‹ Caprices et zigzags (volume 2)Chapitre 4 sur 13 · CHIENS ET RATS · texte numérisé non relu

CHIENS ET RATS

Vous avez sans doute entendu dire que la race des carlins était perdue, et vous vous en êtes réjoui, car le carlin était la plus Uideu^e bâte que pût ima«» giner la féroce tendresse d'une douairière pour le désespoir de ses neveux et de ses collatéraux. Eflectivement, le carlin est passé aigourd*hui à Tétat de fossile antédiluvien ; il n'existe plus qu'empaillé et sous verre dans quelque arrière-boutique de naturaliste. Eh. bien! l'autre jour, nous en avons vu deux vivants, ayant des dents et le mufle aussi noir que le masque de l'Arlequin de Ber* gante, le poil d'un café irréprochable, les jambes arquées, et tous les signes de la pureté la plus authentique,

A ce spectacle, nous restâmes aussi surpris que si on nous eût mis .en présence d'un ptérodactyle , d'un ichtbyosaurus , d'un mégalonyx , ou de toute autre bête des créations primitives qu'on ne retrouve plus que dans la p&te des marbres et des granits.

361 CAPRlCfiS ET ZIGZAGS.

C'était chez lord D...» Anglais de haute naissance, de grande fortune et de vie élégante , qui , ayant beaucoup connu les hommes, préfère les chiens , même avec le correctif de la rage.

Autour d'une cour en fer à cheval, étaient rangées des niches de différentes dimensions , contenant chacune un chien idéal, fabuleux, fantastique, introuvable. Dès qu'un chien existe à deux exemplaires, lord D... n'en veut plus. Il a une meute de Chimères, de monstres sans prix : ses pointers sont si bas sur jambes qu'ils rampent comme des phoques ; ses dogues ont des tètes d'hippopotames et peuvent s'avaler tout entiers ; ceux-là ont des oreii* les qui fout trois fois le tour du corps ; ceux-ci sont fourrés d'une toison pareille à de l'herbe sèche ; chacun est doué d'une impossibilité : ce sont des rêves chinois exécutés par la nature, et qu*on croirait en porcelaine craquelée , tant ils sont extravagants.

Lord D.... possède le caniche noir sans un seul poil gris , rareté aussi phénoménale que le merle blanc ou le phénix ! I^s chiens que l'on croit précieux, les blenheim, les king-Charles sans museau à force d'être camards , et dont la tète n'a de place que pour les yeux , il les repousse du piid et dit : « Ne regardez pas celte bêle , elle vaut à peine mille écus. C'est un chien commun ; il y en a trois ou quatre pareils , un chez lady B... , un autre chez le

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