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Etienno Antonelli, Les Actions de Travail

LE PROBLEMS FONOAMENTia 39

de Glasses et de castes ferm6es chez lesquelles se tarissent, avec le besoin et la possibility de r^aliser les ambitions et les esp^rances qui sont au cosur de tOQs les hommes, les sources des efforts de bonne volont6, d' action, d'initiative, cr6atrices de richesses comme de progpfes intellectuel. Antonelli rappelle que c'est k la classe interm6diaire des affrancbis, introduite entre celle des bommds libres et des esclaves, que la soci6t6 antique vit s'infuser une vie nouvelle et que, au moyen age, « le regime corporatlf ne fut florissant qu'au temps oh le compagnon pouvait conserver Tespoir de devenir maftre par son chef-d'cBuvre », tandis que la puissance de Tinstitution corporative disparut lorsque la classe des maitres devint une classe ferm6e.

Mais ce ne sont pas 1^ les seules consequences du regime capitaliste. L'indiff^rence chaque jour plus marquee de l^iuarrier pour Tinstrument de travail et pour Tusine a sur la production une influence nefaste, car elle supprime un des 6l6ments les plus puissants de ractivit^huoiaine. G'est, en effet comme le dit M. Antonelli, « par la communion incessante de Thomme et des choses, du paysan et de sa terre, de Touvrier et de sonoutil, du soldat et de son arme que Thomme trouve k d^verser dans la tdche quotidienne ce besoin d affectivit6 sans laquelle la vie n'est plus q\i'une triste et p6nible marche au n6ant». ^

(jC travailleur n'est-il pas excusable de ne pas s'attacher k Tusine oh il est aujourd'hui, meme k Toutil qu'il manie, quand il n'est pas un simple mancBuvre oceup6 aux t&ches les plus banales? II est aujourd'hui ici, demain il sera peut-Stre ailleurs.

Et qu'est-il partout le plus souveat, sinon une unit6 anonyme, une sorte d'instrument? Led6veIoppemeat toujours plus grand du machinisme, la specialisation de plus en plus absolue des laches, exig^e par les n6cessit6s de Tinduslrie et de la concurrence, Font rel6gu6 dans un coin oCi il fera automatiquement et toujours le m6me labeur, tel cc ce cheval aux yeux baHd6squi tourne perp6tuellement autour de la mdrne nieule ». Rienn'excite son int6r&t, sa curiosity, son z^Ie, son activit6. 11 travaille pour son salaire, uniquement pour son salaire qui doit lui permettre d'avoir son pain quotidien et celui des siens. On ne fait appel qu'^ ses muscles et non k sa pens6e. N'est-il pas vrai, comme le disait Sedley Taylor au XVI° Congr^s Coop6ratif qui se tint h Derby, qu'il y a « quelque chose de p6nible dans la position de i'humble salari6 arriv6 a penser qu'il n'est qu'un simple rouage dans la grande machine oti il ne trouvera aucune part du r6sultat final des operations »? En quoi, par quoi serait-il pouss6 k faire plus, k faire mieux? Son salaire est sa seule recompense, je le r^p^te, son seul gain. Comment ainsi ne serait-ii pasamen6 k travaiiler le moins possible tout en ayant la plus forte paye possible, une paye lui assurant ce qu'il faut pour ses besoins journaliers?

« Ces deux faits », 6crit Antonelli, « ignorance 6conomique et d6sint6ressement ^conomique de la classe ouvri^re, sont ici encore, en mgme temps que des principes essentiels du r6gime capitaliste, des elements de ruine et de decomposition. L'ignorance economique de la classe ouvriere en m^me temps qu'elle lui enleve la claire notion des realites

actuelleSj lui interdit jusqu'^Tespoir d'an renversement brusque des choses qui iui donnerait le pouvoir 6conomique, puisqu'elle serait incapable de Tutiliser-. La classe ouvrifere se laisse alors griser par le vin capiteux que versent ^ son ignorance cr6dule des rhdieurs, des pontes, des intellectuels aussi ignorants qu'elle-mSme des r6alit^s 6conomiques. Le d6sint^ressement 6conomiquedeIa classe ouvri^re am^ne 6galement des consequences redoutables. Gette classe n'ayant aucun interdt materiel k g6rer sera naturellement port6e aappliquer son activity sur des objets extra-6conomiques. Elle fera de Tagitation politique. Gomme des enfants d6versant dans des oris etdes coups, le trop-plein de leur activity inemploy6e, les ouvriers seront violents, ardents, r6volutionnaires par inactivity 6conomique >•

G'est ce que M. Aristide Briand, avec toute son autorit6, disait sous une autre forme en 1910, dans son discours du Neubourg : « Vous avez appel6 k la vie syndicale des ouvriers d'une usine. lis sont 1^ 5,000 qui font un effort commun pour produire un ni§me objet, sans qu'il soit possible de reconnaftre la part contributive de tel ou tel dans leur association. Que voulez-vous qu'ilsfassent?... G'est par la possession des choses, leur administration, lagestion des grands int6rdts que cette association sera pr6serv6e de ses accfts de fifevre. »

Ainsi, le regime du salariat en traitant le travail injustement, ne nous vaut pas seulement une production mediocre, une 6l6vationdu prix des denr^es, des entreprises sans s6curit6, une 6pargne qui se d6tourne par suite de plus en plus des entreprises industrielles, de Texploitation des moyens de pro-

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duction ; elte nous vaut par Burcrott une menace constanted'agitation, de r6volte, des graves perdant leur caractfepe professionnel, pour prendre un caractftre politique, d'une lutte de classe, avec ses perspectives de tentatives de coup de force et de revolution. Et tout cel& se dressant devant nous h Theure oti, plus que jamais, la France avait besoin de la paix sociale, sans laquelle ne pent venir la prosp6rit6 qu'ont voulu lui assurer ceux qui hier ont fait pour elle le sacrifice de leur vie I

CHAPITRK II

K Bnire la cooperation et la lutte de classes, il faut choisir >. Si nous croyons la plupart de ceux qni parlent en son nom, la classe ouvri^re aurait depuis longtemps et d^finitivement fait son choix. Elle estimerait que c'est seulement par la lutte de classes que les travailleups peuvent obtenir la sjippression du salariat et r^aliser leur Emancipation. Jadis, il y a encore moins d'un demi-si^cle, nos socialistes franQais professaient d'autres doctrines. lis approuvaient ou admettaient les id6es de Cooperatisme et de MutueKsme des Fourier, des Victor Consid6rant, des Louis Blanc, des Vidal, des Proud'hon, Les theories de Karl Marx, expos6es notamment dans son livre « Le Capital » et dans le fameux manifeste de 1848, devaient pen h peu les convertir au Gommunisme.

G'est k la suite de la fondation de la premiere association internationale des travailleurs, cr6^e h Londres, en 1864, au cours d'une reunion qui avait

pour but, "k Torigine, rorganisation d*une manifestation en faveur de la Pologne, que les principes du communisme commenc^rent h se propager. Malgr6 les efforts des socialistes frauQais entr6s dans cette association, celle-ci ne tarda pas k adopter le programme trac6, en 1848, par le manifeste de Karl Marx et d'Engels. « Au lendemain de 1871, a 6crit Paul Louis dans Les Etapes du Soctalisme, il n'y avait plus ni socialisme frauQais ni socialisme allemand : la fusion ^tait accomplie. » Gependant cette entente ne devait pas durer. La premiere Internationale cessait rapidement d'etre active : en 1876, elle n'existait plus que sur le papier.

Moins de quinze ans apr^s, toutefois, alors que la France s'^tait relev^e de ses d6sastres de 1870-71, ce qui ne faisait pas Taffaire des socialistes allemands, elle devait renaftre. En 1889, un congrfes socialiste eut lieu k Paris qui r^unit des d6l6gues de presque tous les pays, notamment plus de quatrevingts repr^sentants de la Socialdemocratie allemande. Le programme de Karl Marx y fut acclam6, la lutte de classes y fut proclam^e et, sur les instances des AUemands, cela va de soi, des motions y furent vot6es en faveur de Tabolition du militarisme et de Tavfenement de la Paix universelle. D6sormais le proletariat ne devait avoir rien de commun avec d'autres classes. La bourgeoisie elle-m^me est conservatrice : rien ne pent venir d'elle ; elle doit disparaftre pour faire place k Tavfenement du Proletariat, qui doit dtre la classe r^gnante. D'autre part, le Proletariat n'a pas de patrie ; les travailleurs de tous les pays doivent s'entendre, s'unir, mener partout et de concert la lutte de classes, atin de s'emparer, par-

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tout et selon une mSme m^thode du pouvoir politique, puis du pouvoir ^conomique, en vue d'instaurer le regime communiste selon les principes 6tablis par le manifesto de Karl Marx et d'Engels. La deuxi^me Internationale ^tait fondle.

La Sociald^mocratie allemande 6tait ainsi arriv^e h ses fins ; sa suprematie au sein de rinternationale ouvri^re devait, dfes lors, devenir de plus en plus complete. Quatorzeans plus tard, auCongr^s d'Amsterdam, Jaur^s, voulant servir d'une fagon pratique les inl6rets de la classe ouvri^re, soutint que les socialistes devaient pouvoir entrer dans un gouvernement bourgeois. Une telle collaboration devant amener la realisation de r6formes utiles aux travailleurs et contribuer au mainlien de la paix sociale, cela ne pouvait plaire h certains. La lutte de classes en France ne servait pas seulement les progrfes du Communisme ; elle pouvait aussi servir d'autres projets. Les socialistes allemands ne furent done pas les derniers k faire repousser la motion de Jaur^s.

De plus la Soclald6mocratie cessa de se montrer au seindes Congr^s de rinternationale parliculiferement ardente contre la guerre. Au Congr^s de Stuttgart, en 1907, les d6l6gu6s allemands furent du nombre desmoins empresses a laisser adopter uneimp6rieuse declaration contre la guerre. II est des internationalismes qui ne peuyent faire oublier & des Allemands qu'ils sont Allemands. Cela auraitdft ouvrir bien des yeux. Non seulement il n'en futjien, mais, aprfts I'attitude que Ton sait des camarades allemands, au moment des graves 6v6nements de la fin de juillet et du debut d'aoftt 1914, apr^s les atrocites commises par les armies du kaiser , dont les rangs comptaient

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par milliers les ihternationalisles de la Social democratiei il devait se trouver quelques socialistes fran- Qais pour tendre la main k la Socialdemocratie et essayer — en pleine guerre ^— de faire revivfe la deuxifeme Internationale I

Depuis — *• on le sait — Uhe scission s'est pi*oduite parmi nos socialistes frangais; ceux-ci demeurent fidSles k la deuxifeihe Internationale bti Ton retrouvera tout de mSme les fr^res allemands ; les dutres s'en vont h la troisi^me Internationale oh Ton embrassera les frferes de Moscou. Ainsi en a d6cid6 le Congrfes de Tours I Mais, en reality, e'est le Gommlinisme qui constitue^ pour les majoritaires ou les minoritaires , les extr6mistes ou les superextr6mistes, la formlile id6ale d'orgaaisation des soci6t6s modernes. Dans leur manifeste du 31 d^cembre dernier, les Reconstructeurs ei les Resistants d6clarent qu'ils continueront « h organiser les travailleurs eti un parti de classe puissant tendant h. la transformation la plus rapide de la Soci6t6 Capitaliste en Sociiit4 Comntumste i^*

Examinons done ce qu'est le Gommunisme.

D'aiileurs, cet examen ne sera pas inutile, tant de gens parlant du manifeste de 48 et du Capital de Karl Marx qu'ils n'ont lu ni Tun ni Tautre. J'ai dit que pour r^aliser le Gotnmunismei Id proletariat devait d'abord se constituer en parti de classe, puis conqu6rir le pouvoir politique, si possible par le suffrage universel, mais au besoin par un coup de force. Gependant ce ne sera 1^, bien entendu, qu'un prologue. Une fois en possession de la supr^matie politique, le pi^oi6tariat devra en uset* « pour arracher peu & peu k la bourgeoisie tous les

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capitaux, poui* centraliser entre les mains de TEtat^ c'est-&-dire dd proletariat constitu6 en classe dirigeante, les instruments de production ». Ce sera 1^ la seconde operation. A cette 6tape, il n'est peut- Stre pas inutile de s'arrSter un instant, afin de rappeler ^ qilelles mesures aufa recours le proletariat arrive au pouvoir avant de poursuivre sa tdche et d'atteindre son but final.

Le premier devoir du proletariat maitre du pouvoir sera done, selon TEvangile de Karl Marx, d'enlever k la bourgeoisie toutes ses richesses — le seul moyen eri effet de centraliser les instruments de production 6tant de les prendre a ceux qui les detiennent — et il va de soi, comme le dit le manifeste dd 1848, «quB cela impliquera, dans la p^riode de debut, des infractions despotiques au droit de propriete et aux conditions bourgeoises de la production. Des mesures devront Stre prises qui paraltront insuffisantes et auxquelles on iie pourra pas s'eil tenir, mais qui, une fois le motivement commence, mfeneront k des mesures nouvelles et seront iiidispensables, k titre de moyens, pour r6volutionner.toutle regime de la production ».

Les mesures varieront, certes, suivant lei pays, mais, cependant, d'aprfes Marx, voici quelles sont celles qui seront asse2 geiieralemetit applicables, du moins dans les pays les plus avance&i. Elles com* porteront :

lo Expropriation de la propriete fonci^re ; affectation de la rente fonciere aux depenses de TEtat ; 2«* lmp6t fortement progressif ; 3® Abolition de Theritage; 4® Confiscation des biens de tons les Emigres et rebelles;

5® Centralisation du credit aux mains de I'Etat par le moyen d*une banque nationals constituoe avec les capitaux de TEtat et avec un monopole exclusif;

6^ Centralisation des industries de transport aux mains de rEtat ;

1^ Multiplication des manufactures nationales, des instruments nationaux de production; defrichement et amelioration des terres cultivables d'apres unplan d'onsemble;

80 Travail obligatoire pour tons; organisation d'armees industrielles, notamment en vue de Tagriculture;

9° Reunion de I'agriculture et du travail industriel ; preparations de toutes les mesures capables de faire disparaitre progressivement la difference entre la ville et la carapagne ;

IQo Education publique et gratuite de tous les enfants. Abolition des formes actuellement en usage du travail des enfants dans les fabriques.

Ayant ainsi proc6d6, les communistes estiment, avec les apotres de la doctrine, que, tous les individus 6lant associ6s au mSine litre pour Texploitation des moyens de production concentres entre leurs mains, « TEtat, suivant les expressions de Vandervelde S pris dans le sens d'Etat-pouvoir, d'Etatgouvernement, d'Etat-organed'autorit6 » quin'estn6 que « du besoin de r6fr6ner les antagonismes de classes » pourra disparaitre, pourra 6tre rel6gu6 au « Mus66 des antiques », puisque, les classes ellesm^mes auront disparu.

C'est ^ cette oeuvre finale d'abolition de TEtat que travaillera alors le Proletariat afin d'etablirle regime communiste qui aboutira ainsi, par une ultime operation, h retablissement entre tous les citoyens d'une grande Cooperative economique exploitant et gdrant Tensemble des moyens de production socialises.

1« Vandbrvbldb. Le Socialisme contre VEiat.

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Ainsi le communisme supprime TEtat, TEtat, nous le r^p^tons, en tant qu'organe d'autorit6, do puissance, de supr6matie. U serait done le contraire de TEtatisme. Tandis que rEtatisme, nous dit Vandervelde, c'esl Torganisation du travail par TEtat, parle Gouvernement, le Socialisme c'est Torganisation du Travail social par les travailleurs « group6s en Association de Droit public ». Toutes les autres tendances du mouvement ouvrier ne sont que des deviations, affirme I'auteur de « Socialisme contreTEtat », de la vraie th6orie socialiste qui reste fiddle aux principes etaux m^thodes du marxistne. Pour le ministre du roi des Beiges, le socialisme reformiste, en ne retenant du manifesto communiste que son programme de realisation immediate, en ne parlant pas, une fois au pouvoir, de r6aliser Tabolition de TEtat, la suppression des classes et I'organisation de la grande cooperative economique rdvee pai' Karl Marx, n'est que du Socialisme dEtat. Quant au Syndicalisme revolutionnaire, Vandervelde lui reproche de « pousser k rextrSme I'antietatisme de Karl Marx et d'Engels >, de ne retenir que Tobjectif final, Tabolition de TEtat et de ne voir « dans Taction politique des partis ouvriers qu'un accessoire ou mdme une nuisance » .

Le chef du socialisme beige a cependant pour le syndicalisme r6volutionnaire des mots de tendresse. 11 craint que le iProletariat ne puisse uniquement par le suffrage universel faire utilement la conqu^te des pouvoir publics. II a beau etre la classe « la plus

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nombreuse », il ne pourra avoir la majoril6 parlementaire, surtout en raison de ce que « par son argent, par sa presSe, la bourgeoisie exerce d'inormes pouvoirs d'influence sur la masse des 6lecteurs», s'il reste une poussifere d'individus. Donnant ici raison aux syndicats, il demande que « la classe ouvri^re s'organise et pas settlement sur le terrain politique » . EUe doit « op poser h Torganisation de la puissance capitaliste la force de Torganisation ouvrifere, avec ses cooperatives, ses syndicats, sa presse, ses institutions d'enseignement ». A ses yeux, le d6veloppement des syndicats et des autres groupements ouvriers a done une importance considerable au point de vue de la conqufite du pouvoir. Ge n'est pas seulement par des pressions, par Taction directe, par la grfeve que le proletariat pent obtenir des reformesrealisant ses revendications et servant ses fins ; par leurs organisations « les travailleurs se preparent, en ge^ant des entreprises ou en administrant des associations libres, k se substituer un jour aux administrateurs et aux chefs d'entreprise du regime capitaliste » .

Ainsi, se developpe progressivement d'une part la capacity politique et la capacit6 industrielle des travailleurs. Ainsi, « un monde nouveau est en train de se cr6er, en marge de la soci6t6 bourgeoise et en opposition avec elle. II a sa morale, sa discipline, ses institutions pratiques, ses regies constitutionnelles et civiles; il forme dfes h pr6sent une immense federation, cooperative, syndicale, politique, dont la trame serree s'etend au monde entier. Et, de m^me que la revolution bourgeoise n'a pas 6te Tapplication d'une doctrine abstraite, mais la systematisation

d'une organisation de fait, la conquSte du pouvoir par le proletariat s'accompagnera peut-fetre de coups de force victorieux ou d'6lectibns triomphales, mais elle aura pour condition pr6alable, pour condition sine qua non, la pr6existence d'une organisation capable de fournir au r6gime nouveau des 6l6ments de direction et de gestion » .

On le voit : bien que Vandervelde ait dit que la m^thode du Syndicalisme rivolutionnaire aboutirait a Tanarchie, il reconnaft que cette m6thode est indispensable pour que « les travailleurs puissent devenir classe dirigeante » et que la conqu6te des pouvoirs publics soit obtenue parlaseule action 6lectorale ou par « la prise de possession brusque de TEtat par un coup de force »'. Le reste se fera aprds *.

Je ne m^attarderai pas k discuter longuement led doctrines du communisme, ni de ses « deviations » qui, d'ailleurs toutes, qu'elles soient syndicalistes ou r6formistes, qu'elles proc^dent de telle ou de telle fagon, usent de la mSme arme, la lutte des classes, pour aboutir au mSrae but, la dictature d'une classe, cr6ant ensuite une soci6t6 selon ses propres vues et sa volonte. Je me bornerai simplement k dire en peu de mots les raisons essentielles pour lesquelles le communisme, et par suite toutes les doctrines qui pourraient nous y conduire, m'apparaissent comme dangereuses et dicevantes.

1« Nous verrons plus loin qu'aujourd'hui la C. 0. T. estime de plus en plug que la conqudte des pouvoirs dconomiques doit sd faire avant.

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Je dirai, tout d'abord, que mon esprit se refuse k admettre qu'une classe — puisque classe il y a — veuilie exercer sur les autrea une diclalure. C'est dire que je n'admets pas plus la dictature de la bourgeoisie que celle du proletariat, pas plus d'ailleurs celle d'une majorit6 que celle d'uoe minority. Je sais biea que, d'aprfes H. L4on Blum, cea mots « dictature du proletariat > sigaifient simplement que le proletariat ne s'en remettra pas, apr^s avoir renverse le regime existant, pour se justilier el ae legitimer, aux institutions qu'il viendra d'abolir. U n'y a paa de prise de pouvoir sans exercice de dictature et, pour nous le prouver, le trfes distingue depute, nagufere maftre des requStes au Conseil d'Etut, nous rappelle que Ganibetta, dans son conllit avec le restant du Gouvernemant de la Defense nationale, voulait assumer une veritable dictature de la democratie en decretant t par exemple, que les anciens fonctionnaires de I'Empire ne seraient pas reeligibles » . Si I'avancement du contmunisme n'avaH-jjue des resultats analogues, je ne verrais aucun incQuvSnient k ce que ni M, Leon Blum, ni moi, nous n^soyons ni fonctionnaires ni parlementaires et je n^erais pas preoccupe des consequences de la diclatuhg du proletariat. Mais I'autocratie communists :i ■* n soixante-treize ans que Karl Marx nous i venus, a'exercera comme nous venous d( peler, par des mesures autrement graves.

On nous dit bien encore que, d'apr^s la comuiunisLe, la tyrannie du proletariat n que juste le temps de supprimer t I'exist classes >. Malheureusement, hen ne nou; d'etre certains, qu'une fois au pouvoir, cell

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pas plus qu'une autre, aura les vertus n6cessaires, en admettant qu'elle en ait acquis la puissance, pour accomplir jusqu'au bout la mission sup6rieare qu'elle se sera assignee. II faudrait mal connaitre les hommes.

C'est fr6quemment que Ton voit, par leur travail, par la chance aussi, des individus issus du peuple s'^Iever h la condition de petits patrons, de petits rentiers. N'est-il point vrai que la mentality, les d6sirs, les vues sur toutes choses de ces nouveaux bourgeois ne sont plus ce qu'ils 6taient la veille, lorsqu'ils faisaient parlie de la classe ouvrifere? Comment veut-on que le jour oti le proletariat aurait renvers6 ce qu'il appelle la domination bourgeoise, conquis le pouvoir politique, serait devenu « classe r^gnante >, aurait d6pouill6 de tons leurs biens les possesseurs de capitaux et d'instruments de production, cette masse proletarienne, de pauvre devenue riche, de classe dirig^e devenue classe dirigeante, dise k ceux qu'elle au*"^! d^poss^d^s : « Maintenant il n'y a plus de classes ; ce que nous vous avons pris est k vous comm^ k nous, cela devient le fonds commun d'une association que nous allons constituer ensemble, d'une cooperative 6conomique dont les membres seront tons les cituyens, se gouvernant eux-m6mes? >

Je voudrais Stre persuade qu'il en sera bien ainsi et que le proletariat, une fois au pouvoir, supprimera bien I'existence des classes au lieu de s'eriger k son tour en classe capitaliste. Mais comme on ne peut me donner k cet egard aucune garantie, je continuerai k redouter que, dans TEtat conquis par le proletariat, n'apparaisse, avec les biens de la bour-

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geoi^ie d^pouill^e, uae bourgeoisie aouvelle, et, avec les geas d6poss6d6S| un proletariat nouveau. Nous n'aurons pas alors obtenu une 6galisation des situations, mais simplement un d6placement des fortunes, une repartition difif6rente, mais non moins injuste sans doute, des richesses. Est-ce pour un tel r^sultat que nous aurions fait la Revolution?

Supposons n^anmoins un instant qu'il exista un pays oil les theories communistes aient triomphe et oil ses partisans, arriv6s au pouvoir, aient cr66 la dictature du proletariat. Supposons encore que ses repr6sentants soient des 6tres non seulement exceptionnellement honngtes mais energiques au point que rien ne puisse les detourner de la t&che qu'ils se seront assignee, assez populaires et assez influents pour que leurs mandants les suivent jusqu'au bout dans la poursuite de leur projet. lis vont prendre les mesures edictees par le maoifeste de 48 ; ils vont chercber k realiser integralement le programme marxiste,

Croit-on, en v6rite, que les series d'operations qui pr6cederont cette transformation et cette transformation elle-meme se feront comme si ce pays etait tout Tunivers, que les democraties des autres nations le laisseront proceder h cette transformation sans s'en inquieter, sans s'y opposer si elles ne sont pas disposees h la faire egalement chez elle, ou si elles ne sont pas prStes k y proceder? Evidemment, non. Quelles seront, alors, les consequences ? II est facile de les deviner.

Aussi les communistes, les syndicalistes et les reformistes eux-mSmes proclament-ils la necessite d'une entente entre les travailleurs de tons les^ays

afin qu(^ la classe ouvri^re ^'organise partout et simaltah^ment pour laconquete des pouvoirs publics et pour la socialisation des moyens de production. De cette mani^re, ^ un moment donn6, sur un mot d'ordre de Y Internationale ouvri^re, si la conquSte I6gale des pouvoirs publics est impossible ou tarde h venir, la dictature du proUtariat pourra partout s'6tablir par un coup de force, « par une nouvelle commune, cette fois victorieuse non plus sur un point, mais dans les principaux centres du monde capitaliste y>.

Mais quelle que soit la possibility de realisation que Vandervelde prete a cette hypothSse de revolution sociale quasi universelle, « hypoth^se, 6crivait-ilenl917, qui n'ariend'im probable en un temps oil il apparait d6j^ que Tapr^s-guerre connaitra dans nombre de pays des antagonismes de classes et des convulsions sociales inouies », il faudrait avoir dans Tentente internationale des travailleurs, dans son autorite et dans TefKcacite de son action, une confiance non moins inouie pour croire que si un pays 6tablit le communisme il sera suivi par les autres nations.

Le ministre socialists du gouvernement royal de la Belgique a, on le voit, toujours cette confiance; Tattitude de l^ Socialdemocratie en 1914, lorsque le kaiser pr^parait la guerre et nous la d^clarait, puis lorsque ses armies, dans lesquelles figuraient les camarades allemands, envahissaient la Belgique, ne Ta en rien affaiblie.

Cependant le parti sociald6moerate d'AUemagne avait en^ 1^913 un millign de membres, les recettes de la seule administration centrale s'eievaient h 1,469.000 marks; il disposait de 90 joujrnaux dont

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parce qu'elles donnent a la force coercitive de I'Etat une valeur cr^atrice qu'elle n'a pas, que vous operiez selon le mode r^formiste ou selon le mode revolutionnaire, que vous soyez la moiti^ plus unde laChambre ou que vous ayez pris le Gouvernement d^asgaut, vous ne ferez pas surgir du jour au lendemain une societe toute faite. De quelque autorite que vous disposiez, vous ne donnerez pas aux ouvriers qui votent pour les candidats socialistes, aux ^lecteurs qui, pour des motifs parfois futiles et insaisissables se pressent derriere vous, la capacity de dinger la production et Techange. Vous serez les raaitres de Theure, vous detlendrez toute la puissance qui hier appartenait a la bourgeoisie, vous entasserez decret sur d^cret et loi sur loi, mais vous ne ferez pas de miracle et vous ne rendrez pas du coup les ouvriers aptes a remplacer les capitalistes. Enquoi dites-vous la possession du pouvoir par quelques hommes politiques socialistes a-telle transform^ la psychologic des masses, modifie les sentiments, accru les aptitudes, cr^^ des nouvelles regies de vie et fait qu*a la place d'une societe de maitres et d'esclaves pourra exister une soci^t^ d'hommes libres.

Non, ce n'est pas d'un simple changement de personnel gouvernemental que depend la transformation du monde. Ce serait vraiment trop facile ; et la marche de Thistoire a d'autres exigences. Un etat social ne nait pas sans une longue preparation, et c*est ici que le syndicalisme, avec un sens plus realiste des choses, vous oppose ce que j'ai appeld le Socialisme des Institutions, II rappelle aux ouvriers qu'il n'y aura pas de changement possible, tant qu'ils n'auront pas cree, de leurs propres mains, tout uh ensemble d'institutions destinies a rem^placer les institutions bourgeoises.

Voilk, h moQ sens, des paroles inspir^es par la raison. Vanderveide, lui-mfime, marxisle cependant, aprfes avoir rappel6 ces declarations qui criliquent (( en termes tr^s vifs la conception marxiste », en m^me temps que celle du Socialisme rSformiste, ne peut s'empScher de dire : « On ne saurait m6connallre qu'elles renferment tout au moins une 4me de v6rit6, » Les ^v^nements d'ltalie Tout prouv6.

hK POCTRINB COMMUNISTE 59

Oui, ce serait upe erreur de croire qu'un monde peut se transformer autrement que par une 6voIulion progressive, m6thodique et r6fl6chie. II en est du sol oil nous voulons construire la Cite future comma de ces terres jadis st6riles oti poussent aujourd'hui de luxuriantes moissons. II a fallu de longs sidcles pour que Thumanitd pench6e sur elles, appelant h son secours une science to uj ours plus cr6atrice, les rendit capables de porter d'abondantes r^coltes assurant la vie h des populations de plus en plus nombreuses et aux besoins de plus en plus grands. Ce n'estqu'en traversant des periodes successiveSf dont Tintervention de Tbomme peut raccourcir la dur^e mais dont une loi naturelle et inexorable ne permet pas de notifier Tordre sans s'exposer k de lamentables deceptions, que le sol arable peut atteindre ses formes les plus parfaites d'exploitation et son maximum de production. La transformation des ddmocraties, leur amelioration, leur rapprochement vers des formules et des conceptions de plus en plus parfaites, sont soumises k des lois analogues, et revolution de leurs institutions ne peut pr^ceder, mais doit suivre le progr^s de I'esprit humain. Vouloii:^ hirer, vouloir brusquer cette Evolution au point de songer k substituer du jour au lendemain, brutalement, k Torganisation c^e nos societ^s modernes une organisation toute diff^rente que notre civilisation n'est pas en 6tat de recevoir, c'est vouloir^ faire pousser dujour au lendemain de fructueuses r6coItes de froment dans les sables du

desert ou sur les rocs de la Bretagne, c'est vouloir changer, en d'imm^diates r6alit6s des visions loinlaines, c'est comprometlre, c'est arrfeter la marche sClre da progr^s social, c'est exposer les peoples aux plus ruineux comme aux plus sanglants d6boires.

Si on veut tirer argument de la Revolution de 1789 pour d6montrer que mon raisonnement est contredit par un des plus grands faits de notre histoire, je m'empresserai de faire k cet 6gard quelques reserves. II est de rfegle de dire que la Revolution avait boulevers6 le monde. « On pent tenir cette appreciation, a ecrit M. Antonelli, pour exacte dans une certaine mesure, si Ton considere le monde sous son aspect politique, mais on ne le pent, certes, plus du tout, des qu'on s'eleve k une vision plus large des choses sociales. Le peuple de 1789, debarrass6 brusquement des liens politiques qui I'etoufifaient, s'ouvrit au sentiment de la liberie. Dans la nuit magique du 4 aofiit, une immense aspiration d'espoir genereux le souleva, il crut etredefinitivementliber6 de toutes les servitudes. Ce n'etait qu'une illusion. Si les anciennes chatnes * etaient tombees si facilement, c'est que des nouvelles etaient dej^ forgees, toutes prdtes k servir ; sous I'ancienne force dominatrice atrophiee, vieillie, une nouvelle force avait grandi; la classe politique ceda la place k la classe economique. Cette revolution, gonflee d'idealisme, ne fut en fait qu'une transmission de pouvoirs et d'autorite et la liberation apparente des peuples couvrit seulement la prise de possession du nouveau

LK DOCTRINE GOMMONISTE 61

maitre. Toute organisation sociale reposant sur le principe d'autorit^ a, en mdme temps que ses maitres, ses parasites et ses esclares. L'ancien regime avail repos6 sur I'exploitation des serfs terriens; quels allaient Stre les serfs du capitalisme? Ge fut le hasard mSme qui, par revolution de la technique industrielle et les progrds du machinisme, le lui fournlt. L'asservissement prol^tarien fut la ran- Qon de la liberation paysanne I >

Ges appreciations me paraissent profondement justes. Toutefois, je crois que toute organisation sociale reposant sur le principe d'autoritd ne doit pas forc6ment avoir ses parasites et ses esclaves. D'ailleurs, au fond M. Antonelline le pense pas non plus, sans cela il ne perdrait pas son temps comme moimeme k recbercber des formules tendant k crSer une organisation sociale n'ayant ni parasites ni esclaves, lout en obeissant h des principes, h des regies d'aulorit6.

Mais s'il n'est pas douteux que la Revolution fut le r6sultat d'une action, concentr^e ou parallele de la bourgeoisie et du proletariat paysan dont le resultat ne permit pas au proletariat des villes d'y trouver son compte, il n'est pas moins certain (et c'est tout ce que je veux etablir) que les deux classes finalement beneficiaires de la Revolution, la bourgeoisie des villes commergantes et industrielles et la classe paysanne, etaient arrivees h posseder Tune et Tautre, dans les spheres oh elles allaient prendre leurs responsabilites et evoiuer soit au point de vue politique, soitau point de vue dela production, les qualites, les connaissances, les moyens d'action qui leur etaient iadispensables. La premiere avail depuis longtemps

62 VERS DfeS TEMPS NOUVEAUX

acquis dans Texercice des metiers et du n^goce une competence certaine et des capitaux importants ; la seconde avait h, elle seule assur6 les moissons qui nourrissaient les oppresseurs et les opprim6s, les maftres et les parasites ou leurs esclaves. Une telle Evolution avait seule permis la Revolution, et la classe qui devait s'installer au pouvoir etait pr6par6e h, son r61e. Aujourd'hui, c'est d'autant plus par une evolution simiiaire que la classe prol6tarienne doit vouloir, r6aliser la conquSte des pouvoirs publics sans s'exposer ^ des deboires, autrement grands que ceux que la bourgeoisie a courus depuis cent trente ans, que le pouvoir politique, h Theure pr6sente plus que jamais, n'est rien, s'il n'a pas les moyens d'exercerle pouvoir economique.

La Revolution pent, par la force, s^emparer des capitaux, des moyens de production. Cela lui donnera-t-il, mSme si la griserie de la possession et les excfts qu'elle entralne ne suffisent pas a la tuer peu aprfes sa naissance, la possibilite de diriger les forces economiques, si ceux quis'ensont emparesn'ont pas les moyens de les diriger?

La base mdme du communisme reside dans la suppression complete de toute propriete individuelle, de toute propriete privee, de la plus petite comme de la plus importante. Et c'est \k le vice redhibitoire du systfeme.

L'homme, quel qu'ilsoit, n'a qu'un desir : se constituer un capital, acquerir un Men, posseder. Cette ambition, il Va plus encore, le plus souvent, pour les

siens, pour ses enfants que pour lui. C'est cette pens6e qui le hante, qui le soutient, qui le fait ^tudier, peiner, esp6rer, c'est-^-dir3 vivre. Supprimer la propri6t6, 1'h^ritage en ligne directe, le d^sir de laisser sLux siens quelque chose qui leur fasse Texistence moins triste et moins dure, c'est priveria quasiunaniinit6 des mortels dli levier qui fait agir les bras et travailler les cerveaux. Et c'est par suite enlever h rhumanit^ ses facteurs de production inat6rielle et intellectuelle que de songer h supprimer le droit de propri6t6. La Magie de la propria t6, a dit Arthur Young, change le sable en or.

Si j'en crois certains professeurs d'economie politique, le systfeme de Karl Marx a pour formule : « A chacun Belon ses besoins » . Or, si chacun ne regoit que pour la satisfaction de ses besoins, pourquoi Iravaillerait-il au del^ de ce qu'il lui faut pour les siens et lui?Etalors oil sera Texc^dent de production n6cessaire pour ceux qui ne peuvent travailler, qui n'ont personne pour travailler pour eux et que la collectivity doit nourrir, pour faire vivre les savants, les fonctionnaires, T^ternelle bureaucratic k laquelle aucun systfeme ne pent se soustraire, pour les travaux d'int6r6t g€n6tal, pour les besoins de la defense dupays, pour Tentretien de ses armies rouges, bleues ou blanches ? Comment Tfetre humain pourrait-il 6tre amen^ k produire plus que ce qu'il lui faut puisqu'il ne devra recevoir que selon ses besoins? Et s'il ne produit pas plus que ses besoins, qui Tobligera h faire plus, puisqu'il n'y aura pas d'Etat-gendarme?... La formule « k chacun selon ses besoins », et pas davantagCy est une prime k la paresse, k Tindiff^rence, une prime k Tignorance tout autant, d'ail-

leurSy qu'un encouragement h exagirer ses droits en exagerant ses besoins.

L'anarchie est plus franche que le communisme. Ses partisans vivront par « la prise au tas >. Cela durera ce que cela durera. Ccrtes « le tas » sera vite ^puis6, .quoiqu'en dise Kropotkine; mais apr^s nous le d6luge!

Quand on va au fond des choses, on constate done que la formule trfes simple — simpliste plut6t — « k chacun selon ses besoins » est une formule noa de solidarity, mais d'^goisme, non de progrfes, mais de retour aux&gesprimitifs. Memeenadmettantque, suivant le mot de Baboeuf, la nature ait donn6 k chaque homme un droit 6gal k la jouissance de tous les biens, la nature lui a impost aussi de travailler le plus possible afin de contribuer le plus possible h la production non seulement pour les siehs, mais pour la collectivity, et, dans cette collectivity, pour les individus d6biles, incapables de travailler et qui ne jouiraient d'aucun bien si les autres n'en produisaient pas.

Aucun programme durable et efficace de renovation sociaie ne pent done sortir, selon nous, d'un syst^me qui a, k sa base, la suppression de la propri6t6 individuelle. Au contraire, c'est en r6ali3ant des r6formes qui auront pour r6sultat de faciliter le plus possible f accession de tous h la propriete que Ton parviendra fatalement h une plus abondante production et h une plus juste repartition des richesses. II faut, pour cela, que chacun puisse retirer tout ce qui doit lui revenir de ses mantes, de

ses capaciWs, de sea OBuvres. C'est seulement ainsi du reste que Ton d6veloppera le d^sir de travailler au lieu de r6teindre, que Ton d6veloppera Tesprit d'initiative au lieu de le tuer ou tout au moins de Taffaiblir. Du meme coup, c'est de cette manifere que Ton incite ra Findividu k produire plus que ce qui est n6cessaire aux besoins de la consommation des siens, k contribuer k raccroissement de la production au lieu de I'amener ^sous-produire. Et plus que jamais dans notre pays si atteint par la guerre, en presence de la situation de nos r6gions devast6es, de notre situation 6conomique et financiere, cet accroissement de la production s'impose comme une n6cessit6.

Je ne suis pasnon plus trfes rassur6, toujours parce que je raisonne en ne perdant pas de vue ce qu'est la nature humaine, ses faiblessea, ses ambitions, ses d^fauts, sur les consequences que pourrait avoir cette absence de tout « gouvernement-gendarme » qui est une des caract6ristiques de la society communiste arriv6e du moins k son complet 6panouissement. Je sais bien que, d'aprfes Vandervelde, en y regardant < de plus prfes », ce n'est pas TEtat « au sens large, I'Etat organe de gestion, TEtat repr^sentant des int^rSts g6n6raux de la soci6t6 » que le marxisme abolit. Non. « C'est TEtat-pouvoir, TEtat organe d'autorit6, I'Etat instrument de domination d'une classe sur une autre. » Mais regardons-y de plus prfes encore, pour employer le langage de Vandervelde.

A coup sftr, si le communisme est parvenu k sup-

66 VeitlS DBS tEMPS !irO0TEACfX

primer les classes, k fonder la Coopiraiite iconomique^ Tassodation de lous les citoyens qui caraclfirise soft organisation, logiquement rElat-pouvoir pourra disparaltre si FEtat-pouvoir n'esl vrdiment qtie I'organe de la domination d'une classe sur Tautre.Mais iqui fera-t-on croire que rEt«lt--pouvair, FEtat-autorit6, « FEtat-gendarme > est simplement Uit ofgane de domination d'tme clasae sur Fantre, eomme ie pr6tendent les marxistes ?

On pent imaginer toutes les organisatiotts qne Fon voudra, dans lesqueiles tons les citoyens appartiendront h. ta m^me classe, h la classe unique que pf6voit la soci6t6 communiste, il faudra toujours une autorite pour faire respecter les rfegles que cette soci6t6 aura impos^es h tous ses membres par un accord aussi unanime que Fon voudra de ceux-ci, r6gler les conflits pouvant surgir en un moment donn6, mater les ra6contents, r6primer les tentatives de rebellion cofitre le statut impos^j fitouffer les essais... de revolution. On pent d^er6ter qu'il n'y a plus de classes, que tous les citoyens ant le» m^Bttes droits, les mfemes devoirs, qu'ils sdnt 6gaux : il y a trne chose qui ne pent fetre modifi^e par d^crel : e'est la nature humaine et il faudra toujoura unEtaU autorite pour faire respecter les^ regies 6tablies par FBtat-ffestton, pour rappeler les gens au devoir, comme il faudra toujours un Etat-gendarme pour faire arrftter les assassins. Aussi Vandervelde s€i h4te* t-il d'ajouter, apTifsf avoir d^clar6 que le syllagis^me marxiste est inattaquaMe qui dit que FElat i^vtt Forgane de domination d'nne class« snr une autre, le socialisme ayant supprim6 lei classes po-urra done abolir FEfat, que FEtat rerra iwmplemeflt < sfesf fane-

j;a fftBi

tA DOCtRlNE COMMUNlStB 67

tiotis r^duit^s au minimum 9. U est avec lea formiiles des a^toitimodements I

Ah! les formtiles! L6s bommei^ Ie§ pliid didtingiiSs nous en bodrrent le cr^he^ € L'id^dl de la classe ouvti^r^, a fieri! Marcidl Gachiti^ doit kite de substituei" ad ^OtiVefftleinent A6Q hommes 6elui de I'admididtratidii ded cbosed » ; U fiiildf a totit de mdme que les hommes soient Men ditig^s pour que les choses puissent dtte biea addiinistr^es. Le principe par trop risqa6 iiidiqufi par Caching ftprte Karl Marxj me rappelld une autre formule : i led hotnmes ne sont Hen, les principes sont tout li. HdasI k Topinion de Cacbitt^ je pr6f6re celle de Charles Gide ; d Dans r^rdre geonotnique aussi bien qu0 daris Tordre politique il faut un pouVoir fort** »

Du resle, comme on sait, 1^ eommunisme n'est pas une nouveaut^. II est vieux comme le monde. II a 6i6 exp6riment6i il exisle aux Etats-Unis, par exemple, mais il n'a 6i6 appliqu6 qu'^ des soci^tds, k des organisations relatirement tr^s restreintes. Et que Yoit-on dans oes organisations 7 G^est que les rdgles y sont trSs s^yferes, qu'ude autoritd veille k ce qu'elles sdient observ6es rigoure^usementi L'Etatautoritd n'j voit pas s^s fonctions rSduites au minimum, mais pontes au maxinlum. Comment pourraiiii 6lre aboli daiis des cooperatives (iconomiques qui

1. Gh. Gide : Des institutions en vue de la Transformation et de r abolition du Salarjat (Librairie Marcel Giard et G").

grouperaient les millions de citoyens d'une nation? A mon sens, aucun regime au contraire n'exigerait Texercice d'un pouvoir plus ferme que le regime communiste. N'6tait-ce pas du reste au marxisme que faisait allusion Nieuwenhuis lorsqu'il 6crivait dans son ouvrage le Socialisme en danger :

(c Mais, le socialisme autoritaire presuppose toujours une camisole de force servant h dompter les insoumis. La plus forte condamnation de ce socialisme-lA, ce sont ses institutions de police socialiste, de gendarmerie socialiste, de prisons socialistes. Car il est absolument 6gal, lorsqu'on n'a aucune envie d'Mre appr6hend6 aa collet, de TStre par un agent de police socialiste ou par un agent de police capitaliste; de comparaitre devant un juge socialiste ou capitaliste lorsqu'on ne veut point avoir affaire aux juges; d'etre enferm6 dans une prison socialiste ou capitaliste, lorsqu'on ne veut pas 6tre emprisonn6. Le titre n'y fait rien, le fait seul importe et il n'y a rien h gagner au changement. j>

La v6rit6 est qu'il ne pent exister de soci6t6s durables et prospferes qui ne reposent sur un principe d'autorit6, d'une autorit6 capable d'assurer une discipline sans laquelle tout travail s'arrfite et toute source de production se tarie. C'est parce que tout principe d'autoritS ^tait absent de leur organisation que j'ai vu, il y a une trentaine d'ann^es, des tribus arabes, dont le sol ^tait inculte et dont la population 6tait miserable. Leur organisation rappelait le communisme. Celui-ci declare qu'il supprime I'Etat-gendarme? Qu'il s'y essaye : il sera oblig6 de le rappeler aussitdt.

Mais, au fait : le communisme existe en grand quelque part. Le 7 novembre 1917, il s'est installs en Russie. Voyons rapidement ce qu'il y aproduit. Cela vaudrait peut-Stre mieux que de faire des hypothftses.

Le malheur est qu'a Fheure oti j'6cris ces pages, si la documentation que nou8 poss6dons sur ce qui s'est pass6 et se passe en Russie se fait remarquer par son abondance, elie frappe aussi par le peu de precision de ses informations et la diversity de ses appr6ciations, les unes tout k fait favorables au fonctionnement du regime des Soviets, les autres constituant autant de condamnations. Je ne m'6tonne pas de ces contradictions etje nepr6tendrai pas h ce propos que rimpartialit6 n'est pas une vertu aussi r^pandue que Ton pourrait le croire.

Voici par exemple des personnalit^s allies en Russie pour ^tudier sur place la situation et qui, nous communiquant leurs impressions de voyage, nous ont fait un 6loge pompeux de I'^tat de choses cr66 par la dictature du proletariat. Croyez bien qu'elles sont de trds bonne foi. Vous me direz qu'elles n'ont vu que ce que Ton a voulu leur faire voir et que c'est pour cela que je m'explique leurs jugements enthousiastes? Sans doute, mais il y a autre chose qui explique ces appreciations. G'est un ph6nomene maintes fois constate que nos yeux ne voient que ce que notre esprit desire decouvriretn'aperQoiventpas ce qui les gene. Sommes-nous persuades qu'une idee est bonne, que sa realisation ne pent pas ne pas donner des resultats correspondant k la valeur que

TO VEaS PES TEMPS STOUVIEAUX

nous lui avons accord6e? nous sommes tout naturellement port^s h trouver, quand nous sommes en face des r6alit6s^ de rexp6rience, de Tapplication^ que oes r^aliti6s, qua cetU expdrieQpe» que §^tte applioation donnent bieq ce que qous avipns popsd et ppoclam^ h Tavance qu'U fi^llait en i^ttendre.

II y aupsi des FpanQais rapat^i^s d^ Ilu^sie qui aou3 ont d^olar^ que le regime sovi^Uque 6i^li ax^erable. J'aurais plus de conSance dans TappF^ci^Uon de ces der^iers. II est de fait que les brimades qu'ils ont aubies, les privations qu'ils ont endur^e^* 1^3 souffranees par lesquelles ils sont passes ne ^ont pas pr6cis6ment la r^sultapte d'une toi^rnure d'esprit ni d'id^es priSeonQues. Et cependant on pourra jRp F^pondre que leur martyne a fait d'eux de mauyaia juges. Soit. Mais voioiqu'aucours d'un recent voyage H. G. Wells, parti anim6 d'une bienyeUlante impartiality, a approch^ le « R6yeur du Kremlin » et lui a pos6 la question suivaQte :

€ Mais vou^ qui Tavez voire Revolution Sociale, quen faites-vous? « Considerez-vous que vousen ayez faitun succhs? i»

Et L^nine de r^pondre :

c Pour que noire Revolution donne ses pleins remltats, il faudrait que le monde occidental fit aus$i la Revolution^ »

Voil^, cerles, un aveii qui viept de haul, et qui en dit long... et qui justifie d6j^ Tune des appr6ciations que j'ai formuldes h priori*

Je dois toutefois reconnattre qu'il y a un point sur lequel tons les bistoriographes de la r(§volation

1. Le Progris Civique, D^cembre 1920. H. G. Wells : la Riasic telle que je tfient de la voir.

ruBsa Qt toiid ceu2^ qui onl expos^ la programme de la ft^piiMiqud qu'alle a enfani^e sont d'^cQord; c'ast que lo r^gima que te Balchevick ^ instaur6 en Russia est bien le regime communiste. Uoe brochure de U cpUpctioo da 1^ 3ib}ipth^ue communists ne qou9 laisse aucua doute h eat 6gard. Apri^3 s'Mre empar^ dft pouyoir, apr^s ^vair mis la wain sur lee rooyeus de production, sur les banques, « aprfes avoir rem^ plaxj$ }a propj;i6t6 de production et de circulation par U propri6t6 publique et institu^ peu h pen une organisation m^tbodique de la production sociale capable d'assuriM* le bien-6tre et le ddveloppement, sous tpus lejB rapportS) de tous las membres de la soci^t^y l^ revolution du proletariat supprimera la division da la soci6t6 en classes et pai^ Ih mSme affranchira toute rhun)anit6 opprim^e en mettant fin k tous les inodes d'exploitation d'une partie de la soci6ti§ par Tautre ]», La phrase est un peu longue, mais on avou^ra qu'il ^tait impossible de dire autant de choses en moins de mots, Le programqaa qu'elle trace ast bien le programme coromuniste, le pro-

graroroede Mar?? « purifi6 de toutes les deformations de Topportuuisme bourgeois », Voyons dono s'il m^rite toutes les critiques et toutes les m6fiances que j'ai exprim^es dans les pages pr6c6dentes,

D'aprds le manifeste de I'lnternationale commu*niste, que Boris Souvarine a preface, il ne semble pas que Von mette beaucoup de hate h atteindre iatroisidme etape de la transformation da la

Soci^t6 capitaliste et bourgeoise. Les grandes banques, les chemins de fer, les grandes indastries ont bien 616 socialis6es, mais quant aux autres de moindre importance on n'a pas Fair d'y songer. Gela se fera « pen h pen, en tenant compte de leur grandeur ». D'autre part, dit le manireste, « il importe de souligner ici que la petite propri6t6 ne doit pas 6tre expropri6e, que les petits propri6taires n'exploitant pas le travail d'autrui ne doivent subir aucune violence >. Une autre brochure, intitul6e « le Programme du Parti communiste », nous apprend que la d6mocratie prol6tarienne du socialiste « n'admet pas seulement » dans son appareil 6tatique, local et central « des prol6taires mais aussi des demi-prqletaires ». Ainsise realise une des craintes quej'ai plus haut manifestoes. Le Communisme, a peine au pouvoir, ne r6alise d6j^ plus intOgralement son programme : il ne socialise pas tons les biens. Sa dictature devient celle du demiprol6tariat; il n'est plus le Communisme.

Oti commence et ott finit la petite propri6t6, surtout en Russie, et quand est-on prolOtaire ou demiprol6taire ? Est-ce que le socialisme s'affublerait du hideux masque de Topportunisme dont le manifesto communiste reproche tant h la democratic de s*6tre affubl6? Et est-ce que nos Gommunistes russes vont non seulement ne pas rOaliser la deuxi^me partie du programme de Karl Marx mais encore ne pas atteindre la troisifeme partie de ce programme, la seule partie qui puisse expliquer les violences et les ill6galit6s des deux premieres? Est-ce que, renongant k la socialisation de tons les biens, sans exceptions, le soviOtisme ne va pas

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renoncer k la constitution de la Grande Cooperative economique de Karl Marx?

Une fois en possession de la dictature, devenu la classe poss6dante, le Proletariat trouverait-il que la propriety individuelle a du bon ou estimerait-il qu'il ne pent sans danger aller au bout de sa promesse?

.Au surplus, la m^tiance que m'inspirait h cet ^gard le programme communiste se trouvait justitifi6e encore par les explications fournies par M. Lucien Deslinidres dans son livre Comment se realisera le socialisme. « On laissera, dit-il, leur lopin de terre aux paysans ; on fera en sorte que la nouvelle organisation ne leur cause aucun prejudice ni aucun m^contentement. On attendra qu'ils constatent par eux-mftmes qu^les journaliers agricoles non-propri6taires jouissent du bien-fetre sup6rieur au leur et que, loin d'etre un avantage, leur petite propriety n'est qu'une charge. Alors, ils I'apporteront librement h. la Gommunaut6. i>

Ainsi, avant mdme d'avoir conquis le pouvoir, nos communistes frangais, pour d'habiles raisons que Ton saisit, nous pr6viennent qu'une fois les pouvoirs conquis, le premier et fondamental article du programme de Karl Marx ne sera pas r6alis6 : quelle conHanCe pourrions-nous avoir dans la realisation du but final du Gommunisme qui est la suppression des classes?

/ Hi *

Voici encore que le manifeste dont j'ai parl6 nous declare que « la t&che de la dictature prol6tarienne dans le domaine Economique n'est realisable que dans

74 VEm DEIS T£MP6 NO0VEAnX

la mesurd ob h proUtariat ^aura cr/^^r cles Qrgaaes de direction de la productipfi oentFalisia et r^alisar la gestioa par les ouvriers eui^-rmdme^*.. J)emSnie que dans le domaine de la production, dms c^lui de la repartition il importe d'utiUser tou^ h^ technicians et Im Bp^eialistas qualifi^^, Bit6t que leur resistance dans le domaime politique aura 6i^ bris6e^ > Bti de son cdt^i le programme du parti cQmmunisUi nous apprend que « ce type sup6rieur de d6nipcratie » qu'est le soyi^tisme exige pour son fonctionuement r^gulier una constante eUvation de niveau de la cul-^ ture, de Torganisation et de Tinitiative des m^ssep > « Ainsi se troave confirm6ei ratifi6e par les adeptes les plus ardents du Gomuiunisma ce que je disais lorsque j'affirmais qu'il etait impossible de spnger h remettre au Proletariat et au Proletariat seul la gestion des interdts economiques de la production et des echanges, ayant qu'il soit capable de rempUr seul la mission complexe et delicate que cette mission represente. La cbarrue ne se met pap dey^Qt les bcBufs.

Enfin, les luttes que le Communipme russe a h soutenir centre les nations ciyilisees, qui ne veulent pas de ce mode d'organisation du genre humaiui prouvent par un exemple tristement probant qu'ici encore j'ai raison quand je pretends que chaque peuple ne pent pas s'organiser comme il Tentend sans etre certain que non seulement h Tinterieur, mais encore au dehors on n'y voit aucun inconvenient. Et voil^ comment les antimilitaristes que sent les communistes sent obliges de declarer dans leur programme que « la plus large instruction militaire des proietaires et demi-proletaires est une

LA POCTBINS GOMMUmSTC; 75

dans le9 6^oh9 CQfv§»^Qnia.nt^^ »r

Peut-on croire que, pour la conqufete des pouvoirs publics, rinternationale ouvrifere amfenera les peuples de tous les pays h. r6aliser simultanement et partguf h fSiQ^qu^ie des ppuvpiri$ publics ?

JSpi Rqssie, on s'ast i^psuf i la cpncour^ d^s paysisins eu leqp donnant la terre qu'ou n^ pourra, du reste, jam^i3 lepr reprepdre pour rfialiser le Cpmmunisine. Croit>-on que Ton aura jamais en France le copcours des p^ys^ijs, ro^nie en leur pron^ettant de ieur lajssQf la terre qu'ils poss^deQt ?

Toijtefois il serait h ce propoa tien h sQuhaiter que lespaysans russes auxquels on a lais$^ ou donne la terre aient connaissance de la conversation que Lepine a qu avec Wells ep octobre 1920 {Progrhs Cimqu0 du 25 d^pembre 1920). L6nine a dit h Wells que le gouvernement des Soviets « faisait yaloir de vastes domaine^ pti les ouvriers ont remplac6 les paysans », que ce syst^me serait g(Sp6ralis6 et que les paysans « aujourd'hui propri6taires ne saurontrien probablement de la transformation qui est en cours, jusqu'^ ce que leur tour d'exproprjation arrive. II peut dtre inalais6 de yaincre le paysan russe en bloc, Mais en detail la chose ne pr^sentera pas la moindre diffiGult6l » Et Wells d'ajouter, aprfts avoir rapports ces declarations perfid^s de Thomme dont les Communistes frang^is ont fait leur Dieu : « En me parlant aipsi des ps^ysans, L^nine rapprocha son visage dumien; son attitude devint confidentielle comme s'il n'^tait pas ij^ppssible que les paysans fussent aux portes pour sur prendre la conversation. »

Parions que les chefs de la propagande du Qom-

munisme en France ne reproduiront pas pour les pay sans de notre pays ces 6difiantes d6clarations.

En somme^ je crois fort que M. Raoul Labry, agr6g6 des letlres, membre de J'lnstitut frauQais a P^trograd, avail pr6vu ce quedonnerait le regime sovi^tique, lorsqu'il 6crivait son livre intitul6 « Une Legislation Communiste ».

« II est str, disait M. Labry, qu'une multitude de d6crets sortis de Tlnstitut Smolny ou du Kremlin n'ont mfime pas eu un commencement d'ex6cution. Ce sont ceux qui commandent la discipline, le travail, Tasservissement des volont6s particuliferes h rint6r6t g6n6ral. lis devaient 6tre inop^rants 6tant donn6 les origines et Tessence m6me du Bolchevisme. L6nine s'est assur6 le pouvoir parce que son programme etait d'accord avec les revendications extr6mistes des masses et parce qu'il a I4ch6 celles-ci sur les terres, les usines, les fortunes des classes poss6dantes en leur permettant d'eja disposer h leur fantaisie. 11 a bas6 son succ^s sur la satisfaction des instincts les plus bas. G'6tait pour lui la premifere 6tape nficessaire de la Revolution proletarienne, afin de briser les cadres de la soci6t6 bourgeoise. Mais, lorsqu'il a voulu organiser la discipline quotidienne du travail, plier les 6goismes au bien commun, arracher aux masses (au nom de Fint^rfit g6n6ral) ce qu'il leur avait donn6 comme leur bien propre, il n'a 6i6 ni compris ni 6cout6. » De plus, chaque soviet jouissant de plein pouvoir dauB les affaires locales oublie de plus en plus le

pouvoir central et agit k sa guise, montrant que la suppression de rEtat-gendarme, r6v6e par Karl Marx, approuv^e par le ministre Vandervelde, n'est peut- 6tre pas inutile au Gouvernement des classes. D'autre part, « le peuple russe n'a rien oubli6 de ses tares que la nature de I'ancien r6gime lui a inculqu6es, ignorance, paresse, corruption, gofiit du marchandage et autres p6ch6s comme la bureaucratie sociale ne le c6derait en rien h la bureaucratic tsariste. »

On a expropri6ji nationalist les moyens de production. D6crets sur d^crets « ont forg6 toute une armature sociale rigide » dans laquelle les bolchevicks ont voulu « enfermer la multiplicity et la complexit6 des faits ^conomiques d'un vaste pays » et ainsi « toute la vie industrielle et commerciale a 616 d'abord ralentie et meurtrie, puis 6touff6e sous cette gehenne. » Le corps russe tout entier a 6t6 frapp6 de paralysie g6n6rale, et M. Herriot a pu 6crire : « L'exemple de la Russie d6montre h quel point de grandes ressources sont inutiles quand elles ne sont pas exploit6es avec science et dans I'ordre. » Gela devaitarriver.

Get 6tat d'anarchie, qui cr6e la mort, s'est-il modifid depois que Ldnine a fait de ladictature du proletariat une tyrannie plus dure que celle du tsarisme, pourra-t-il se modifier demain *? Je ne sais, mais on comprendra, je le rdpftte, que ce n'est pas aprds avoir confi6 le pouvoir k une classe qu'il faut cr6er

1. Parlant de la production du charbon, EylofT a ^crit : < Nous ne pourrons r^aliser notre programme que par une discipline de fer, par la contrainte ». \o\\h comment le bolchevisme realise r^mancipation du Proletariat et supprime TEtat-gendarme, l'£tat-i autorit^.

Is VeHS DBS TEBlt^S ^OdVEAUX.

daiiS cette classe lat discipline, I'amotir du trardil, la c6mp6ietite ri^cessaire pou^* g6rer d6s entrepf i^^s, rexp6rience pour exploiter des moyeiis de pfodttctidil, c'est avant. Qtt'il feiste quelque choslfe des f6foriii6s accottiplies pkt le Qdtfvernettiefll des sOYieW,- qtie di^s tiiesUres prises, (Jfet'taifies survirent art r6gii&e, que parmi la I0t6e fatitastiqtie d'ivfaie dont L^riiiie a 6i6 le sertieut-sur le terrain qu'tin Kefefl^ky avail inconsCiemmeJnt pWpar6, surgissent qtielqiies bonnes graines ^6gar6es dans Fensettible,- qae la legislation on^ti^te, iiotatoment, laisse des traces dtirables, c'est probable, c'est ciertain, cocrtmel le pense M. Labfy, mais on- comprendrd? ici encore qae ce fl^fe^t pas pour un si mince et si a^c^ssible prdfit qud Vati fait Unfe rfivdlution et c(U0 Ton Expose on patys&k f'uiiiel

Dans toiis lels das, au lieu de ftapprittier « I'Etatr geft[dati"tiici * de Karl Marx et de Vatnderveld^, on a 6i6 obHg6 de le rappeler aussitdt qu'il fut cong^di6; du lieu de stipprimer le principe d'fittitorit6, il a fallu le r6tdbHr plus dur et inexorable qii'il ne fut jarttiiis SOUS ^ucJtiu regime ; au lieu de sUbstituer radiriiuistration des choses au gouverflement des hoilimes, ou a 6i6 codtraint de donner au gouvernement des hommes les pouvoirs les pluS 6tehduS. Tout cela 6iait certain k Farance : scientifiquemeftt ^ qudqrt'en p^hse Karl Mari -^ le catfiftiuiiisme ne pe^ut r6ussii*.4, en feussie nidius 6ntot^ que partout ailleurs.

He * *

« II ne faut pas que les 6crivains soient avec les utopistes, a 6crit Henry Barbusse ; ils Tdfit

LA tKXJTRmfc COttMUNlST*! *19

616 trap souvent et il y en a Irop qui Id sont encode, Trop sourent ild out tn6rii6 led pesanls reproches qa'on letlf a fails d'&tre de3 songe-creux el de falilaisisles dondactears d'imes. Trop souvenl les hdmmed posilifa 6pifi^ de yie s^fieuse, ^nergiqae e?l aclitc^, 9e ^onl d6louf a6s, en sourianl d^daigneusemehi, des faisetlfs de pd^sies, de contes el de romans. II fadl que les ^cfivains voienl claif' &i voient loin el qu*ils disenl la v6rit6. » EtTauleurdes Paroles afun eombattanti's^ioniet que les 6crivains qui se pf6occupenl de direclions inoralest el docidles ne d6fendeat pas^ dans leurs oBurres, telld on lelle ih^orie sans en avoii* pesd les consequences et les ravages possibles..., sans s'Mfe demand6 oil lis conduisentleshommes^ sans s'appuyer sur des bases elernelles : la Logique el la Justice. « En partanl de celle source, ils n'erreronl pas el ne feronl pas error ceux qui les 6coulenl el les suivenl... II n'y a pas d'aulre lumi^re originelie que la Logique el la Justice, la Raison el la Morale. »

Comme cela esl bien dill... Mais que veul ici la logique? Veut-elie qu0, maudissanl la lutte entre peuples, on recommence la lutle enlre les classes, au lieu de rechercher le moyen de les unir? Qu'ordonne la raison? R6clame-l-elle que Ton supprime toule propri6l6 individuelle, loule possibility d'acc^der k la possession des choses, alors que Thomme ne Iravaille que pour am61iorer son sort el celui des siens? Ou exige-l-elle, au contraire, que Ton donne au plus modesle le moyen, par son labeur, par son intelligence, de s'6lever mal6riellemenl el moralemenl?

Que proclame la justice? Dil-elle que, quel que

soil son talen^ ses m^rites, son labour, chacun ne recevra que seion ses besoins, ou bien n'impose-t-elle point la recherche et I'application de formules qui permettent k chacun d'etre trait6 selon ses capacites et selon ses ceuvres ? Bref, rUtopie est-elle dans « Le Capital » de Karl Marx ou dans « Le Travail » de Zola? L'auteur de « Clarte » admire Fun et Tautre! Entre la lutte de classes, ou la cooperation 11 faut cependant choisir.

Quant k moi, mon choix est fait. II met de mon c5t6 la Logique, la Haison, la Justice et me permet ainsi de ne pas 6tre un « songe-creux ». Mais je crains fort de ne jamais 6trey.avec ce bagage, un conducteur (Tdmes : il est k notre 6poque un peu lourd k porter et insuffisant pour r6ussir.

GHAPITRE III

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