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CHAPITRE II

Nous allons maintenant envisager successivement les rapports particuliers des cancers du sein, de l’estomac, du rectum, et des autres organes, avec la gestation.

4° Le cancer du sein

Le cancer du sein coïncide rarement avec un état de gestation. Les statistiques de Schwarzkopf et de Polaillon, basées sur 616 cas de cancer du sein, ne relèvent que 10 cas coïîncidant avec la grossesse, soit 1,62 %.

Wolff, par contre, a donné une statistique légèrement plus élevée puisque sur 214 cancers du sein il mentionne 13 cas, soit 6 % environ.

Nous avons pu, personnellement, retrouver quetre malades atteintes de cette affection. (Observ. 5, 6,

7 et 8.)-

a) Influence de la gestation sur le cancer du sein.

Le cancer du sein est nettement aggravé au cours de la grossesse. On a pu dire que le cancer du sein est, jusqu'à un certain point, le type des tumeurs malignes nettement aggravées par la gestation.

Pourquoi cette aggravation ?

Pendant la gestation, la mamelle devient le siège de modifications physiologiques et anatomiques telles que leur retentissement néfaste sur les épithéliomas es absolument certain. Il est d'observation courante que l’évolution de la tumeur du sein pendant la grossesse est intimement liée à la poussée organogénique de cette glande ; aussi bien, si le cancer du sein peut apparaître au cours des premiers mois de la grossesse, son évolution est-elle beaucoup plus accentuée, rapide, dans les derniers mois et pendant l'allaitement. (Obs. VéebM Eu

L’hyperplasie de la glande mammaire et son hypertrophie, le développement de ses vaisseaux, le remaniement profond des tissus glandulaires lié à une hormone ovarienne, et, plus spécialement à une hormone du corps jaune, et à une irrigation sanguine plus intense, en font un terrain particulièrement propice à la transformation maligne des adénomes et tumeurs bénignes, au développement rapide d’une tumeur maligne préexistante quelquefois, et jusque-là torpide.

Il est quasi évident — dit Dervaux — que le néoplasme acquiert ses propriétés de haute virulence précisément dans la dernière partie de la grossesse, à cette période où le développement de la mamelle se fait avec le plus d'intensité.

La rapidité du développement de la tumeur pendant

Ce la grossesse est souvent surprenante. De Kerkhove. dans son étude sur les cancers du sein pendanl la gestation, cite des cas à évolution mortelle (qu'il y ait eu ou non intervention), en un mois et demi, quatre mois, onze mois, etc...

Billroth cite le cas d’une malade chez laquelle un cancer des deux seins se manifesta cinq semaines avant l'accouchement, accouchement normal, mort de la malade une semaine après l'accouchement, c’està-dire six semaines après l'apparition de la tumeur. (Morts onze mois après l'apparition de la tumeur, obs. VI ; neuf mois après l’aggravation de la tumeur, obs. VIT ; deux jours après l’accouchement, obs VIIL.)

Toutefois, nous ne saurions passer sous silence certaines observations de cancers du sein non aggravés par la grossesse, en soulignant que, dans ces cas en apparence contradictoires, on se trouve presque toujours en présence de formes squirrheuses.

On sait qu'on a voulu considérer le squirrhe comme une « cicatrice de cancer » ou, comme l’a dit Handely, « une manière de pseudo-guérison ».

Souvent aussi, l'interruption accidentelle, pathologique de la grossesse, ou la terminaison de la grossesse non suivie d'allaitement, provoque un arrêt -momentané dans le développement de la tumeur, soit que la glande mammaire n'ait pas encore acquis ses caractères histofonctionnels remarquables qu'elle acquiert dans les derniers mois de la gestation, soit ‘que sa poussée organogénique ait été artificiellement arrêtée. :

Non seulement la gestation contribue pour une

bonne part à l’aggravation des tumeurs du sein, mais très souvent elle favorise leur récidive, récidives qui peuvent se produire du même côté et très souvent aussi du côté opposé. (Récidives, obs. V et VL.)

C’est Trout qui a mis en évidence ce fait ; ses recherches à ce sujet paraissent bien établir d’une façon très nette, que l’apparition d’une gestation après l’ablation d’un sein cancéreux est le signal de la cancérisation de l’autre sein avec mort rapide.

En résumé, le cancer du sein voit sa malignité augmenter, sa marche devenir foudroyante pendant la grossesse.

c) Ces cancers apparaissant chez des femmes jeunes, âgées en moyenne de 30 à 35 ans, ayant en général un passé génital chargé (grandes multipares... mastites aiguës anciennes...), se mettent brusquement à galoper :

La petite tumeur préexistante augmente rapidement de volume, sa consistance devient irrégulière, dure ; des noyaux indurés apparaissent, avec ulcération de la peau. Rapidement on voit des adhérences aux plans profonds, un envahissement ganglionnaire multiple, souvent un essaimage à distance se produire (métastase viscérale, obs. VIT; vertébrale, obs. VII); Wolff: 10 cas de métastases précoces sur 13 cas de cancer du sein au cours de la grossesse ; en même temps que tous ces phénomènes apparaît la douleur.

Ces cancers sont très souvent inopérables grâce à leur envahissement ganglionnaire et leur diffusion rapides.

En outre, l'allaitement est un facteur d’aggravation

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qui vient encore se surajouter à celui de la, grossesse (obs. V et VI); on a décrit, sous le nom de mastite carcinomateuse, certaines formes de cancer à allure phlegmoneuse (obs. V), débutant seulement avec la lactation, prises pour des abcès du sein avec lesquels d’ailleurs la confusion est facile, et à évolution foudroyante, avec terminaison très rapide par cachexie | cancéreuse.

b) Influence du cancer du sein sur la gestation.

L'influence du cancer du sein sur l’évolution de la gestation est résumée par la statistique de Peller, d'après laquelle le cancer du sein provoquerait l’avortement dans 20 % des cas... (accouchements prématurés à 7 mois et 7 mois 1/2, observations VIT ef VIIT, soit dans 50 % des cas).

Mais d’autres femmes peuvent accoucher d’enfants normaux et même de gros enfants, à condition toutefois qu'elles ne soient pas arrivées à la période de cachexie sub-terminale.

2° Cancers de l'estomac, du tube digestif et des glandes annexes

Les cancers de l'estomac et les cancers du foie comptent parmi les cancers digestifs les plus souvent observés en coïncidence avec la gestation.

Nous avons pu retrouver trois observation de cancers gastriques dans les services de maternité de Lyon

(obs. II, III, IV).

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Le cancer de l'estomac se voit surtout chez les femmes jeunes (22 ans, 22 ans, 25 ans, observ. I, IT et IV) ; aussi bien nous admettons la proposition de Hindstedt qui dit avoir toujours rencontré ces cancers chez des femmes de moins de 33 ans..

Les auteurs qui se sont intéressés à cette question reconnaissent, dans cette éventualité, que la gestation facilite l’évolution du cancer de l'estomac et peut même quelquefois favoriser son apparition.

Cliniquement, le cancer de l’estomac évolue beau-

coup plus rapidement pendant la gestation (évolution --

foudroyante... 2 mois, obs. II ; 9 mois, obs. IV) ; d'autre part, il se complique souvent de métastases qui contribuent à produire, dans un temps relativement très court, l’état cachectique sub-terminal.

Parmi ces métastases, les moins rares seraient les métastases ovariennes, connues sous le nom de tumeurs de Krukenberg, généralisation bilatérale des ovaires dans lesquels on trouve, outre des noyaux sarcomateux avec leur gangue fibreuse, une dégénérescence mucoïde de l’organe entier.

Quelquefois aussi il existe d’autres généralisations viscérales (obs. IIT), hépatique, pulmonaire, péritonéale, ganglionnaire...

Schmidt donne une statistique assez sombre des rapports réciproques du cancer de l’estomac et de la gestation : il note sur 44 observations : 14 métastases ovariennes, 28 cas avec issue fatale pour l’enfant, et mort rapide des mères dans la totalité de ses observations.

Le cancer a son influence sur la gestation si l’on

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considère que son évolution, assez souvent foudroyante, provoque fréquemment la mort de la malade bien avant terme (obs. IT). :

On possède quelques observations de cancer du foie pendant la gestation :

Berger, Buscemi et Phillips rapportent des cas de cancers primitifs du foie et insistent sur l’évolution très rapide de ces tumeurs. Nous rapportons une observation présentant les mêmes caractères de cancer de la tête du pancréas (obs. D.

Nous n'avons pu retrouver dans les services de maternité de Lyon d’autres observations de cancer du tube digestif, mais il existe dans la littérature d'assez nombreuses observations de cancers intestinaux.(côlons, principalement).

3° Cancer du rectum

Les cancers du rectum coïncidant avec la gestation ne sont pas très rares : Vignes a pu en retrouver 38 observations dans la littérature médicale. En outre, on connaît quelques cas de femmes atteintes de cancers anciens du rectum traités par une opération de dérivation (anus iliaque gauche) et par l’applhcation de radium, ayant pu, ultérieurement, devenir enceintes :

Ducan a observé une femme déjà mère d’un enfant et présentant des signes nets de cancer du rectum ; on lui fait un anus de Pollosson ; elle accouche deux

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