TBAITEMENT PAR LES AGENTS PHYSIQUES
Le traitement du cancer par les agents physiques ne présente pas l’importance du traitement chirurgical, leurs applications étant encore singulièrement limitées. Mais il y a là des méthodes d’une puissance incontestable, encore au début de leur emploi et qui nous semblent pleines de promesses d'avenir. Nous nous occuperons plus particulièrement de la radiothérapie, qui est actuellement la plus
(1 ) \'on Leyiif.>. Ueher die Problème der Kurativen Heliandlunj;- der Carcinome des- Menschen {Internat. Konf. f. Kreh.<<forclwnçf, 1906'. — Von Leyden et Beiigei.l, Zeilschr. f. klin. Med., 1907.
(2) Pusey (W.-A.), Trypsin in malignant growths {Journ. Amer. tned. .\ssoc.,.
(3) MortOiN et Jones, Lancet, 1907.
(i) Von Leyden et Beugeli., Deutsche med. Y'och., 1907. — Romme, Le traitement du cancer pai- les ferments protéolytiques (Presse médicale, 1907).
P. MENETRIER. — LE CANCER.
imporlanle de ces méthodes, et qui, en dehors de son utilité pratique, nous paraît plus particulièrement intéressante par les modifications électives qu’elle détermine sur les éléments cancéreux, et que nous avons pu constater dans quelques cas dont nous avons |)ratiqué l’étude histologique.
Mais auparavant nous citerons brièvement quelques autres méthodes.
L’emploi des coiiranls de haute fréquence sous la forme d’effluves ou d’étincelles mono ou bipolaires a été préconisé par Rivière (Ij, et également utilisé par de Keating Hart (2j, qui opère sous anesthésie générale, et complète parla curette l’action des étincelles électriques. Ce sont des étincelles de plusieurs centimètres, éclatantàjet continu et appliquées pendant un temps variant de dix à quarante minutes.
La pholotkérapie (3) a été appliquée au traitement des épithéliomes superficiels de la peau. Comme les rayons violets, très actifs, sont peu pénétrants, tandis que les rayons rouges et au delà, peu actifs, sont très pénétrants, Tappeiner, Dreyer (4) ont imaginé de sensibiliser les tissus, comme on fait pour les plaques photographiques, par des badigeonnages d’érythrosine, d'éosine ou de cyanine. Ils en auraient obtenu quelques bons résultats.
Radiothérapie. — Historique. — La découverte de Rontgen fut publiée en décembre 1905, et dès l’année suivante un médecin français, Despeigne, tenta l’application des rayons X au traitement des cancers. Des essais analogues furentensuite pratiqués de divers côtés, mais ces tentatives, encore mal réglées, donnèrent d’abord des résultats peu encourageants. C’est en 1899 qu’à la Société médicale de Stockholm fut présenté par MagnusMôller le premier cas d’épithélioma cutané traité avec succès par la radiothérapie. Un autre médecin suédois, Thor Stenbeck, un médecin anglais, Sequeira (de Londres), deux Américains, Williams (de Boston) et Skinner (de New-Hawen) publièrent presque immédiatement après des cas analogues. En peu de temps, mais surtout après l’invention des premiers instruments de dosage en 1902, les observations d’épithéliomas de la peau guéris par les rayons de Rontgen allèrent en se multipliant, et aujourd’hui ■on ne les compte plus, tant elles sont nombreuses.
En France, c’est surtout à partir de 1904 que les travaux et observationsdeBéclère, Haret, Belot, Brocq, Bissérié, Danlos, Gaslou, Oudin, Leredde, Bergonié, Chanoz, Reboul, Doumer et Lemoine,
(1) Rivn'îiiE, Conçjrès d'éleclrolofiie el de rudiolnçjie médicules, 1900. — Coriyré fntnçuis de médecine. 1907.
(2) De Keating II.viit, Coiujrès français de cliiriirtjie. 1907.
(.3) SciiLASDEiiG, Ucber llautepillielioine uncl cieren Behandlung mil Kinscniiclil ^Uyrjiea, 1900).
(4) Tappeineii et Jesignek, Munch. nied. Woch., 1903-1904. — DnEVF.n, Deutsche med. Il'oc/i., 1901.
TKAITEMENT.
Beaujard, Paulrier, etc., nous onl appris l’eriicacilé de la nouvelle médication.
Mode d’action des rayons de Rôntgen.— Sans vouloir entrer tlans l’exposé technique des méthodes radiothérapiques, (|ueh|ues données générales sont nécessaires pour comprendre l’action des rayons de Bonlgen sur les éléments de nos tissus et sur les cellules des tumeurs malignes.
« Le rayonnement de Bonlgen qui rencontre un corps vivant se divise en deux fractions inégales, l’une qui traverse ce corps et l’autre qui est arrêtée au passage.
« La première, partiellement recueillie sur une couche sensible, écran Iluorescent ou plaque photographique, y fait apparaître aux yeux de l’observateur l’image fugitive ou durable des organes qu’elle vient de traverser.
« La seconde agita certaines doses sur les éléments anatomiques qui l’absorbent, pour en modifier la composition chimique, en troubler la nutrition, en entraver la multiplication, en provoquer la dégénérescence et la mort. » (Béclère) ( Ij.
C’est cette dernière seule qui nous intéresse au point de vue de l’action sur les tissus, soit normaux, soit pathologiques.
h'aclion des rayons de Rôntgen sur les tissus normaux est variable, non seulement en raison de l’intensité de la cause, doses plus fortes, exposition plus prolongée, en séances réitérées, qualité même des rayons, mais aussi selon la nature des éléments considérés. Les cellules de l’organisme sont inégalement sensibles à l’action des radiations, et leurs réactions seront variables selon ces divers facteurs.
De tous les éléments de l’organisme, ce sont les tissus hénio et tymphopoiétiques qui sont le plus sensibles à l’action des rayons X, et plus particulièrement les éléments lymphoïdes. Le fait a été bien mis en évidence par les expériences de Heinecke sur les animaux, et il a été également prouvé cliniquement par le succès thérapeutique obtenu pour la première fois par Senn en I903dans un cas de leucémie.
L’action sur les tissus lymphoïdes est sinon immédiate, car il y a toujours une phase de latence entre le moment de l’action et la production des lésions anatomiques qui la révèlent, du moins très rapide, beaucoup plus en tout cas que pour tous les autres tissus. Dans les expériences portant comme cellesde Heinecke sur les petits animaux, une heure ou deux après l’irradiation les lymphocytes sont frappés de mort, dans tous les ganglions, et aussi d’une manière générale dansions les appareils lymphoïdes, rate, plaques de Peyer, et l’on voit à l’examen, la chromatine des noyaux condensée en amas pycno-
(l) BÉcLKiiii, Influence des rayonsde Rontj,^en .sur les tumeurs malignes(/Jap/>or< au X,\'« Congrès de L' Associalion française de chiriirçjie. Paris, octobre 1907) Pour l’exposé de la radiothérapie des cancers, nous fei’ons de fréquents emprunts é ce remarquable travail qui constitue la mise au point actuellement la plus complète de cette question.
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tiques ou dissociée avec foule du proloplasma, el bientôt reprise avec tous les débris cellulaires par des phagocytes, cellules macrophagiques volumineuses qui englobent ces éléments dégénérés et les résorbent.
Les modifications du tissu lymphoïde, de la rate et des ganglions débutent en quelques heures el se passent dans leur essentiel dans les vingt-quatre heures.
Pour la moelle osseuse el la pulpe splénique, l’action, plus tardive, ne commence qu’après quelques jours elatteinl son maximum peu avant la mort des animaux.
Dans les tissus lymphoïdes, on constate la rapide altération des noyaux des lymphocytes qui forment des amas de chromatine, et la reprise de ces débris nucléaires par des phagocytes; ceux-ci disparaissent ultérieurement, el il en résulte une destruction plus ou moins complète du tissu lymphoïde dans les vingt-quatre heures qui suivent l’irradiation.
Ainsi, chez le cobaye, le début du processus se constate après deux heureset demie àtrois heures, etsimultanémentdans tous les organes. 11 commence par les centres formateurs des follicules. Les phagocytes se montrent vers la quatrième heure. Ala huitième heure, le nombre des débris libres diminueel les phagocytes augmentent. F^lus tard, ils disparaissent el il ne reste plus ensuite dans le tissu ganglionnaire que des cellules conjonctives et des cellules à noyau clair.
Dans les centres formateurs des follicules apparaissent des cellules plus grandes, épithélioïdes, parfois en disposition concentrique, et qui plus tard prennent l’aspect de cellules conjonctives ou disparaissent.
Pour la pulpe splénique et la moelle osseuse, c’est après deux ou trois jours que se remarque la diminution des éléments cellulaires portant surtout sur les polynucléaires et aussi les éosinophiles. Il y a destruction des hématies et formation de pigment (1).
Il en est ainsi pour les irradiations d’une certaine intensité, et dans les expériences de Heinecke presque toujours l’action a été énergique el souvent même poussée jusqu’à produire la mort des animaux. Des irradiations faibles, comme l’ont montré Auberlin el Beaujard pour la moelle osseuse, agissent au contraire en produisant uneexcilation fonctionnelle manifeste.
L’action des rayons X sur les tissus épithéliaux est beaucoup moins rapide, mais encore singulièrement inégale.
De tous les épithéliums, c’est le revêtement des tubes séminifères en activité spermalogénélique qui se montre le plus sensible. La stérilité des animaux irradiés fut d’abord signalée en 1883 par
il) Heinecke, Experimenlelle Untcrsuchuiif;eii über die Eiiiwickunjç der Ronl- «cnstralilen nul' inncre Orjrane (Millheilungen aiisden (irenzgebiete der Medizin und Chirurgie. léna, lOOCi)
TRAITEMIÎNT.
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Albers Schonherp; (de Hambourg) qui montra que les lapins et les cobayes, la suite d’une série d’irradiations de durée et d’intensité convenables, perdent la faculté de se reproduire Le processus histologique de cette altération des testicules fut ensuite étudié par Frieben, Seldin, Bergonié et Tribondeau, Regaud, Blanc, etc. (1).
Le travail de Bergonié et Tribondeau est très complet à cet égard. Ce sont surtout les élémentsjeunes, actifs et proliférants de la lignée séminale qui sontsensibles à l’action des radiations. Après une phase de latence pendant laquelle aucune lésion histologique n’est perceptible, on constate la dégénérescence de tous les éléments épithéliaux de la paroi du tube séminifère.
Les gros spermatocytes présentent les phénomènes de la karyorhexis, les petits spermatocytes, les spermatides et spermatogonies sont atteints de pycnose.
Les spermatozoaires formes adultes sont tout au contraire beaucoup plus résistants.
Les éléments dégénérés disparaissent par cytolyse ou sont phagocytés par le syncytium sertolien, nullement atteint par l’action des radiations, et au contraire présentant souvent une tendance manifeste à la multiplication de ses noyaux.
La résorption des éléments dégénérés dure environ trois semaines, et alors deux éventualités peuvent se présenter: ou l’irradiation a été assez forte pour tuer tous leséléments épithéliaux, et le tube demeure définitivement stérilisé, les éléments conjonctifs, les cellules interstitielles persistant, et ces dernières mêmes ayant plutôt tendance à l’hyperplasie ; ou un certain nombre des éléments de la lignée séminale ont survécu, passant par une phase de ralentissement, de suspension de leurs propriétés physiologiques, de léthargie (Regaud et Blanc) très intéressante à noter, car nous trouverons dans l’action des radiations sur les cancers des phénomènes analogues à observer, et, reprenant ultérieurement leur activité, entrent en prolifération et reconstituent le revêtement fonctionnel des tubes dont la fonction interrompue temporairement sera de nouveau rétablie (Bergonié et Tribondeau).
. Voilà les phénomènes essentiels de l’action des radiations sur le testicule, et il en faut retenir a sensibilité particulière des épithéliums surpris en prolifération active , la possibilité, soit d’une simple suspension de leurs propriétés avec reprise ultérieure, soit d’une destruction complète et définitive. 11 faut également remarquer que l’action des radiations n’est pas uniquement destructive. Les rayons de Rontgen ne sont pas seulement, comme le dit Béclère, « un agent de destruction
(1) J. Bf.kgomé et L. Thidom>eau, Soc. de biol., 1904-1905 ; Arch. d'électricité médicale, 1906. — Frieuen, Münch. ined. W'och., 1903. — Seldin, Forlschrifle ans déni Gebiele der Ronlçfcnslrahlen, 1904. — Uegaud et Blanc, Soc. de bioL, 1906. — Blanc, Thèse de Lyon, 1906.
Tkaité de médecine.