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LES PLANS DE LA C. G. t. 333

pas h amortir votre capital avanc6 par la collectivity? Ga 40 ou 50 ans cet amortissement sera accompli? Soit. Mais tout au moins, pendant ce temps? Pendant ce temps, voulez-vous que je vous dise en esprit r6aliste ce qui se produira, M. Jouhaux? II arrivera qu'aprfes avoir pr61ev6 sur les b6n6fices de Findustrie nationalis6e la somme n6cessaire pour assurer I'amortissement du capital initial et pour servir Tint^rgt du capital d'exploitation s'il reste des b6n6tices, les organisations ouvriferes ne se priveront /pas de demander que ces b6n6fices se traduisent avant tout en amelioration des salaires. Et que restera-t-il aprfes cet accroissement des d6penses pour « le d6veloppement de Tindustrie d'exploitation, des'^installations n^cessaires, des modifications techniques »? Et que deviendront les r6serves indispensables « pour les al6as possibles et les besoins futurs » ? Si le particulier a le d6sir naturel de voir s'accroitre le taux du revenu de son capital-argent, le travailieur a le d6sir non moins naturel de voir s'accroitre le taux de son capital-travail.

Un financier, dont je suis loin d'approuver toutes les id6es, Georges E. Roberts, vice-president de la Banque nationale de New- York, a dit un jour avec rexp6rience d'un homme d'affaires : « Quand on soutient que TEtat doit poss6der les voies ferr6es et toutes les autres industries, c'est qu'on imagine qu'il deviendra par Ik mdme inutile de verser des benefices aux capitalistes, mais on oublie que s'il n'y a plus de b6n6fices en surplus, s'il ne reste rienaprfes qu'on aura pay6 les d^penses il n'y aura plus de capital pour am61iorer et agrandir ces services et par suite qu'il n'y a plus aucun progr^s industriel. S'il n'y

334 VERS DK9 TEMPS ROUVEADX

avail eu dans le pass6 oi tconomied, ni b6n6fices, il n'y aurait pas une organisation indostrielle comparable & ce que nou» avons aujourd'hui (aax Etats- Unis) et les conditions sociales seraient pires de beaucoup qu'elles ne le sont acluellemeDt* »

M. Roberts est dans la vdrit^.

On mp dit bien avec une foi admirable et que je je voudi^ais partager dans le ddsint^ressement des hommes, que « Tint^rdl gdndral sera le seul goide des administrateurs et du personneL JLes administrateurs st contenteront d'appointements et le personnel de salaires en rapport avec leurs besoms et la prospdrittf de Tentreprise ji. Je le veux biea, mais ce sont \h encore des mots* On ne vit pas de beau langage. J'aimerais mieux autre ebose. Bn effet, pour qo'une entreprise marcbe, il ne faut pas donner h ceux qui assurent son fonetionnement rinMrSt gdn^ral comme seul guide : si le personnel associ6 h la gestion, comme eela doit etre et comme eela est par le projet de la G. G. T, est appel6 k discuter, par l'interm6diaire de ses repr^sentants, de son sort, de son destin^ il faut que ce destin soitdans one certaine mesure li^ au succfes de Tentreprise, a sa productioBi a son rendement, si Ton vent ^tre sttr que ce personnel donnera son plein effort d'intelligence oo de labeur manuel et si Ton veui dtre Bta que Tentreprise fonctionne au mieux> soil prosp^re et par suite apporte h Tint^rdt gin6ra,\ la samma U phis considerable de satisfactions.

En d'autres lermes^c'est seolement si Torganisation avait prdvu pour les producteurs, pour* le personnel un mode de remuneration autre quo le salariat puret simple, c'est seulement si elle avait decide

que le travail iatellectuel et manuel associds k la gestioii avec des reprdsentants noinfn6s d'ailleors par lui et non par des associations ^trangdres h Tentreprise, serait associ6 aussi aux profits que la coaception de la G. 6! T« serait bonne. Notes aurions alors la garantie que le personnel apparteratt dt Fceuvre commune de production touie son intelligence comme toute fenergie de ses muscles. Mais la C. 6. T. est tombde dans I'erreur capitaliste; nous verrons dans un instant si c'est volontairement ou inconsciemment qu'elle a maintenu les travailleurs dans la situation de simples salaries.

Ainsi, en r6sumd| la conception de la G. G. T* realise une nationalisation qui :

l"" Au point de vue du rendement des moyens de prodi^ction ne nous donne aueune assurance que ce rendement sera augmente ;

2* Aa point de vue des int^rftts des travailleurs les laisse dans la situation de salaries.

M. Jouhaux a afiirm6 que sa doetrine etait celle «. duremplaeement de la direction des personnes par Tadministration des ehoses » . Nous avons d6}^ dit ee qu'il fallait penser de cette formule emprunt^e aux prineipes fondamentaux du marxisme. Mais le seer^ taire g^n^ral de la G. G. !• sent si bien que Ton n'administre pas les choses sans diriger les personnes qu'il a confi6 k ses eonseils d'administration d'industries nationalisees des pouvoirs dictatoriaux* Seulement diriger lee hommes sans aecorder salisfactioB ^ Tint^rAt personnel, c*est difficile.

yS36

Au surplus, si la conception de la G. G. T. est partaite, si elle est de nature h assurer le rel^vement de la production, la prosp^rit6 des entreprises au point de vue de Tint^rfit public et le bonheur des salaries, il est facile de me prouver que mon incredulity n'est pas fondle. En efFet, puisque la (n nationalisation industrielle pent affecter des formes trfes diverses qui ne sont pas exclusives ni de Tinitiative individuelle, ni de Tentreprise cooperative, ni de Tadministration d'une municipalit6 », il m'apparait que la G. G. T. pent r6aliser des experiences dont les resultats prouveront qui de nous a raison.

Mais non la G. 6. T., bien qu'elle ait r^siste au Gongr^s d'Orleans aux sollicitations et aux menaces des extremistes partisans d'une affiliation k I'lnternationale de Moscou, partisans d'une revolution instituant un g'ouvernement sovietique, demeure malheureusement hypnotisee par les doctrines marxistes. Esprits avises, ses dirigeants sentent bien que le Proletariat n'est pas encore apte k exploiter, h gerer k lui seul les moyens de production. Elle sait, comme le disait M. Gharles Albert, en Janvier 1919, dans une conference, Reforme ou Revolution, k une section du parti socialiste unifie, qu'il y a une grave raison pour que le Proletariat ne songe pas « k une mainmise totale sur la vie collective. G'est que cette vie collective depend avant tout de questions de production et que la classe ouvriere ne parait pas en etat de manier tons les rouages de la production moderne, qu'il lui serait impossible de controler la technique et Tadminisiration des entreprises industrielles >. Toutefois laG. G. T. demeure attachee ^ la conception de Torganisation des societes modernes

formulae par lesauteursdu manifeste de 1848. EUese declare hostile ^toute dictature d'oti qu'elle yienne, mais on sent qu'elJe espdre 6tablir par une 6volution pr^alable^ par des mesures r6alis6es en regime bourgeois^ un 6tat de choses, un 6tat de faits qui dispenserait le Proletariat ayant conquis le pouvoir soit I^galement, soit par un coup de force, d' avoir h bouleverser de fond en comble la soci6t6 capitaliste au cours d'une dictature forc^ment difficile et sanglante. EUe veut supprimer ainsi, des « p^riodes > annonc^es par I'Eyangile de Karl Marx, la plus dangereuse, mais son but est bien d'en arriver h la grande cooperation 6cononiiqu0 r6v6e par le Maftre. Et Yoil^ comment tons les plans de reorganisation economique echafaud6s par la G. 6. T. ecartent toute combinaison qui laisserait subsister une parcelle de la propriety individuelle dans Texploitation des moyens de production, d'association du capital et du travail et nous conduiraient au communisme. La nationalisation 6tatiste renforcerait V tLtat bourgeois, dont la conquftte deviendrait ainsi peut-6tre plus difticile; la nationalisation industrielle, en diminuant les pouvoirs de TEtat, en lui enlevant presque toute sa puissance, faciliterait au contraire Favftnement du communisme qui, le jour oti tons les moyens de production, grands et petits, seraient devenus propri6t6 de la communaute, se substituerait sans difficulte h I'Etat democratique. Les Soviets m^me auraient 6t6 constitu6s par avance, avec le Gonseil economique national et les conseils regionaux.

Vandervelde, h la fin de son livre, Le Socialisme contre FEtat, avait mis en garde les communistes contre Texag^ration de la tendance qui ferait voir au

proUtariat dans rextension des regies, dans la mainmise par le Gouvernement sar las principales industries, la forme derniere et le triomphe du socialisme. Ds telles mesures, selon Vandervelde, pourraient se tr^duire par une diminution d6sas(reuse des libert6s de Tindividu, par un d^veloppement redoutabl^ de TEtat^-pouvoir rest^ aux mains des classes bourgeoises. Aussi ne doit-on jamais perdre de vue que, mdme si les principales industries venaieni h hire incorpor6es dans le domaine collectif, le regime de Tavenir resterait h crdes par la transformation de FEtat, et Tauteur du Socialisme centre TEtat dSolare que la besogne sepait rude. La G. G. T. peeonnaissant fond6es Iqs craintes de Vandervelde y a done r^pondu en imaginant une solution forting6nieuse. On commence par supprimer TEijat-gendarme en mettant au-dessus de lui — h cdt6 si Ton veut — un Conseil national economiquey qui contr61e ses fonctionnaires et qui prepare les lois pour tout oe qui touche aux questions de la production et de r^cbange; on lui enl&ve en meme temps tout pouvoir de gestion. On le voit, il n'y aura plus grand chose k faire au moment diju<s grand soir ».

Disons done nettement ce que nous pensons.

Nationaliser, ne pas nationaliser, nationalisation ^tatiste, ou non^tatiste comma dans la nationalisation industrielle de la G. G. T., celan'a rien ^voir avecce qui nous int6resse, niavec Tessor de la production, ni avec la paix sociale. Siles travailleursdes entreprises ne sont pas plus demain qu'hier int^ress^s dans la

marche deces entreprises, dans leur prosp6rit6, dans rabaissement c|n prix de revient, et par suite dans le prix (|e vente des denr6es et fles ^ervjce^, pn^f d§ vente qui interegae ies ws^gefg eties consommatQurs, c'est-^-dire M, Tou|t le Monde, la production ne s'accroltra pas et la vie chftre durera. Si Ies travail-, leurs demeurQnt des salaries, qiie ce ^oit Pierre, P^ul, J^ipque^ Qu I?^ cpllecl-ivit^ qiii levfr paieatleur^ salaires, ils constitueront toujours une classe et I4 lutte de classes continuera.

CJependant la G. G. T. me r6pon(Jra : t Ma conception e^t socialist^, la yqtre est bourgppii^ei ^. pou^^gepipei I ipa cowoepUon ? Cpfli roe je voudrais que you? disiez vrai e^ que ifiB, conoeption fikt celle de la bourgeoisie. Mais iites-vous sftr que la vfttre soit spcia- Uste ? Vandprvelde en e^et a dit qu'unp entr^prisfi^ une regie z^'fst fias en v^gtrifi^ socialist^f Jpi'squs « au point de vue de la r6partition elle reste fond6g sur le salariat », alors m^intie qu'elle ferait une place aux trayailleurs dans la gestioh. Or, Ies conceptioixs

que je pr^Qoni^e rempli^sept Ies deu^ cQujllfions : participatiqu k la g^stion, participatiou aux profits,

tandis que la conception de la G. 6. T- en neglige totalemeni une et donne ^ Tautre une forme impa'rfaite. Voil^ qui est grave.

Voyons maintenant quelle pent 6tre ici la position du consommateur, d'apr^s nos id6es qui sont celles de la fjahour Copartnership :

t'a§^ocj?itjq^ 4^ Capital et d^ Tr^vajl, teJlp qije nqus l$i precpnisons, gans nationalisation aucv^e, pput ^i|ssi f^iipq ^^ place au consommateur, Comme radi|;la Copartnership fjabour Association, « 11 est evident que Ies plus gi*ands consommateurs^ et mdme, d'une fa^on plus g4nerale, Iota lescqnsomma^

teurSy gros et petits, pourront facilement 6tre appel^s a participer au benefice de I'entreprise et y devenir interess^s en quality d'actionnaires. Le cas de la N. 0. Nelson Manufacturing Company est un exemple frappantde cette pratique. Les soci^tes cooperatives de production, etablies par les travailleurs anglais sur la base de la participation, offrent le plus souvent VexempU de consommateurs participant aux benenefices et au, capital avec le travail. Dans les usines a gaz regies en participation, bien que les inter^ts du consommateur ne soient pas directement representes, ils sont proteges par la loi; d'apres Techelle mobile etablie par le Parlement, le consommateur re^oit autoraatiquement et de beaucoup la plus grande partie de Teconomie realisee dans la production », en m^me temps ses inter^ts quant k la qualite et autre avantages materiels, sont sauvegardes avec soin par la loi. En v^rite, dans tous les genres d'industries, la loi prend des decisions sur un grand nombre de points particuliers en vue de la protection du consommateur contre la falsiGcation et autres fraudes et dans plusieurs cas contre la speculation. Partout ou Ton pent introduire les consommateurs reguliers comme troisieme partie dans Tentreprise, cette solution a le grand avantage de la simplicity et de la decentralisation. Partout ou ce n'est pas possible, pourquoi TEtat ou la Municipalite, repr^sentant le public, ne deviendraient-ils troisieme partie de fa^on ou d'autre dans Tadministration de Tentreprise ? Nous pourrions ainsi voir les chemins de fer, les services d'utilite publique, les mines, les monopoles naturels ou l^gaux de toutes sortes exploit^s par des societes en participation form^es de trois elements : le capital, le travail et le consommateur, en Toccurrence par TEtat ou la Municipality.

Je crois bien que nous sommes 1^ dans la saine doctrine socialiate et que c'est la C. G. T. qui n'y est pas. Mais je vois bien ce qui nous divise. La C. G. T. cherche k supprimer la propri6t6 individuelle alors que je cherche la solution de la question sociale dans la multiplication des richesses et dans leur repartition entre tous les artisans de leur creation.

Je cherche h faire que la classe ouvridre soil d^tentrice de capital, que ses membres cessent d'fitre salaries, alors que la C. G. T., par des cl^emins d^tourn^s et habiles, nous conduit au communisme. Nous ne suivons pas la m6me route n'allant pas au m^me but.

D'ailleurs comment ne pas 6tre surpris des contradictions et des erreurs que Ton trouve dans les documents publics par. la C. G. T. sur ces questions? Dans un rapport presents au Gomit6 conf6d6rai nationar et public par la Voix du Peuple de septembre 1920, sous \e Hire la Part du Travail, on nous dit que la participation aux b6n6fices est insuffisante et illusoire. Insuffisante, parce que la part accordde k bhaque ouvrier serait derisoire k moins de la porter k des chifTres qui auraient une repercussion considerable sur le prij; des objets manufactures, sur le coAt de la vie et par suite sur les conditions m^me des travailleurs . Mais Taccroissement des salaires n'a-t-il par la mSme influence sur le prix de la vie, avec cette difference qu'il n'augmente pas la production? D'autre part, si, en abandonnant 50 p. 100 de ses benefices au travail, ces 50 p. 100 representent une somme derisoire, c'est qu'alors le patronat ne fait pas les benefices qui scandalisent le travailleur. Alors pourquoi ces vehementes coleres contre le profit du capitalisme? La G. G. T, pretend que la participation ne pent s'appliquer d'une fagon uniforme k toutes les industries, fiien stir, pas plus que le salaire n'est uniforme. Mais elle peut s'appliquer partout, mSme au travail k domicile et c'est Tessentiel. La G. G. T. ajoute que le patronat rejette tout droit de regard sur la comptabilite. Gependant le patronat rejetant le

commukiisine, ceia Qm{)Sche-t-il oertaind d'eh poursuivre la realisation? II n'y 4» comm^ j^ 1^ f^i^^ qu'^ d^montrei* ail pdtrdnat que 6e droit de regard est legitime et sans inconvdiiiehts. La G. G* T^ aprbs s'dtre plaint de ce refus du droit de regard sur la comptabilit^y ajoute du reste qu'ell6 repousse le droit de gestion qn'on pourrait lui offrir. A priori elle d6clare qu'il serait trop mediocre. La discussioDi dans oes conditions, d^yidnt Xthh difficile, on I'aVouera; Gependant, dans le document auqueljefais allusidn, 11 sembi^ que la G. G. T^ acceptetait line autre m6thode ^m consisterait h pr6ley^i: id part dtx travail non sur les b6h6fices, mais sUr la produttivn; de plus, une part dti profit devrait aller non pa^ aux isalari6s de I'entreprise mais ^ leurs syadicatsquiemploieraientlesBommesainBiatqttiBes h des ceiivres sociales^ Pdur les raisods que nous avons expoBies^ ce syct^me est inadmissible^ Le jprbfit doit allet* k celui qui Ta briSiS et le cwMs'ommuteur ou usdff€r doit y 4tre associei

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GOOPERATIONi PAIX SOGIALE BT MODUGTION

M. Edouard tJerriot, dans son bel ouvrage, Creer, d'une lecture si instractive et si passionnante, constate que « toutes les nations modernes 6yoiuent vers le type industriel *. » L'^minent 6cl'ivain a done 6i6 amen6 ^ rechercher quelles sont les lois auxquelles ob6it <c rihdustrie actueile, dans les pays oti elle triomphe, ,c*est-^-dire assur6ment en France, mais aussi. en Allemagne et aux Etats-tlnis ». Ges lois^ pourlui, sont au nombre de trots : la premifere veut la € subordination de Top^ration industrielle h la recherche scientifique > ; la seconde, « une concentration dans les a-chats, la production et la vente par ententes industrielles » ; la troisifeme^ . « une organisation scientifique de I'ex^cution ». J'estime qu'il y a encore une autre loi a laquelle Tindustrie — comme h mon sens toutes les entreprises de pro-

1. Edouard Herriot. Creer, deuxi^me volume^ p. 395 et Sui'^ vantes ; Payot^ ^diteur.

duction et d'^change — doit se plier. Celle-ci veut que d6sonnais le travail ne soil plus traits comme an simple salari6.

Evidemment, M. Herriot ne m6connait pas importance de cette question. II y fait une brfeve allusion dans son introduction. « li n'est pas, dit-il, un homme liberal qui puisse consid6rer comme definitive la situation de I'ouvrier. EUe doit 6voluer ». M. Herriot, qui a du reste pr6sid6 k Lyon, en 1918, une de mes conferences sur ces sujets, est done bien avec moi. Gela ne pouvait pas ne pas gtre. Comment se fait-il, dans ces conditions, qu'il n'ait pas fouiI16 le probl6me fondamental des rapports du Capital et du Travail comme il a fouille toutes les parties du programme qui va s'imposer, selon ses expressions, « aux constructeurs de la France nouvelle » ? M, Herriot nous dit biep qu'il n'a entendu traiter ; dans son livre que du problfeme de la production celui de la repartition viendra apr^s. Mais, comme je crois Tavoir d^montrfi, Tintensite de la production depend avant toutj d^sormais plus que jamais, de la place qui sera faite au travail dans la gestion des moyens de production ou tout au moins dans la repartition des richesses produites.

Tirer de tons les moyens de production le maximum de richesses, de rendement, c'est certes le but ^atteindre; et, preoccupe de I'apres-guerre je n'ai pas manque des 1916, chaque fois que Toccasion m'en a ete offerte, de proclamer publiquement cette necessite, mais selon le vieux dicton « qui veut la fin, veut les moyens », de ceux-ci il ne faut negliger aucun et encore moins Tessentiel.

coopiSration, paix sociale bt production 345

Produire, surproduire et le faire au meilleur march6 possible, disais-je en 1917 dans une de mes conferences ^ — telle est la formule que chaque nation devra se donner comme guide, si elle veut survivre aux consequences de cette terrible guerre mondiale, comme aussi si elle veut resister k ^inconnu de I'avenir. Dans tous les cas, quels que soient les liens qui se sont ct66s entre les allies et qui se consolideront evidemment devant le danger auquel expose les democraties civilisees rimp^rialisme allemand — qui pent etre demain, peuton savoir un autre impdrialisme ? — quelles que soient les ententes pouvant survenir entre les peuples desireux d'assurer par leur union la tranquillite du monde, notre pays succomberait t6t ou tard — comme n'importe quel autre — s'il ne se p^n^trait pas de la yaleur de la formule que nous Tenons d'indiquer et s'il ne la pratiquait pas.

Or pour realiser cette formule, pour que notre production s'accroisse^ que nos entrepcises industrielles et commerciales se multipHent, prosperent constamment, il faut modifier ror<:anisation du travail national, les rapports des employeurs et des employes, creer un regime de la production qui mettefin aux greves, dont la seule menace fait hesiter les initiatives, detourne I'epargne des affaires industrielles et commerciales crepes dans notre pays et dont la pratique a pour r^sultat de suspendre notre production, et a la longue de pousser nos clients k s'adresser ailleurs ; il faut amener ep consequence les ouvriers a se rendre compte que la formule c plus de salaires et moins d'heures de travail > est une formule d^sastreuse et irrealisable, qui pent a la fois miner une industrie et les plonger dans le ch6mage, et faire coraprendre, d'autre part, aux directeurs des entreprises, aux patrons, que si le capital doit avoir sa remuneration, le travail peut trouver la sienne dans le simple salaire, dans le salariat pur et simple.

Sur la necessite (faccroitre la production^ nous sommes done tous d'accord. Nous avons vu que

1. Ch. Dblongle. Conference faite au Conservatoire des Arts et Metiers (one brochure publiee par la Chambre consultative des associatlooB ouvri^es de production, 44, rue du Renard, Paris).

346 viSRs bEH TEMPS votnrsAUX

nous l'6tiolis dv6c M; Joiihatix, mm m le Sdffltnes pas trioihs avec les plu^ claivoyadts dfes cheR des resistants, avec M. L6on Blam, notanoLineiiij qui a ddclar6 : c Si nous vouions 6viter ce qui aerait aujourd'hui ia faillite de I'Btat capitaliste, mais ce qui serait demaih ie dahger iet peut-Stte ia ruihe de la Hdvoliition elle-mdniey 11 est n^cessaire de rem^itre ce pays en 6tat de production intense ^ > . N'est-ce pas encore M. de Monziequi^ eti 1918, disait ^la tribune de ia Ghattibre p6\ir ttiontrer tbute Turgente n6cessltiS d'accroltte la prodiictioh, qii'il faudtait ^ noire devise c Libert^, Egalit^, Fraternity » ajouter : Rendement I

A ia fin du rhois d'octobre 1920; en Angleterre, M. J.-P. Thonias, secr6tait-e du Sytidibat des chettii' nots, d^clarait, dans un discoiirs prononc6 k Loiidres, que Ie Gouvernement 6tait pr&t & accoraer les deux shillings aux mineurs pourvu qu ils garantissent un certain niveau de productioh.

Ne vous y trompez pas, ajoutait M. Thomas, la production est absolument n^cessaire. II n'y a pas de plus mauvais sophisme ; 11 n'y a pas d'idee plus funeste pour Tavehir de la classe ouvriere et de la hation lout entiere que de penser que molns on produit J)lus il y a de travail poiir d'dutres ouvrierd. La question de la jproductlon est absolument vitale poiir les mineurs et pour V Angleterre.

Aux Etats-Unis 6galement, plus mSme peut-fitre qu'ailleurs, on se rend compte, njkdme parmi les travailleurs, de cette n^cessite d'accroltre la production, bien qu'il y ait de Tautre cot6 de TAtlantique comme

i. Discoiirs au Coiigr^s socialists de Ljron. M. Ldbn filhm Aorait pu dire i^lus justemeiit a hiettre » du lieu de « rbmettre i;

COOPiRAtiOft, i>AlX SOCiALE ifeT i>kODOCTION Sil

partout € des sentiments qui se r^pandent dans le monde ouvrier et qui non seulement affaiblissent la production, mais menacent de bouleverser tout le sysUmb de Torganisation itidustrielle qui est du nlonde la plus d^VeloppSb % .

M. Hei'riot rappelle les Merits de M . Morris LleV^rel^ lyn Gookri, Tuii d63 th6oribi0tts de F^fficiemy ariifiricainBi qui^ en 191 7^ dtfclarait qu'aux Etats-Uiiis Oii constalait que les chefs de la classfe buvtiferfe reiiott* gaient ^ lutter i&ontre raccroissemfent de la pi'bduc* tion et reconnaissaient que c'6tait par unfe atlgtllbntation de cette production que Ton trbuverait « le plus sflr moyen de fournir aui travailleurs un meilleur statut 6conomique et social 5>. Goop6rateUr aii sens le jilus large du mdt, M. Cooke a 6crit : « A ravbnir, lb bapitaine, que ce soit dans Findustrie ou dans le gouverneiiient, devra 6tre rhomme qui aiihe et qui, aitnant, compreiid bt qui, cbitipt^ehant, 6difie, conduit et inspire un grand nombrd de ses semblables* »• Ge sottt 1^ en effet de nobles visibns, toutefbis bomuient ne pas reconuattrb que pbUr que Touvrler accorde « k roeuvrb commUiie de production nOn seulement le labeur de ses mains, mais le service db sa t6te et de son coeur », il faUt d'abord organiser la coopbratlou du capital fet du travail? On renverse ici I'ordre des questions k r6soudre. La production ne s'accrottra que Ibrsque le travail intellectuel et inanuel se doniiera avec ardeur h, TceuVrb commune, et le travail intellectuel et maiiuel ne se donnera avec ardeur h ToBUvre commune que lorsqu'il aura un <l meillbur statut 6cohbmique et sbcial ^ i

1. The Annals the American Academy of Politicial and Social Science, Philadelphie, mai 1917, n' 1122. )

Prenons un exemple-: M. Herriot dit que Tindusirie (c'est 1^ la troisi6me loi qu'il lui recommande d'observer) doit s' organiser scientifiquement, utiliser rationnellement la machine comme le travail de rhomme, recourir ^desm6thodesnouvelles comportant notamment une revision complete des plans de fabrication, des r^formes de Toutillage, une repartition diff^rente dans Fusine, dans Tatelier, des attributions de chacun des coUaborateurs de Tentreprise. II indique longuement k ce sujet les principes sur lesquels repose la ni6thode iaiagin6e par Fr6d6ric Winslov^ Taylor qui, par une application de la science a Tindustrie, permet d'obtenir de la machine et de I'homme un meilleur rendement pour un mSme d^ploiement de force. 11 montre par des exem^^les ce que donne la Taylorisation.

« C'est, 6crit-il, par leur excellente organisation que les grandes usines am6ricaines ggrrivent k leurs formidables resultats. Dans la seule journ6e du 15 mai 1917, la soci6t6 Ford construit 3.482 voitures ; sa production totale de ce mois d6passe le chiffre de 83.000 automobiles. Ces nombres n'auraient pas 6t6 atteints si Torganisation des usines de production n*6tait dirig6e par ces m6thodes analytiques auxquelles on a donn6 le nom un peu restreint de systfeme Taylor. »

C'est parfait, mais quel est done, je vous prie, le mode de remuneration du travail du personnel des 6tablissements Ford dont j'ai d6j^ parl6?

Pendant i'exercice 1913-16, la soci6t^ Ford a

COOPlfiRATION, PAIX SOCIALE ET PRODUCTION 349

fait 300 millions de b6a6fices nets. Qu'ont touch6 sur ce b6n6fice les employ6s et ouvriers de cette entreprise? Environ 50 millions de francs. J'aime h croire que le statut 6conomique et social donn6 ici au travail est aussi pour beaucoup dans les r^sultats. Je vais mSme plus loin : sans ce statut, le systfeme Taylor n'aurait sans doute pu 6tre organist aux usines Ford*. Est-il besoin de rappeler les nombreux articles dans lesquels, avant la guerre, les dirigeants de la classe ouvrifere s'6levaient avec 6nergie contre Temploi de la Taylorisation? Si nous en croyons M. Herriot lui-meme, la Taylorisation rencontre encore aujourd'hui Topposition de beaucoup d'organisations ouvriferes. Alors?

Alors? Nous en revenons done to uj ours h Vid6e qui nous a inspir6 lorsque nous avons pris la plume pour 6crire cette 6tude sans doute d6j4 bien longue et qui nous a guid6 depuis ce moment. N6cessit6 d*accroltre la production, de la porter k son plus

1. En dehors de ses importants ^tablissements des Etats-Unis, M. Ford poss6de une succursale en Angleterre, a Manchester : elle occupe 1.300 personnes et en plus du salaire de 2 fr. 25 par heure, soil 90 francs par semaine, il faut ajouier 12 francs par semaine de profit Sharing (participation aux bdn^fices), ce qui porte le salaire a 102 francs par semaine. Chaque ouvrier touche ainsi ^lus de 600 francs par an, comme participation aux b<Sn^fices. C'est pr^s de 700.000 francs par an que la seule Usine de Manchester accorde au personnel sur ses b^n^fices. On trouvera dans un remarquable travail de M. Gestre, professeur de I'Universit^, VEcole et la Vie, d'int^ressantes appreciations sur I'oi ganisation des usines Ford^ organisation dict^e par a un esprit nouveau qui a r^alis6 une veritable revolution pacifique » dans les rapports du Capital etdu TravaiL

35Q VERS DBS TEMPS NOTTVEAOX

haut degrfi d'intensit^, mais impossibility d'y parvenir saas recourir h des m^lbodes nouvelies parmi lesquelles un changement profond des rapports du Capital et du Travail, dans le sens d'une coop6ration de plus en plus intiine, de plus en plus complete de ces deux cr^ateurs de la richesse.

Dans une s6rie d'articles, la Dep4che de Touiause, recueillant las ^vis d'un grand nombre de persoonalit6s, cherchait, il y a trois ans, ^ mettre en lumiftre les « directives de Tesprit de paix », Torientation de la « politique de demain ». Au cours de cette enquSte, elle a eu il interroger les industriels, notamment M. Jules Bernard, le president du Gonseil d^dministration des chantiers de la Basse-Loire K Et ainsi dans une interview, M. Bernard a indiqu6 quelques-unes des mesures auxquelles Tindustrie devra s'organiser pour arriver aussi rapidement que possible k un maximum de productivity. Certes, M. Bernard pense que pour« cr^ar > il faut modifier las m^tbpdas anaiennes at plusiauts de ses vuas sont analogues h calles de M. Herriot; maia il se gar(^e bian da ne pas placer au premier rang (les questions h r^^oudra calle du Statut du Travail. Ecoutons-le.

Pour arriver m msfximupi cje productivite, je suis conva^ncu, a dit M. Bernard, que, seuls, les grands groupements, les cartels permettront de tenir. Je sais que ce point de vue est assez contraire au temperament fran^ais, qui est individualjste, qui veut conserver son « etiquette » plut<)t par amour-propre que par inter^t. Je n'etx considere pas moins urgente pour pqus la n^cessite de iipus organiser en grands groupements et pour ce qi^i est, par e?:emp|e, des m^tallurgistes, de mettre tous nos efforts a realjser Tentepte.

Voulez-vous que je vous donne un exemple de Tiitilite de

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