‹ Capital et travail: Vers des temps nouveauxChapitre 9 sur 47 · Standard of life (train devie · texte numérisé non relu

Standard of life (train devie

LE PROBLEME FONDAHENTAL 19

quand on passe d'une firme particulidre k rindustrie tout entifere. L'int6ret de tous les employeurs qui conlribuent k fournir les produits d' usage courant est que Ie» salaires^ dans leur ensemble, soient suffisants afin que le pouvoir d'achat de leurs clients soit 6lev6. L' existence des ouvriers, qui sont en mSme temps des consommateurs, veut que les maisons produisant les articles d'usage courant soient assez prospdres pour tenir leur outillage au niveau des exigences modernes et qu'elles produisent bien et k bon march6. >

Nous comprenons parfaitement cette solidarity d'int6r6ts, mais elle n'est plus que tIi6orique si, dans la pratique, chacun des antagonistes continue k vouloir la plus grande part des profits et si, avec le regime actuel du salariat, le patronat continue k s'assurer sa part presque toujours d'une fagon exager6e, parfois d'une fagonexorbitanteetscandaleuse. Peut-on arriver par le simple paiement de salaires, aussi hauts qu'ils soient, k faire cesser «c la friction > qui nalt au sujet de cette repartition des profits ? Je ne le crois pas. D'ailleurs, suivant les hommes d'affaires ^xp6riment6s et observateurs qui ont r6dige le m6moire du Comil6 d'Etudes francoa^^/m'^e^, I'antagonisme naissant, entre le Capital et le Travail, de la repartition des profits serait due precis6ment < tout autant au sentiment d'injustice dans le m6canisme de la repartition qu'au d6sir d'une augmentation effective des salaires ».

Trois facteurs interviennent dans la production. Le Capital^ indispensable k la creation de I'entreprise, k 1' achat de I'outillage, des matiferes premieres et aux depenses d'exploitation ; la Direction^

qui dispose du capital fourni, organise la marche de Taffaire, assume son fonctionnement, passe des contrats, proc^de aux achats et aux ventes; le Travatly travail inteilectuel ou manuel*, qui, sur les indications et instructions de la direction, transforme les matiftres briites en produits achev6s, h i'aide du mat6riel dd fabrication que le capital a mis h sa dispositiop. Certes, parfois, le Capital etla Pirection sent dans les m^mes mains et ne font qu'un, mais dans les grahdes entreprises industrielles, en Angleterre surtout, les trois facteurs indispensables k |a production (dont aucun ne pent se passer des deux ^utr,es) forment trois ^leipents distincts. Or « les couditions effectives de Tindustrie ont donn6 au capital et h la direction le CQiitr6le, non seulement du m6e^i)ismQ de la production, mais encore du travail lui-m6me ». Les travailleura sentent « que la concentration du capital eq quelques maips a rendu impossible le libre marchandage entre les parties y>. Si un ouvrier quitte volontairement son travail, il ne cause qu'une bien faible g^ne, en .g6n6ral, k son patron 5 renvoye, parfois sans motif, il pent perdre son gagne-pain . La firnie oh il travaillait est puissante : lui, n'a pour se d6fendre qu-une solidarite professionnelle dont il ira chercher F action en^ dehors de I'usine, au Trade-Upion, au Syndicat.

Les travailleurs, que certains entrepreneurs considferent « comme de simples roues ^ la machine indus-

1. 11 m'arrivera souvent, au cours de cette ^tude, de designer sous ce mot « Travail » Tensemble des con cours apport^s aux entreprises par rensemble de leur personnel, mais il dolt 6treentendu, une fois pour toutes, que dans ce cas cette expression d^signera aiissi bien le personnel « employes » que le pers -nnel <( ouvriers» et le travail inteilectuel aussi bien que le travail manuel.

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imlle ayaut une valear marchande, mais pas de droits reconai^s comq»e creatures humaines >, en sont vepus k connaitre le role qu'ils jouenl dans la production pt h mesurer leur pouvoir. Us ont compris qu'ils sont une fojrce indispensable h la production des richesses. N'6tant jamais coasult6s « dans des questipfts qiii affectent de fagon vitale » leurs int6rets, ils demandent done « h fitre trait6s franchement en associ6s avec des droits et des responsabilit6s 6gales ».

Le patroii^t n'a-t-il pas de son cQt6 des griefs k faire valoir? Pour les auteurs du m6moire dans leqiiel j'ai pftis6 pertaines des observations qui pr6cfedent, ^^ AngJ^terrp — en Frq,nce il en est de mfepae — « les griefs des patrons ne sont pas moins s6rieux ; ;ls se plaignent de la delimitation d^Ub^r^e de production, de travail lent et inefficace, d'heures de travail trop courtes ; ils reprochent aux ouvriers leur pidthode de moifidre efifort et de manquer du sens de la respopsabilite. lis signaleiit que beaucoup de dirigeants de Topinion ouvrifere ont soin de d6courager tout Joyalisipe envers la Brme, source des gains dy travail cqh^me du capital, et que m6me le imsilleur des employeurs ne peut compter que ses ouvriers le souti^ndront au moment od il se trouvera fla^s des difficultes. Tout effort pour am6liorer la condition des oiivriers est consid^r^e comme upe coi^pessio|i arrach^e h la faiblesse et est suivie de nouvelles demai^des qui ne tiennent aucun compte des pondHioq^ de Tindustrie. Chaque p6ripde de prpsp^rit6 dptermine une demande pour d^ plus hauts salair^s, Qiais ^ucune depression dans la sitij^ation professjonpella n'est consider^e comme

excuse pour revenirvii un taux inf6rieujp... » Eafin — et ne ravons-nous pas vu au cours des graves anglaises de 1917^ 1919? — les conventions entre le patronat et le salariat n'offrent aucune $6curit6. Faites avec les repr^sentants accr6dit6s desouvriers, elles sont continuellement viol6es et « le syndicat lui-mdme ne peut imposer la convention qu'il a conclue y>.

On le voit, les griefs sont nombreux de part et d'autre.

Ne peuvent-4ls Stre att6nu6Sy supprim6s? The Garton Foundation n'h6site pas^lecroire. Quant ^nous, nous en sooimes persuades. Si les causes du conflit permanent existant entre le capital et le travail 6tant connues comme aussi les torts de chacune des parties en presence, il n'6tait pas possible, pour le bien de tons et de chacun, au nom de Tintgr6t sup6rieur d'un pays, de rhunianit6^ tout entifere, de trouver entre les forces de la production destinies a dtre riv6es Tune h Tautre quoi qu'elles puissent faire, un accord d^finitif, ce serait k d6sesp6rer de la raison, du bon sens, de I'intelligence. Mais que sera le statut nouveau? OCi trouver la formule qui r6soudra le probl^me fondaoiental qui se pose, qui sauvera ces hommes aux prises, malgr6 eux, malgr6 leur 6goisme? Le Comite d' etudes franco-anglaises indique-t-il un remade, une panac6e qui apaisera la lutte toujours ouverte entre le Gapitalisme et le Salariat et rendra k I'industrie, aux moyens de productipn et d'6change, un plus grand rendement, qui permettra de faire face

aux difficult6s engendr6es par laguerre, « der^parer lea pertes du capital, d'6lever le niveau d'existence de la grande masse du peuple? »

II a eu d'aulant moins celle pretention que, se rendant cpinpte de Timmensite et de la complexit6 du probl^me, il a mSme sollicit6, de ceux auxquels 11 adressait son expos6 de faits, des avis, des observations, des critiques, montrant ainsi que ses conclusions pouvaient ne pas 6tre ies meilleures.

Ces conclusions n'en sont pas moins h retenir. EUes aboutissent, en effet, k rimp6rieuse n6cessit6 d'une reorganisation de rapports du patronat et du salariat qui ^limine Ies causes des pertes subies par la production et accroit celle-ci, sans augmenter la fatigue impos6e aux ouvriers, et qui supprime toute cause de heurts, de contestations enlre le Travail, le Capital et la Direction. Et ces resultats ne seront obtenus que « si la maiii^re actuelle de trailer Ies questions indubtrielies est remplac6e par la cooperation active des forces en presence et que si le Travail, comme iacteur de la production, pent fairs entendre sa voix dans Ies questions qui concement directement ses interSts sp^ciaux (comme le taux des salaires et Ies conditions de son existence). Et The Garton Foundation sugg^re Tinstitution d'une « organisation adequate qui assure une action unifiee en poursuivant des buts communs y> ; par elle, des arrangements equitables pourraient etre obtenus lorsque surviendraient des oppositions d'interSts. Cette organisation comportantla creation de Comites ouvriers, de Comites patronaux, de Comites mixtes et d'un Conseil superieur de Contrdle, doQt Ies representants seraient nommes par chaque

unit6 6lectorale, mettrait fin au conflit des organisations patronales et des Ti'ade-Unions. Puissante, elle permetlrait « aux deux parties d'accepter ses decisions avec la confiance absolue que tout arrangement obtenu sera g6n6ralenient observe ».

Gependant les aut^urs du memoire se rendent bien compte que le Statut des relations du capital et du travail n'est pas tout, ou plutot que le Statut, pour 6tre ce cfu'il faut qu'il soit, doit r6soudre le point essentiel de la r6partition des gains* « L'idde gagne du terrain > qu'il faut que les ouvriers reQoivent « automatiquement y> ufte augmentation desdits b6n6fices resultant d'uhe plus grande efficacit6 dans Texploitatton d6 Tentreprise y>,.. Et ils terminent en disant : C'est seulement par la cooperation de tous, celle de VEtaty des pdtrons et des ouvriers que nous pourrons nous elever d^ la hauteur des eirlson^tances qui se presehtent a nous*

Dans un discours qu'il pronongait, le22mai 1919, h r Assembl6e annuelle de The Labour Copartnership Association^ lord Robert Cecil exprimait des id6es analogues h celles que nous avons trouv6es sous la plume de M. G. S^ailles et dans le memorandum du Comite d' etudes franco-anglaisesk Apr^s avoir fait fessortir que la guerre avait produit « une destruction massive du capital >, amen6 partout un manque de mati^res premieres et une insufQsatice certaine de routillage> lord Cecil d^clarait que Ton ne pourra « revenir h une situation normale que si chacun y met du sien^ dans un effort ^nergique et coor-

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donnfi >, que si Ton realise cc un changement r6volulionnalre de Tindustrie » .

« Qu'est-ce que c'est que la presente orgnnisation de I'industrie? adit lord Cecil. Ce qui apparait liriipide, Evident, c'est qu'elle est pure ment auiocralique. Je ne veux pas dire par 14 qu'elle soit injuste. Je ne pretends m6me pas effleurer ce sujet. Qu'elle le soit ou non, cela ne louche pas mon argument. Mais le fait est que tout le controle de Vindustrie est entre les mains de Vemployeur, Que ce soit un horame seul, unassocie, une society ou uhe municipalite, peu importe, le contr6le lui appartient; 11 parle sans replique, il dirige le cours de lindustrie, les travailleurs n'ont qu'A ex^cuter ses ordres* Les travailleurs n'ont aucune part dans la conduite, dans Vadmir nistration de Vindustrie,

« Pesez la signification de ce que je viens de dire. Si Tindustrie fait faillite, Temployeur perdra beaucoup d'argent, peut-^tre de riche il va devenir pauvre. \o'\\k qui peutamener de grands changements dans sa vie. Mais dans la grande majorite des cas, il Ini restera de quoi vivre. Mais quel sera Ic sort des travailleurs ? \\ se peut qu'ils resteront sans eraploi, ils se trouveront dans la necessite, il se peutqu'il en resultera la dispersion de leur famille. Le d^sastre dont la mine d'un gtand e'tablissement industriel a^eote Vouvrier, est incomparablement plus grand que le desastre qui atteint Temployeur.

« Nous en sommes arrives la que les hommes qui concourent le plus an succes de Vindustrie ont le droit de dire qu*ils doivent etre consulte's sur V administration de Vindustrie.

« Nous entendons parler beaucoup d'initiative ; raais, je le pense, nous avons le droit de dire que Touvrier a totifi les litres a I'initiative dans son Industrie ».

Ainsi , qiie ron examine le problime fondamentat dans les conditions otl il se presente en Aiigleterre ou dans les cotidiiions oCi il apparatt en France, qu'oii

le voie avec les yeux d'un sociolopue on d'un 6conomiste, ou avec le sens pratique d'un industriel, on reconnait qu'il a les m^mes causes et on arrive aux mfimes conclusions, k savoir qu'ii ne pent se rdsoudre que par Tadoplion de mesures capables d'inslaurer la cooperation des classes appelees h concourir a la production^ et, par suite, par une modification des regies qui president, dans ce qu'on a appele le regime capitaliste, ^ la remuneration du travail. En somme, c'est le regime i.u salariat qui est la cause du conflit perp6tuel qui met aux prises i'employeur et Temploy6, le Capital et le Travail, qui provoque les graves incessantes et de plus en plus g^neralis^es auxquelles nous assistons, qui paralyse la production, qui s6me la haine, qui substitue en un mot h. Vharmonie des forces sociales, qui devrait etre la rfegle normale des soci6t6s civilis6es, cet 6tat perp^luel de guerre entre des hommes qu'une commanaut6 d'int6r6ts, comme un attachement k Tinteret g6n6ral, devraient unir dans une 6troite solidarity de coeur et d'action.

Avec le regime du salariat, les int^r^ts du patronat et ceux du salariat ne peuvent 6tre en effet qu'en opposition. On Ta dit, ily alongtenips. Le professeur Charles Gide, dans son remarq uable trait6 d! Economie politique^ enregistrait qu'avec ce regime « plus le salaire sera 61ev6, plus le profit sera r6duit, toutes choses 6gales d'ailleurs et r6ciproquement. C'est ce que Ricardo exprimait par sa formule quele taux des profits varie en raison inverse des salaires », D'autre part, une autre consequence non moins grave du salariat provient de ce que « le caractfere de ce contrat k forfait rdduit I'ouvrier k un r61e purement

passif et le d6pouille de lout int6r6t dans le succfts comme dans le revers de Tenlreprise. On ne saurait dissuader les ouvriers de se consid^rer comme ayant des droits sur toutes ces richesses qui sont sorties de leurs mains; on ne saurait surtout les empScher de voir avec amertume des g6n6rations de patrons ou d'actionnaires se succ6der et s'immiscer dans telle usine ou telle mine dans laquelle, de p^re en fils aussi, ils ont travaill6 et pourtant sont rest6s pauvres. 11 est vrai qu'ils n'ont 6t6 que des instruments, hands disent les Anglais. L'expression est exacte aut^nt que cruelle, mais voila justement le malheur de notre organisation sociale que Thomme puisse n'dtre qu'un instrument pour Thomme.

Oui, c'est bien la le malheur de notre organisation sociale, laraison essentielle directe ou indirecte des maiix dont nous souffrons. D6j^ en 1848 Michel Chevalier 6crivait : « La repartition des produits du travail est vicieuse : il faut la changer d'urgence ». Helas ! qu'avons-nous fait diirant ces 80 ans pour la changer? Bien peu de chose. A cet 6gard, la situation de Touvrier, de Temploy^, du travailleur est reside ce qu'elle 6tait, sauf, dans de rares exceptions, \k oti il s'est trouv6 des employeurs assez perspicaces pour guerir le mal autour d'eux : elle est demeur^e la situation d'un salari6.

Quelles ont 6t6, quelles sont et quelles seront tant qu'il durera les consequences de ce regime? Mon ami, M. Antonelli, actuellement professeur d'Eco- Bomie politique ^ la Faculte de Droit de Lyon, dans

son remarquable ouvrage sur les Actions de Travail^ Ta fait ressoriir d'une fagon saisissante.

« Par rapport aux individus, a-t-il 6crit, le r6gime capitaliste de Ia,.grande Industrie se caractirise par deux traits essentiels,

« Dans ce regime, Touvrier voit se creuser de plus en plus le foss6 qui socialement le s^pare de la classe patronale. L ouvrier prend de plus en plus ce qu'on appelle une conscience de classe, ilacquiert des moeurs, des besoins, des sentiments de classe. II y a des vices particuli^rement ouvriers, comme ralooolisme, il y a aussi des qualit6s plus particuli^rement ouvriferes ou qui tendent h le devenir, comme la probit6 morale ou le sentiment de la solidarity.

« D'autre part, en mSme temps que Touvrier se d^tache de la classe patronale, il se d6tache de I'entreprise k laquelle il donne son travail, de i'usine, de Tinstrument de production; il devient une sopte de machine passive, dont toute la vie humaine est ailleurs, hors de Tusine, dans un milieu social de plus en plus ind^pendant, ferm6. »

Ges deux r6sultats du regime capitaliste, ce detachement de Touvrier du patron et de Tinstrument de production, M. Antonelli n'h6site pas k dire qu'ils sont des facteurs de regression ou tout au moins de stagnation sociale, de civilisation stationhaire. Que les individus ne puissent esp^rer une amelioration de leur sort, une ascension dans la hi6rarchie sociale par leur instruction, par leur travail, on estalors en presence de peuples constitu6s

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