‹ Cantiques de Marseilles accommodés à des airs vulgaires [microforme]Chapitre 52 sur 88 · A L'HONNEUR DE SAINTE EUPHRO- SINE VIERGE, SOUS UN HABIT DE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

A L'HONNEUR DE SAINTE EUPHRO- SINE VIERGE, SOUS UN HABIT DE RELIGIEUX

Sur l'Air: Dupuis longtems qu’en secret je vous ‘aime, &c.

L'aomme peut tout, lorsque Dieu par sa grace, Forme et conduit ses généreux desseins, Tout se soumet et rien ne l’embarasse, Îl marche alors aux pas des plus grands Saints, Nous l’allons voir au projet glorieux, Dont Euphrosine étonna tous les Cieux :

Elle eut courage Dans son jeune âge, De s’habiller comme un Religieux.

Un cents issu d'Alexandrie,

À qui le Ciel n’accordoit point d’enfans, Va voir tout triste un saint Moine et le prie D’en demander par des vœux très ardens :

Sa chaste femme affigée à son tour, Qui dès longtems fond en pleurs nuit et jour, | Promet sans feinte, Pour être enceinte, D'offir son-fruit au Seigneur pour retour.

Ayant reçu leur petite Euphrosine, Îls ont à cœur de la bien élever ; À chaque jour ils lui font la doctr'ne, Et prient Dieu de la leur conserver :

Sitôt qu’elle est à l’age de douze ans, ‘Sa digne Mère est au bout de son tes.

Dès qu’elle expire,

Chacun aspire A rechercher le cher fruit de ses flancs.

Le bon Paphnuce, homme pieux et sage, Qui veut savoir ce qui conviendra mieux, Avant donner sa fille en mariage,

Va prendre avis du saint Religieux :

Tandis qu’il traite avec l’humble vieillard ‘Son Euphrosine est ravie à l’écart ;

‘Elle médite D'être un Hermite ; Elle fait choix-de la meilleure part.

Pendant le tems qu’on célèbre une Fête, Et que son père offre à Dieu mille vœux, Elle s’habille en pauvre Anachorète, Après avoir fait raser ses cheveux :

Père du jour, des Astres le plus beau, Arrête ici, contemple ce flambeau ;

C’est Euphrosine Qui s’achemine Vers le couvent qui sera son tonibean.

Sous cet habit notre Vierge modeste, Cachant son nom prend le nom d’Emerand, Se confiant en son Père céleste,

Elle s’adresse à l’Abbé tout fervent.

Le saint Vieïilard prêt à la recevoir, Ne manque point à lui faire savoir

La vieaustère Du monastère Et les combats que l’on y peut avoir.

Ah! mon cher Père, ajoute notre sainte, J'ai préparé mon cœur:t mon esprit ;

Je ne fe Lorsqu?

Depui

À ce qui

Recevez-

Le sag Sans rési:

D'abord L'esprit «

n’est

De ce No

Je ne ferai jamais la moindre plainte, Lorsqu'il faudra soafrir pour Jesus-christ :

Depuis longtems mon âme a dit adieu A ce qui peut déplaire aux yeux de Dieu, Je ne désire Qu’un long martyre ; Reçevez-moi par grace en ce saint lieu.

Le sage Abbé touché de sa constance,.

Sans résister la reçoit à l'instant.

D'abord on voit son exacte observance,; | L'esprit docile et ie cœur très ardent :

Fn’est aucun qui nesoit satisfait De ce Novice en qui tout est parfait. Chacun contemple Son rare exemple, Et chacun veut le suivre en ce qu’il fait:

L'esprit malin réprésente au saint Moine Combien son Père a. desbiens et d'honneur:

Mais Euphrosine ainsi qu’un autre Antoine Le foule aux pieds et chérit son bonheur,

Cet esprit fier que la Sainte a dompté,.

Se vange d'elle en sa rare beauté.

J'ous ses Confrères.

Les plus austères ont près de lui tentés d'impureté.

Le tentateur, loin d'attraper, s’attrape, u lieu d'abaitre, ilse voit abattu.

; Abbé-cominet ce Moine au grand Agape, age Vieillard & de haute vertu :

La chaste fille obéit debon cœur, Dès qu’on l’oblige à se priver du Chœur, Elle se cache, Et sans relâche, Dans sa cellule aime Qu Créateur.

Au même tems quele saint Moine chante, Son triste Père estaccablé d’ennuis. . Ki Tout lui déplait, il cherche, il se lamente ; Disant Les plus beaux jours lui sont des sombres nuits, Ayant perdu l’objet de ses désirs, Le se Il s’'abandonne à mille déplaisirs, flui pr Et n’a pour aide Dieu lé Et pour remède Qu'il v

Que les sanglots, les pleurs et les soupirs. ue è

L’époux futur, Paphnuce et le beau Père, Poussent des cris qui pénètrent les cieux, Tous trois outrés d’une douleur amère, Lui fera Mandent des gens en mille divers lieux ; | Mais c’est en vain qu’ils font ainsi chercher : Toujc Celle que Dieu prend soin de leur cacher, Quoique La fille est sûre Il $ en re Dans sa cloture, Qui lui Elle s’y tient plus ferme qu’un rocher.

Le Père seul sans fermer la paupière, Va voir l’Abbé dès longtems son ami, Pleure à ses pieds, implore sa prière,

Et ne lui dit sa douleur qu’à dei ;

Tandis qu’il crie et serre ses genoux,

Jeunes et vieux soudain accourent tous 5:

Ïls compatissent, Ils s’attendrissent,

Paphnuce hélas ! disent-ils, qu’avez-vous ?

Ah ! répondit-il, l’Astre qui par tout brille Cache à ma vûe un trésor précieux.

Je viens.de perdre en mon unique fille, La liberté de la voix et des yeux :

On ha ravie en ma propre maison ;.

Fut-il jamais plus noire trahison ?

brille

Cette aventure Fait ma torture. .., Disant ces mots il tombe en pâmoison.

Le saint Abbé l’embrasse et le console, Il lui promet qu’il priera pour lui ; Dieu l’éclairant, il lui donne parole :

Qu'il verra tôt la fin de son ennui; Il se retire après ce doux renfort, De la tempête il se croit dans le port, Son ame espère Que ce cher père Lui fera voir sa fille avant sa mort.

Toujours en peine, ‘et toujours solitaire Quoique abattu de bileet consumé, Il s’en retourne un jour au Monastère :

Qui lui détient cet objet bien-aimé.

Le cœur saisi d’un secret sentiment, [se prosterne et demande en pleurant, De lui permettre De pouvoir être Au moins une heure avec Frère Emerand.

On le conduit à l’étroite cellule Où Dieu possède Euphrosine en secret...

D'abord la Sainte abaisse sa cuculle Sur son visage extrêmement défait : .

Elle reçoit son Père gayement, Et l'entretient sur le détachement De tout ce monde, Où l’on n’abonde, En tout état qu’en mécontentement,

Souvenez-vous, Paphnuce, poursuit-elle Qu'en ces bas lieux rien ne peut contenter,

ge :

À eee ontarien ne mc | à

128 CATIQUES-

Qu'il faut penser à la vie éternelle, Et que pour Dieu l’homme doit tout quitter :

Si votre fille a fait un si bon choix, De son bonheur feriez vous votre croix ?

Non, au contraire Tâchez de plaire Comme elle a fait à Jésus Roi des Rois.

Secrets profonds! Providence divine, Qui ne veut point découvrir ce trésor!

Paphnuce voit son aimable Euphrosine, Lorsqu'il prétend de la chercher encore:

Il voit sans voir l’objet de ses appas, Foit sa voix et ne la connoît pas ;

Ft quoi qu’il fasse, Dieu veut qu’il passe Frente-huit ans à ne dire qu'hélas..

Môle sa j Son cœu

Relevez

O quel combat ! la grace et la nature Lancent ici tous Les traits de l'amour. Ne souffre La fille voit son Père qui.la pleure, Et le voyant elle pleure à son tour.

Elle lui dit en termes assurés :

Ne pleurez plus celle que vous pleurez ;:

Chassez vos craintes, Cessez vos pluintes, J'espère en Dieu qu’un jour vous la verrez.

n Etate Et sur le E Son cœur Et de la m

Sans qu

Après longtems qu'il passe en sa patrie, I] va revoir son cher consolateur, Ayant appris l’extrême maladie Qu! le va joindre à son doux Créateur, On lui permet d’adinirer de nouveau Les traits mourans de son vivant tableau:

Il l’envisage, ette 1 Et perd courage, Aimable 9, 4 . ” |? Q Voyant qu’il est à deux doigts du tombeau. ends-toi s

Uar

-fa fait passer P

Mêle

Ne souffre

ans Arrache d’ell

DE MA RSEILLES,

Notre malade a e bon Paphnuce

Apr

devant,

oyez ma face :

leu par sa grace

On ame sairite

Z Point que l’on touche m Etant enfin Parvenue à son terme, e les abois, :

prise le poids.

que l’assaut d’un tré

eun mouvéme

nt humain,

: cher Père, mon cours,

r'ête au Monastère,

tuLore pour trois ès lesquels-elle Jui dit

Ivez En paix je vais finir Ne pleures Plus, et-demeurez co Vous avez Euphrosine

jours,

ntent,

On corps:

Pas tout certain .

Fais que je meure Dans ta demeure, Déjà suis mort aux plus doux sentimens.

Je perdis tout en te perdant de vue ; J’agonisois du désir de te voir ; Et maintenunt ta présence me tue; Je te possède en cessant de t'avoir.

Mon doux Sauveur, ah ! présidez ici ; Quoi ! mon repos enfante mon souci!

Mon allégresse Fait ma tristesse :

Ma fille est morte ! ah que je meure aussi.

À ces grands cris tous ceux du Monastère, Viennent trouver Paphnuce en soupirant.

S’étant instruit de ce nouveau mystère, Chacun admire et regrette Emerand, !

Paphnuce obtient de vivre au même endroit, Où sans relâche Euphrosine prioit ; Il: y soupire Tant qu’il respire, En méditant les maux qu’elle enduroit..

Chaste Euphrosine, hermite incomparable, Votre constance étonne les plus forts.

Nous regardons votre vie admirable Bien au-dessus de nos lâches efforts.

Procurez-nous d’être au moins plus constans, A bien souffrir les fâcheux accidens, :

Et qu’à toute heure Notreame meure À ce qui passe avec le cours du tems.

DE MARSEILLES. 131 SAINTE PELAGIE PENITENTE,

Page 1