‹ Cancer primitif du larynxChapitre 8 sur 27 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Le diagnostic du cancer du larynx à son origine offre beaucoup d’obscurité. Les signes de cette affection se retrouvent dans toutes les tumeurs de l’organe, et des caractères de peu d’importance peuvent seulsfaire soupçonnerlanature particulière du mal. Mais plus tard, il devient plus facile.

A propos de ce diagnostic, un double problème se présente : 1° reconnaître une tumeur laryngée ; 2° spécifier sa

mature. C'est surtout ce second point qui nous intéresse et sur lequel nous nous étendrons un peu.

1° Une tumeur d’un certain volume existant dans les voies aériennes, les symptômes fonctionnels établissent suffisamment sa présence.

L’auscultation du larynx et de la trachée peut indiquer très-approximativement dans quel lieu elle existe. -

Les malades eux-mêmes indiquent souvent avec exactitude que leur mal est au niveau du larynx ; ils éprouvent distinctement le sentiment d’un corps obstruant.

Dans ce cas l’exploration digitale ou le cathétérisme laryngé pourront établir l’endroit d’implantation de la tumeur, son volume, sa consistance, sa mobilité.

Mais, dans le cas d’un commencement de tumeur, dans le cas où il n’existe aucune difficulté respiratoire et que le seul symptôme est constitué par les altérations de la voix, .ce n’est que par exclusion et surtout par l’exploration laryngoscopique qu’on pourra diagnostiquer une tumeur d’avec l’aphonie nerveuse, la laryngite œdémateuse, les abcès rétro-pharyngiens, la compression du pneumogastrique et notamment du récurrent, en un mot d’avec toutes les affections morbides avec lesquelles, suivant la prédominance de chacun des symptômes qui s’y rattachent, une tumeur peut être confondue.

2° Mais une tumeur étant donnée, comment reconnaître sa nature? Disons -le tout de suite, la plupart du temps ce n’est qu’au moyen du microscope que l’on pourra arriver à la certitude, et c’est pour cela que nous émettons quelques doutes sur plusieurs observations que nous avons citées et qui n’ont point passé par cette épreuve scientifique. Aussi, tout en reconnaissant les services que peut rendre le laryngoscope et comment ce moyen peut jeter un jour nouveau

sur tous les faits obscurs où les symptômes locaux sont insuffisants pour établir le diagnostic, rappelons-nous que dans certains cas il peut être une cause d’erreur. En effet, dans le cas d’une simple tuméfaction d’une des cordes vocales, d’une déformation de la glotte sans ulcération, souvent l’on ne peut dire si l’on a sous les yeux une tumeur maligne ou un abcès consécutif à une nécrose des cartilages ouà une périchondrite. Les végétations papillairesdularynx peuvent aussi être prises pour des productions végétantes qui entourent les ulcérations de quelques cancers.

Mais si dans quelques cas le diagnostic est difficile, le plus souvent pourtant l’aspect seul de la tumeur, sa couleur, puis la marche et la durée de la maladie peuvent édifier sur sa nature. La tuméfaction et le bourgeonnement n’atteignent jamais ce haut degré de développement dans la tuberculose. Le diagnostic est plus épineux lorsque l’on voit l’affection cancéreuse au début et qu’il s’agit de la différencier d’une laryngte tuberculeuse primitive, d’une affection syphilitique ou d’une laryngite chronique parenchymateuse. L’aspect mamelonné, bosselé des parties tuméfiées et les productions polipoïdes dans le cancer sont caractéristiques.

Lorsqu’il y a des antécédents syphilitiques, il est prudent de garder une certaine réserve et de soumettre de temps en temps le malade à l’observation. La marche constamment progressive, l’inutilité du traitement anti-syphilitique, l’absence de toute tendance cicatricielle détruiront ou confirmeront au bout de quelques semaines les premiers soupçons. Rappelons-nous aussi que les végétations syphilitiques reposent généralement sur une muqueuse rouge et tuméfiée, avec lesquelles elles se continuent sans limites bien appréciables et que si toutes lesulcérations peuvent être

confondues avec les pertes de substance cancéreuse, il suffit cependant, danslamajorité des cas, pourporterun diagnostic certain, de constater l’existence des excroissances spongieuses et ulcérées qui dans les cas de cancer pullulent dans l'intérieur du larynx et de voir la marche que suivent ces ulcérations.

Les douleurs caractéristiques du cancer ne paraissent pas exister ici. La seule douleur spontanée qui paraisse exister dans la plupart des cas, si ce n’est dans tous, est le résultat de l’irritation de l’organe et consiste dans une gêne douloureuse qui provoque la toux ; toutes les tumeurs de la cavité laryngienne en produisent autant; ce n est donc pas un signe de diagnostic. Mais un bon signe qui existe quelquefois c’est l’engorgement ganglionnaire, parfois aussi la

teinte cachectique.

Enfin, pour compléter ce chapitre de diagnostic différentiel, nous allons donner les caractères des différentes tumeurs qui se rencontrent aussi le plus souvent dans le larynx et qui pourraient être confondues avec le cancer. En se reportant au chapitre précédent de l’anatomie pathologique du cancer et à celui de sa symptomatologie, on verra les différences qui les séparent de lui :

Les fibromes atteignent une grosseur variable et se présentent le plus souvent isolés à l’observation. Au début de leur développement ils apparaissent avec la grosseur d une tête d’épingle, d’un tubercule; plus tard ils atteignent le volume d’un pois, d’une noisette ou d une châtaigne. Ils offrent une couleur blanc sale, rose clair ou plus rarement une couleur veineuse, violet foncé. La plupart des fibi ornes ont une forme pyriforme ou entièrement ronde avec un pédicule plus ou moins épais. Quelquefois ils ont la forme ovale et adhèrent immédiatementà la muqueuse sur laq uelle

ils s étendent en diverses directions. Lorsque les rapports sont tels, les parties du larynx situées en face, surtout les ligaments qui bordent le ventricule peuvent, à la suite du contact prolongé avec la tumeur, subir une légère déformation. Les fibromes pédiculés, lorsque leurs insertions ont quelque rapport avec les cordes vocales ou le ventricule de Morgagni, pendent le plus souvent comme un pendule dans la cavité inférieure du larynx et ne sont rejetés que de temps en temps par les expirations forcées par dessus les cordes vocales. Un certain nombre de ces polypes se montrent en partie, dépassant immédiatement sur les bords de la glotte le pli longitudinal où cette tumeur blanche ou rougeâtre prend son insertion pour pendre dans l’intérieur de l’espace inférieur du larynx; au moment de la phonation elles peuvent se montrer complètement à découvert aux yeux de l’observateur.

La surface du fibrome se montre à travers son revêtement épithélial le plus souvent lisse et luisante ; quelquefois au contraire elle est fendillée, rugueuseet granuleuse. La forme lobulée est la plus rare. La croissance en est très-lente. La récidive après une extirpation complète est très-rare. Lorsqu’on incise un de ces fibromes on sent une grande résistance ; l’écoulement sanguin est tout à fait faible.

Les j tumeurs papillaires (papillome, condylome) se distinguent, au premier aspect du fibrome par une texture plus molle. Ils se présentent sous forme de tumeurs agglomérées, de choux-fleurs, de mûres ou de petits grains. Leur structure simple ne montre, dans les premiers degrés de leur développement, que de petites papilles, gris blanchâtres, pointues, filamenteuses, en forme de stalactite ou de bourgeons; ces productions s’élèvent ou bien séparément

sur la muqueuse, ou bien forment des groupes â fentes Blanc. 4

nombreuses. Lorsque sa structure se joint à celle du fibrome on voit s’élever directement de la muqueuse un ou plusieurs rameaux fibreux ; sur ces branches et ces ramifications se dressent les papilles ; elles s’y disposent en groupes et y sont tantôt parfaitement isolées, tantôt réunies en masses polypeuses confuses et étendues d’une façon variable. C’est tantôt l’aspect d’une framboise, d’une fraise, d’un grain de raisin, tantôt d’une verrue, d’un choufleur ou d’une crête de coq; d’autres fois ce sont des tumeurs déchiquetées, se montrant sous forme de langues, de papilles, frangées ou enchevêtrées ; elles s’étendent tellement que souvent toute la partie supérieure du larynx paraît remplie de végétations en choux-fleurs.

La couleur des papillomes se montre généralement blanche ou gris blanc, plus rarement rouge pâle. Les cordes vocales, les ligaments thyro-aryténoïdiens, les ligaments ary-épiglottiques, la paroi postérieure du larynx et la face postérieure de l’épiglotte fournissent le sol de prédilection du papillome qui, fréquemment aussi, s’étend sous ou dans l’angle d’union des cordes vocales. Quelquefois ils remontent et se placent contre la partie postérieure de la face inférieure de l’épiglotte, amènent un bourrelet qui rend quelquefois l’inspection difficile. Les condylomes en forme de verrue se trouvent de préférence à la partie postérieure des cordes vocales et des ligaments qui bornent le ventricule de Morgagni.

Il n’est pas rare d’observer, dans les stades les plus avancés de la tuberculose du larynx, des proliférations papillomateuses, pullulant sur la muqueuse ramollie et infiltrée ou au pourtour des ulcérations; elles se distinguent par leur couleur gris blanchâtre. L’hémorrhagie, lorsqu’on les coupe, n’est pas très- abondante.

Les tumeurs cystiques , colloïdes sont très-rares dans le larynx. Leur contenu ressemble à du blanc d’œuf qu’on peut constater au laryngoscope et qui s’écoule par la plus faible piqûre. On les a rencontrées quelquefois à la séparation des cordes vocales, ayant la grosseur d’une tête d’épinge ou d’un grain de chènevis. Elles causent de la raucité à la voix. Cela ressemble beaucoup à ce qu’on voit à la paume de la main lorsque l’épiderme est soulevé en ampoule par une irritation mécanique.

Quant aux tumeurs lipomateuses, il est assez rare de les trouver dans leur forme tout à fait pure. Ils représentent plutôt une transition entre le lipome et le fibrome. Le lipome se fait remarquer par sa forme ronde et parce que le plus souvent il forme une tumeur polypeuse pendant à une des cordes vocales. Il est d’une couleur plus blanche ou d un jaune plus pâle que les autres et peut atteindre une grosseur remarquable. Sa croissance est inégale mais plus rapide que celle du fibrome. Il pend quelquefois dans la cavité du larynx.

En résumé, arrivé a une certaine période, le cancer se distingue suffisamment des autres tumeurs.

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