‹ Cancer primitif du larynxChapitre 6 sur 27 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Le cancer du larynx affecte deux formes :

1° Celle du carcinome médullaire , se développant primitivement par noyaux circonscrits dans le tissu sous-muqueux ou infiltrant l’un et l’autre des cartilages aryténoïdes ou le thyroïde, pour s’étendre plus tard à la muqueuse.

Comme ailleurs, il est caractérisé surtout par une luxuriante production de cellules et de noyaux. Son stroma est lâche et peu développé. Il contient un riche réseau capillaire périphérique, et sa base ne consiste qu’en un délicat échafaudage de tissu connectif alvéolaire.

Il se présente sous forme de tumeur lisse, ronde, à base large, quelquefois avec l’aspect d’un polype à gros pédicule lobé ou en forme de choux-fleurs. Sa couleur est gris blanchâtre ou rougeâtre, sa consistance molle, lardacée. Par suite de cette mollesse et de sa richesse en vaisseaux, il tend à l’ulcération, et, à la moindre irritation mécanique, il donne facilement lieu à des hémorrhagies.

2° La forme épithéliale , qui est de beaucoup la plus fréquente, se distingue par la présence de cellules épithéliales petites ou grandes formant, par leur réunion et leur agencement suivant un certain type, des alvéoles entourées de tissu fibreux. Les cellules appartiennent à Tépithélium cylindrique, surtout au pavimenteux, quelquefois à tous les deux. Par leur étroit agencement et le liquide intercellulaire qui remplit leurs vides, elles représentent des acini ou des amas de forme indéterminée, dans lesquels les jeunes cellules sont à la périphérie et les anciennes au centre. On les désigne indifféremment sous le nom d’alvéoles.

La détermination de l’origine de ces cellules est encore un sujet très-discuté. Pour les partisans de la théorie cel-

lulaire, ces cellules naissent du tissu conjonctif, par transformation des corpuscules de tissu conjonctif en épithélium, tandis que, pour un certain nombre d’histologistes, en particulier pour Thiersch, les cellules se développeraient dans la couche de la muqueuse, qui normalement est le lieu de développement de l’épithélium.

Telles sont les deux opinions principales.

La plupart du temps, elles prennent une forme analogue à celle d’une glande en grappe. Les cancroïdes augmentent parle développement de nouvelles masses cancroïdales dans le tissu cellulaire ambiant, ce qui expose le substratum à d’importantes destructions, surtout lorsqu’en même temps commence le processus ulcéreux, par suite du ramollissement des masses superficielles. Lorsque l’accroissement est lent, les cellules ne se multiplient que dans les parties centrales et la prolifération périphérique manque.

L’épithélioma se montre rarement sous forme de tumeur ronde, circonscrite et pédiculée. Le plus souvent il est diffus, entouré de nodules qui suivent les progrès de la tu-

meur et envahissent les parties saines, se portant de prédilection sur les ligaments ary-épiglottiques, de façon à recouvrir complètement ou en partie les cordes vocales. C’est lui qui offre ordinairement des végétations en forme de trappe.

On observe rarement le cancer du larynx à sa première période. A ce moment-là, nous ne pouvons dire quel est l’aspect des parties. Lorsque les malades viennent à nous, le mal se présente ordinairement sous forme de nodules, faisant saillie dans le tissu sous-muqueux. Ce n’est que plus tard qu’il apparaît sous forme de tumeur évidente, avec l’aspect d’un tubercule rond, rugueux, rouge pâle ou foncé.

Blanc.

Arrivé à une certaine époque, le caractère général des altérations anatomiques du larynx cancéreux consiste en une tuméfaction énorme qui peut atteindre des dimensions inconnues dans les autres affections.

De là un épaississement bosselé, rallongement de telle ou telle partie, le déplacement consécutif des portions voisines, le rétrécissement de l’ ouverture glottique et le trouble dans tous les rapports normaux.

Nous avons cherché le siège précis du cancer du larynx. Nous avons voulu voir si, ici, était juste la loi de Virchow, qui dit que les cancers primitifs affectionnent surtout les parties les plus étroites des canaux, et si le sphincter glot* tique n’était pas le point de départ des tumeurs malignes. Il résulte de nos recherches que toute portion du larynx peut devenir le siège de l’affection cancéreuse ; que cependant le plus souvent il se trouve dans le ventricule de Morgagni ou sur les cordes vocales supérieures, et que l’affection unilatérale paraît prédominante.

D’ailleurs, à une époque un peu avancée de la maladie, les altérations du larynx prennent des formes tellement diverses que, non-seulement un larynx cancéreux ne ressemble pas à d’autres, mais encore que le même larynx, examiné à diverses époques, présentera souvent des aspects fort différents. On conçoit que les altérations sont plus ou moins profondes, suivant la forme et la rapidité de la maladie.

Quelquefois, il est facile de constater la tuméfaction du larynx par la palpation externe ; parfois aussi le pharynx, la base de la langue, l’œsophage, les glandes sous-maxillaires sont envahis par l’affection. Pourtant, cet envahissement est rare, car la mort arrive le plus souvent avant que les parties voisines aient pu être atteintes.

Il aurait été intéressant d’observer si le cancer du larynx

ne pouvait pas donner lieu à des cancers secondaires dans d’autres organes.

Dans l’examen nécroscopique des cas que nous avons relatés, une seule fois ont été signalés des noyaux cancéreux dans le rein et la rate. Étaient-ils secondaires ou primitifs? Nous ne saurions le dire.

Inutile d’ajouter que, par la gêne qu’apportent les tumeurs malignes au libre accès de l’air dans les poumons, ceux-ci sont souvent le siège d’inflammations et d’altérations diverses que l’on trouve à l’autopsie, et qui ont accéléré la marche de la maladie.

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