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I'Europe, dont les peuples ne portent pas la responsabilit^, nous apportent np. supreme avertissement. Entre la cooperor Hon et la lutte des classes il faut choisir. Le relevement de la Patrie depend da choix que nous ferons.
c L'hostilit^ des partis en presence, les defiances, les haines, les resistances des privilegi^s, les menaces des mecontents loin d*autoriser Tesp^rance, l^gitiment toutes les inquietudes. Beaucoup mettent une vaine coniiance dans un retour au pass^, dans une reaction qui appellerait la revolte; les autres en concluent que pour cr^er k la vie des formes nouvelles, il faut briser yiolemment les cadres oil elle s'est enfermee. Notre regime economique ne vivra que s'il evolue et se transforme.
c J'ai la eonviction que, sans revolution, par le seul progres des principes democratiques, notre society pent assurer d tous la justice dans la liberty. Mais au fait encore ceux qui n'ont rien appris et rien oublie risquent de tout perdre. »
J'ai tenuy au d^but de ces pages, k enregistrer les vues si mstes d'un esprit 6lev6, traduisaat, avee courage et d'excellente mani^re, des v6rit6s que je me suis efforc6, maintes fois, de faire comprendre. En f6vrier 1917, ayant h d6fendre devant le S6nat un projet de loi, dont j'aurai h parler au cours de cette 6tude, j'exprimais k la tribune de la haute assembl6e des pens6es'^naIogues en affirmant notamment qu' « au lendemain du jour od toutes les classes de la soci6t6 out oublie leurs anciennes divisions et se sont rapproch^es et uniesdans les tranch^es pour la defense et le triomphe de la Nation, il faut que, brisant les anciens et faux pr6jug6s, employeurs et salaries se rapprochent et s'unlssent dans un geste non moins grand pour assurer demain la victoire Economique de la France »•
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CerteS) les causes qui justifietlt la lutte d^s classes sont compl^x^s, comme soni multiples et diverges toutes les questions qu'elles soul^vent; d'autres les out dtudi^iss avec plus de competence que je ne saurais le fairCk Mais comment ne pas reconnattre qiie TantagotlisHie qui a exists de tout teitips entre les classes poss^datites et ceux qui n'ontV)our vivre que le rendement de leur capital humain va s'kccentuant et s'accroissant? Avant la guerre, Thostilit^ entre le Capital et le Travail avait d6j3L pris en France une allure menagante et qui inqui^tait de plus en plus tons les esprits soucieux de Tavenir de notre pays et de nos institutions dflmocratiques. La Guefre devait encore en augmenter la gravlte; mais, bienqu'il fallut s'y attendre, il ile me semble pas que Ton ait ait fait grand chdse pour en pr^venir ou en att6nuer les ellets.
Les avis cependant li'ont pas manqu6. D&s 1916, un Comit6 d'6tudes anglo-frangaises, the Garton Foundation *, s'6tait constitud en vue de pr6voir les difficultes qui poiivaient surgir k cet 6gard aprfes la guerre. II avait k sa tfete des personnalit^s telles que Balfour, Boutroux, Andjr6 Lebon, et, en mars 1917, il publiait sur cette importante question un memorandum des plus int^ressants, qui 6tait ToBUvre « d'un groupe d'hommes d'opinions diff^rentes, en relations avec les capitalistes, les patrons, les syndicats ouvriers, aussi bien qu'avec les cercles financiers,
\. Si^ge Social ; 10, place Edouard-VII.
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6conomiqu€is et ddtiiinistratifs %. Bien qu'6crit pour TAnglelerre, ce travail cont^nait des tues, des constatations, des conseils, des suggestions dont nous aurions pu nous insprrer. Le pfobifeme dont il ti*aitait devait se poser avec une acuit6 particuli^re dans le Royaume-Uni et en Italie. Mais en France, il nous a caus6 aussi, on s'en souvient, il y a uti an, des heures d'inqui^tude. On peut Stre certain qu'il se posera, k nouveau et partout, de plus en plus formidable et de plus en plus pressant.
AprSs la guerre, disait ce memorandum, nOus nous trouverons en Angleterre « dans Uile situation industrielle d'une gravity extreme due en partie k rintenslKcation des conditions qui, avatit la guerre, trbublaient le repos industriel et en partie dux difficult6s inevitables de la r^adaptation aux conditions de paix. Ces difficult6s pourront fetrfe 6vit6es, jusqa'^ un certain degr6, en adoptant des remfedes imm^diats dont un certain nombre a 616 propose. Mais ces mesures impdrtantes en elles-mfimes n'atteindront pas la racine du problfeme industriel..* Au fond des probUmes d'dpres guerre se trouv^ Vhostilite entire le travail, la direction et le capital^ hostility qui a entrave la production dans le passe et quif a present, nous menace dune crise dont on n^exagereraitpas facilement les dangers. A moins qUe ho us n'arrivions h trouver une solution satisfaisante de ce probf^me tondamental, si gratide que soit Thabilete de la solution des questions secondaires, elle ne nous sauvera pas. Si nous la r6solvons avec succ^s, nous aurons 6tabli le fondement de la solution de toUs nos autres probleaies et nous pourrons esp6rer non seulement 6carter les dangers existants, mais
6tablir notre prosp6rit6 induslrielle sur une base plus solide pour Tavenir » .
Quelles sont les origines et les causes de cette hostility existant entre le capital, la direction et le travail?
En demeurant dans le domaine des idees rSa-* listes, le memorandum qui nous occupe les examine avec une sinc6ril6 scrupuleuse, un soin consciencieux. Pour The Garton Foundatioriy Tint^ret actuel de rindustrie est, en g^n^ral, et on ne saurait le nier, d'accrottre sa production, car le danger de la surproduction pent fetre conjur6 par une repartition mieux organis6e et par Touverture de nouveaux marches. Dans tons les cas, le bien-6tre d'une nation exige avant tout une production abondante, tout au moins suffisante de marchandises, tandis qu'au contraire toute diminution dans la production am^ne une diminution du revenu national qui entraine ellememe un accroissement des charges pubiiques dont, directemex^t ou indirectement, toutes les classes subissent les consequences. A cette CBuvre de production intense, qui assure h chacun sa subsistance, qui sert les int6rets de la generality des consommateurs, capitalistes, patrons, ouvriers sont done tons interesses. On doit meme insister sur ce fait que le travailleur est le premier appele k beneticier de toute augmentation de la production, augmentation qui amene la baisse du prix des marchandises. D'autre part, « si le montant des richesses produites annuellement est plus petit, les profits disponibles h repartir entre patrons et ouvriers seront plus petits et tons les deux en souffriront ». L'interfet du capital et celui du travail devraient done etre ici en reel
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accord, -a^tant pour produire plus que pour am6liorer la quality des produits. En tous temps, il en est bien ainsi; mais k Theure pr6sentey oti il y a plut6t insuffisance des produits fabriqu6s surrensemble du march6 mondial, il est encore plus Evident que Tint^rSt de tous r6side dans un accroissement de la production.
Cependant, dira-t-on, la surproduction entratne la baisse du prix des objets, et la baisse du prix des objeis cause une diminution des b6n6fices de Tindustrie; celle-ci, k son tour, est alors obligee de r6duire les salaires ou bien de se contenter de b6n6fices moindres, voire meme d'envisager la fermeture de ses ateliers ou de ses usines. Mais k cela on pent r^pondre que, danslejeu deToffreet de la demande, la demande s'accrolt lorsque les produits sont abondants et cons^quemment k plus bas prix. La vente trouve done un accroissement qui compense la diminution du b6n6fice. Quant au taux des salaires, il nous apparait qu'il n'est qu'en apparence engag6 dans la question. N'est-il pas certain, en effet, que rien ne sert de gagner le double si les denr6es et objets n6cessaires k la vie doivent, par suite de leur raret6, se payer trois fois plus cher?
Ainsi done, ouvriers et patrons n'ont pas ici des int6r6ts opposes. Certains industriels, il est vrai, « pr6f6reraient une production plus petite, effectu6e par des ouvriers gagnant un salaire qui'ne d6passe pas la limite habituelle, k une production plus grande d'ouvriers gagnant un salaire anormal. Dfes que le salaire de leurs ouvriers d^passe le niveau moyen du salaire, lis commencent k r6duire le tarif aux pifeces et avec eux — r6sultat normal d'ailleurs — le
Stimulant de Teifficacitg : doilc lis diininuent la production. Ge point de vue n'est pas seulement injuste eiivers les ouvriers ; il tfimoigne de courtes Vues et est anti-6conomique quant aux int^rSts du patron lui-mgoie )). Des id6es fausses guident dgalement d'autres patrons. Geux-ci ont le « consefvatisme des m^thodes, un attachement routinier aux erreihetlts du pass6, le d6sir de conserver des usines mal 6tablies ou devenues insuffisantes, de ne pas remplacer leur outillage cependant fatigue ; ils restent fiddles k des pratiques que le progr^s et la science modernes devraient leur faire abandonner... De tout cela r6sulte une limitation de la production >.
G'est 6galement d'ailleurs par suite d'id^es non moins discutables que des ouvriers limitent d6lib6r6ment la production. lis croient sincferement que « moins un ouvrier travaille, plus il y a ^ travailler pour d'autres » ; ^ la rigueur, le principe pent avoir sa valeur h certaines 6poques et pour certaines industries; il ne devrait en avoir aucune en temps normal si, par un harmonieux 6quilibre, les forces du travail se r6partissaient dans toutes les branches de ractivit6 humaine seion les besoins de chacune d'elle et les besoins de la nation et si, par exemple, la terre avait la part do bras qu'elie doit avoir. D'autre part, « les travailleurs croient que si Ton permettait h chaque homme . de produire selon sa capacity tout entifere le taux minimum (de rendement) exig6 par le patron serait bas6 sur le travail de Touvrier le plus rapide et le plus habile, ce qui entralnerait necessairement ou une fatigue excessive ou, pour la majorite, une reduction de salaire ]». Ge raisonnement am^ne d'excellents ou-
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yriers> par esprit de solidarity, k ne pas donner tout ce qu'ils pourraient donner, afin de ne pas nuire h des camarades moins habiles, moins exp6riment6s et il en r6suite, au total, une diminution sensible de la production. De cette consideration il faut tenir compte, mais elle est une raison de plus pour que Ton recherche un regime des rapports du Capital et du Travail, qui enl^ve h cette consideration sa raison d'etre.
On doit s'etonner encore moins que les ouvriers, dans certaines professions, tout au moiris les professions malsaides et ^puisantes, aient voulu faire r6duire la dur6e des heures de travail, mais s'ils font une journ6e de labeur plus courte, il faut 6vidjemment, pour que la production ne s'en ressente pas^ que le rendement obtenu pendant cette journde r6duite soit ^gal h celui que fournissait la journ6e ant6rieurement appliqu6e. Or, cela ne peut r6sulter ou que d'une amelioration du machinisme, r6forme qui depend avanttoutdu patron et de ses ressources, ou bieii d'une modification souvent possible des methodes de travail, modiiication qui doit resulter d'un accord entre le patron et le personnel, ou encore d'un effort plus grand, d'une activite plus soutenue, d'une attention plus suivie de Touvrier, de I'employe. Tout cela peut-il etre acquis? lei nous pensons que touto diminution des heures de travail ne peut dtre compens6e par un rendement plus elev6 du travailleur que si ce dernier a d'autres perspectives que son salaire et que Tavenir k lui reserve par le saiariat pur et simple.
Ces pages auront precisement pour but de montrer que ces perspectives peuvent aisement et sftrement fetre creees.
Ainsi done, qaand on va au fond des choses, on se rend compte qu'au point de vue de la production des richesses, qu'au point de vue de savoir si la production doit 6tre ou non accrue, les int6rets du patronat et ceux du salariat sont identiques ou conciliables. Par contre, il est certain qu'avec le regime du salariatj tel qu'il existe du moins, ces m^mes int6rets apparaissent nettement opposes quand on examine non plus la production mais la repartition des richesses. De ces richesses, comme le reconnalt le memorandum du comit6 Franco- Anglais auquel nous avons fait allusion, chacun cherche h ^voir pour lui la part la plus grande possible. Toutefois, k lire les auteurs de ce m^moire, les int^rets du capital et du travail ne seraient pas complfetement oppos6s parce que, s'il est de linterSt de Temployeur que le standard de vie * des ouvriers soit assez 6lev6 pour developper leur rendement et stimuler raisonnablement leur effort, il est de TinterSt de Touvrier que la firme soit suffisamment prosp^re pour lui assurer un emploi r6gulier. La thfese des r6dacteurs du m6moire est en d'autres termes la suivante : « On ne pent pas attendre du bon travail d'hommes qui sont mal nourris et insuffisamment vdtus on qui ont le sentiment quits ne tirent aucun avantage dun accroissement de production. On ne pent pas attendre d'emploi assure d'une firme qui ne realise pas de profits. L'importance en est encore plus grande