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ET LES NOELS POPULAIRES

Cela explique, sans toujours les justifier, ces substitutions de paroles sur un chant particulier, ces arrangements après coup dont on est si coutumier dans les maîtrises.

Rarement une mélodie moderne se prête à ces sortes d'adaptations et de transformations ; mais j'avoue qu'une mélodie antique, même si elle se chantait à l'origine sur des paroles profanes, peut souvent recevoir des paroles religieuses sans que le bon goût ait à en souffrir. C'est que l'emploi excessif des dissonances et l'abus des effets rythmiques ont donné un tel cachet d'agitation à notre musique moderne que, grâce au contraste, toute musique ancienne nous paraît aujourd’hui calme et reposante, et que l'air d'une joyeuse chanson d'autrefois peut maintenant nous faire l'effet d'un cantique. Si, après cela, on écrit des paroles pieuses sur cette mélodie ancienne, et si l'on chante cette mélodie dans une église, le jour de Noël par exemple, les délicats euxmêmes ne trouveront peut-être rien à redire, tant ilest vrai que, dans l'état actuel de l'art musical, l'archaïsme de la forme favorise l'expression des sentiments religieux.

L'abbé Daulé, l'un des prêtres que la révolution française du siècle dernier : jetés sur les plages canadiennes, a publié un gros volume de cantiques, avec musique, dont quelques-uns se chantent sur des sirs de chansons plus ou moins triviales que lui avaient fait connaître, paraît-il, des ouvriers, des artisans ou des cochers de place de Québec. Le bon “ Père Daulé”, comme on l'appelait, notait les airs, faisait parfois une remontrance au chanteur, puis adaptait des paroles pieuses à l'air de la chanson profane. Un peu plus tard, les chansons, transfor mées en cantiques, faisaient résonner les voûtes de la cathédrale de Québec. Les fidèles souriaient peut-être un peu, dans les premier, temps ; mais aujourd'hui les couplets par trop vulgaires sont oubliés et les cantiques seuls subsistent. On les chante sans penser à leur origine, de même qu'à Rome on peut entrer dans les églises du Panthéon et de Santa Maria sopra Minerva sans songer aux héros de l'antiquité où aux rêveries de la théogonie païenne.

On connaît le pieux cantique de Noël : Dans le silence de la nuit , il se chante sur un air antique et charmant, et il a sans doute inspiré bien des sentiments de dévotion. J'hésite après cela à dire au lecteur que l'air de ce cantique était primitivement celui d’une chanson à boire !

L'air si connu de Vouvelle agréable ! était aussi autrefois celui d'une chanson de table. Il a pour auteur \Volfgang-Amédée Mozart, rien de moins.

Mais la plupart de nos airs de Noël canadiens n'ont pas cette origine profane, ou du moins une origine aussi profane. Quelques-uns, d'une naïveté très puérile et très fantaisiste, ne sont pas chantés dans les églises. Ceux-là sont ordinairement peu connus. Parmi les anciens cantiques de Noël, trois surtout sont chantés dans nos fêtes religieuses : (a, bergers, assemblons-nous, — Nouvelle agréable ! — et Dans cette étable. Ce dernier, dont voici les paroles, a été composé par Fléchier,—Esprit lléchier, évêque de Nimes, l'auteur illustre de l'oraison funèbre de Turenne :

Dans cette étable, ureux mystère !

Que Jésus est charmant! Jésus souffrant pour nous, Qu'il est aimable D'un Dieu sévère Dans son abaissement | Apaise le courroux.

Que d'attraits à la fois ! Pour sauver le pécheur, Non, les palais des rois I nait dans la douleur, N'ont rien de comparalile Et sa bonté de père Aux beautés que je vois Eclipse sa grandeur.

Dans cette étable, Heureux mystère!

Que sa puissance S'il est sensible, Paraît bien en ce jour, Ce n'est qu'à nos malheurs ; Malgré l'enfance Le froil horrible De ce Dieu plein d'amour! Ne cause point ses pleurs. L'esclave racheté Après tant de bienfaits, Et tout l'enfer dompté Notre cœur, aux attraits Font voir qu'À sa naissance D'un amour si visible, Rien n’est si redouté 8e rendra désormais,

Que sa puissance. S’il est sensible.

Que je vous aime !

Peut-on voir vos äppas, Beauté suprême

Et ne vous aimer pas ?

Puissant Maître des cieux, Brûlez-moi de ces feux

Dont vous brûlez vous-même :

Ce sont là tous mes vœux.

Que je vous aime !

Charles Gounod a publié, vers 1890, un noël en langue anglaise sur l'air du cantique Dans celte étable, avec des intermèdes pour orgue

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