UI^E VISITE CHEZ MERODAGH-BALADAN. S
sectes qui , dans la solitude , creusent la tombe des trilles mortes et les font lentement disparaître de la surface du globe. Mais on ne sait comment la terre monte et s'accumule, jetée par la pelle d'invisibles fossoyeurs. Les colonnes en ont bientôt jusqu'aux genoux ; les vastes cours des palais s'emplissent tromme une mesure où le laboureur tasse le fro* ment ; les rues s'oblitèrent peu à peu , les canaux tarissent, la poussière envahissante monte les escaliers marche à marche , s'arrêtant quelquefois un siècle sur les paliers, pour reprendre haleine ; elle nivelle les toits , gagne les tours étage par étage , suit dans les airs les spirales infinies des Babels, et les cercles d'aigles centenaires qui tournoyaient au* tour du sommet prodigieux sont tout surpris un jour d'enchevêtrer leurs ailes aux broussailles du sol , là où ils fouettaient de leur noire envergure le créneau d'une Lylacq.
Dans un pli du terrain , elle a disparu, l'énorme ville, avec ses temples démesurés, ses palais géants, ses superpositions de tours , ses escaliers de terrasses» du haut desquelles, accoudés et rêveurs, les rois étalaient leurs barbes frisées sur un pectoral de pierreries, avec ses pylônes faits d'un seul bloc, ses colosses de granit rose , ses éléphants de basalte soufflant l'eau et le feu par leurs trompes redressées, ses piscines où l'on descendait par cent degrés de porphyre , ses viviers pleins d'eaux amères , où
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sftBlaieBt cl reniflaient les monstres de VOetèsbi ses toits de marbre d'où les mages èpelaieBi la nnil dans l'alphabet d'étoiles du eiel , et ses profondes cités mortnaires, oà, couche par couche comme des feoitles d'automne , se déposaient les génératioo^ tombées de l'arbre du temps. Tout cet immense entassement de richesse^ de putesance et d'orgueil, ce prodigieux amas dont les dentelures déchiraiesi les nuées au passage, n'est plus maintenant qu'une plaine aride et bossuée de monticules diflonnes. Les sources extravasées y filtrent à travers les pierres et les briques, et s'y étalent en flaques noires 0Ù s'abreuvent les plantes vteéneuses, où frétillent les hydres en nœuds verd&tres. La terre, corrompue et brûlée par la putréfoction lente du cadavre qu'elle recouvre, ne produit que des poisons et ne peul fournir à la vie des aliments. L'homme meurt dans ces lieux que foulaient jadis d'innombrables populations. Quelle est la raison secrète, la cause occulte qui raye du livre de la vie, comme on mol inutile, toutes ces cités colossales , centres d'empires teb que le soleil n'en reverra pins ? Faut-il croire, comme pour Babylone et Ninive , à l'effet d'one malédiction ? Dieu a-t-il pris la peine de se colérer contre ces villes superbes , et d'appuyer son pouce sur leur front rebelle pour les écraser? Impénétrahie mystère, problème insoluble qu'on ebercbe en vain à expliquer par les conquêtes et les cban-
UNE VISITE CHEZ MEMBAGH-BALÀDAK. 395
gements d*eiii{iires, les éeroulemeot» de dynastie»» les subfititotioiis et tes âispersioDS des races.
Qui aurait jamais cru que novs yerrioos de nos yeux, que uans toucherions de nos mains, des frag^ menis de la ville anathématisée par le prophète ; que nos pieds fouleraient le seuB qu*ont foulé Assur^ fils de Sem; Ninus, fils de Béhis; Sardanapale ,. Teglafrphalasar et Salmanasar, tous ces rois dexni-^ réels, denâ-fantastiques, emhaumés dans des versets de la Bible ? Un de ces jours , si Ton fait des fouiUes à la place où fat Babylone , on apportera au Louvre la salle tout entière du festin de Balthasar et la nmraiUe avec le manèf thecel^ pharè»^ écrits par la luain flamboyante et traduits par DanieL
La découverte de ces restes merveilleux est due ^ un de ees hasards qui n'arrivent qu'aux gens d'esprit : H. Botta faisait pratiquer des fouilles sujr I*enceinte oà l'on croit généralement qu'était située Ninive, et, las de ne rencontrer que des briques et des fragments informes, il fit attaquer un monticule au village de Khorsabad. Ce monticule à peine ëraiUé par les travailleurs livra le secret que renfermaient ses flancs. C'était la caisse de terre , la boite mystérieuse qui conservait la momie d'im pa« lais ninivite. Palais gigantesque tout plaqué de basreliefs et d'inscriptions cunéiformes, peuplé de colosses d'albâtre aux aspects étranges et symboli* <pi6s. Un incendie avait dévasté l'édifice , et sur le
plancher gisaient les poutres carbonisées dn plafond, parmi les cendres mêlées des restes d*un enduit bleu ; car cette architecture était coloriée , suivant Tusage presque général de l'antiquité. Le feu qui a laissé ses traces sur les murailles de ce palais avait peut-être été allumé par Cyaxare, le roi mëde , le réalisateur des menaces proph^'tiques, Texéculeur des vengeances divines. Quelquesuns des bas -reliefs, trop profondément mordus par la flamme, s'exfoliaient et s'effritaient au cod« tact de l'air ; et jusqu'à l'arrivée de M. Flandin , envoyé par le gouvernement au bruit de la découverte , M. Botta dut s'improviser dessinateur, pour conserver au moins en croquis ces révélations au passé, que le néant allait ressaisir. Heureusement beaucoup de portions avaient été moins maltraitées et purent être détachées des murailles pour être embarquées sur le Tigre et envoyées à Paris. Alors, découverte abrutissante , qui confond tout raison* nement et ouvre des perspectives sans borne à la rêverie, on s'aperçut que sur l'envers des bas-reJie& étaient gravées d'interminables inscriptions cunéiformes, creusées avec le soin le plus méticuleux, ci que nul œil n'avait jamais pu lire , puisqu'elles regardaient la paroi de la muraille et qu'elles étaient faites pour se noyer dans la maçonnerie. Ainsi ce n'était pas assez d'orner des salles de bas-reliefs du travail le plus fin et le plus soigné, et qui, mis bout
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