‹ Capital et travail: Vers des temps nouveauxChapitre 23 sur 47 · C.&^T^A''^''^''''''^ P^*^^ ^^« raisonsque · texte numérisé non relu

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voyance? Charles Gide. apr^s avoir constats que ee dormer systime est le plus pratiqu6 en France et

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a cet avantage d'amener le boa emploi de I'allocation suppl6inentaire, reconnaft qu'en ajournant h une 6ch6ance ioinlaine Tentrde en jduissance il afFaiblit d'autant lea avantages qu'on attend de la participation. A notre avis, pour 6carter le versement des parts de b6n6fices dans une caisse d'6pargne ou de retraite, il y a un autre argument. Si donner et retenir ne vaut, dit un proverbe, a fortiorij lorsque Ton remet k quelqu'un ce que Ton a reconnu lui 6tre dd, on n'a pas le droit de Tobliger k employer ce qui est son bien autrement que selon sa volont6. Certes on ne pent que louer un patron qui, ayant institu6 chez lui la participation, et n'ayant en vue que Tam^iioralion incessante du sort de ceux qui contribuent a faire sa fortune et d'assurer leur avenir, offre k ses collaborateurs des combinaisons pouvant faire fructifier le patrimoine que cette participation leur assure, leur facilite le placement de ieurs b6n6fices, soit en valeurs de tout repos, soit dans des caisses d'6pargne ou de pr6voyance, mais de telles affectations ne peuvent pas dtre obligatoires et en aucun cas les int6ress6s ne doivent dtre contraints k y r^courir. M. Albert Trombert dit h ce propos que certains patrons sont d'avis « qu'il faut laisser h Tint6ress6 le soin de se pr^occuper lui«m6me de son avenir, ils pensent qu'apr^s avoir stimuli le z^le de Touvrier par la promesse d'une part de b6n6fices, il importe de lui remettre cette part en esp^ces, de donner k cette remise un caractftre irr6vocable et d6(initif et ne pas la lui faire attendre plus ou moins longtemps ». Ce raiaonnement repose sur des principes trds respectables de liberty et de dignity. Mais,

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M. Albert Trombert ajoute aussitdt que doavent cette faQon de proc6der n'aai6liore que le present et que les b6n66ces, absorb6s par les besoins de la vie au jour le jour» sont en grande partie perdus pour r^pargoe.

Outre que nous pourrions d^montrer par des faits, par des enqudtes faites aux Etats-Unis, que lorsque du moins la part annuelle de b6n6iices ne repr6sente pas une somme d6risoire, les participants savent de plus en plus Temployer avec pr6voyanee S nous ne pouvons admeitrei pour les raisons que nous yenons de donner, que les participants ne disposent pas k leur gr6 de ce qui leur revient sur les b6n6fices. Notre disaccord sur ce point, <5omme sur d'autres de ces matiferes, avec les participationnistesest trfes net; ceux-ci disent que la participation est un syst^me que r6quit6 recommande ; elle est pour nous commandie par I'iquiti, par lajustice, elle est la consequence d'un droit de travail* Et ce droit reconnu, les travailleursdoivent disposer h leur gr6 de la part de profits qui leur revient. Au surplus, il y a un intir^t social considerable h ce que tout regime de rapprochement du Capital et du Travail, pour Stre efficace, donne au salari6 Timpression que sa dignity non seuleoient n'est pas atteinte par

1. Un rappoit de la soci^t^ Simplex en Am^rique k Tappui de notre thdse montre que la participation m est prSf^rable au point de vue de la sobri^t^ et de T^pargne a un^ ^l^vation des saiaires. Si le salaire de rouvrier est majord de 5 a 10 francs par sernaine, cette augmentation est le plus souvent d^pens^e et il n'en r^sulte qu'un peu plus de bien-Stre pendant Tannc^e. Mais si le participant revolt d'un seul coup une somme de 4 h 500 francs, il y a de grandes chances pour que cette ressource serve k Tamf^lioration dumobilier ousoitconsacree ^T^pargne. Les statistiques des caisses d'^pargne du voisinage sont concluantes h ce sujet ».

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les consequences de ce regime, mais qn'elle y gagne, que sa situation morale est par lui amdlior^e en mdme temps que sa situation mat6rielle, qu'ii est par lui trait6 en homme libre, conscient, capable de se diriger lui-m6me et non en enfant qu'il faut tenir en tutellci auquei 11 faut dieter tons ses actes. Bref, si la participation est ce qu'elle doit 6tre selon nous, la reconnaissance d'un droit, ce n'est pas au patron qu'il appartient d'imposer h la part de b6n6fices revenant au travail une affectation quelconque ; les travailleurs doivent recevoir leur part de b^n^Qces en esp^ces et en disposer h leur gr6, & moins, toutefois, qu'il ne soit donnd h ces partSi comme nous I'indiquerons dans le chapitre suivant, une affectation ayant pour rSsuItat de les associer plus compl^tement h Tentreprise, d'arriver ^ former entre le Capital et le Travail une coassociation ou h transformer un jour cette entreprise en une association ouvriftre de production.

Quant au quantum de la part k faire au travail, elle diff^rera, selon M. Trombert, d'une part des € intentions plus ou moins larges du fondateur » et aussi de divers elements d'appr6ciation, « I'importance relative du capital et de la main-d'oeuvre, r^tendue du rdle de la direction, des connaissances techniques, des speculations commerciales, du degr6 d'intensite des risques ». Cette intervention des « intentions plus ou moins larges du fondateur > nous rejetterait bien loin, si nous nous y arrAtions, des conceptions de Charles Robert qui s'ing6niait h

determiner la part qui doit revenir au capital et celle qui doit revenir au travail par des estimations rationnelles, des pe^^^es, si j'ose dire, h des balances de precision, et ne songeait certes pas k faire intervenir ni pour un dixi^me, ni pour un milli^me dans ses calculs la plus ou moins grande g6n6rositd du patron ou sa dose plus ou moins grande d'^goKsme.

Laissons'cela, puisque aussi bien, parlant de la participation, nous ne partons pas du mdme point de depart, n'allons pas vers le mfeme but ou, si Ton preftre, ne parlous pas la m6me langue. Quant aux autres elements d'appreciation, il convient en effet d'en tenir grand compte, mais leur influence variable sur le taux des benefices ne suffit pas pour expliquer les variations 6normes que Ton constate dans des industries de mSme nature et de mSme importance en France et k Tetranger. La part est ici de oO p. 100 et 1^... de 5 p. 100. Alors? Alors, c'est bien la largeur des intentions patronales qui fixe le quantum du travail; voil^ peut-fitre pourquoi on tient tant ^ ce que la participation soit libre, libre au point de faire au travail une part derisoire. Si la participation n'a pas reussi, cela a tenu souvent k ce qu'elle s'est traduite par la remise k chaque travailleur d'une somme infime^

Bien entendu, ici, quand nous parlons du travail, nous ne la confondons pas avec la direction k laquelle une part doit revenir alors mSme qu'elle

1. M. Ch. Gide, dans son livre sur les Institutions en vue de Vabolition du salariat, dit que si des industriels se plaignent que la participation ne leur ait rien donn^ cela provient peut-6lre pr^cis^ment de ce qu'ils Tout pratiqu6e d'une fa<jon mesquine : jes ouvriers n'y ont vu qu'une sorte de pourboire.

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serait assuree par le propri6taire de Tentreprise. Mais, parfois, le travail, k son tour, peut, en dehors de la direction, dont Taction est si importante, se diviser en plusieurs categories et, dans la repartition, suivant la nature des entreprises, on pourra se trouver encor.e en pr6sence de difficult6s.

Prenons, par exemple, I'exploitationd'un journal. Dans une entreprise de ce genre, le travail manuel du typographe qui a compost le journal n'a pas, sur le succfes de I'affaire, sur sa vulgarisation, sur sa vente, sur les b6n6fices que cet organe produira, une action aussi grande que le travail intellectuel des rfidacteurs ou I'activite du courtier de publicity. La repartition du quantum entre les diverses categories des collaborate urs dont Tensemble represente le travail pourra done soulever des questions delicates. Je sens meme que ces questions resolues k la satisfaction des divers elements dont il s'agit, la repartition individuelle basee soit sur le taux des salaires soit sur ranciennete,\ou sur une combinaison de ces deux modes d'appreciation, peut ne pas satisfaire la totalite des interesses.

Tel ouvrier, tel employe, pourra toucher une part majoree en raison de son anciennete alors que, dans I'annee, son travail soit en raison de son &ge et d'une diminution de ses qualites professionnelles, soit en raison d'un reUchement de son zfele, ne justifieront pas aux yeux de ses camarades cette majoration. Si la diminution du-rendement de son travail n'est due qu'^ un affaiblissement de ses facultes physiques ou intellectuelles provenant de son 4ge ou encore d'une maladie, la solidarite ouvriftre, qui repose sur des idees genereuses et faites aussi

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de bon sens, comprendra qu'i ce vieux serviteur qui a, pendant de longues ann^es, contribud h assurer le succ6s de la maison, la part- qui lui est due pour son travail doive 6tre, malgr^.tout, supSrieure k celle qui lui reviendrait si on ne tenait compte que du travail produit. Mais en sera-t-il de mdme si cet ouvrier a n^gligS sa besogne, et ses camarades comprendront-ils qxxh 6galit6 de salaire il touche plus qu'un ouvrier moins ancien qui a foumi un effort plus grand et un rendement plus efficace ?

G'est d'ailleurs en raison de ces considerations que rindustriel parfois fait inter venir Timportance des fonctions, le zfele, Tactivit^ au travail pour fixer la part revenant ^chacun. Mais k ce mode de-r6partition nous pr6f6rerions un systfeme de participation aux benefices qui n'a jamais 6t6, croyons-nous, exp^rimente et qui m^riterait beaucoup plus la denomination de participation collective que celui auquel on a donn6 cette appellation. Ce systftme consisterait, une fois la part globale du travail intellectuel et manuel etablie, d'en remettre le montant aux del^gu^s du groupement que tons les collaborateurs de Tentreprise formeraient entre eux et de laisser k ce groupe l^galement constitu6 le soin de proc6der k la repartition individuelle. Ce systfeme analogue k celui que nous retrouverons quand nous parlerons de I'actionnariat ouvrier r6pondrait, j'en suis sftr, aux aspirations des travailleurs manuels ou intellectuels, ceux-ci de plus en plus se sentant pris par une mgme solida-

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rit6. On peut 6tre sftr que, mieux qu'en vertu d'un r^glement indiquant d'une faQon inyariable le taux de la repartition individuelle, sans tenir compte du labour accompli par chaque participant dans le cours de rann6e, la repartition par le mode de participation collective que j'indique serait faite de la fagon la plus juste et la plus profitable k Tentreprise* II tiendra compte, comme cela doit 6tre, pour faire bSneficier chacun des rfisultats de Tinventaire du travail de chacun, ce qui ne peut s'obtenir par la repartition suivant les salaires et I'anciennete. On me dira sans doute que j'en reviens ainsi h la conception des patrons qui, ayant institue la participation, Tout prdcisement bas^e sur les services et le zele de chacun, uniquement ou en partie, et que j'ecarte cette modalite. Oui, parce qu'avec cette modalite c'est le patronat qui appr6cie. Avec la participation collective prjiiiquee comme je viens de Tindiquer, c'est le personnel qui est appel6 h apprecier lui-meme les m^rites de chacune des unites qui le composent. On ne pouvait trouver de meilleurs juges que ceux qui ont v6cu cote h c6te, loin parfois de capitalistes anonymes, d'un conseil d'administration plus ou moins etranger k la marche de TafTaire, d'une direction plus ou moins distante, incapable souvent d'apprecier surtout dans les grandes entre prises, aux multiples rouages occupant des centaines d'ouvriers, les services de chacun. Si on ne veut pas recourir k ce systftme de participation collective, c'est encore, fautede mieux, k la repartition d'apres les salaires, I'anciennete ou d'aprfes ces deux elements combines que devra se faire la repartition^ 2i la condition touj ours que ces regies, comme

le quantum lui-mSme, soient fix^es h Tavance. Du resle, la valeur des services, la production individuelle, etc., sont considerations dont on tiendra comptepar des augmentations de salaires. La valeur des services ? EUe ne pent r6ellement s'appr6cier qu'aprfes, en fin d'ann6e, comme la production individuelle, alors que le mode de repartition doit 6tre fix6 h Tavance.

En resume, la participation* doit reconnattre au travail comme un droit, une part sur les profits des entreprises. Gette part doit 6tre fix6e h Tavance, elle doit etre r6partie par un versement en argent entre tons les collaborate urs de Tentreprise, depuis le directeur jusqu'au plus modeste maiioeavre, et Stre effectu6e soit au prorata des salaires, soit proportionnellemeni k ces deux modes d'appr6ciation k moins que tenant compte de I'esprit de solidarity ouvri^re on laisse la collectivity proc6der k la repartition de la totalitS^es benefices accord6s au Travail.

Telles sont les regies que Ton doit respecter si Ton veut que la participation donne les r6sultats que Ton veut et que Ton ne pent attendre d'elle, tels sont les principes g6n6raux sur lesquels elle doit s'appuyer.

J'ai ditetmontre que la participation aux benefices ne s'est pas propag6e. Bien entendu certains devaient souligner avec joie son 6chec. Les plus qualifies repr6sentants des theories individualistes en ont triomphe. Leroy-Beaulieu avait d6]k essay 6 de ridiculiser en disant qu'elle n'etait (c qu'un condiment

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du salariat^ ». Dans ce pays oti paratt-il le ridicule tue, elle aurait pu mourir de ce trait qui voulait avoir de Tesprit. La verity n'est pas qu'elie soit xnorte, la v6rit6 est qu'elie n'a pas grandi. Cela n'est pas tout h fait la mdme chose. Et qu'on le souhaite ou non, la participation finira par prendre la place qui lui revient et que nous ticherons de situer h moins que plutot que de triompher par la coop6ration on pr6f6re mourir de la lutte de classes.

Le principe de la participation est un principe d'6l6inentaire 6quit6. Charles Robert Tavait d6montr6. Tous ceux qui, depuis, se sont arr6t6s h ces questions ontreprisses arguments. M. PaulDoumer, en quelques phrases empreintes de clairvoyance a montr6 qu'en mSme temps que la participation 6tait un geste de justice elle 6tait pour le patron un geste de bonne gestion.

Mon tr6s Eminent collogue, M. Paul Doumer, a 6crit :

« Ce qui ne saurait subsister c'est le traitement fait h Touvrier dans les conditions nouvelles de la production... U rcQoit un i^alaire fixe compris dans les frais g6n6raux' de la maison comme les d6penses de fonctionnement machines. De celles-ci m^me on a plus de soin, on les surveille, on les manage, on les amortit ; Toutillage humain parait moins pr6cieux, il pent Mre surmen6,^us6 avant le temps, son amortissement ne coftte rien h qui I'emploie, la soci6t6 seule perd une partie de ses forces productives et le travailleur manuel n'a pour perspective que la mis^re aprfes une existence de labeur fructueux pour

1. II faut bien reconnaitre cependant que comme jel'ai montr^ certains n*en ont fait qu'un condiment du salariat.

d'autres que pour lui. Le salaire est Tuniqae lien qui Tattache k I'entreprise ; si elle p6riclile, 11 s'en ressent plus que quiconque ; si elle prospfere, il n'a aucune part dans les profits qui en r^sultent. Gela n'est pas juste. Gela n'est pas bon non plus... La discipline et le sentiment du devoir lui feront accomplir sa tStche quotidienne. Avec combien plus deccBur, combien plus de fruit, il I'accomplirait si la stimulation de rint6rfet venait s'y joindre. G'est ce que les indus^ triels qui ont fait participer aux b^n^fices de leur maisonleur personnel ont compris, ils se montraient justes et en mSme temps ils ^taient habiles. >

G'est ce qui faisait dire k Tun deux qu'on f6licitait d'avoir 6tabli la participation aux b6n6fioes :-€ Je ne sais pas si j'ai fait une bonne action, je sais en tout cas que j'ai fait une bonne affaire. »

Evidemment, c'est se montrer habile, pour un patron, que d*int6resser son personnel k ses entreprises. Mille fails, dont je rapporterai quelques-uns dans une autre partie de ce livre, le prouvent surabondamment. Partout otila participation a 6t6 appliqu6e d'aprfts des regies rationnelles, Jaisant au travail une part Equitable, elle a r6ussi et les entrepreneurs se sont f6licit6s de I'avoir adopt6e, en proportionnant la part du travail aux considerations que j'ai rappel6es et h la situation de Tentreprise, La fid6lit6 du personnel s'affirme, les graves ne se produisent plus, les matiferes premiferes sont 6conomis6es, les machines sont soign6es, le rendement des employes et des ouvriers s'accroft, le prix de revient s'abaisse et les b6n6fices obtenus permettent de donner au travail sa part d^autant plus allfegrement que le d^veloppement de I'entreprise r^sulte

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