SCENE V
BERTHELINE , MARIE , puis NIVELLE.
BERTHELINE.
Soyez tranquilles... rassurez-vous... ils ont beau dire... mais tant que je ne saurai pas la cause de cette rumeur... ( Écoutant. ) Entendstu ?... c'est le son des trompes... comme lorsqu'il s'agit d'une proclamation... Ah ! ça approche... vois donc ces hommes qui accourent de ce côté... eh ! mais oui , j'aperçois... Nivelle parmi eux!... (Plusieurs hommes passent rapidement en criant. ) Aux gabelles !... aux gabelles !... Sus aux maltô tiers.
BERTHELINE, appelant.
Nivelle ! Nivelle !... ( mêmes cris. ) Nivelle ! voyez s'il viendra!... Niv... ( Nivelle paraît. ) Ah ! enfin.
NIVELLE
Me voici. ( Criant au fond. ) Aux gabelles ! BERTHELINE, le prenant par le bras » et l'attirant avec impatience.
Ah çà ! si tu voulais bien...
Oui... oui... ( Se tournant vers le fond où passent encore quelques hommes. ) Aux gab...
BERTHELINE , lui donnant un soufflet.
Répondras-tu !
NIVELLE
Oh!
BERTHELINE.
A qui en as-tu ?
NIVELLE
Dam... j'en ai... je sais pas.
BERTHELINE.
Que criais-tu ?
NIVELLE
Je criais... Aux gabelles !
BERTHELINE.
Pourquoi ?
NIVELLE
Je sais pas.
BERTHELINE.
Où allais-tu ?
NIVELLE
Où je... je" sais pas... je les ai rencontrés une douzaine qui couraient., j'ai couru., ils criaient: Aux gabelles!., j'ai crié : Aux gabelles !.. il y en a qui ramassaient des pierres... j'en ai ramassé aussi...
Air nouveau de M. Hormille.
Ça va bien ! {bis.) On a pris le bon moyen.
Ce qu'on f'ra , j' n'en sais rien !
Mais c'est égal, ça va bien !
Les frèr's, les sœurs , les enfants , Les amis et les parents, On s' dispute , on s' fâche , on s' bat : Plus tard on s'accordera.
Ça va bien ! ( bis.) On a pris le bon moyen.
Ce qu'on fra, j' n'en sais rien !
Mais c'est égal , ça va bien !
On s' lap', bourgeois etgab'loux, C'est comme un' grél' de cailloux !
( Montrant ceux qu'il a en main.)
On n' prenait pas les moins gros :
J'ai r'çu ces deux-là dans 1' dos...
Ça va bien ! {bis.) On a pris le bon moyen.
Ce qu'on fra , j' n'en sais rien , Mais c'est égal , ça va bien !
BERTHELINE.
Là ! je m'en doutais , nous allons avoir des troubles, et M. Candinot qui est dans la ville f
NIVELLE
Oh!... il n'y a pas de risque... après ça, pourtant... on ne sait pas... maître Candinot a les surtaxes en horreur.
BERTHELINE.
Pourvu que ton père ne s'expose pas.
MARIE
J'espère bien qu'il est trop prudent... (Regardant au fond. ) Ah ! ma mère !
NIVELLE
Hein!^
BERTHELINE.
Qu'y a-t-il ?
MARIE
C'est lui... c'est mon père qui accourt pâle et défait et couvert de poussière.
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