‹ Cancer primitif du larynxChapitre 24 sur 27 · OBSERVATION XVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVI

Cancer épithélial du larynx chez un enfant de J ans, par M. le Dr Dufour (Bulletins de la Société anatomique, année 1865, p. 53).

Madame X... est accouchée le 8 janvier 1864.

L’accouchement et la vaccination ne présentèrent rien de bien remarquable et mon attention ne fut pas attirée du côté du larynx de l’enfant.

8 septembre 1864. L’enfant en respirant produisait un sifflement tel que depuis trois jours le père me dit qu’il était impossible de dormir dans la chambre qu’elle occupait. Ces accès de sifflement et de suffocation dont je fus alors témoin duraient 8 ou 10 heures. Ils s aggravaient par la moindre excitation ; toutefois je pu? constate! qu elle prenait le sein et ne le quittait pas, ainsi que son oppression aurait pu le faire supposer. Quand elle voulait crier, elle taisait des eflorts manifestes, sans y parvenir; pas de cyanose.

Auscultation. Murmure vésiculaire à peine perceptible, aucun raie. Aucune matité anormale à la percussion. Rien au eceur; dépérissement surtout depuis huit jours.

La ^ oix, me dit-on, n avait jamais été forte et l’enfant n’avait jamais lait entendre que quelques cris plaintifs. Depuis plusieurs mois, ils avaient tout à fait cessé.

Traitement: Teinture de musc 0,25 par jour, dans du sirop; huile de foie de morue; quelques vomitifs, tous les trois ou quatre jours.

15 octobre : dyspnée excessive, tête rejetée en arrière, bouche largement ouverte, asphyxie imminente; lèvres violacées; voix absolument etemte :

Auscultation. Quelques gros râles dans la partie supérieure de la poitrine; absence presque complète de murmure vésiculaire; le sifflement a presque complètement disparu.

Traitement : Vomitifs matin et soir; vésicatoire camphré en

arrière de la poitrine.

10 octobre : Amélioration notable. On a repris l’usage de la

teinture de musc 0,25.

Le 20, l’oppression persiste; même état.

Le 30, la petite fille qui était à la campagne depuis six mois est ramenée à Paris. Musc, sirop de quinquina, badigeonnages avec teinture d’huile de croton au devant du larynx.

Le 5 novembre. Amélioration; le murmure vésiculaire s’entend

mieux. Le temps était sec.

Le 16, par un temps brumeux, dyspnée excessive, agitation légère, cyanose.

Le 17, consultation avec M. Bergeron. Dyspnée excessive; les accès de suffocation se sont succédé presque sans interruption. L’examen de la malade donne les mêmes résultats. M. Bergeron regarde la mort comme imminente.

Nous pensâmes, malgré l’absence de tout signe physique, à ïa possibilité d’une tumeur comprimant les nerfs pneumogastriques. Traitement : Vésicatoire ; iodure de potassium.

Les jours suivants, même état; l’injection du sirop provoque quelques vomissements.

Le 25 novembre, consultation avec M. Barthez. L’examen de l’enfant ne fournit aucun nouveau renseignement ; même pronostic ; traitement antispasmodique.

Du 27 novembre au 5 décembre, râles muqueux dans les grosses bronches. Soufre 0,10; fumigations de goudron.

Le 12 décembre, œdème des membres inférieurs.

Le 29, il y a eu une légère amélioration; l’œdème a disparu, mais depuis hier, les accès de suffocation ont été violents. Cet état persiste avec quelques alternatives jusqu au 15 janvier. Dans la nuit après quelques accès de suffocation, 1 enfant peut tétei , elle s’endort et meurt sans s’être réveillée.

Autopsie faite avecM. Bergeron :

Cadavre émacié ; la graisse a complètement disparu du fascia sous-cutané.

Poumons et cœur sains.

Le larynx est fermé par une masse d’un blanc laiteux. L existe en arrière un petit pertuis encore perméable d’un millimètre de diamètre environ. La tumeur occupe l’espace circonscrit par les cordes vocales supérieures et inférieures qui sont entièrement détruites; elle présente une apparence mamelonée; à la loupe, elle semble formée par une agglomération de petits mamelons analogues à des papilles; elle a une consistance pulpeuse et se laisse déchirer par le manche d'un scalpel. Elle arrive en haut au niveau des ligaments aryténo-épiglottiques et en bas elle ne dépasse que d'un millimètre environ la limite inférieure des cordes vocales.

M. Robin constate au microscope que cette tumeur est entièrement formée de cellules épithéliales pavimenteuses.

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