COMPLAINTE
Or, on m’a volé... Monsieur... tout volé...
Parce qu'ils sont foule et moi un zéro Parce qu'ils ont l'Or qui pourrit l'Amour Des loisirs... l’audace... un bouc dans les reins Les cœurs vils... les mœurs... de puissants amis. Tous les biens du Monde et la chair des Pauvres...
Ces gens-là vraiment se croient tout permis...
Ses petits pieds nus trottaient dans ma vie Ses petons rosés... mes totos chéris C'était deux petits amours étourdis Qui s'en sont allés un jour en voyage Et se sont perdus bien sûr en chemin.
Tout le mal, Monsieur, vint de ses amies...
— « Quoi ! lui disait-on, si blanche et si belle Quoi! Vous demeurez avec ce garçon Ce gratte-papier maigre et mal payé?
Vous aimez donc bien torcher la vaisselle! *
— « Pour un peu d'argent, croyez-nous, ma chère, Pour beaucoup d’argent on vend son derrière
Et sa chair en fleur et sa vénusté,
A quelque vieillard lubrique et renté
— « Ça s’est toujours fait... c’est ça l’existence C’est peu fatigant, sans nulle importance,
Et le plus exquis... c’est qu’on n’en meurt pas!
Mais moi je disais avec mes baisers A son corps charmant digne de Clodion Voire du crayon divin de Willette :
— « Mon Désir, mon Corps à la Pompadour Vous, mes jeunes Seins, jumeaux framboisés,
Un bonheur modeste et d’humbles toilettes Valent mieux que l’Or qui pourrit l’amour. »
Et Mai revenu nous l'allions fêter
Sous les bosquets verts ou sur l'herbe tendre
Et l’Aube éclairait l’instant du retour
Car le Rossignol est doux à entendre
En Mai, dans les bois, quand pointe le jour.
Mais tant elles l’ont troublée... ses amies Et la couturière et la bijoutière Et la corsetière et la papetière (Guenons de quartier de leur naturel Et puis, par devoir, un peu maquerelles)
Mais tant elles l’ont poussée... ses amies Qu’à la fin, Monsieur, elle leur céda.