférer, et dans des conditions anormales; quoi d’étonnant alors qu’il le fasse de façon également anormale?

11 est en outre intéressant de rappeler, à ce propos, la structure histologique des sarcomes, qui, pour beaucoup de formes, est étroitement voisine des tissus conjonctifs en inflammation aiguë ou subaiguë, et paraît présenter ainsi une grande ressemblance morphologique avec les lésions qui sont la conséquence habituelle de ces sortes de traumatismes.

La même cause étiologique est d’ailleurs invoquée pour un grand nombre des néoplasies conjonctives bénignes, pour les enchondromes des doigts (Larrey), pour les ostéomes également; mais le cal exubérant n’est-il pas un, véritable ostéome traumatique? pour les fibromes, et même les lipomes (Cruveilhier, Virchow, Verneuil); et les relations que nous admettons entre les néoplasies bénignes, les hyperplasies inflammatoires et les cancers nous e.xpliquent tout naturellement cette communauté étiologique.

Pour les cancers épithéliaux, le rapport avec le traumatisme paraît généralement moins direct, et l’on ne retrouve que rarement cette continuité entre les accidents immédiats et le développement néoplasique ultérieur. Dans la plupart des faits, il y a eu comme intermédiaire un travail d’inflammation chronique plus ou moins prolongé, ou bien, en cas de plaie, ce n’est qu’après cicatrisation et aux dépens de la cicatrice que s’est développée la tumeur; aussi reverrons-nous ces faits un peu plus loin, aux inflammations chroniques.

11 est intéressant de chiffrer, d’après quelques statistiques, la proportion relative de ces diverses éventualités, tout en tenant compte de ce fait que l’appréciation personnelle de chaque auteur peut, dans de notablesproportions, faire varierleclassement desobservations dans telle ou telle catégorie. Ziegler compte cas de sarcomes consécutifs à un trauma unique et 32 à des irritations chroniques ; pour les carcinomes, 55 après trauma unique et 92 provoqués par un état irritatif chronique; Lengrisck, 13 sarcomes à la suite d’un

(1) IlAM)FOKt), Soc. clin, de Londres, 181)5.

(2) Auviiay, Bull, de la Soc. anal., 1895.

ÉTIOLOGll'.

Iraunia unicjue, i après Iraumalisiiics répétés, cl pour les épilhéliomes, après Irauma uniipie ’2, après Irauinalismes répétés 5; Deilmann, sur 15 observations de sarcome d’origine Iraumalique, trouve 14 fois un Irauma unitpie et 1 fois des traumatismes réitérés (1). Avec des ditVércnces notables selon les auteurs, ces cbiUres confirment donc la proposition que nous exposions précédemment, les sarcomes succédant plus fré(iuemmenl à un Irauma unique, les épilhéliomes à des irritations répétées et chroni{iues.

Irritations et inflammations chroniques. — Avec celles-ci, en elTel, c’est surtout du développement des néoplasies épithéliales que nous devons nous occuper, néoplasies dont les relations avec les processus d’inllammation chronique sont aujourd’hui appuyées sur un nondne de faits assez considérable pour qu’on puisse y voir l’une des conditions les mieux établies du développement de ces tumeurs. Nous avons vu, en étudiant les formes et les variétés des cancers, et leur structure histologique, les modifications des épithéliums qui se rencontrent dans les inflammations chroniques de chaque organe ou tissu, modifications imputables aux troubles circulatoires et nutritifs, aux actions mécaniques ou chimiques, aux entraves fonctionnelles, etc., aboutir aux proliférations néoplasiques en passant par les stades successifs de l’hyperplasie simple, des formations adénomateuses, des épilhéliomes envahissants, et finalement atypiques. Et nous avons montré dans ces faits une filiation continue des lésions inflammatoires et néoplasiques qui ne permet pas de douter de l’origine commune des unes et des autres. Maintenant, nous devons réunir les données étiologiques qui démontrent ces relations, celte communauté d’origine et la subordination, dans l’ordre de leur développement, des néoplasies aux inflammations chroniques des tissus.

Ces irritations chroniques peuvent être d’ordres divers; purement mécaniques, frottements répétés de corps durs, irréguliers, piquants ou tranchants, comme les dents cariées ou cassées, blessant la muqueuse linguale, et souvent retrouvéesà l’origine d’unépithéliome de cette région; ou physiques, \a chaleur, par exemple, agissant chez les porteurs de brasiers du Cashmir pour produire des cancers de l’abdomen ou des cuisses (Paget), les rayons X dont l’action cancérigène estaujourd’hui nettement prouvée; actions chimiques: les composés arsenicaux seraient plus spécialement nocifs, et Hutchinson (*2) a rapporté des observations de dermatoses que le traitement arsenical longtemps prolongé aurait transformées en cancer. Plus souvent ce sont des actions organiques complexes, où interviennent des facteurs multiples, des modifications circulatoires, des processus cellulaires

(1) Deilmann, Rapports du sarcome et du traumatisme. Thèse de Halle, 1903.

(2) Hutchinson, On some exemples of arsenic keratous ol' the skin, and of arsenic cancer (Transncl. palh. Soc. of London, XXXIX).

P. MENETRŒR. — LE CAXCER.

et microbiens divers et que nous englobons sous la désignation iVinflammalinns chroniques. Aussi serait-il impossible d’en faire un classement méthodique en tenantcompte seulement de la naturedes agents en cause; comme pour toutes les déterminations de cet ordre, la néoplasie par prolifération cellulaire représente la réaction organique à des actions diverses et multiples et sans qu'aucune d’elles puisse être considérée comme spécifique. Des exemples empruntés à la pathologie des divers organes et tissus donneront mieux idée delà banalité de ces causes, en même temps que de leur puissance efficace.

Particulièrement intéressant à cet égard est le développement du cancer sous l’influence de V irrilalion chronique ciilanée prodnile par les rayons de Rônlgen, car la cause physique est si simple que ces faits pourraient presque être considérés comme cancers expérimentaux. Les observations commencent à s’en multiplier; Brocq, Belot, Sabouraud, Thibierge, Sottas, Gaucher et Lacapère en ont rapporté . Un cas de Sick date de 1903. Wyss (1), Spencer, Walker, Leuf,etc., en ont observé chez des malades traités pour lupus. Ces derniers cas sont complexes, car, ainsi que nous allons le voir, le développement de l’épithéüome aux dépens du lupus est un fait qui se rencontre en dehors de toute intervention, et sans aucune action des rayons X. C’est donc dans les radiodermites pures que le développement du cancer est important à suivre.

Les choses se passent de la manière suivante : sous l’influence d’irradiations incessamment répétées, comme il arrive chez les professionnels de la rontgénisation, il se produit d’abord de la dermite artificielle, puis des troubles trophiques des mains qui deviennent le siège d'ulcérations lentes à guérir. A un certain moment, au bout de mois ou d’années parfois, l’une de ces ulcérations se met à bourgeonner et il se constitue là un épithéliome cutané typique. L’étude histologique permet de suivre les rapports qui unissent la radiodermite et le cancer. Dans une observation extrêmement importante, de Beurmann, Dominici etGougerot (2) ont suivi et décrit les diverses étapes de ces lésions, qui montrent tous les stades de transformation de l’épithélium lésé de la radiodermite chronicjue en cancer, en passant par l’intermédiaire du papillonie. Le papillome est une des lésions habituelles, presque constantes même, de la radiodermite chronique. L’épiderme épaissi de la radiodermite chronique, papillomateux en plusieurs points, évolue lentement, progressivement vers l’atypie. Et ainsi une lésion purement inllammatoire au début, puis byperpla-

(1) O. Wyss, Zur Entstcliung cler Rontgencarcinums der Haut. etc. [Beilriiff. z. hlin. C’/ii’r., Bd. XLIX).

(2) De Beuhjiann, Domin'kji et Gougeiiot, Epitliclionie pavinienteu.\ lobule sur radiodermite. Contribution à l'étude de la patliogénie des cancers (Gaz. des hôp., 1 5 nov. 1906).

ETIOLOGIE.

siiiuc, devicnl épilhélionialeusc et infcclaiile sous rinduencc lon”lemps prolongée d’une action pliysiipie aussi simple (pic l’irradiation rüntgénionue.

D’ailleurs, les irrilalions chroniques de la peau, de toute natuie, sont l’origine de néoplasies, et de néoplasies malignes, en relation intime avec rinllammation chronique provoquée par ces irritants; car il n'y a pas seulement relation de fréquence, maisencore relation de lésions, les formes inllammatoires bénignes et banales se continuant par transitions graduées avec les néoplasies et les formes malignes et de manière analogue à ce que nous venons de voir pour le cancer des rayons X.

Des irrilalions professionnelles du revêtement cutané s’observent chez les ramoneurs, les goudronneurs, les paraffineurs, les ouvriers en briquettes de houille (Volkmann, Hamilton, Schuchardt, Geissler, Rollet) (11. Chez tous ces ouvriers, on observe un processus à peu de chose près identique, altération de la peau par les poussières, les substances irritantes soit par leur nature même, soit par la température à laquelle elles sont chaulfées; lésions de dermite chronique, avec ou sans phénomènes suppuratifs et infectieux surajoutés,, modifications hypertrophiques des téguments, formations papillomateuses et apparition tardive d’épithéliomes en divers points, souvent simultanément, avec des sièges de prédilection aux parties plus spécialement irritées (scrotum, mains, avant-bras). L’action de ces substances irritantes paraît banale ; il ne semble pas notamment qu’on puisse incriminer une activité spécifique de la suie ou du goudron ; en tout cas, ces substances employées expérimentalement chez les animaux par Cazin, Hanau, n’ont produit aucun résultat de ce genre. Chez les raffineurs de pétrole, Derville et Guermonprez (2) également ont observé des dermites papillomateuses, mais sans formations malignes.

Des irrilalions cutanées plus banales encore, telles que celles qui résultent de l’exposition aux intempéries, paraissent agir de même. Unna (3) a signalé la fréquence de l’ulcus rodens de la face chez les gens de mer, et il le considère comme dérivant d'altérations chroniques du revêtement cutané qu’il décrit sous la désignation de « peau d’homme de mer » et marquées par la coloration rouge, bleuâtre de la peau du visage et des mains, avec épaississement de la couche cornée, crevasses, verrucosités. Ou encore la simple malpropreté des téguments, amenant, surtout chez les gens âgés, le

(1) A'oi.kma>n, Derliner klin. Woch., 1874. — .1. Hamilton, Dublin med. Journ., 1875. — Schuchardt, Klin. Vorlrag, 1885. — Geissler, Soc. méd. de Berlin-, Bull, méd., 1893. — Rollet, Tatouages et cancroïdes cutanés d’origine professionnelle chez les ouvriers qui fabriquent les briquettes de houille {Gaz. hehdom., 1890).

(2) Derville et Guermoni'rez, .l/m. de dermal., 1890.

(3) Unna, Monals. fur Dermal., 1891.

P. MENETRIER. — LE CANCER.

ni8

<léveloppemenl de plaques dites séborrhéiques; à l’appui de celle étiologie, Schuchardt remarque qu’il s’agit là d’une maladie des pauvres, tout à fait exceptionnelle chez les gens aisés. D'ailleurs, des causes locales peuvent favoriser cette malpropreté irritative, et c’est ainsi (ju’on a pu trouver un rapport manifeste entre le phimosis et le cancer du pénis; Schmidt (1) a relevé cette influence dans 25 cas sur 30 de cancer du pénis, et Ropke dans 13 cas sur 18. Scliuchardt a décrit un psoriasis du gland analogue au psoriasis buccal et comme lui en rapport avec le développement de l’épithéliome.

Les dermaloses de longue durée peuvent aussi parfois être l’origine de néoplasmes, sans qu’on puisse y voir une relation de nature, de diathèse, ainsi que le pensait Bazin, mais bien par suite des phénomènes d’inflammation locale et en rapport avec la longue durée de l’évolution morbide. Il y a des observations d’épilhéliome développé sur de vieux psoriasis [Tillaux (2), Hutchinsonl durant depuis vingt ou trente ans (Hébra) (3), ou en rapport avec l’acné sébacée partielle (Andouard), la maladie de Paget du mamelon (Darier, Wickham), les manifestations cutanées de la tuberculose et de la syphilis; toutes affections dont les relations avec le cancer sont reconnues assez fréquentes pour qu’on ail pu les désigner sous le nom de dermatoses précancéreuses, kératoses précancéreuses (4).

Le développement de l’épithéliome sur le lupus a déjà été signalé par Alibert, Rayer, Devergie ; un grand nombre d’observations en ont été réunies par Raymond (5) et par Desbonnels (6) ; récemment Moreslin (7) en publiait encore sept cas. Celte complication ne s’observe pas dans le lupus érythémateux, mais seulement dans le lupus tuberculeux, quelle que soit sa forme, lupus floride, avec ou sans ulcérations ou même complètement cicatrisé. Sur 90 cas rapportés par Desbonnets, 21 concernent des cicatrices lupiques. Dans tous les autres cas, il s’agissait de lupus d’ancienne date, la complication survenant en moyenne trente ans après le début du lupus et parfois cinquante ans après; au plus tôt quatre ou cinq ans. Il est assez difficile d’être fixé sur le degré de fréquence de celle complication; Leloir (8) donne la proportion de 15 p. 1000, Dubois Havenilh (9)

■ (1) ScHMiriT, Inaug'. Diss. Erlangen, 1889.

(2) Tillaux, Soc. clechir., 1877.

(3) IIÉURA, Monals. für Dermal . , 1891.

\4) M. R. Hartzell, Sonie precancerous aflections of lhe Skin more particulary, prccancerous kératoses {The Joiirii. of culan, Liseases, 1903), comprenant : le iiipus, les tuberculoses de la peau, les syphilides tertiaires, l ulcère de jambe, les cicatrices, l’hyperkcratose arsenicale, l'acné sébacée, le kératome sénile.

(5 Raymond, Ann. de dermal. et de syph., 1887.

(0) Desbonnets, Du développement de l’épithéliome sur le lupus. Thèse de Paris, 1894.

(7) Mobestin, Du cancer dévelopjié sur le lupus (.Issoc. franç. de chir., 1903).

(8) Leloih, Traité de la scrol'ulo-tuberculose, 1892.

(9) Dubois Havenith, Thèse d’agrég. Rruxellcs, 1890.

ktiologiü:.

la— 519

l'aurail observée 5 fois sur 118 lu|)i([ues. Outre celle fréquence relalive, ce (|ui moulre bien c|u'il ne s’agit pas là d’une relation fortuite entre le lupus et l’épilliélioine, c’est que, contrairement à ce (pie l’on observe d’ordinaire dans le développement des cancers, ici la formation néoplasi(pie peut apparaître simultanément eu des points dilTérents de la surface lup ique (sur bO observations, Desbonnets en rap|)orLe 8 de ce genre). Nous aurons d'ailleurs en d’autres organes à signaler de semblables exemples du développement du cancer sur des inllammations chroniques tuberculeuses.

Les lésions el iilcéralions suphililiqiies ou leurs cicatrices peuvent être également le point de départ de cancers, soit. à la peau, soit sur les muqueuses, ou même dans les viscères. Les observations sont surtout nombreuses pour la bouche et la langue (Ozenne, Lang, Wheeler, Sleiner, etc., (1), le pénis (Dittel, Ihle, Durg, (2), la peau [Overbeck (.3), Volkmann], la vulve ( Doutrelepont) (4), le testicule (Fournier 1 (.■)), etc. Et là encore il ne semble pas qu’on puisse invoquer une intluence spécifique ou médicamenteuse ; les lésions ont agi comme processus intlammatoires chroniques, ulcérations ou cicatrices. Ainsi des processus ulcéreux de toute autre nature nous fournissent également des observations de développement cancéreux, l’ulcère simple de jambe (Morestin, Nüss) (6), ou l’ulcère consécutif à des cautères maintenus, suivant les pratiques anciennes, ouverts pendant un nombre indéfini d’années ; Berger (7) en cite trois observations, dont une chez une femme dont le cautère était entretenu depuis trente-six ans.

Les trajets fisluteax qui à la longue se tapissent par extension graduelle d’un épithélium de formation nouvelle et dérive des revêtements cutanés ou muqueux au niveau desquels s’ouvrent leurs orifices ont été aussi le point de départ d’épithéliomes; Borchers (8) en rapporte 5 cas, concernant notamment des fistules consécutives à des all'eclions osseuses ostéomyélitiques ou tuberculeuses ; Devais (9)

(1) Û/.ENNE, Du cancer chez les syphilitiques. Thèse de Paris, 1881. — Lang, Syphilis uncl Krebs [Wien. nied. Bliilter, IX-Xl). — VVTieei.eh, Syphililic deposil in the human longue followed by epilheliome (Med. Presse, 1889). — Steiner, Inaug. Diss., Heidelberg, 1890.

(•J) Dittel. Wiener Idin. VV'oc/i., 1888. — Ihle, Tagehlall der Naturforcherversamniliinc/. 1891. — Purg, Wiener .Med., 1888.

(8) OvERRECK, HauLkrebs aul' luelisclier Pasis. Innug. Diss , München, 1888.

(4) Doutrelepont, Deutsche med. Wocli., 1887.

(5) Fourmer, in Thèse d'OzE.NNE.

(6) Morestin, Epilheliome développe sur un ulcère de jambe (Bull, de la Soc, anal., 1905). — Xuss, Peilriige zur Enlstehung der Carcinome aus chronisch enizündlichen zuslanden der llauldeckcn. Inaug. Diss., Würlzburg, 1886.

(7) Perger, Influence des maladies constitutionnelles sur la marche des lésions (raumaliques. Thèse d’agrég. Paris, 1875.

(8) Porchers, Ueber das Carcinom, wclches sich in alten Fistelgiingen der Haut entwickelt. Inaug. Diss., Gottingen, 1891.

i9) Devais, Dégénérescence cancroïdale des anciens foyers ostéomyélitiques (Lyon méd., 1891).

I'. MENETUIl'R. — LE CANCER.

a réuni 39 observalions concernanl spécialement de vieux foyers osléomyéliliques datant de plus de trente ans. Crucliet fl) également a vu un épitliéliome osseux dans une vieille ostéomyélite remontant à plus de ciiKjuante ans. Les fistules urinaires peuvent également être le point de départ de l’évolution cancéreuse, (luiard {'!) a |)ublié deux observations d’épithéliome à marche rajiide «léveloppé dans des trajets fistuleux occasionnés par de vieux rétrécissements urétraux.

A citer encore comme ayant été le point de départ de néoplasies malignes les otites suppurées chroniques (Kretschmann, Marchai) (3); dans un faitde (ioris(4), l’otite purulente durait depuis dix ans ([uand il en résulta un cancer qui envahit la base du crâne; dans un autre dè Carie (5), un épitliéliome pavimenteux tubulése développa aux dépens d'une otite suppurative en évolution depuis cinquantesept ans.

Mouchet(6j a observé le développement d’un épitliéliome cutané au point d’implantation d’une corne épidermique datant de vingt ans.

Enfin les cicatrices sont aussi un siège de prédilection de l’épithélionie. 11 se passe évidemment à leur niveau des phénomènes d'irritation chronique continue des épithéliums englobés dans le tissu fibreux de formation nouvelle, isolés en îlots hétérotopiques, perturbés dans leur nutrition et leurs fonctions. Ces faits, déjà signalés par Hawkins (7), Heurtaux (8), ont été réunis dans la thèse de Durand (9). Ce sont surtout les cicatrices anciennes et étendues, celles des brûlures notamment (Feldmann) (10), qui sont sujettes à ce mode de dégénérescence ; l’apparition du cancer survient très longtemps après la brûlure (trente-six ans après chez une malade de Verdelet) (11) et toujours chez des sujets ayant dépassé l’àge de quarante ans. Au surplus, ce sont là des faits de tout point semblables aux observations précédemment citées, concernant l’influence prédisposante des lésions de la tuberculose et de la syphilis, et ce ne sont pas seulement les cicatrices de la peau, mais aussi celles des muqueuses qui peuvent être ainsi le point de départ de cancers.

Voilà donc un nombre déjà grand de faits montrant l’intluence des

(3) CnucHET, EpiLhéliome osseux secondaire à un trajet d'ostéomyélite ancienne [Journ. (le inéd. de Bordeaux, 1899).

(2) Gui.viu), Ann. des mal. des erganes génito-urinaires, 1SS2.

(3) IviiicTSCHMANN, /’. Olirenheilk., XXI — M.xuch.vl, Thèse de Paris, 1895.

(4) Goius, Cancer et inllammation {Ann. de la Soc. belge de dur.. 1899).

{[)) C.xiu.iî, De la dégénérescence cancro'idale des vieilles otites suppurées (Ga:. hehdom. de Paris, 1899).

(G) MouciiET, Soc. anal., 1894.

(7) Hawkins, On xxarty tuniors in cicatrices (London med. Gaz., 1834 .

(8) IIeuhtaux, Thèse de Paris, ISGO.

(9) DiJiiANii, De répithéliome ]iavimcnteu\ iirimitif des cicatrices. Thèse de Paris, 3 888.

(10) Ff.i.dmann, Thèse de M’ürzhurg, 1903.

(11) 'Viînnrîi.ET, Épitliéliome développé sur une cicatrice île hrnlure ancienne (Journ. de méd. de Bordeaux, 1899).

KTIOLOGŒ.

inllanimalions chroniquesculanées sur le (Icveloppemcnl des cancers, elleur importance paraîtra plus faraude encore, malgré leur banalité, si l’on considère dans quelle proportion numéri([ue une seiublable étiologie peut être relevée dans l’iiisloire des cancers cutanés. Les statistiques de cancers des extrémités relevées |)ar \"olkmann, Franze, Brunn i^l) peuvent nous en donner une idée appioximative. Brunn, sur un total de 3()8 observations, trouve en elVet 227 cas consécutifs à ces inllammations chroniques de toutes sortes, 17 dévelo|)pés aux dépens de papillomes et de taches congénitales, 10 de papillomes acquis et 48 seulement sur une peau paraissant antérieurement saine.

'>ui' les nuiqiieuses accessibles à l’exploration clini(|ue, nous retrouvons la même abondance de faits prouvant l’existence antérieure d’inflammations chroniques aux points où se développent les néoplasmes; aussi devons-nous les citer plus particulièrement, car, pour les cancers viscéraux, de semblables constat ations sont singulièrement malaisées, les inllammations antérieures peuvent n’être pas diagnostiquées, et les traces encore persistantes à l’examen nécroscopique sont bien souvent interprétées comme lésions secondaires à l’évolution du cancer.

Xous avons précédemment signalé la prédominance des cancers de la bouche, des lèvres et de la langue chez l’homme; la cause en est évidemment dans les irritations chroniques qui se rencontrent également prédominantes chez lui : irritations causées par le tabac {cancer des fumeurs) {'2), fumée ou sucs irritants, modifications de la salive, température, brûlures et contusions chroniques du tuyau de pipe, etc. ; irritations causées aussi par l’alcool, les substances épicées, les inflammations microbiennes ou autres de la région, et plus particulièrement les lésions syphilitiques.

11 est surtout un état d'hijperplasie inflammaloire chronicpie de la muqueuse buccale que Bazin |3) a décrit sous le nom de psoriasis buccal 'ichtyose locale, Samuel Plumbe; plaques des fumeurs, Buzenet (4)] et plus habituellement désigné au jourd’hui sous les noms de leucoplasie ou de leucokéralose, et qui présente au point de vue qui nous occupe un intérêt exceptionnel.

Les rapports de ces lésions avec le cancer buccal ont été en elTet signalés par Debove (5), qui, outre les exemples qu’il en publie, et notamment une observation ancienne de Negligan, cite Bazin,

(1) VoLKM.\N.N, Loc. cil. — Fh.vnziî, Ziip Stalistik und KasuisliU der primaren Lxlreniilalenkrebses {Iieilr;i(je z. kliii. dur., 1902). — 5'. Biux.n, Uebcr dcn primaren Krebs der Extremitaten {Beitriige z. klin. Cliir., 1903).

(2) Bouisson, Tribut à la cliirurgie, 1861, II. — Coiityi., Du cancer des fumeurs. Tlièse de Paris, 1897.

(.3) B.vzix, Leçons sur les alVections cutanées arthritiques et dartreuses. Paris, 1868. ( i Bu/.enkt, Tlièse de Paris, 1858.

(5) Dehove, Le psoriasis buccal. Thèse de Paris, 1873.

P. MENETRIER. — LE CANCER.

Hardy, Laillcr, llillairct. Panas, Dolbeau, comme ayant tous « vn à (lidorentes reprises le psoriasis lingual amener un cancroïde ». Les observations ultérieures ont confirmé la fréquence <le ces rapports; 'Prélat ( 1 ) considérait le psoriasis comme une condition prédisposante, analogue aux ulcères et aux cicatrices; Gaucher et Sergent ('2), en étudiant les lésions hislologiques, ont montré que la leucoplasie est à son début un papillome corné, susceptible de subir la transformation cancéreuse. Marfan (3) a suivi les phases initiales d’hyperplasie papillomateuse et de végétation épithéliale dans les couches dermiques; Schuchardt, Dramann (4), Butlin (.')), Maurange et Faguet (b). Le Üentu (7), Pilliel (8), Barthélemy (b), Perrin ! lOj, Fournier (11), etc., ont accumulé les observations de cancers développés aux dépens de ces lésions, prouvant jusqu’à l’évidence qu’il y avait là une relation trop fréquente pour ne pas être considérée eonime causale. La fréquence peut d’ailleurs en être ehiffrée par les statistiques; Fournier, sur 324 cas de leucoplasie, compte 97 cancers; Perrin, 38 épithéliomes sur 124 cas; on peut ainsi admettre que près du tiers des leucoplasies aboutissent au cancer. Quant à l’origine môme de cette inflammation chronique si nettement précancéreuse, on tend de plus en plus aujourd’hui à la rattacher à la syphilis. Plus que tout autre. Gaucher (12) a soutenu l’origine syphilitique de la leucoplasie, résumant ainsi sa conception : « Tout épilhéliome lingual, dit-il, est, d’après ce que j’ai observé, consécutif à la leucoplasie, et toute leucoplasie est d’origine syphilitique, d’où je n’hésite pas à conclure que le cancer de la langue est propre aux syphilitiques ». Mais il faut faire la part aussi aux irritants locaux, et comme amenant le développement de la leucoplasie chez les syphilitiques et du cancer chez les leucoplasiques, à ce point de vue l’influence du tabac ne saurait être méconnue, et la formule qui paraît réunir l’assentiment général est celle de Poirier, acceptée également

(1) Tréi.at, Soc. de chir., 1875.

(2) Gauchkr et Sergent, Anatomie pathologique, nature et traitement delà leucoplasie buccale [Arch. de méd. expér. et d’anal, palh., 1900).

(3) Marfan, Conçirès de demi., Paris, 1889.

(4) Bramann, Deutsche med. Woch., XtV.

(5) Buti.in, Bril. med. Journ., 1889.

(0) Maurange et Faguet, Journ. de méd. de Bordeaux .

(7) LeDentu.Dcs rapports de la leucoplas e avec l’épi thélioma( Reeu e c/e c/u'r., 1896).

(8) PiLLiET, Leucoplasie linguale et épithélioma {Soc. anal , 1897).

(9) Barthélemy, Leucoplasie, syphilis et cancer {Journ. des maladies cancéreuses, 1900 . — 55 cas de leucoplasie, 4 cancers. Bien qu’admettant l’innuence de la syphilis dans le plus grand nombre des cas de leucoplasie, Barthélemy rapporte avoir constaté cette lésion déjà constituée chez quatre malades qui ultérieurement coniractérent la syphilis.

(10) Perrin, Sur la leucoplasie (!'“ Coiujrès de deruiatolog ie. Paris, 1900).

(11) A. Fournier, Ihid. Statistique de 32 i cas de leucoplasie buccale, 319 hommes et 5 femmes; 259 étaient syphilitiques, 217 fumeurs; 97 évoluèrent en cancer.

(12) Gaucher, Leucoplasie linguale (Bresse méd., 1903'.

ÉTIOI.OGIlî.

par l'ournicr : « Le cancer lingual est le cancer des fumeurs syphililitjues » l'I).

Ü’aulres irrilalions el d'autres lésions chroniques buccales sont également à citer, ([ni montrent bien qu'on ne saurait chercher dans tous ces faits aucune inllnence spécifique, llelferich (2) observe un cancer des lèvres chez un pécheur qui, depuis des années, passait dans sa bouche le fil goudronné de ses filets. Les cancers de la lèvre inférieure sont infiniment plus fréquents chez l'homme que chez la femme; là encore rintluence du tabac, des courtes pipes brûlantes est à invoquer. Rüpke incrimine également les écorchures irritées fré(|uemment par le rasoir, qui sont mentionnées dans 7 cas de sa statistique. Ilulke (.3) a vu un cancer du palais consécutif à un traumatisme. Kronacher (4), Goris (5) ont attribué le développement de cancers du même siège à l'irritation produite par des pièces dentaires. 11 y a également de nombreuses observations concernant l'action des dents cariées ou cassées qui blessent et irritent les (parties voisines (Rapock, Sleiner). Dans la statistique de Rôpke, les dents cariées sont signalées comme causes de cancer 6 fois sur 1.5 cancers de la langue, 5 fois sur 11 cancers des joues, et 11 fois sur 18 cancers des mâchoires.

Des lésions semblables à celles de la leucoplasie buccale ont été rencontrées du côté de la muqueuse vulvo-vaginale (.Jouin, Reclus, Perrin) (G'i. Ce sont des taches, puis des plaques crémeuses, épaisses, fissurées, papillomateuses et qui peuvent également être le point de départ d'épithéliomes (Bex, E. Monod, de Puilïe de Magondeau, Pichevin et Petlit, P. Petit, etc.) (7).

On observe également une leiicokéralose du gland dont les rapports avec l'épithéliome du prépuce sont appuyés d’un cas d’Auché et Binaud (8). Et dans celte même région une cause bien banale d'inflammation chronique, le phimosis, entretenant une malpropreté irritative par rétention du smegma, paraît efficace dans la production du cancer, puisque, dans les statistiques de Rôpke, sur 18 carcinomes du pénis, le phimosis est noté 13 fois.

On a encore rapproché du psoriasis buccal une modification ana-

(1) Discussion sur le cancer de la langue (C. R. de l’Acad. de méd., 1906J.

(2) IIelkeiucii, Deutsche med, Woch., 1890.

(3; Hl’i.ke, Med. Times and Gaz., 1873.

{ i) IvnoNACiiEn, Deutsche Zeitschr. f. Chir., XXIX.

(5) Goitis, Ann. de la Soc. belge de chir., 1899.

(0) .loiiiN. France méd., 1885. — Heci.us, Gaz. hebdoin., 1887. — Peuiiin, Ann. de derm.. 1891 .

(7) Bex, I.cucoplasie el cancroïdes de la muqueuse vulvo-vaginale. Thèse de Paris, 1887. — E. Moxon, Leucoplasie vulvo-vaginale et cancroïde (Consrrès ggn. de Bordeaux, 1895'. — De Puiffe de Magondeau, Contribution à l’étude de la leucokératose vulvo-vaginale. Thèse de Paris, 1897. — Picuevin et Pettit, Sem. méd., 1897. — P. Petit, Sem. méd., 1899.

(8) Auché et \y. Binaud, Sur un cas de leucokératose du gland el d’épithcliome du prépuce ‘Bull, de l'Acad. de méd., 1899j.

I'. MliNETRIER. — LI' CA>’CE1{.

logue de la muqueuse de l’ulérus, le i)soriasis iilérin d(‘cril par Zellcr (1); il s’agit là, d’ailleurs, d’une modification plus complexe du revêtement épilliélial qui ju'end le type pavimenteux stratifié : mais ce qui est particulièrement intéressant c’est que, ainsi ([ue l’ont observé Piering, Flaischlon ri), un cancer métatypique peut en être la conséquence, un cancer pavimenteux corné se développant piâmitivement dans la cavité utérine.

U'ulériis est, ainsi que nous l’avons vu, un des organes les plus fréquemment affectés de cancer; c’est également un de ceux où les irritations et infiammations chronicjues sont le plus communes, catarrhes infectieux, à microbes spécifiques ou non, ulcérations qui s’éternisent au niveau du col, traumatismes et déchirures d’origine puerpérale et les cicatrices qui en sont la conséquence; aussi est-ce également un des organes où les hyperplasies et les tumeurs bénignes se rencontrent le plus souvent et aussi bien dans la muqueuse (adénomes) que dans les parois mêmes (myomes). Nous reviendrons un peu plus loin sur l’évolution maligne possible de ces néoplasies, mais elles peuvent agir aussi indirectement en entretenant les processus inflammatoires communs à leur voisinage, et c’est ainsi que les myomes peuvent, soit au cours de leur évolution, soit même après extirpation, se trouver en rapport avec le développement d’un cancer épithélial de l’utérus. Récemment, nous avons étudié un utérus enlevé par Thiéry pour un myome du corps, atteignant le volume d’un tête de fœtus a terme, et dont le col était entièrement transformé en une masse végétante, histologiquement constituée par un épithéliome métatypique. Étienne (3) a rapporté un fait semblable du service de Heydenreich. Dans les observations nombreuses réunies par Richelot (4), la relation entre les deux formes néoplasiques paraît cliniquement au moins successive, le cancer se développant dans le moignon cervical après l’hystérectomie subtotale. 11 s'agit néanmoins de faits de même ordre et où l’influence irritative ne paraît pas douteuse dans la genèse du cancer contemporain ou consécutif.

Lu exemple bien typique de l’action cancérigène des irritants chroniques peut être tiré des observations où un pessaire séjournant depuis un temps très long dans le vagin a été l’occasion du développement du néoplasme; Bernard (5), dans sa thèse, en rapporte fi cas.

(1) ZiîLi.KR, EliiLlenepilhcl ini Utérus [Zeilschr. /'. Geburl. und Gi/u., in.sït.

(2) PiiîHiNG, Ueber einen Fait voii atypisclier Carcinombildung' im Utérus {Zeilschr. f. IleilUunde, 1887). — Fi..\iscin,E>’, Uelier deii primaren Iloriikrcbs des U.orpus Uteri {Zeilschr. f. Geburl., IHOa).

(3) Étienne, Loc. cil.

(4) Riciiiseot, Uégénéreseeuce maligne de la mu([ueuse eervieate de l’utérus après liystérectomie subtolale pour lilirome (Bill/, de i.\cad. de mèd., 1903; Soc. de chir , 1903, 190i, 1903).

(5) Reunaiu), Cancer du vagin. Tlièse de Pai'is, 1S93.

ÉTIOLOGIE.

Parmi les cancers exlerncs, il faul encore citer les cancers du sein pour lesquels le Iraumalisme ou les irrilanls divers peuvent être si rré(inemnient incriminés; ainsi, dans la stalisticpic de Ziogler (I), sur 170 cancers du sein, 37 lois on relevait un traumatisme antécédent. Ropke en compte H/J p. 100 h la suite de mammite. Dans un cas rapporté par de Ruyler (2), le cancer s’était développé autour d’une aiguille implantée vingt ans avant.

11 est évidemment plus difficile, pour les viscères et les organes internes, de relever des faits aussi nombreux et aussi probants; et pourtant, même pour ces organes, l’étiologie traumatique peut être appuyée de faits nombreux (Boas, Menne) (3) ; ainsi Gockel (4), dans le cancer du tube digestif, relève 7 fois sur 60 cas un traumatisme causal ; pour l’estomac, Ropke note dans deux cas un traumatisme antérieur quatre et cinq mois avant les premiers signes du cancer.

L’influence des irritants peut être également considérée comme très vraisemblable quand on constate pour le cancer de rœsophage une aussi inégale proportion dans la fréquence des cas selon le sexe; dans la statistique de Ropke, nous trouvons23 hommes et seulement 3 femmes, et l’on ne peut méconnaître en effet l’abus plus fréquent des ingesta irritants, de l’alcool notamment, chez l’homme que chez la femme. Mêmes remarques pour le cancer du larynx.

Enfin, il est un certain nombre d’affections viscérales chroniques dont l’évolution est assez prolongée et la symptomatologie assez nette pour pouvoir être reconnues longtemps à l’avance et ne pas se confondre avec l’histoire du cancer.

Ainsi, pour Vestomac, il existe un rapport manifeste entre Vulcère simple chronique^ l’ulcère rond de Cruveilhier et le cancer, que celui-ci se développe sur un ulcère encore en évolution ou aux dépens de sa cicatrice. Ce rapport avait déjà été signalé par Dittrich (5) en 18i8, qui, sur 160 cas de cancer gastrique, trouvait 8 fois des cicatrices d’ulcère; Lebert (6) en a rapporté un même nombre d’exemples. Le processus anatomique delà transformation de l’ulcère en cancer a été étudié par Hauser (7) qui a décrit les transformations que subissent les glandes gastriques sous l’influence de l’inflamma-

(1) ZlEGLER, Loc. cit. — RorKE, Loc. cil.

(2) De Ruyteii, Ueber Carcinomentwickclung’ (Arch. /'. Idin. Chir., Rd. LXIX).

(.3) Boas, Du rôle du LraumaLisme dans la genèse des cancers du lube digestif et

de ses annexes {Soc. de méd. inl . de. Berlin, 1897). — Menne, Die Bedeutung des Trauma fur das Entsteben und 5\'aclistum der Geschwulste, speciell des Magencarcinoms (Deutsche Zeilschr. f. Chir., Bd. LXXXI).

(1) Gockei,, Du rôle du traumatisme dans le cancer du tube digestif.

(5) Dittiuch, Die Krebsige Erkrankung desMagens vom path. Anat. Standpunkte {Vierleljahrschrift f. prakl. Ileilk. her,iufgegehen von der med. Fac. in Praçf, 1848).

(6) Ledeht, Die Krankenbeitcn des Magens. Tübingen, 1878.

(7) Hauser, Das chronische Magengcscbwür, sein Vernarbnngsprocess unddessen Beziehimgen zur Entwickelung des Magencarcinoms. Leipzig, 1883.

P. MI'NHTRIliR. — LR CANCRR.

lion chronique ulcéreuse, ou après sa cessalion clans le lissu fibreux cicatriciel qui lui succède. C’esl d’ailleurs le plus souvent par des modifications hyperplasiques, aboutissant à la formation d’adénomes, ([ue se marcpie d'abord l'action irritative de l’ulcère sur la muqueuse avoisinante, et cela, ainsi que nous l’avons montré, aussi bien dans l’estomac que dans le duodénum; nous avons on effet réuni un certain nombre d’observations prouvant le développement de ces formations adénomateuses autour des ulcères Mathieu (2) en a également publié un cas. Et d’autre part nous avons observé l’évolution épilhéliomateuse de ces adénomes péri-ulcéreux, et suivi ainsi les étapes par lesquelles l’ulcère aboutit au canc;er.

liayem et ses élèves ont décrit d’autre part une modalité ulcéreuse cancérigène où la lésion initiale est un adénome de type particulier, le polyadénome brunnérien (3).

La transformation de l’ulcère de l’estomac en cancer est en somme relativement fréquente; malgré quelques contestations (4), des faits nombreux le démontrent. Hœberlin (5) estime que l'ulcère précède le cancer dans 7 p. 100 des cas, Rosenheim (6) dans 6 p. 100. A citer les observations de Hayem, Mathieu, Lclulle, Dieulafoy, Schrader, Eisenlohr, Duloil, Flalow, Goodharl, Biach, Waetzold, Krukenberg, Riegel, Thiersch, Kulk, Kollmar, Albu, la thèse de Pignal, etc. (7) .

A côté de ce processus ulcéreux de physionomie spéciale qui constitue l’ulcère rond, d’autres processus ulcéreux, tels que ceux qui résultent de la présence de corps étrangers, peuvent amener le

(1) P. Menetrier, Des lapporls des adénomes avec l'ulcère simple et le cancer de l’estomac et du duodénum et de l'origine i^ritati^e du cancer {XIIl^ Congrès int. de mèd., Paris, 1900).

(2) M.vthieu, Bull, de la Soc. méd. des hôp., 1906.

(3) Hayem, Les polyadénomes gastriques [Presse méd., ISO"!]. — Audistère. De la dégénérescence cancéreuse de l'ulcère de l’estomac (ulcère simple et ulcère brunnérien). Thèse de Paris, 1903.

(4) Duplant, De la prétendue transformation de l'ulcère rond en cancer. Thèse de Lyon, 1898.

(5) lloEUERi.iN, Ueber \’erbreitimg und Ætiologie des Magenkrebses (.1/ünc/i. med. Woch., 1888 ; Deutsche Arch. /'. klin. Med., 1889).

(6) Rosenheim, Zur Kenntniss dermitKrebs complicirtcn runden Magengeschwürs (Zeilschr. f. klin. Med., 1890).

(7) Mathieu, Étude sur trois cas de cancer succédant à l'ulcère simple de l'esloniac {Bull. delà Soc. méd. des hôp., lS97j. — Letui.le, Trausl'ormation cancéreuse d’un ulcère du duodénum (Soc. , mat., 1897). — Dieui.afoy, Clinique médicale de l'Hôtel- Dieu de Paris, 1896-97. — Pignal, De la transformation de l'ulcère simple de l'estomac en cancer. Thèse de Lyon, 1891. — Schraher, Inaug. Diss. Gottingen, 1886. — Eisenlohr, Deutsche med. Woch., 1890. — Dutoit, Corr. f. Sclnveizer Aerzle, 1889). — Flatow, Inaug. Diss., Mi'mciien, 1887 — Goorhart, Transacl. of lhe palh. Soc. of London, 1889. — Krukenrerg, Inaug. Diss., Heidelberg, 1888. — Bi.ach, VV'ien. med. Presse. — 5\'aetzoli>, Charité .Annalen, 1889. — Riegel, Zeilschr. /'. klin. Med., 1889. — J. Thiersch, Miinch. med. Woch., 1886. — Kulk, Inaug. Diss., Rerliii, 1889. — Kollmar, Berliner klin. Woch., 1891. — .Vlhu, Soc. de tnéd. inl. de Berlin, 1904.

ETIOLOGIE.

la— 527

mCme cléveloppemenl néoplasique. Dans une ol>servalion (lePignal, une boucle de rideau arrêtée dans resloinac avait produit une ulcération devenue ultérieurement cancéreuse ; à citer également un cas de Ilaslami^^l) où le corps étranger était un fragment d’os arrêté dans le cê)lon descendant ; un fait semblable de Buttle. Etce rôle des inllaminations irritatives paraît bien en rapport avec la fréquence progressivement croissantedu cancer de l'inleslin, à mesure qu’on se rapproche de son extrémité terminale, les matières devenant aussi progressivement plus dures et plus irritantes ( Haussmann) (2j,

l’armi lesdiverses \avïù[és(]e cancer du foie, il faut noter la fréquence relative du cancer avec cirrhose, qui, d’après Hanot et Gilbert (3), représenterait le tiers des cas de cancer primitif; il s’agit là, manifestement, d’une forme en relation avec des phénomènes d’intlammation chronique antérieure, et où, comme nous l'avons précédemment montré, l’évolution cancéreuse paraît la continuation même de 1 hyperplasie inllammatoire chronique. D’autres formes de cirrhoses, les hépatites palustres, seraient, d’après Prochnik (4), en relation avec le cancer primitif du foie. De môme, Gilbert et Lereboullet (5) remarquent que le cancer primitif du foie se développe de préférence chez les sujets antérieurement atteints decholémie familiale ou d’une autre alTection biliaire, telle, par exemple, que la lithiase.

Mais c’est surtout dans les cancers des voies biliaires cjue nous trouvons une démonstration probante des influencesirritatives. Leurs relations avec la lithiase biliaire ne sauraient être niées aujourd’hui, et si l’on a pu, trouvantdescalculsdans unevésicule cancéreuse, attribuer la lithiase à la stase biliaire consécutive au développement du néoplasme, cette interprétation ne saurait s’appliquer aux faits nombreux où le cancer est venu terminer une affection lithiasique évoluant antérieurementdepuis de longues années. Nous en avons ainsi observé plusieurs exemplesoù, après des crisesde coliques hépatiques répétées pendant vingt et trente ans, les malades ont succombé à des cancers du foie, de la vésicule ou des gros conduits. Et nous avons précédemmentexposé le processus histologique des hyperplasies adénomateuses et des formations épithéliomateuses en rapport avec l’action irritative des calculs.

C’est surtout dans le cancer de la vésicule que la lithiase peut être considérée comme constante. Ainsi Zenker trouve 41 fois des calculs sur 48 cas de cancer, Janowsky 40 fois sur 40, Tiedemann 49 sur 7 4, Courvoisier 74 sur 84, FrerichsO sur 1 1 et Siegert 94 sur 97. Et comme la lithiase est plus fréquente chez la femme, le cancer de

11) IIaslam, Lancet, 1889.

(2) Haussmann, Tlièse de Paris, 188?.

(3) IIanot el Gii.DRiiT, Lor. cil.

(4) PiiocHNiK. Garcinom iind Malaria ( Wien. klin. Woch., 1002).

(5) Giliieht el Lerehouli.et, Cancer primitif du fuie cl cliolémie familiale (Soc. (le hiol., 190 4 .

P. MEXETRIEH. — LE CA.XCER.

la vésicule osl également prédominant dans le sexe féminin. Zenker compte iO femmes pour 8 hommes, Siegert8.‘t femmes et 14 hommes, tandis que les cancers secondaires donnent au contraire une majorité d'hommes : üRliommes et 14 femmes (Miodonosky), 12 hommes et 5 femmes (Schulze) (1).

Zenker (2) a, de plus, étudié les altérations de la muqueuse vésiculaire, et il a trouvé des lésions glandulaires comparables à celles décrites par Hauser dans l’ulcère gastrique et qui représentent, elles aussi, des formes de passage entre l’inflammation chronique épithéliale et le cancer. Ohloff (3) a vu cette inflammation chronique de la vésicule amener des transformations métatypiques de son revêtement épithélial devenu pavimenteux, subissant par places la transformation cornée, et un épithéliome développé aux dépens de la muqueuse ainsi transformée présenter également le type pavimenteux corné. Zenker a vu un fait semblable.

Ces observa lions de me7o/;/as/eé/)i//zé/ia/e sous l’influence derinflammalion chronique, et le développement d’un épithéliome de type également métaplasique sur les muqueuses ainsi modifiées sont particulièrement probantes en faveur de l’origine irritative du cancer. Nous en avons déjà cité des observations de Zeller et de Piering se rapportant à la muqueuse du corps de l’utérus ; nous pouvons y joindre les faits que nous avons étudiés dans le cancer bronchopuhnonaire (t) de type pavimenteux, et dont nous avons précédemment établi la relation avec les inflammations chroniques du poumon et desbronehes, bronchites chroniques avec ou sans dilatation, scléroses pulmonaires, et aussi tuberculose du poumon.

Dans le poumon, en effet, comme au niveau de la peau et des muqueuses, la tuberculose (5) paraît préparer le développement du cancer, agissant dans ses formes lentes, scléreuses, torpides, comme irritant chronique de durée indéfinie. Dans deux de nos cas de cancer primitif du poumon, de type pavimenteux, nous avons trouvé des lésions de tuberculose scléreuse qui nous ont paru antérieures à la formation cancéreuse. Friedlander (0) a autrefois décrit un épithéliome de même type développé sur la paroi d’une caverne tuberculeuse. Schwalbe a

(1) Koîsiiad Kei.i.eu, Cancer primitif de la vésicule biliaire. Thèse de Munich, 1903. — SiEGEiiT, Etiologie du cancer primitif de la vésieule biliaire {Arch. f. palh. Anal., C.\.XXII). — Pei.s Leusdev, lleber papilliire W’ncherungen in den Callcnblase und dire Beziehnngen znr Cholelilhiasis und znm Carcinom {.Arch. ('. klin. Chir., Bd. LXXX).

(2) Zenkeh, Dcr primiire lvrebs der Gallenblase und seine Beziehung- zum Gallensteine und Gallenblasennarben {Dealsche Arch. /'. klin. Med., 1889).

(3) Ohi.off, Ueber Epithelmetaplasie und Krebsbildung an der Schleimhaut von Gallenblase u. Trachea. Inaug. Diss., Greifswahl, 1891.

( i) Meneteueu, Soc. ajial., 1886, et art. Cancer du poumon, in Ti'aité de médecine et de thérapeuliciue de Biioi-.viidei, et Gii.tieiit.

(5) Ci..\uE>E, Cancer et tubcECulose (Aclualilés médicales).

(6) Fieieeii,ani>e;i», Cancroïd in eincr Lungcncaverne {l'ortschritte der Med., 1885).

irnoLOGiE.

égalenieiiL observe le développemeiiL d’un cancer dans une caverne lubercnleuse 1 Ib EnCin, loul récemment nous avons étudié un cas do sarcome primitif du j)oumon à cellules fusiformes qui s’était formé dansuu poumon alleinl do sclérose tuberculeuse vraisemblablement très ancienne.

L'appareil respiratoire nous présente encore d’autres exemples de l’influence des irritations cbroni(iues dans le développement des tumeurs. C'est ainsique llartinget llesse(2) ont observé une afTection néoplasique particulière chez les mineurs du Schneeberg, consistant en lymphosarcomes et, endothéliomes ( Weigert, Cohnheim) des ganglions du hile des poumons, et paraissanten rapport avec l’inhalation prolongée des poussières des mines de cobalt arsenical. 11 y a manifestement dans les faits rapportés par ces auteurs une relation entre l’irritation chronique professionnelle et la formation néoplasique, relation marquée par la longue durée d’exposition aux iniluences nocives nécessaire au développement de la maladie (jamais moins de vingt ans de séjour à la mine) et surtout par la fréquence excessive chez ces mineurs d’une maladie partout ailleurs exceptionnelle. Sur une population de650 ouvriers, en efTet,le mal des montagnes a causé 63 décès de 1869 à 1871, 47 de 1872 à 1874 et 40 de 1875 à 1877.

La pathologie des autres organes nous présente encore des exemples à citer : telles sont les relations établies entre \dL néphrite interslitietle, les formations adénomateuses et le cancer du /’cf/i (Sabourin, ( lEttinger, Netter) (3) ; l’influence de la lithiase rénale sur le développement du cancer du rein (Shattock, Israël, Hartmann) (4) ; nous avons observé un cas de ce genre où un malade, qui avait antérieurement rendu un calcul urinaire, futatteint decancer du bassinet avec envahissement de la presque totalité du rein ; de même ordre sont les rapports de la lithiase avec le cancer de la vessie [Rœsen (5), Ropke, etc.l. D’ailleurs les affections des voies urinaires, si fréquemment chroniques, présentent de nombreux exemples de l’évolution cancéreuse des processus hyperplasiques ou métaplasiques d’origine inflammatoire. Ainsi liai lé (6) a signalé dans les bassinets et les uretères des métaplasies épithéliales, l’épidermisation des épithéliums et la formation de cancroïdes en rapport avec cesnltérations. Kundrat(7) aégalementobservé ces modifications dans les pyélites chroniques et a décrit un cancer du bassinet de type épidermique. Albarran, Marchand ont montré les rapports de la

(1) ScH^v.\LUE, Arch. f. palh. Anal., CI.IX.

(2; H.vuting el Hesse, Dcr Lungenlvrebs, die tîcrgkraiiklieit ia den Schneeberger Griiben [Vierleljahrsckrifl f. gerichll. Med., 1879).

(3) Sauouhin, .\rch. de pliysioL, 1882 ; Revue de méd., 1881. — Sabouiun et fCTTiNGEK, Revue de méd., 1885. — Netter, Rull. de la Soc. anal., 1886.

(4) Hartmann, Progrès méd., 1886.

(5) R(ji:sen, Münch. med. Woch., 1886.

(6) Halle, Leucoplasic et cancroïdes des voies urinaires {Soc. de hioL, 1896).

(7) Kundh.vt, Soc. de méd. de Vienne, 1891 ; Sem. méd., 1891.

Traité de médecine.

r)3ü I‘. MIÎNETRIEU. — LE CANCKli.

leuco|)Iasic vésicale el du cancer. Des irri talions purement parasitaires ont été reconnues par Albarran (1), par Fenwick (2) causes de cancers vésicaux. Des irritants chimiques peuvent également être incriminés Hclin (3), Leichtenslern (4) ont observé des tumeurs de la vessie cliez les ouvriers travaillant l’aniline. Wendler en a rap|)orlé b cas, 4 carcinomes et 2 sarcomes. Posner a signalé le cancer de la vessie chez les ouvriers travaillant le naphlol. Enfin nous avons déjà parlé du cancer des fistules urinaires; les rétrécissements chroniques d’origine blennorragique se relèvent assez Iréquemmenl dans les antécédents des cancers de l’urètre (Wilsenhanser, Wassermann) (5), 12 fois sur 20 cas d’après Ilallé.

Un dernier exemple tiré de la pathologie oculaire : Terrien a vu un petit épilhéliorne de la grosseur d’un pois développé à la partie interne de la paupière inférieure, au point de frottement occasionné par un œil artificiel défectueux (6).

Si longue que puisse paraître cette énumération des intlammalions chroniques génératrices de tumeurs, elle est encore très incomplète ; les exemples cités nous paraissent néanmoins suffisants à montrer l’importance de cette relation étiologique. Encore faut-il remarquer cjue, dans le plus grand nombre des cas de cancer, les conditions de l’observation médicale ne permettent pas de retrouver les inflammations chroniques antérieures quand elles ont existé ; elles peuvent en effet n’avoir occupé qu’un territoire restreint, ne pas s’être manifestées par des symptômes cliniques et, au moment de l’examen anatomique, avoir complètement disparu sous les lésions extensives du cancer. Aussi croyons-nous pouvoir admettre celte influence comme incomparablement plus fréquente qu’il ne paraît de par les observations recueillies.

Il faut bien avouer toutefois que jusqu’à présent l’expérimentation îigissanl suivant ces données n’a jamais pu reproduire des lésions •semblables. Cazin, Hanau, Alberts, Retterer, nous-inême et bien d’autres, agissant soit par les irritations mécaniques répétées, soit en y joignant l'emploi de telles ou telles substances incriminées dans les observationscliniques: goudron, suie, ou, comme nous l’avons essayé, poudres de minerais arsenicaux, toutes ces tentatives ont été constlammenl suivies d’insuccès. Faut-il vraiment s’en étonner, et cet (échec de l’expérimentation peut-il être invoqué contre l’influence étiologique de ces causes irritatives? Nous ne le pensons pas; ces

(1) Ai.TiAniiAN el !.. B] i<naiiii, Cancer de la vessie dû à la présence des leufs de li'dharzin hœmatohia. Épilhélionia lüindé (Soc. de hiol., 1S97).

(2) Fenwick, Transacl. path. Soc. of London, XX.XIX.

(3) Ueiin, Blascngeschwulsle bei Anilinarbeitern {.Arch. f. klin. Chir., Hd. b).

(41 Leichtensteiin, Deutsche nied. Woch., 1900.

(5) Witshniiauseu, Inaug. Diss., I leidelberjï, 1S91. — ^^'ASSEHM.vN^•, Thèse de Paris, 1H95.

(G) Teumien, Tliérapeuliipie oculaire (.Acliialitès médicales. Paris, 1399).

KTIOLOGli:.

phénomrnes ([ualifiés trinllamniations clironi([ues sont en réalité exlrémemenl complexes, cl si les causes qui les provociuenl paraissent simples, banales, sans spécificité aucune, ils re|>résenlenl la mise en jeu (le processus cellulaires multiples et variables dont le délerminismenous échappe encore complètement. De plus, il l'aul remarquer, et c'est là un fait d'importance capitale, la durée extrêmement longue du temps nécessaire au développement des néoplasies aux dépens de ces inllammations chroniques. Comme nous l'avons vu, c’est après uu minimum de cinq ans que l'épilhéliome se forme sur le lupus, et les faitsde durée moyennese monlrentaprès vingt et trente ans; il en est de même pour l’épilhéliome des cicatrices. Dans les observations do Màrling et de Hesse, c’est après vingt ans de séjour à la mine que commence le mal des montagnes; le cancer développé sur un cautère se montra après trente-six ans de durée(Berger), après quarante-sept ans Durand). Y a-t-il dans l’expérimentation des faits comparables? Yi comme durée, ni comme nombre d’animaux soumis aux expériences, nous ne trouvons rien à assimiler aux données de l’observation clinique ; aussi les résultats de celte dernière ne sauraient-ils être infirmés par les conclusions négatives des expérimentateurs.

Mais celle longue durée de l’intlammalion chronique précédant l’évolution des néoplasmes, qui se retrouve dans presque tous les cas et paraît être ainsi une des conditions nécessaires de son efficacité, permet justement de se faire idée de son mode d’action et peut jeter quelque jour sur le processus évolutif de ces lésions. Elle est peu en faveur d’une origine infectieuse ; si, en effet, les altérations antérieures des tissus servaient simplement à ouvrir la porte, pour ainsi dire, à l’infection, on ne comprendrait j)as la nécessité d’une durée aussi longue, et qui en tout cas ne se rencontre dans l'étiologie d’aucune des maladies parasitaires connues. Elle n'est pas davantage en faveur des théories altrilmant la formation des cancers à la présence de germes embryonnaires endormis dans les tissus depuis les phases initiales du développement, car si ce sont des cellules spéciales, à fonction néoplasique, qui seules peuvent donner naissance au cancer, pourquoi cette longue préparation, pourquoi tant de lenteur à entrer en action? Tandis que si, comme nous le pensons, les néoplasies résultent d’une évolution particulière des cellules mêmes des tissus, on s’explique qu’il leur faille acquérir des propriétés nouvelles, subir une sorte d’éducation morbide, de sc/ec/fon pnlhologique les conditions anormales où elles doivent vivre et se reproduire, amènent la création d’une race cellulaire nouvelle douée de propriétés végétatives particulièrement actives, bien en rapport avec les entraves fonctionnelles ou nutritives qu’elles ont subies et qui leur permettent d’entrer en lutte avec les autres éléments de l’organisme et de les surmonter dans celle lutte. Pour qu’une semblable sélection cellulaire se produise, on comprend l’importance du temps, de la durée des actions

P. MENETRIER. — lÆ CANCER.

irrilalives exercées sur ces cellules el sur les générations cellulaires successives soumises aux mêmes inlluences. Les cellules acquièrent ainsi de génération en génération leurs propriétés nouvelles en même temps qu’elles perdent au fur et à mesure tes fonctions qui les mettaient en harmonie avec le reste de l’organisme.

Ectopies d’org'aiics, hétérotoples de tissus. — A côté et après les actions inllammatoires ou irritatives proprement dites, il faut placer d’autres causes de perturbation des fonctions cellulaires et qui paraissent également puissantes à provoquer les proliférations néoplasiques. Ce sont les ectopies d’organes et les hétérotopies de tissu. Pour le premier cas, le testicule en ectopie constitue, par la fréquence de ses dégénérations néoplasiques (Monod et Terrillon) (I), un exemple classique. Clievassu y a aussi rencontré de singulières productions adénomateuses. Et l’on conçoit en effet l’importance des troubles fonctionnels qui peuvent résulter de cette situation anormale, et la fréquence des traumatismes, froissements, pressions, sinon violents, du moins incessamment répétés.

Plus intéressantes sont Xeshélérolopies cellulaires. Celles-ci peuvent relever d'une action purement mécanique, facile à comprendre, comme à reproduire expérimentalement. Tel est le cas des enclavements d’épiderme dans les cicatrices ; tel est encore celui des inclusions de fragments du tégument dans les tissus à la suite d’un traumatisme, donnant naissance aux tumeurs perlées des doigts ('2;, aux kystes épidermiques (3). Un fragment d’épiderme détaché par l’agent traumatique avec le plan papillaire du derme se trouve inclus dans les profondeurs de la plaie et, tandis que celle-ci se referme, il continue à végéter. Des lésions semblables s'observent chez les animaux ; chez le bœuf, à la suite de coups de corne ; chez le chien, à la suite de morsures (Cruzel) (4), et le processus en a été parfaitement élucidé par les expériences de Masse (5), de Kaulfmann (6). Voilà des tumeurs dont le développement est entièrement dù au déplacement cellulaire, à l’hétérotopie, et, si elles restent petites et presque toujours bénignes, il semble bien que les observations de Franke (7), qui a vu deux athéromesdu pouce subir la transformation cancéreuse, montrent la possibilité d’une évolution néoplasique maligne, et la même interprétation pourrait peut-être aussi s’appliquer à un fait de Christiani (S d’épithéliome du front à la suite d’une blessure par une pierre. Nous

(1) Monod cl Trhiullon, Arcli. (fén. de inéd. — Kokppiîi.in, Cancer d’un testicule en ectopie abdominale (Gaz. hebdoin., 1899).

(2) Gkoss, Tumeurs ])erlées des doij^ls (Biill. méd. de l'Esl, 1881).

(3) PisKAiiiE, Soc. anal., 1895. - G. de M.\i;ny, Thèse de Paris, 1895.

(4) Cite i)ar G. de Mauny.

(51 Masse, Kystes, tumeurs perlées el tumeurs dermoïdes de l’iris. Paris, 188ti. — Soc. de chir. et Comptes rendus, 1881-1886.

(G) Kauefmann, Arch. /'. palli. Anal., 1881.

(7) Fhanke, Reitrane zur Gcsclnvulstlelire ( l irc/ioie’s .Irc/iiv, 1890).

(8) CiimsTiANi, Revue de chir., 1892.

ÉTIOLOCIE.

pou vous d’ailleurs y joindre les faits de cancer des cicatrices [)récédeminenl cités, et oii l’iiétérotopie doit jouer un rôle à tout le moins aussi important ipie les phénomènes iidlammaloires.

L’intérêt de ces faits consiste surtout en ce f[u'ils nous montrent, évoluantchez l’adulteet reproductible expérimentalement, un processus qui préside au développement d’un grand nombre de tumeurs congénitales, les kystes dermoïdes et mucoïdes expliqués depuis \'erneuil (1) par la théorie de l’enclavement (Lannelongue) ('2). Ce sontdes groupes cellulaires des revêtements culanésou muqueuxqui, restés isolés dans les tissus après la fermeture des fentes branchiales, de la gouttière médullaire, etc., après la disparition d’organes temporaires de la vie embryonnaire ou fœtale, continuent à végéter, reproduisant dans leur développement ultérieur une évolution identique à celle des parties dont ils sont détachés; mais, soumis à des conditions anormales, à des entraves fonctionnelles et nutritives résultant de leur situation même, ils présentent une tendance particulière à la prolifération néoplasique, soit sous forme bénigne, ce qui est le cas le plus habituel, soit même sous forme maligne et envahissante.

Ce sont aussi des cellules en situation anormale, perturbées dans leurs fonctions et leur nutrition, que l’on rencontre dans toutes ces malformations congénitales des téguments que l’on groupe sous le nom de nævi, malformations vasculaires, dermo-papillaires, épithéliales et glandulaires ; il y a là des cellules en hétérotopie et d’évolution pathologique tout à fait comparables aux cellules modifiées par les inflammationschroniques, ou englobéesdans les tissuscicatriciels. Aussi, si ces éléments sont tout particulièrement prédisposés à la prolifération néoplasique, nous l’attribuerons, non à l’origine embryonnaire ou fœtale de la malformation, mais bien aux conditions anormales de leur mode de vie, exactement comme nous l’avons fait pour les cellules comprises dans les foyers d’inflammation chronique ou dans les cicatrices.

Ce n’est pas seulement dans les téguments que l'on rencontre de semblables malformations. Elles sont particulièrement fréquentes dans les régions génitales, rénales et périrénales, d’où le grand nombre de tumeurs d’origine congénitale du rein et des organes génitaux ; elles sont plus difficiles à reconnaître dans les autres tissus ; Virchow a signalé la persistance de noyaux cartilagineux demeurés en hétérotopie dans le tissu osseux après l’ossification ; Lebedew a trouvé dans l’œsophage, au point correspondant à la bifurcation de la trachée, des anomalies du revêtement épithélial qui pousse des prolongements dans la profondeur ; il a vu également des îlots d’épithélium isolés dans le tissu conjonctif, et cela avec une notable fréquence, 5 fois

(1) \'EiiNEua, Soc. ,inat., 1852.

(2) Lannelongue et AciiAnn, Traité des kystes congcnitau.x. — L.annelonoue et Ménaro, AITectioiis congénitales. Tête et cou. Paris, 1891.

P. MEXE'l’HIER. — LE CAXCER.

sur "25 œsophages examinés. Au surplus, il nous paraît inutile d’insister davantage sur ces exemples, ayant pris soin, au cours de notre description des cancers, de mentionner pour chaque organe les formes d’origine hétérotopique.

Kvoliition caneérciiso des tiiiiieurs bénig-nes. — Comme les lumeursdérivent des hyperplasies inflammatoires par modification des éléments cellulaires qui les constituent, les tumeurs malignes peuvent se dévelop[)er aux dépens des néoplasies bénignes et également aux dépens de tel ou tel de leurs éléments constituants. Il ne s’agit pas là, en elfet, de substitution d’une tumeur nouvelle à l’ancienne, mais ce sont les cellules de celle-ci qui, continuant leur processus évolutif, croissent de manière atypique, désordonnée, franchissent les limites du territoire primitivement atteint et tendent à envahir l’organisme. Ainsi, dans les transformations des adénomes en épithéliomes, si l’on a pu suivre les phases initiales du processus, on voit les cellules mêmes des tubes adénomateux proliférer, ces tubes s’allonger, pousser des prolongements en dehors de la couche muqueuse, leur habitat normal, envahir le tissu conjonctif avoisinant, et leurs cellules devenues libres se répandre dans les espaces interstitiels. Et cette évolution s’elTectue avec des transitions si graduées qu’à l’examen on est souvent embarrassé de décider si l'on a alfaire à une lésion circonscrite, bénigne adénomateuse, ou bien à un épithéliome infectant. Ce sont bien toujours les mêmes éléments cellulaires qui sont en jeu, ils dérivent manifestement les uns des autres, et les données histologiques, les seules que nous puissions utiliser actuellement, ne nous montrent rien autre chose que la continuation d’un même processus, allant depuis les simples hyperplasies inflammatoires jusqu’aux formations malignes envahissantes, avec, comme intermédiaires, les hyperplasies locales, bénignes, adénomateuses; processus arrêté pour les unes à ses phases initiales, poussé jusqu’aux extrêmes pour les autres, mais toujours de même nature et se poursuivant sous des influences analogues à celles qui lui ont donné naissance, continuation des irritations chroniques, intervention de traumatismes, ulcérations et actions infectieuses diverses, etc.

En règle générale, les néoplasies bénignes de nature épithéliale, les/)(7/j///omes, les adénomes dégénèrent en épilhéliomes ; les néoplasies bénignes de nature conjonctive, fibromes, lipomes, osléomes, chondromes, dégénèrent en néoplasies sarcomaleiises, avec ou sans persistance d’éléments reconnaissables de la forme première (formes typi(pies et atyjiiques). Toutefois, comme les néoplasies bénignes sont le plus souvent des tumeurs complexes, organoïdes, c’est-à-dire constituées par l’hyperplasie d'éléments multiples, hyperplasie souvent assez proportionnée pour qu’il soit malaisé, dans les classifications, de savoir à quel élément principal en rapporter l’origine (comme, par exemj)le,les papillomes, classés tantôtdans les néoplasies épithéliales

KTIOI-OGIlî.

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el lanlôl conjonctives), il peut arriver que révolution nialip;ne porlc sur lel ou tel de ces éléments en prolifération, et, si les adénomes du tube digestif dégénèrent le plus souvent en épithéliomes, les fibroadénomes du sein, les papillomes cutanés peuvent être l’origine de néoplasies sarcomateuses. 'l'el est aussi le cas des tumeurs de souris, formations atlénomateuses (jui évoluent le plus souvent en épitbéliomes, mais peuvent éventuellement, comme il est arrivé dans les expériences trEbrlich, présenter la prolifération conjonctive sarcomateuse.

Mais si nous avons de nombreux exemples de l’évolution maligne des tumeurs bénignes, nous ne connaissons pas de processus inverse, et jamais on n’observe la transformation de néoplasies malignes on les formes bénignes correspondantes.

Nous avons déjà, dans notre étude des formes et des variétés ilu cancer, donné pour chaque organe des exemples de cette évolution maligne des néoplasies bénignes, et nous en avons décrit le processus histologique d’après des exemples tirés de notre observation personnelle. linons paraît utile, maintenant, pour mieux montrer l’importance et la généralité de celte évolution, de compléter ces données par une revue rapide de quelques-uns des faits que nous fournil la littérature sur ce sujet.

C’est encore parmi les néoplasies ciilanées que l’on peut le plus facilement suivre ces transformations, portant soit sur des tumeurs acquises, et parfois franchement inllammatoires, comme nous avons vu précédemment, soit sur des malformations congénitales, des næui, dont les dégénérescences sont particulièrement intéressantes.

Les nseui représentent, en elîet, un siège d’élection pour le développement des tumeurs, et nous avons déjà exposé comment celle prédisposition particulière nous paraissait de tout point semblable à celle des tissus atteints d’inflammation chronique actuelle ou cicatrisée. Ces dégénérescences, de malignité plus ou moins prononcée, peuvent s’observer pour toutes leurs variétés, soit spontanément (en apparence tout au moins), soit et le plus souvent après irritations traumatiques ou autres, frottements, grattage, écorchures, ulcérations ; et celle intluence des traumatismes paraît bien prouvée par ce fait que ce sont surtout les nævi des parties découvertes qui ont tendance à dégénérer (Reboul) (1). Les næui vasculaires peuvent être le point de départ de sarcomes, les observations de Mathieu (’i), Perrin (3), Sardou, Reboul en sont des exemples. Plus rarement le néoplasme qui se forme à leurs dépens est une tumeur mélanitjue, ou même un é/u7/zé/iomc(Capi la n)(4),ces mal forma lions étant d’habitude complexes.

(1) Heii()i:i., Transformations et dégénérescences des nævi {Arch. (jén. de méd., 1893, et Tlièse de Paris, 1893).

(2) Mathieu, Soc. iinal., 1880.

(3) Pehbin, t'arcomatose ciilanée Tlièse de Paris, 1886.

(4) Caimtan, Soc. anal., 1879.

P. MENETRIKR. - LE CANCER.

Les nrevi fibromaleux {(ibroma molluscum) (^lonnenl origine à des inuxomes (Chainbard), des sarcomes (Pdnddeiscli, i\licbel, Malassez, Lagrange et Durel, Pilliel) (1). Le molluscum a du reste une structure liislologique assez variable ; il peut renfermer des (^kuTients myxomaleux ou cartilagineux, et l’on a vu des chondromes et des ostéomes en provenir. 11 peut encore dégénérer en /awcn/' mélanifjue et môme en épiUiéliome (Reboul).

hesnævi verruiiueux ou papillomateux sont plus particulièrement le siège de néoplasmes épithéliaux [Cornil ('2), Butlin, Malherbe]. L'épi- Ihéliome est du reste la forme anatomique la plus fréquemment rencontrée dans les dégénérescences malignes des nseri. Renoul (3), sur 121 observations de tumeurs développées sur des nævi de toutes variétés, compte 34 épilhéliomes ; la dégénérescence sarcomateuse a toutefois été observée.

Les cancers mélaniques peuvent dériver de nævi verruqueux non pigmentés, mais plus souvent ils ont leur origine dans les na'vi pigmentaires, quels que soient leur forme et leur degré de développement. C’est là du reste le mode étiologique habituel des cancers mélaniques cutanés, et ce sont tantôt des sarcomes pigmentés! Cornil, Trasbot, Duret, Perrin), tantôt des épilhéliomes mélaniques (Renoul) ou des tumeurs mixtes, sarco-épithéliomes (Reboul). Dans quelques cas, l’épithéliome formé aux dépensde nævi pigmentaires n’était pas lui-même pigmenté (Weinlechner, Heurtaux, Michel). A côté des nævi proprement dits, il convient de placer une affection fort rare, le xeroclerma pigmentosum (Kaposi, Vidal), qui presque constamment dégénère en épithéliome, à la suite d'une évolution inflammatoire chroniquedes téguments de la face etdu cou, avec formations fibreuses et cicatricielles, et que Geber, Taylor, Pick, Kaposi s’accordent à rapprocher des nævi et de leurs dégénérescences.

Les loupes et les kgsles sébacés, dont l’origine congénitale peut être également admise (Franke) (4), dégénèrent en épilhéliomes (Chassaignac, MenetrieretPeraire, Gaucher et Paris, Krische, Mertens, Linser) (5). Franke en a réuni 18 observations concernant pour la plupart des loupes restées longtemps fisluleuses.

Il ne s’agit pas là du reste d’une étiologie exceptionnelle. Ges évo-

(1) M.vlassez, Soc. anat., 1871. — L.vr.RAA'GF. et Dchut, Soc. an.il., 1873. — PiM.iET, Soc. anal., 1892.

(2) CoRML, Soc. anal., 1893.

(3) Renoul, Tliése de Paris, 1892.

(4) Franke, Ucbcr das Atlierom (.\rch. fur klin. Cliir., Iss7).

(3) Menetrier et Peraire, Epitlicliume lobule du cuir chevelu survenu sur une louijc (Bull, de la Soc. anal., 1898). — Gaucher et Paris, Dégénérescence épithélioinaleuse d'un kyste sébacé (Soc. franç. de demi, el de st/pli., 1904). — Krische, Fin Fall von primiiren Krompechersclieni Oberflaehenepitlielkrel)s in geschlossenen .\tlieroiu [Ileilrai/. z. klin. (ihir., Rd. XX.KI). — Mertens, Gareiuom auf tien Roden eines Deriuoids (//;/(/.). — Linser, Ueber die Entwickelung vou Epitlielioiuen uud Carcinomen in Dermoidcysten (Ibid.).

KTIOLOGIIÏ.

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lulions malignes sont relalivcmeiiL fréquentes, cl l'on peut se faire une idée assez exacte de cette fréquence, tout au moins en ce qui concerne les épithéliomes de la face el des lèvres, par une slalislitpie de RapocU qui, sur 309 cas de cancers développés dans ces régions, en trouve IH'i formés aux dépens de verrues ou de papillomes el, 83 d’origine traumatique.

Ce qui rend parfois difficile l’appréciation exacte des rapports entre les tumeurs malignes et bénignes, c’est la variabilité des dénominations employées pour ces diverses néoplasies, et surtout les interprétations de chacun au su jet de leur nature. L’exemple des lumeurs de la mamelle est particulièrement signiticatifeà cet égard. Les tumeurs adénoïdes du sein (A. Cooper, Velpeau), classées et décrites cliniquement avant que leur structure histologique fût connue, ont été depuis, tantôt rangées dans les tumeurs conjonctives à titre de fibromes fCornil et Hanvier), et tantôt dans les tumeurs épithéliales comme adénomes (Cadiat) (1), ou encore classées à part comme fibroadénomes [Duplay, Schimmelbuch (2)]. La place nosologique de la maladie kijslique (Reclus) est également variable : épithéliome [Brissaud (3)], mammite chronique, cirrhose mammaire avec kystes par rétention (Delbet), tantôt épithéliome et tantôt mammite chronique (Toupet, Rochard). Labbé et Coyne décrivent comme tumeurs bénignes les épithéliomes du sein non encore parvenus au stade atypique (4).

Si ces néoplasies diverses demeurent habituellement circonscrites et bénignes cliniquement comme anatomiquement, elles peuvent aussi parfois dégénérer, ou récidiver après enlèvement, et cela soit en tumeurs sarcomateuses, ce qui, pour Cornil et Ranvier, révèle la nature conjonctive des adénoïdes, soit aussi en épithéliomes atypiques, ce qui met hors de doute la néoplasie épithéliale.

En fait les hyperplasies adénomateuses du sein sont communes ; ce sont ces hyperplasies qui forment la transition entre les inflammations chroniques et les néoplasies malignes, et, ainsi que nous le montrions précédemment, elles ne sont pas constituées en tumeurs simples, par la prolifération d'une seule variété d’éléments anatomiques, mais représentent des tumeurs complexes, organoïdes, d’où la possibilité de voir des néoplasies malignes ditférentes en provenir selon que tel ou tel de leurs éléments constituants aura continué le processus en prolifération atypique. L’important en ce cas est donc de constater la filiation, la relation entre la tumeur bénigne antérieure et la néoplasie maligne, et les incertitudes des descriptions, la

(1) Cadiat, Tlièsc cIc Paris, 1875.

(2) Dui’i.ay, Arch. gén. de inéd., 1893. , — Sciiimmisluucii, Arch. fur l;Un Chir., XLIV.

(3) ÛHissAUD, Arch. de i)hysiol., 188i.

(4) Dni.nET, Soc. anal., 1893. — Toupet, Sein, mêd., 1890. — Uociiard, Arch. gén. de inéd., 1891. — Lauué el Covmî. 'l'iiineurs béiûf;nes du sein.

P. MENETRIER.

variabilité même des interprétations prouvent, ce nous semble, justement la fréquence des formes de Iransition et par conséquent de transformation de ces néoplasies.

Les mômes considérai ions sont applicables aux adenomes du foie et du rein, car les mômes confusions de termes ont été commises à leursujel. L’adénome du foie, tel que l’a décrit Sabourin, est évidemment un épithéliome infectant, un cancer (Lancercaux, Hanot et Gilbert), comme le prouve l’envahissement des parois vasculaires et des cavités veineuses dans les cas même qui ne s’accompagnent pas de métastases en d’autres organes; mais l’adénome vrai existe (Kelscb etKiener), et l’on y peut constater une analogie manifeste avec des formations sûrement bénignes et pourtant déjà adénomateuses, telles que les formations nodulaires des hépatites dans le foie des paludéens (Kelsch et Kiener), dans les cirrhoses graisseuses (Sabourin), et qui confinent elles-mêmes aux simples hyperplasies inflammatoires. El l’adénome est susceptible de transformation cancéreuse (Brissaud), en sorte que, tout en reconnaissant l’abus du terme adénome appliqué à la lésion déjà transformée, ces faits n’en constituent pas moins une démonstration précieuse des rapports des néoplasies malignes et bénignes (IL

Dans le rein se forment également des adénomes dont les relations avec les inflammations chroniques des diverses formes de néphrites interstitielles ont été bien mises en évidence par Sabourin {'2). Néoplasies habituellement bénignes, souvent en dégénérescence graisseuse, ils sont, eux aussi, capables de transformation maligne, épilhéliomateuse, avec infection métastatique des organes (Sturm, Sabourin et OEttinger, Giraudeau et Legrand, etc.) (3).

Dans les organes formés de glandes de morphologie plus simple et surtout mieux délimitées, comme le revêtement muqueux du tube digestif, de Vesloniac en particulier, il est plus facile de préciser exactement les limites et les points de contact de l’adénome et de l’épithéliome et de saisir les faits de transition et de transformation de l’un dans l’autre. Gar notre seul critérium de cette transformation, la prolifération épithéliale en dehors de la membrane glandulaire, dans les tissus interstitiels, est ici facilement démontrable dès ses phases initiales et surtout manifeste au moment où les éléments cellulaires perforent la musculaire muqueuse pour envahir les tuniques sousjacentes. Les adénomes de l'eslomac, de toutes formes, sont suscep-

(1) SAnouniN, ContribuLion à téhicle des lésions du parencliynic hépatique dans la cirrhose. Essai sur l’adénome du l'oie. Thèse de Paris, 1881. — Lancfoeau.x, Anal, path., l. I, 187â. — 1 1 anot et Gii.nEnT, Maladies du foie. — Gii.beut et DÉniGN/VC, Gaz. méd. de Paris, 188-i. — Kelsch et IviEXEn, Arch. de pliysiol., 1876-1879. — lîmssAUi), Arch. fjén. de méd., 1885.

(2) S.AiioumN, Arch. de pht/sioL, 1882. — /terne de méd.. 1881.

(3) Sturm, Arch. der IleiUmnde, 1875. — Sauouiun et (Iîttingeh, Revue de méd., 1885. — Giiiaudeau et Leghand, Gaz. hebdom., 1887.

lïTIOLOfnE.

liltlcs (le Iransformalion canc(!M'cuse, que ces adénoiiK's soient en relation "(^nélitiue avec l’évolution d’une gastrite chronique ou (|ue leur développement soit dû à une cause irritative locale et circonscrite, telle (pi’un ulci're; et grâce à cette morphologie relativement simple on peut suivre toutes les phases du processus, (‘volulion adénomateuse, formation de tumeurs bénignes, adénomes et formation d’épithéliome infectant aux dépens de ces derniers (Menelrier).

Des transformations semblables ont été décrites dans la muqueuse deVinlestin grêle i Lubarschl (l). Dans le gros inleslin, Bardenheuer (2) a également rencontré des plaques saillantes avec hypertrophie des glandes, formations polypeuses et transformation cancéreuse de ces hypertrophies. Hauser ( S i, dans 5 cas de cancer du rectum (sur 24 qu’il a étudiés, soit dans 20,8 p. 100 des cas), a trouvé la coexistence de cancer et de polypes; ces rapports ont été depuis très complètement étudiés par Ouénu et Landel.

Sans voidoir passer en revue à ce propos la pathologie de tous les organes, il est encore quelques exemples nécessaires à rapporter. Telle est la relation des tumeurs ovariques bénignes, des cyslo-adénomes et plus particulièrement encore des kystes dermoïdes, des embryomes des ovaires avec les néoplasies malignes. Ces tumeurs à tissus complexes, qui, ainsi que nous l’avons vu, relèventd’un processus pathogénique spécial, sont en effet, elles aussi, susceptibles de transformation maligne soit par prolifération épilhéliomateuse et infectante d’une partie seulement de leurs éléments constituants, comme dans les observations de Cornil et Babinski, Poupinel, Pilliel, Pomorski, Seeger, Krukenberg, Frank, Leblanc, Mermet (4^ etc., soit avec métastases myxomaleuses (Orillard) (5), soit encore avec métastases rappelant par leur structure complexe a complexité de la tumeur initiale (Fraenkel) (6). De môme pour les embryomes du testicule et les formes si particulières de leurs métastases (Chevassu).

Un semblable rapport existe certainement entre les adénomes utérins et le cancer de cet organe; la coexistence de polypes muqueux et d’épithéliomes n’y est pas rare; nous-môme et bien d’autres l’avons constatée ; mais, en raison de la morphologie moins précise des appareils glandulaires dans cette région, il est plus difficile d'y suivre

(1) Luiiarscii, Vircbow's Archiv, 1888.

(2) Bardenheuer, Arch. f. Ulin. Chir., 1891.

(3) Hauser, Das Cylinclerepillielcapcinom des Mageiis imd des Dickdarnis,

(4) CoRML et Bauinski, Bull, de laSoc. anal. — Poupinel, De la généralisation des kystes et tumeurs épithéliales de rovairc. Thèse de Paris, 1886. — Tumeurs mixtes de l’ovaire {.Arch. de phi/siol., 1887 ; Soc. anal., 1889). — Pilliet, Soc. anal., 1893. — Pomorski, Zeilschr. /'. (lehiirl. u. Gyna!;., 1889. — Seeger, Inaug. Diss., München, 1889. — Kiiukenhehg, Arch. f. Gynak., 1887. — Frank, Pray. med . Woch., 1891. — Ledlanc, Soc. anal., 1896. — Mermet, Ibid., 1896.

(5) OiuLi.Aiin, .Scc. anal. , 1893.

(6) Fraenkel, Vrien. med. Woch., 188.3.

P. MEXliTRIEH. — LE CANCER.

les phases de la Iranslormalion de la néoplasie bénigne en maligne (Cornil, Fursl).

Parallèlement à ces transformations de néoplasies épithéliales bénignes en malignes, on peut mettre celles de'même ordre qui se passent dans les mijomes utérins, tout aussi prédisposés à la dégénérescence sarcomateuse (Hoffmeyer, Venn, Wagner, Alban Doran, Pilliet et Costes, etc.) (1), d’ailleurs comprise de manière différente parles différents observateurs, qui concordent cependant en ce point qu’ils admettent tous l’évolution maligne de ces tumeurs.

En d’autres organes, tels que le corps thyroïde, les glandes salivaires, les capsules surrénales, les muqueuses respiratoires, de semblables observations pourraient être faites ; les exemples que nous avons cités seront suffisants à prouver la possibilité de ces transformations, et si l’on veut bien tenir compte des difficultés que rencontre nécessairement leur observation, de ce fait qu’il faut des cas exceptionnellement favorables pour que la lésion encore en évolution puisse être saisie et étudiée à un moment où, par elle-mêm.e, elle serait encore incapable d’amener la mort du malade, on pourra conclure avec toute vraisemblance qu’il s’agit là de faits infiniment plus fréquents qu’il ne parait; à tel point que nous devons nous demander si ce stade d’hyperplasie, de néoplasie bénigne, d’adénome par exemple pour les proliférations glandulaires, n’est pas une phase nécessaire de l’évolution des cancers. On peut, en tout cas, conclure de ces faits, joints aux données étiologiques précédemment étudiées, que les néoplasies malignes, les cancers sont l’aboutissant d'un processus, le dernier terme d’une série de lésions hyperplasiques.

(1) IIoFFMEVER, Bcrl. Iditi. Woch., 1887. — 4’enn, Inaug. Diss., Giessen, 1889. — Wagner, Deulsche rned. Woch., 1888. — Alb.\n Doran, Transact. of lhe palh- Soc. of London, 1890. — Pii.i.iet, Soc. anat., 1894. — Pilliet et Costes, Soc. de hiol., 1894. — Costes, Recherches anatomo-pathologiques sur l'évolution des fiRi'omyonies de l'utérus et de ses anne.\es. Thèse de Paris, 1895.

l'ATHOGKME.

13— S'il

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