LES THEORIES LIB^RALES
dans raccroissement contlna de la prosp6rit6 nationale la condition n^cessaire de la realisation des r6formes sociales ne regretteraient-ils pas la prolongation d'un 6tat de guerre qui p6se aussi lourdement sur la production nationale? »
Dans le rapport auquel je viens de faire allusion, M. Millerand constate encore que Ton ne saurait d'ailleurs mesurer Timportance des conquStes du proletariat au nombre des graves, la comparaison du mouvement gr6viste en France, en Angleterre et en AUemagne, et de ses r^sultats, pendant la p6riode d6cennale de 1899 k 1909, est h cet 6gard singuli^rement instructive.
Pendant ces dix ann6es il y a eu :
En France : 8.754 greves ; *'
En AUemagne : 18.739 graves; En Angletep^e 5.037 greves.
Et si Ton cherche k se rendre compte des avantages que ces grebes ont procures a la classe ouvriere, on voit que sur 100 greves celle-ci a enregistre :
En Frafice :
22,15 p. 100 de succ^s;
38,28 p. 100 de succ^s partiels ;
39,57 p. 100 de defaites.
En AUemagne :
19,76 p. 100 seulement de succ^s;
37,48 p. 100 de succ^s partiels ;
42,70 p. 100 de defaites.
EjuAngleterre :
27,22 p. 100 de succes ;
42,78 p. 100 de succes partiels; Et seulement :
30 p. 100 de defaites.
11 ressort de ce tableau que plus le nombre de greves est grand, plus oelui des victoires ouvrieres est proportionnellement petit.
106 VERS PES TEUP8 lYOUVEAUX
Si done la grfeve est funeste ^rindustrie et au commerce d'un pays en amenant dans le travail national un arrSt dont proiitent les nations concurrentes, si elle est nuisible non pas seulement aux producteurs^ aux industriels, aux commergants et h la grande masse des consommateurs, c'est-^-dire & la collectivity tout enti^re, elle n'apporte pas toujours k ceux qui se servent de cette arme dangereuse les satisfactions qu'ils attendent de son usage. Au bout done de jours ou de semaines, pendant lesquelsTouvrier a pein6, a souffert — non seulement lui mais les siens — pendant lesquels il a support6 un manque h gagner plus ou moins important, c'est done parfois, souvent m^me, une cruelle deception qui Tattend. II a lutt6 et sort meurtri de la lutte. G'est pourquoi M.Millerand, tout en concluant ^I'adoption du projet, n'h6sitait-il pas h dire que le rfeglement de tous les conflits coUectifs propos6 par le projet pour les chemins de fer pourrait ensuite 6tre 6tendu progressivement aux autres services publics et h, I'industrie ^
1. M. Fleury-Ravarin, depute du Rhdne, voudrait de son c6x6 que si, « en d^pit des efforts tenths en vue de la conciliation et de I'arbitrage, le conflit n'est pas ternain^, il importe que la gr^ve, si elle devient inevitable, soit au moins loyale, qu*elle soit d^clarde a bon escient et en pleine connaissance de cause, qu'elle soit voulue par la collectivit(5 ouvri^re dans sa majority et non pas seulement par quelques-uns, qu'enfin une porte soit toujours ouverte a la requite du travail ». II a done d^posfi une proposition de loi le 20 mai 1920, n" 901, ayant divers buts :
« Permettre aux ouvriers, lorsqu'il est question de faire gr^ve, de se prononcer dans la plenitude de leur independance en leur donnant les moyens d'exprimer leur avis sans 6tre contraints par qui que ce soit de voter dans un sens ou dans I'autre;
<( Fortifier le droit de gr^ve par Torganisation des mesures n^cessaires pour que ce droit s'exerce dans des conditions normales et r^guli^res ;
« Fixer les regies qui doivent pr^sider a toute d^clai^atioQ de