‹ Capital et travail: Vers des temps nouveauxChapitre 26 sur 47 · C'est aujourd'hui la maison Collin et C · texte numérisé non relu

C'est aujourd'hui la maison Collin et C

maison Leclaire, devenue h r6poque la maison Redouly et G*', entreprise de peinture, vitrerie et miroiterie, rue Saint-Georges h Paris *.

C'esten 1845 que'^M. Jean<Edmond Laroche-Joubert, qui avail fond6 une papeterie k AngouiSme r^solut d'appliquer ses id6es en mati^re de cooperation. 11 d6buta par int6resser ses chefs de services ^t leurs principaux coUaborateurs aax benefices de I'industrie qu'il avait cr^^e, puis, peu h peu, en mgme temps qu'il c^dait k certains de ses coUaborateurs des pdrts du capital social les faisant des commanditaires de Tentreprise, il 6tendait progressivement la simple participation aux b6n6&ces h tout son personnel.

En 1868, la Soci6t6, constitute en Soci6t6 en commandite simple sous le titre de Papeterie cooperative d AngouUme^ avait k sa tfete deux g^rants et un conseil de g^rance. Les employes et ouvriers ayant acquis sur leurs parts de b6n6tice3 ^^% parts de capi-tal en 6taient les commanditaires, v6ri tables associ6s, int6ress6s d6sormais aux pertes jusqu'^ concurrence de leurs apports mais aussi aux b^n6(ice3 comme les commanditaires ordinaires. Le capital social 6tait alors de 3 millions. En 1889 il 6tait de 4.320.000 francs. Sur cette somme 113 employes et ouvriers et 16 anciens employes et ouvriers poss^daient un nombre de parts repr^sentant 1.783.000 frails, soit 41 pour cent du capital social.

1. G*est actueliement la maison Brugnot, Laurent et G'% 25, rue Bieue.

LA PARTICIPATION AU CAPITAL 16d

Le surplus des parts de capital ^tant entre les mains des g6rants, associ^s en nom collectif, et des commanditaires, parents ou amis des g^rants n'apparteaant pas au personnel.

Toutefois, si i'on consid^re qil'en 1910 le .personnel des divers ^tablissements de la Papeterie cooperative d'AngoulSm.e comptait plus de 1.100 personnes, on sera obIig6 de reconnattre que ce\n'est qu'un dixi^me environ du personnel (la proportion a assez sensiblement chang6 depuis), qui a 6t6 appeie k la qualit6 de commanditaires, d'associ^s. Lbs employes ou ouvriers, non commanditaires, c'est-^-dire les 9 p. 100 environ du personnel, ne sont done pas des « participants du Capital » ; ils ne participent qu'aux b6n6tices et sont d6sign6s sous le nom de Cooperateurs. De plus, ces coop6rateurs des categories distinctes provenant en particulier de ce que le r^glement un peu compliqu6 qui a cr^d la participation aux b6n6Qces a pr6vu, d'une part, une participation sur les benefices g6n6raux de la Maison, une participation sur les r6sultats sp6ciaux de chaque atelier et de ce que, d'autre part, la Maison a cr6e une sorte de Caisse dEpargne dans laquelle les participants au Capital peuvent ddpoaer, au compte qui leur est ouvert, les sommes dont ils disposent, mais provenant uniquement de leurs Economies sur leurs salaires ou sur leurs benefices.

Tons ces cooperateurs touchent au prorata des slilaires et de I'anciennete une part sur le tantieme des benefices generaux revenant au travail et qui representent 58 p. 100 des benefices; en plus tels ou tels touchent une part de benefices, sur les benefices speciaux des ateliers auxquels ils appartiennent et

la pens^e d'une ^rfeve n'a germ^ dans Vkme de nos ouvriers et si quelques malentendus se sont produits ils se sont rapidement dissip6s gr4ce h roeuvre de la cooperation. »

Appel6 k r6pondre h un questionnaire dont nous avons eu d6j^ Toccasion de parler et sur lequel nous reviendronsy la Commission dii Travail k la Ghambre a adress6 au mois de juillet dernier k un grand nombre d'industriels de France, M. Lareche-Joubert dit notamment :

J'ai pratique la participation aux b^n^fices dans mes ^tablissements qui portent le nom de Papeterie cooperative d'Angoul^me Laroche-Joubert et C^«. Les ouvriers s'y voient reserver la moiti^ du benefice net. La somme mise k ia disposition du travail est partag^e entre les ayants droit au prorata de Tanciennete. Un Conseil coop4ratif dont les membres sont ^lus au scrutin secret par Tuniversalit^ des coop^rateurs verifie librement et hors de la presence des chefs de la maison les livres d'inventaire, il s'assure que la part attribute aux cooperateurs est bien celle qui r^sulte de Tapplication des statuts et reglements.

Ghaque coop^rateur a la libre disposition de sa part de benefices, il pent demander a la g^rance de lui reserver des parts de capital lorsqu'il y en a de libres. Les cooperateurs sont ainsi propri^taires de 20 p. 100 du capital social.

Avec ToBuvre de Godin, nous arrivons h uo type plus parfait d' union du Capital et du Travail. Pour en comprendre la gen^se, pour en saisir toute la port6e sociale, il n'est pas inutile de retracer ici la vie de son fondateur. En nous reportant k un document des plus int6ressants qui fut public en 1900 sous le titre « Fami|ist6re illustr6 », on y verra

que Le Familistire de Guise n'est pas simplemeot comme on Ta^dit «roBUvre d'un philanthrope Eminent ou la fantaisie'^^^haritable d'un millionnaire pr^occup6 d'employer noblement sa fortune », mais que € (^est au contraire I'application d'un plan lentement 6labor6, issu lui-m6me d'une s6rie de pro* jets, d'essais qui ont occup6 les novateurs sociaux des deux mondes pendant la premiere moiti6 du XIX* si^cle ».

N6 h Esqueheries (Aisne), fils d'un modeste serrurier de village, il commence h ooze ans h travailler k la forge paternelle. En 1834, il fait son tour de France. < C'6tait I'^poque oti les id6es sociales ^closes dans les cerveaux de quelques penseurs commengaient ^ se r6pandre dans les rangs du proletariat; les progr^s du machinisme, d^j^ r6els, exposaient la classe ouvri^re k des ch6mages et k des souffrances. » La journ^e, on le sait, n'6tait pas alors de huit heures. Godin combattait le dur labeur du salaire en le subissant lui-m6me. Plus tard, dans ses Solutions sociales^ il devait ^crire :

Tous les jours se renouvelait pour moi le dur labeur d'un travail qui me tenait a Tatelier depuis cinq heures du matin jusqu'a huit heures du soir. Je voyais k nu la misere de rouvrier et ses besoins, et c'est au milieu de Taccablement que j'en ^prouvais que malgr^ mon peu de confiance en ma capacite je me disais : si un jour je m'^l^ve au-dessus de la condition de Touvrier, je chercherai les moyensde lui rendre la vie plus supportable et plus douce et de relever le travail de son abaissement.

Rentr6 k Esqueheries, Godin s'installa pour son compte, cr6ant un petit atelier, oti il va d6velopper la fabrication des appareils de chauffage dont son

p^re ne s'occupait dans sa forge que d'une faQon aecesaoire. U avail devia6 que cette fabrication am6- Iior6e, transforai6e, 6tait susceptible de prendre un grand d^veloppement. Esprit inventif, ing6nieux> 11 inaugurait et faisait breveter un nouveau module d'appareil dans lequel il avait remplac6 la tdle par la fonte. Son industrie ne tarda pas h prendre de Textension et bientdt il transporte son ^tablissement a Guise oil il lui sera plus facile de recevoir les matiftres premiferes et d'exp6dier aes appareils. C'est 1^ que gr^ce h son activity, h son intelligence^ h ses connaissances tchniques, sa fabrique prit peu ^ pen un d^veloppement prodi^ieux.

Mais Tune des causes de son succ^s fut h coup sdr la faQon dont ses id6es devaient Tamener h trai-« ter ses coUaborateurs. « II avait successivement ^tudi6 les theories de Saint-Simon, d'Owen, de Gabet sans qu'aucune d'elles I'edt compl^tement satiafait. Passant plus tard en revue, dans un de ses 6uvrages» les diverses conceptions sociales de I'^poque, il devait surtout se montrer hostile aa communisme. « L'id6e communiste part du sejitiment de reaction contre Tabus des jouissances, k la vue des privations du ndceesaire. C'est la protestation du travail irrit6, del'esprit de repartition des fruits de la production. Mais la haine du mal n'est toujours pas la science du bien et c'est Ih que se trouvent les d^fauts du communisme. » Desid^es de I'^cole saint-simonienne il retenait qu'elle avait contribu6 k faire coinprendre que tout progr^s politique aboutissant simplement k des changements de regime n'6tait rien s'il n'^tait pas accompagnd d'une Evolution socialei et les doctrines de Fpumri tandant k r^aliser I'association du

Capital, du Talent et du Travail devaient lui indi • quer comment 11 pouvait r6aliser dans ses 6tablissements cette union du proletariat et du pratronat. U avail la la « DestinSe sociale »» le < Socialisme devant le Vieux Monde » et les c Prinoipes de socialisme » de Victor Gonsid6rant, le disciple le plus fidMe de Fourier et anticommuniste ardent. Bien qu'inquidte par le gouvernement — il devait mSme Mre Fobjet de perquisition^ domiciliaires au d6but de I'Empire — Godin se passionna pour Tentreprise phalanst6rienne que Tauteur du Nouveau Monde fondait au Texas. Bien que peu riche encore j il engagea le tiers de sa fortune dans I'entreprise de Gonsid^rant. On sail que cette entreprise 6choua. Get 6chec ne devait pas cependant diminuer la foi que Godin avait dans Tavenir r6serv6 au principe d'association \ il n'eut pour consequence que dfe lui recommander d'arriver k cette ' association par de successives et progressives mesures (1).

G'est en 1856 quefurent jet6es les premieres bases du Familist^re de Guise : c Association cooperative du travail, du capital et du labeur »• Que voulait Godin, quel but voulait-il alteindre? La brochure de laquelle nous empruntons ces souvenirs le dit excellemment.

€ C'est le Travail qui fait la superiority de Fhomme sur Tanimal, c'est lui qui cree et accrolt la richesse, c'est k lui que la meilleure part de cette richesse doit legitimement

(1) Nous ue saurioDS trop engager ceux qui sMnt^resseot k ces questions de lire dans la eoUection de L'AssociaHon ouvriire (5y rue du Henardj, depuis le num^ro iiu 5 novenibre 1919. les si attacbantes Etudes do M. J. Prudhommeaux sur les experiences sociales de A. Godin. On yerra quelle tenacity, quelle paUence et quelle foi il fallu^ au fondateur du Familist^re.

revenir. II faut favoriser le travail de telle sorte que T^tre humain soit amene k d^velopper integralement son-activite, pour son bien et celui de ses semblables. Mais le travail ue prendra la place a laquelle il a droit que si Ton cr6e chez tous ceux qui collaborent a une m^me entre prise la volonte de confier I'autorite directrice au m^rite veritable, et si chacun revolt en consideration et en richesse T^quivalent exact de son appdrt 4 Toeuvre commune. II est vrai que la libre acceptation d'une semblable loi suppose cbez le travailleur une baute culture intellectuelle et morale et que celle-ci a son tour a pour condition une situation mat^rielle superieure k celle qui est actuellement affectee k Touvrier. Ainsi le probl^me se trouve ramen6 en derniere analyse aux termes suivants : ameliorer Texistence de celui qui travaille et accroftre par ce moyen sa valeur professionnelle et sociale. »

Ces reflexions si profond6ment justes, et qui illustrent merveilleusement la thfese que je d6veloppe dans ces pages, en opposition h la doctrine allemande du communisme, traduisent bien les pens6es de Godin. Gelui-ci s'attacha done, de 1858 k 1865, et jusqu'^ la fin de sa vie du reste, k am6liorer la situation mat^rielle et morale en mSme temps que professionnelle du travailleur. Fournir k ce dernier une habitation salubre et agr6able, une nourriture abondante et saine, d6velopper son instruction et son 6ducation, lui procurer des r6cr6ations et des distractions lui parurent des t^ches iaussi n^cessaires que ram6lioration des conditions du travail et Torganisation de la production. A quoi aboutit i'ex6cution de ce vaste programme aux aspects si divers? A la realisation du rSve que Godin caressait, k ses projets de jeunesscj k la cr6ation de cette association familist^rienne dont il a pendant trente-cinq ans poursuivi la realisation et qui rappelle les plans da Phalanst^re de Fourier. ^

Le 13 SLOti 1880 un acle d'association consacra cette cooperation da capital et du travail qui e^stait en fait depuis loQgtemps d6j^. Et peu k peu, grdce h la combinaison qu'il avait imagin^e, le capital social de Tentreprise est pass6 de ses mains entre les mains de ses collaborateurs. A sa mort, survenue en 1888 — au Familistfere de Guise qu'il continua a administrer et oil il ne cessa d'habiter jusqu'a son dernier jour, m6me pendant la p6riode od ses concitoyens Tenvoyferent de 1871 k 1876 sifeger k TAssembl6e nationale — il fit, par testament, abandon a la Soci6t6 de ce qu'elle lui devait encore, la jmettant ainsi en possession non seulement de ses usines de Guise, mais encore de celles qu'il avait cr66es a Schaerbeck, en Belgique, et ainsi le Familistere est devenu une association ouvrihre de production.

Comment Godin a-t-il r6alis6 I'association du capital et du travail? D'une faQon certes analogue k cette mise en oeuvre par le fondateur de la Papeterie d'Angouldme, c'est-i-dire par une participation pr6alable avec b6n6fices, mais beaucoup plus complete, puisqu'elle a fait d'une partie du personnel les seuls propri6taires de I'entreprise et r6uni dans les mdmes mains le capital et le travail.

Sans entrer dans de longs details que Ton trouvera dans de nombreux documents, notamment dans les notices publi6es k I'occasion des Expositions universelles de 1889 et de 1900, je rappellerai que c'est en 1876 que Godin institua dans ses 6tablissements la participation aux benefices. De 1876 k 1880, il

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attribua ainsi 172.000 francs h 864 de ses ouvriers et employes. En 18S0 il transformait son eatreprise en une soci^t6 de commandite simple, sous letilre de Soci6t6 des Familist^res de Guis.e, et sous la raison sociale Godin et G'*. A ses ddbuts, cette association coop6rative ne comprenait que trente-deux associSs ou commanditaires pris dans le personnel, soit les six directeurs de service et vingt-six employes et ouvriers. Elle 6tait administr^e par un g^rant, assists d'un conseil de g6rance, nomm6s Tun et Tautre par I'assembl^e generate. Le capital de fondation 6tait 6valu6 h 4.600-000 franca* entiirement form6 par les apports du fondiateur, M. Godin.

Mais h I'aide de quelles ressources les trente-deux participants pouvaient-ils fournir leur commandite ?

A Taide tout simplement des parts de b^n^ticea annuels que Godin depuis 1876 avait d^cid^ de leur accorder annuellement. Et ainsi s'explique par quelles combinaisons, comme le dit la notice dont je viens de parler, le capital est pass6 entre les mains des ouvriers.

Prenons le resultat du premier exercice, Apres avoir d^falqu6 des benefices realises tout ce qui est relatif aux charges sociales supposons qu'il reste un dividende de 400.000 francs. Les 400.000 francs sont verses en esp^ces entre les mains du fondateur, mais son certificat d'apport est diminu^ de pareille somme. Les 400.000 francs d'apports sont convertis en titre d'epargne, parts d'int6r5ts, c'est-a-dire parts de commandites, et distribues entre les membres de la soci^t^ dans les conditions fix^es par les statuts. Apres ce premier exercice, le capital se decomposera en 4.200.000 francs restant la propriete du fondateur et en 400.000 francs de titres d'epargne repartis entre les membres de la Soci^t^. II en r^sulte evidemment qu'apr^s un certain nombre d'exercices, lea 4.600.000 francs d'apports du fondateur seronft enti^rement

lA PARTICIPATION AU CAPITAL 179

conYertis en titres d'epargne, c'est-a-dire que ces 4*600*000 frs deviendront la propri^te collective des membres de TAssocia^

tion.

Cest ainsi qu'en 1888 — huit ans seulement aprds la fondation de FAssociation — 4 la mort de Godin, sar ce capital initial de 4.600.000 francs appartenant an fondateur, les associ^s dont le nombre s'6tait accru et devait encore s'accroftre dans la suite par le simple jeu des prescriptions statutaires, poss6daientd6j^ 3.162.779 francs.

C'est ce qu'avait voulu Godin, qui disait en 1883 devant la Commission extraparlementaire des associations ouvriftres : « A un moment donn6 je serai compl^tement rembours6 de mon capital ; les ouvriers auront pris ma place ; mais les dispositions statutaires sont telles que le remboursement se continuera ind^finiment et portera sur les plus anciens titres, de sorte (}ue T^tabUssement sera toujours aux mains des travaiUeurs en exercice. »

Dans sa Mutualite sociale, Godin a encore d'une fa^on plus precise d6velopp6 son systdme.

Jl ne faut pAs, a-t-il ^crit, que les b^n^fices revenant aux trayailleurs soientdistraits de I'industrie, il faut quails servent aaccroitre les moyens d'action de Tassociation.Mais, dirart-on^ une entreprise industrielle, fdi-elle bas^e sur Tassociation ne peut indefiniment a](igmenter son capital. Un moment arrive ou elle possede tout ce qui lui est n^cessaire pour exploiter son Industrie, alors il faudrd bien partager les benefices. Non, r^pondrai-je, ce partage ne devra pas davantage avoir lieu, les benefices disponibles continueront a 6tre convertis en titres de parts dans Tassociation au profit des ayants droit, mais leur valeur servira k rembourser integralement les titres de fondation, puis. les titres les plus anciens par ordre de priority. Par ce rembotirsement successif et la delivrance

d'actions nouvelles aux travailleurs, le fonds social rentrera insensiblement aux mains des membres actifs de la societe.

Aussi God in avait assure la transmission successive du fonds social aux mains des coop6rateurs et r^ussi h perp6tuer les forces de Toeuvre commune aux services de ceux qui devaient la soutenir et la faire prosp6rer, en faisant decider par Fassemblfie g6n6rale des premiers associ6s que le remboursement des parts ou titres d'apport se ferait en commeuQant par ceux dont le fondateur, c'est-^-dire lui-mSme, ou ses h^ritiers 6taient ou seraient possesseurs et qu'il se continuerait par ceux des possesseurs substituis k ceux-ci, dans Tordre d'inscription des sommes acquises suivant les dates port6es au livre de la comptabiiit^ sociale.

Ge syst^me, si parfait en tous points, faisait i'admiration de Charles Robert. II y voyait « la meilleure des solutions », celle ^ de Paccession de Fouvrier h la copropri6t6 du fonds social » par une affectation obligatoire des b6n6fices h I'achat des parts, etnon facultative comme ^la Maison Laroche- Joubert et par « la transmission aux entrants de la part de propri6t6 dQment rachet^e de ceux qui meurent ou qui cessent de travailler. La participation fournit k ces nouveaux arrivants, le moyen de devenir copropri6taires k leur tour. »

Et Charles Robert, toujours pr6occup6 de savoir quelle part doit 6tre faite au travail dans la repartition des b6n6fices, ajoutait : « Les appreciations diverses que peut motiver tel ou tel quantum de repartition attribue aux travailleurs ont alors moins d'importance puisque le societaire peut retrouver

comme actionnaire ce qu'il n'obtient pas comme oavrier et r6ciproquemenl. Le travailleur et Tactionnaire ne faisant plus qu'une seule et mdrne personne,, tout devient relativement facile. »

Gette part k faire au travail, Godin, n'imitant pas la plupart de nos participationnistes tr^s modernes, I'avait du reste faite large comme elle doit 6quitablement I'Stre, puisque en 8 ans les commanditaires avaient pu acqu6rir plus des trois cinqui^mes du capital social.

Depuis la mort de Godia, ai-je dit, le FamilistSre de Guise est devenu une sorte d^association ouvri^re de production, mais les statuts ont subi peu de retouches.

Elle a eu trois ,g6rants, d'abord M°*« Godin, veuve du fondateur, M. Dequenne pfere, M. Colin, I'administrateur actuel. Elle comprend, k cdt6 des associ6s possesseurs d'une part de capital social, des societatres et des participants, ayant tous des droits, dans des proportions diff^rentes, k la repartition des benefices, des auxiliaires qui ne sont attaches qu'^ litre temporaire ou n'ont pas encore le temps de s6jour pour passer dans la categoric des participants. Apr^s le pr6l6vement de ce qui est n^cessaire h I'amortissement des immeubles, du materiel, aux pensions, a\ix secours, au paiement des honoraires des m^decins, sages-femmes, etc., aux assurances centre la maladie, aux institutions ayant pour objet les soins, Tinstruction et I'^ducation des enfants, le fonctionnement des institutions diverses du Fami-

list^re, la repartition des b6n6fices de fait de la faQoa suivante :

25 p. 100 au fond de r6gerves, 25 p. 100 aux capacit6s, au g^rant et aux membres du conseil. de g^rance, Id reste^ soit 50 p. 100 va au travail et au capital^ mais ce dernier ne recevant qu'un int^rdt de 5 p.. 100, un salaire en somme, <i le salaire du capital >, c'est-dire que la presque totality de ces 50 p. 100 revient au travail, comme le d6montre la note eidessous sur les r6sultats financiers du Familistdre de 1880 k 1913 ^

1. Depuis la fondatioo de rA|SSociatioD (1880) jusqu*au 30 juin 1913, il a ^t^ distribu^ au travail :

En salaires . • . . , 82.892 602

Ed certificats d*6pargnes (participatioD des travailleurs

aux b^n^fices industriels), une sommetotale de . . 12 806.010

Total au travail 98 698.612

Se d^composant aiosi : aux ouvriers et employes et

aux capacit^s ,,,,.. 10,983 349

Part des auxiliaires port6e a laCaisse des pensions . 1.820.661 P'autre part, le capital a re?u : en int^r^ts a 5 p. 100 (rint^r^t pouvant dtre conaiddre comme le salaire

du capital) . , , , , . . , 8,283 653

En b^n6flces 758 265

Total au capital '^041 918

On voit que dans la combioaison de J.-B.-A. Godin, la part revcnant fiu travail, en dehors de ses salaires, se trouve de beaucoup sup^rieure a la part totale revenant au capital, que de plus, le capital ^tant constitud lui-mdme par les parts d'int^rdts acquises par le travail, c'est done en r^alit6 au travail que tons les b^n^fices ont 4t6 d|stribuds.

Depuis, la fondation d'Association a vers4 sur ses b^n^flces 2.974.057 francs a titre de subvention aux diverses Assurances mutuelles.

Les pr^l^vements sur les b6n6fices affect^s h. T^ducat^on et a rinstruction de Tenfancese sont ^lev^s h 1.129.571 francs.

Enfln, depuis 1893, les remboursements du capital effectu^s sur les certificats d'^pargnes les plus aneiens se sont ^levds a 6.248.859 francs.

Ces chiffres permettent d'appr^cier I'oeuvre de J.-B.-A. Godin.

lA PARTICIPATION AU CAPITAL i83

En 1889 M. Colin, administrateur-g^rant de Tassociation du Familistdre de Guise, dont la raison Bociale ^tait alors et est rest^e depuis Colin et C'®, 6crivait k M. Trombert, secretaire de la SociSte pour r Etude de la participation aux benefices :

Certes, I'oeuvre cle J.-B.-A. Godin, n'est pas le dernier mot de ce qui p«i\t 6tre accompli enfaveurdes classes laborieuses. Le fondateur lui-m^me avait congu une toute autre association/ et 81, arr4t^ principalement par les exigences 06 la Legislation il n'a pu r6aliser sa conception ideale, Tasfeociation qu'il a cr^ee marque neanmoins un progres considerable dans revolution des conditions du travail.

A notre ^poque surtout, ou un mouvement irresistible souleve Tesprit humain, oii la classe ouvriere s'elevea lapens^e, a I'etude, au sentiment des droits du travail, ou il ne se passe guere de jour ou, dans les centres itudustriels, les travailleurs ne r^clament que Torganisatiori des garanties de la vie ait une plus equitable repartition des produitsdu travail entre les elements producteurs, Tassociation du Familistere peut servir de champ d*etude, aux initiateurs sincere et de bonne volonte. Elle offre le precieux avantage d'etre non plus une utopie, toais une realite pratique.

Et M. Colin ajoutait qu'ane experience de vingt ann^es « avait montr6 que rinstitulion pouvait r6sister aux attaques du temps, que les elements de son organisation ne sont pas forc^ment en opposition les uns avec les autres et que ces deux facteurs, capital et travail, par leur accord peuvent contribuer k aplanir les difficult^s au milieu desquelles les Soci6t6s se d^battent avec tant de peine "».

Avant la guerre, le Familistfere, transiform^ en une association du capital et du travail, avait, non plus vingt ans mais trente-quatre ans d'une brillante existence. La guerre et T invasion ont boulevers6 cette OBUvre admirable. Mais quel r6confort que ce mer-

veilleux exemple? Quelle r^ponseii ceux qui, tout en se disant partisans de la participation, pr6tendent que toute ing^rence du personnel dans la direction des entreprises serait n^faste h la marche des industries et combien est k retenir le langage de M. Colin disant que Toeuvre de Godin « n'est pas le dernier mot de ce qui pent 6tre accompli en favour des classes laborieuses >.

Et quelle consolation pour ceux qui, comme moi» ont 6t6 attaqu6s pour avoir collabor6 k la redaction et au v^te de lois nouvelles multipliant les moyens l^gaux d'associer le Capital et le Travail, de constater que la legislation ne pr^voira jamais assez de textes pour exciter et faciliter les initiatives de ceux qui veulent trouver dans Tassociation du Capital et du Travail la formule qui assureraavec la paixsociale la richesse de la nation?

Je viens de dire que la guerre avait boulevers6 Tceuvre de Godin . Quelle mis6re ! Sans doute parmi ceux qui toucherent h cette oeuvre merveilleuse il y avait des citoyens inconscients — ou trop conscients — de la Socialdemocratie allemande, Sauront-ils jamais le sacrilege qu'ils ont commis? Et cependant, sans les barbares du pays de Earl Marx nous n'aurions pas suce que pen vent d'anciens prol6taires devenus, grAce k un ancien prol6taire, des bourgeois k leur tour. Veut-on savoir ce que des ouvriers, ces ouvriers dont certains redoutent la collaboration dans la direction des entreprises ont fait pour rendre k leur cher Familist^re sa vitalit6

et sa prosp6rit6? Les renseignements que je dois k Fobligeance de radministrateur g^rant de la Soci6te Colin et G" vont nous le dire.

La Society du Familistere d6 Guise, Colin et C**, a Guise (Aisne), etait en 1914 la manufacture la plus importante du monde entier d'appareils de cbauffage et de cuisine, en fonte.

Son capital social, au30 juinl914, ^taitde 6.557.151 francs, elle ^tendait ses usines de Guise : ateliers, magasins, cours et voie de raccorderaent sur une surface de 16 hectares environ; elle occupait un peu plusde 2.000 ouvriers k son usine de Guise et environ 500 k son usine de Bruxelles.

Elle fabriquait annuellement en appareils de chauffage et fourneaux de cuisine complets : 165.000 appareils a Guise, et cela en dehors dcs nombreux articles d'hygiene, de batiment, d'assainissement, etc^. — Le nombre de ses modeles depassait 4.000.

Au SOjuin 1913, date du dernier inventaire cldture, la production de bonnes pieces a atteint le tonnage de 13.328.660 kilos. — Le chiffre net d'affaires industrielles, commerciales et locatives s'eleva pour Guise, a 7.856.800 francs et pour les, deux usines h. 9.500.052 francs. Aucunexercicen'avait encore accuse un r^sultat aussi important.

Les moyens de production de la Soci^t6 du Familistere consistaient en une force motrice totale de 700 chevaux, 14 cubilots, 50 machines a mouler diverses. — De plus, deux grandes batteries de machines a mouler produisaient ensemble et par jour 600 monies de 1 ra. 50 sur 1 m. 10. — Gette magniHque installation qui avait demand^ 20 annees d'etudes et d'essais etait unique au monde. — Elle permettait de livrer rapidement et a un prix exceptionnel de bon marche.

Autour de la fonderie, J 3 fours d'^maillerie alimentespar 6 gazogenes, 4 fours k cuire les terres refractaires, 3 fours a recuire les fontes mall^ables, 35 machines ^lectriques et moteurs divers, des etuves pour le s^chage du sable ; de vastes ateliers de montage, d'ebarbage, de menuiserie, die modeles, sculpture, quincaillerie, scierie, etc., des magasins permettant un stockage considerable de produits fabriqu^s ;

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des magasins de pieces derechange, de modules, dech^sis; des caaiers et agencements de toutes sbrtes, des bureaux spacieux, salles d'expositions, service desecours aux blees^s, et materiel d'incendie, etc., etc.

Une voie de raccordement, d'un developpemeut de ua kilometre, reliait la gare a Tusine. — ' Deux locomotives faisaient le service des arrivages et de$ expeditions.

En dehors des bdtiments industriels, la Society du Familistere possedait un ensemble d'habitations ouvrieres comprenant 491 logements et abritant environ 1.300 personnes. A c6t6 des habitations ouvrieres, entourees de pelouses bord^es d'arbres et de jardins, se trouvaient les annexes : magasins coop^ratifs, nourricerie, ^coles, boulangerie, charcuterie, buanderie, piscine et salles de bains /^liominant le tout, un th^Atre pouvant contenir plus de 1.000 personnes. Entre 1 Usine et le Familistere, un jardin d'agrement avec ses parterres. La cite ouvriere s'^tendait sur une suparficie de plus de 20 hectares.

Telle etait la^ situation de la Soci^te du Familistere, fin juillet 1914. — La guerre survint, la mobilisation ferraa les portes de Tusine; Tinvasion dispersa la majeure partie du personnel et des habitants.

Le 28 aoilt 1914, les Allemands incendierent le pavilion gauche du groupe principal du Familistere ; 109 logements et les bureaux de T^conomat furent totaleraent detruits. Puis ce fut la longue occupation allemande qui s'empara a Tusine : des halls de fonderie, ateliers, magasins, salles d'exposition, bureaux du personnel et de la direction. — Tons les b^timents furent amdnag^s en casernement de troupes, camps de prisonniers, lazarets, dep6ts de toutes sortes. De tons c6tes des murs ont ete perces, des separations ^levees, des abris profonds creus^s. — Des ateliers ont ete d^plac^s, tout a 6te transform^, m^connaissable. — Les magasins ont servi d'ecuries a des milliers de chevaux, les canalisations ont 6ie comblees, les conduites de gaz detruites ou enlevees.

Au Familistere, en Janvier 1917, les Allemands chass^rent les 140 families qui habitaient le pavilion de la rue Andr^- Godin et transform erent cet immeuble en caserne jusqu'a la liberation en novembre 1918; les degAts furent importants. Le 27 avril 1917, un incendie ^clata dans les greniers de ce

pavilion et d^trlisit plus des deux tiers des toitures et des combles ; des df^p<3ts de munitions, en explosant, >bndommagerent gravement le bdtiment, des conduites d'eau furent coupees, les caves inond^es. En 1918, la majeure partie des habitants du pavilion central fut chass^e a son tour, et les logements occup^s par les Allemands. Le th^dtre, les ecoles et toutes les annexes ont servi de prisdn, de lazaret, do logements militaires et de camps de prisonniers.

La bataille d'octobre-novembre 1018 apporta a I'usine et au Familist^re des deteriorations nouvelles : murs trou^s, toitures eventrees, tuiles dispers^es, etc. ; pendant une partie de rhiver suivant, les intemperies aggraverent les dommages. Une annexe du Familistere, la Nourricerie, s'^croula sous le bombardement. — En s'^loignant, les Allemands firent sauter les deux ponts de la voie de raccordement et le pont qui relie le Familistere k TUsine.

Quant au materiel, ce fut, d'annee en ann^e, I'organisation methodique du pillage et de la destruction. A Tusine, plusde force motrice, les machines a vapeur et les transmissions enlev^es ou bris^es, les machines-outils des ateliers d'entretien et de fabrication et tout Toutillage disparus ; les 50.000 chdssis en hois, bridles, ainsi que tous les bureaux, casiers et agencements en hois ; T^norme collection de chassis en fonte entierement detruite ; les modeles en fonte et les modeles meres, fruit de cinquante annees de travail, la base et la richesse de Taffaire, enleves en Allemagne et dt^truits.

— Plus de marchandises ni de matieres premieres. Le neant!

— Les batteries de moulage mecanique furent bris^es et enlev6es comme ferraille, les archives jetees a la cuve. Rien ne trouva grAce devant la rage de destruction de Tenvahisseur. Au Familistere, ce furent dans les annexes, Ecoles, th^dtre et magasins cooperatifs le mdme d^sastre, le meme pillage et la m^me destruction.

C'est dans cet etat que la Society du Familistere retrouva son affaire au lendemain de Parmistice. — 11 fallut se mettre a la besogne, essayerde recr^er TUsine.

D'abord deblayer les ateliers oii s'^taient accUmules des milliers de metres cubes d'lmmondices, relever les murs de cMture, recouvrir au plus vite lits toitures des ateliers dont lapr^parations'imposaitd'urgence, rdparer portes etfen^tres,

racheter Toutillage et le materiel necessaires k une raodeste remise en marche, reconstruire tables et etablis, recliercher dans le Nord et en Belgique les debris de materiel et de modeles abandonnes par Tennemi en fuite, recompleter ces modeles, en creer de nouveaux,et pourcela installer auplus vite les ateliers de mecanique, de modeles et de menuiserie, chercher au prix de quels efforts la force motrice indispensable k ces ateliers, et tout cela au lendemain de la guerre, avec un personnel d6prim6, des moyens de transport combien defectueux pour la petite ville isolee par Texplosion des ponts et travaux d'art environnants.

Aller vite, etait une question primordiale pour la Societe du Familist^re. — II lui fallait avant tout ne pas perdre sa nombreuse clientele, ne pas laisser croire que Taffaire avait succomb^, et si^ malheureusement les dommages avaient ete plus grands, Tadministration du Familistere n'aurait pas hesit^, encore, pour atteindre ce but, a organiser la production rapide quand m^me, ne fut-ce que sous des baraques en bois.

G'est ainsi que le 16 aoiit de Tan dernier, huitmois apres Tarmistice, la Societe du Familistere, animee de la volonte tenace de revivre au plus vite, put allumer un cubilot et reprendre sa fabrication d'appareils de chauffage.

Une ann^e s'est ecouli^e depuis. — Aujourd'hui 3 groupes de cubilots sont en action et produisent de 25 a 27 tonnes de fonte. — Un qiiatrieme groupe fonctionnerait si les difficuUes d^approvisionnement en coke ne nous obligeaient a restreindre notre fabrication.

Mille ouvriers sont occupies a la fabrication et a la reconstitution. Les modeles se reconstituent progressivement ; la Societe du Familistere livre maintenant a la vente plus de 30 specimens de cuisinieres, des poeles, des foyers hygieniques a feu continu, des caloriferes, des buanderies, de la poterie. L'^maillage des appareils et de la poterie est repris, les ateliers de galvanoplastie et de quincaillerie sont r^installes. Plus de 150 machines et outils m^caniques fonctionnent maintenant. Un cubilot special est affects k la fabrication des pieces en fonte malleable, les fours a recuire ces pieces sont reconstruits. Depuis longtemps deja une petite fonderie de cuivre transforme les douilles d'obus en cous-

sinets, garnitures, etc. La voie de raccordement est remise en etat et deux ponts metalliques out ete jetes sur TOise. Au Familistere, les logements qui ont serri de casernement k rennemi ont et6 remis en partie en etat d'habitabilite, les enfants ont reoccupe leurs locaux scolaires coraplfetement remis a neuf. Les toitur'es du groupe principal ont ^t^ ^eparees, les verrieres des deux pavilions du groupe principal ont ^te poshes et, a Pheure actuelle, la Society du Familistere termine, au pavilion de la rue Andre-Godin, la refection de la toiture incendi6e en 1917.

Tels sent, succinctement 6nuin6r6s, les r6sultats auxquels est arriv6e la Soci6t6 du Pamilisldre apr^s dix-huit mois d'efforts, aid6s efficacement, il faut le reconnailre, par les services de la Reconstitution

industrielle.

La production actuelle est 6gale k pr^s de la moiti6 de celle de 1914. Si Ton consid^re I'^tat dans lequel Tennemi a laiss6 cette affaire, on pent condure que bien peu d'industries, dans les r6^ions envahies, peuvent 6tablir un pareil bilan.

Interrog^e r6cemment par le ministfere du Travail, la g^rance du Familist^re a r6pondu de la fagon suivante :

La participation aux benefices a ^te la base des statuts de la soci^t4 du Familistere de Guise fondee par Godin en 1880.

Statutairement, Godin fait arriver le personnel A la possession du capital en distribuant precisement chaque ann^e aux ayants droit leur part de bt^nefices en valeur de commandite, de cette fac^on le capital augmente du total de toutes les sommes distribuees, mais aussit6t on rembourse Tequivalent de ce total aux acquereurs de commandite les plus anciens.

En somme ici ce n'est pas la participation aux benefices pure et simple. G'est la participation complete puisque tout le gain est distribue. Le capital ne touche que 5 p. 100 d'int^r^tSi le surplus des benefices va au travail.

Par le moyen de la participation, Godin a fait de ses ouvriers des commanditaires, il a fallu eYidemment qu'il apportdt au d^but toute son affaire comme capital et qu'il se contentdt de 5 p. iOO d'inter^t.

Par le jeu de la participation aux benefices, ce capital lui fut rembours^ et passait dans les mains du personnel.

La fondation ^mane de M. Godin seul, dans le debut les ouvriers ne pouvaient se faire a Tidee que les statuts les ' ameneraient a Hre proprietair^s du capital.

Pour repondre 4 cette question il faut etudier les statilts de la soci^t^. tin fait a noter, c*est, coipme on explique plus haut, que tons 16s benefices de Tentreprise sont distribues :

10 Sous forme de subventions aux caisses mutuellVs de maladie, k la caisse des pensions (invalidite) ;

20 Sous forme de 5 p. 100 d'inter^t au capital (maintenant c'est le personnel qui le possede) ;

3° Sous forme de repartition, soit 25 p. 100 du reste aux capacites, administration, conseils, etc.

4° Sous forme de repartition au travail sur ceriificats de parts d'int^r^ts (titres de commandite) et proportionnellement, d*abord aux salaires de I'ouvrier, ensuite k la qualite de Touvrier.

11 y a quatre qualite s : 1° Tauxiliaire qui ne participe pas aux benefices, sa part va a la caisse des pensions.

2° Le participant qui participe pour une fois le montant de ses salaires.

30 Le soci^taire qui participe pour une fois et demi le montant de ses salaires.

i' L'associe qui participe pour deux fois le montant de se^ salaires.

Cette disposition, plutdt critiquable, ne peut ^tre chang^e, les statuts le defendent.

Les reserves pour fonds de reserves sont prevues comme dans toute soci^te.

Les avantages peuvent ^tre apprecies par Texemple suivant :

Un ouvrier ayant la qualite d'associ^, c'est-a-dire avec le

La participation au capital 191

maximum de participation a obtenu en dix ans une valeur de commandite d'environ C.OOO francs (ceci avant la guerre), cette somme lui rapporte tous les ans 300 francs d'inter^ts* De plus chaque annee son titre de commandite s'augment?; d'environ 5 a 600 francs et se diminue d'un remboursement effectif en argent de 5 a 600 francs pour ses parts de distributions anciennes. Son capital ne se modifie plus et il touche en fait, au bout de ce laps de temps, sa repartition en argent.

Godin n'a pas voulu verser immediatement en argent les benefices qui auraient et^ aussit6f dalapides. 11 les verse en part de capital que Touvrier ne pent pas vendre sans Tautorisation de Tadministration qui ne I'acoorde jamais tant que Touvrier est attache k Tentreprise.

Godin voulait que cette repartition de benefices fit forc^ment la boule de neige pour que la somme ainsi accumul^e fut un jour suffisante pour interesser vraiment et attacher I'ouvrier a Tentreprise.

G'est k ce syst^me que nous attribuons la reussite de Taf-^ faire. La participation aux benefices pure et simple est trop minime pour avoir uri effet social serieux. ^

La forme en commandite simple, choisie par Godin, est la seule qui permette Tapplication de ce systeme, en soci^te anonyme il eut ete impossible, car les actions n^gociables que Touvrier aurait pu acquerir, eussent ^te aussitbt vendues qu'acquises, Targent gaspill^ et Touvrier redevenu un simple salari^^

Le personnel prend ici part k la direction ; trois membres de TAssemblee generate des associes sont nomm^s comme rindiquent les statuts pour faire partie du conseil de g^rance, compost de I'administrateur et des directeurs. Trois autres membres nomm^s chaque annee ferment le conseil de suryeillance.

II est logique ioi^ puisqu'il s'agit d'une societe, que le

1. £d publiant en entier cette r^ponse de Tadministrateur g^rant du Familist^re de Guise, je n'ai pas entendu approuvcr pour cela certaines des appreciations qu'elle contient. II est k men avis inexact de dire qu'avec surtout le d^veloppement de. rinstruction I'ouvrier est incapable de conserver un capital. Nous reviendrons du reste sur cette question.

personnel commanditaire soit appele a collaborer a la direction sous la reserve (qui decoule de la forme en commandite) que TAssemblee generale et le conseil de g^rance ne prennent des decisions que dans certains cas d*administration interieure, que dans tons les autres cas Tadministrateur g^rant est libra d'agir k sa guise sous la responsabilite vis-d-vis des tiers.

A noter ici que si la participation avec ingerence du personnel dans la direction s'appliquait a un^- societe anonyme, la reserve ci-dessus ne pourrait plus jouer, ce quiserait peut- ^tre un danger.

Les salaires sont ^gaux k ceux des industries concurrentes.

Jusqu'ici les differends nes du fait du travail ont 6t6 tranches amiablement. Nous n'avons jamais eu de greves, ni jamais de conflits devant les prud'hommes, ni devant le tribunal de commerce quand il ^tait juge des difTerends entre patrons et employes.

Nous attribuons cela a Fensemble de notre regime, surtout a la possession du capital. Nous n'aurions certainement pas eu les m^mes resultats si nous n'avions pratique que la participation pure et simple.

Le passd de la Maison Leclaire a 6i& maintes fois racont6. Charles Robert, en trailant de la vie de son fondateur, lui a consacr6 en 1878 une brochure, « Biographie dun homme utile * » qui devrait ^tre entre les mains de tous les patrons. Un homme utile! Qu'on le remarque, Charles Robert aurait pu intituler son opuscule : <k Biographie d'un homme de bien > . L'id6e ne lui en est pas venue un seul instant h coup sftr. L'oBUvre de Leclaire n'est pas ToBuvre en efifet d'un philanthrope c6dant simplement h. un sentiment

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