‹ Caprices et zigzags (volume 2)Chapitre 8 sur 13 · UNE VISITE CHEZ MERODACH-BALADAN · texte numérisé non relu

UNE VISITE CHEZ MERODACH-BALADAN

gonflées serpentent moelleuseinent sur le lacis de nerfs des jarrets; la tète a du caractère, et le liamachement , exécuté avec une précision telle ju'il pourrait servir de modèle à un sellier, est l'une grAce et d'un goût auxquels trente siècles de perfectionnements ont pu ôter, mais non ajouter : rien n'est plus léger et plus riche que ce système de bossettes et de franges. L'Hippodrome devrait bien nous donner dans une de ses prochaines représentations le spectacle d'un quadrige ninivite, avec ses écuyers et ses guerriers : rien ne serait plus facile , car voici précisément dans un autre bas-relief des hommes qui transportent à dos un char de guerre démonté, et qui pourrait remplacer un plan géométrique si Ton voulait le reconstruire.

Tout cela est sans doute très-beau et très*curieux, mais n'approche pas de l'eflet produit par les colosses de la seconde salle.

Représentez-vous deux taureaux ailés à tète humaine, d'une beauté monstrueuse, d'une grâce grandiose, d'une sauvagerie coquette, où le symbolisme, l'ornementation et la vérité se fondent dans des proportions étranges, et dont rien no peut donner l'idée.

La tète humaine a des traits d'une noblesse et d'une régularité parfaïtes. Le nez prend une courbe •iquiline, et l'œil, sous un sourcil épais, s'allonge

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avec la langueur des paupières orientales ; la bouche s'épanouit dans une barbe frisée qui commence par des tire*bouchons et finit sur la poitrine par plusieurs étages de nattes cannelées et striées ; les cbeyeux, ondes et frisés également à leur extrémité, s'étalent en s'arrondissant sur les premières plumes des ailes qui s'insèrent aux épaules. La coi£fiire esl une mitre terminée par un r^ng de palnietl^ et semée de petites rosaces ; quatre cornes qi;^ se recourbent en avant et des oreilles de taureau enjolivées de pendeloques complètent l'ornement» d'one richesse à la fois efféminée et barbare. Les ailes se composent de cinq rangées de plumes disposées symétriquement. Les trois premiers rangs partent du poitrail et montent jusqu'à l'artioulation de l'aik, formant une espèce de zone imbriquée ou papeloBnée » si l'on nous permet d'emprunter au blason ce terme significatif; les deux autres sont composés de pennes ou longues plumes placées horizontalement. Tout le poil qui hérisse le bas du ventre, les reins et le contour de la croupe, est tordu en petits frisons^ de même que celui de la queue, terminée par une houppe à trois étages. A la naissance de la queue, nous avons remarqué un épi de poils comme en font à leurs bœufs les bouviers de TAddalousie.

Entre les jambes de devant de ces taureaux, sont gravées très-finement et très-précieusement des

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inscripUoDS cunéiformes, d«s prières i des tolismans ou des dédicaces ; ces colosses qui rempla^ cent les pieds-droits d*une porte sont-Us des dieux tutélaires, des figures emblématiques, ou de purs objets d'ornement, des espèces de cariatides quadrupèdes faisant- office de piliers? c'est ce que nous ne saurions résoudre : trop d'obscurité enveloppe ces mythologies lointaines. Cependant les taureaux à tète humaine , les ailes d'aigle et les figures de géant étouffant des lions qui les accompagnent, et dont nous n'avons pas encore parlé, rappellent sous plusieurs rapports le symbolisme mithriaque.

Une particularité assez bizarre dans l'exécution des taureaux, ce sont les pieds additionnels dont ils sont ornés sur chaque face latérale. La tète et le poitrail de Tanimal, pris de face^ forment la façade de la porte, et les deux pieds de devant se présentent d'une façon toute naturelle. Mais comme, dans des masses si énormes et de qui l'on exigeait la plus grande solidité , le bloc de pierre compris entre les jambes de l'animal n'aurait pu être évidé sans danger, il en résulte que les jambes de Tautre face n'étant pas aperçues, la figure eût boité à l'œil, quoique mathématiquement régulière, et un pied supplémentaire a dissimulé cet inconvénient avec bonheur. Ce n'est qu'un long examen qui nous a fait découvrir ce singulier i^ubterfuge sculptural.

Passons maintenant aux géants dompteurs de lions, qui, dans la réalité, se tenaient debout à cAté des taureaux , mais qu'on a placés en retour, faute d'espace.

Us ont bien cinq ou six mètres de baut, et sont exécutés avec une minutie qui contraste avec leur caractère grandiose. Le haut du corps est de face jusqu'aux genoux ; le reste se présente de profil, avec un mouvement de torsion dont il ne faut pas cbercher la cause ailleurs que dans les nécessités du bas-relief. Les pieds, vus de face, auraient eu trop de saillie et se fussent facilement cassés. Les présenter en raccourci est une hardiesse qui n'appartient qu'aux arts parvenus à leur apogée. Les personnages, de la tète desquels s'échappent plusieurs rouleaux de nattes , et dont la barbe descend sur la poitrine par cinq rangées de spirales , sont nus jusqu'à mi-corps. A partir de leurs reins, serrés par une ceinture dont le bout flotte entre leurs jambes , s*allonge une espèce de pagne historié de grecques et de franges, qui bride assez étroitement.

Des bracelets enserrent leurs poignets et leurs biceps. Le premier est composé de rosaces ou boutons étoiles; le second d'un cercle coupé brusquement à ses deux bouts et s'enroulant trois fois sur lui-même. Ces bracelets sont du style le plus élégant, ot pourraient ôlre exécutés par Fronienf-

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Heurice. Chacun de ces géants tient h la main une arme courbe , terminée à sa poignée par une tête de génisse, et dont il serait difficile de dire si c'est un fouet, une massue ou un sabre. L'autre bras comprime avec la tranquillité de la force un lion , ou plutôt un lionceau, car la disproportion est grande entre l'homme et l'animal , à moins toutefois qu'on n'ait voulu caractériser, ainsi que cela arrive dans la symbolique chrétienne, la divinité du personnage par la grandeur de la taille. Ces lions se débattent avec une énergie admirable; leurs mufles se contractent, leurs nerfs se tendent, leurs griffes sortent de leurs étuis rétractiles, et l'on voit dans leurs jarrets en arcs-boutants les efforts qu'ils font pour se soustraire à la pression qui les étouffe.

Pour en finir avec la race léonine , parlons d'un admirable lion de bronze posé sur un autel triangulaire si pur de forme, que, sans les inscriptions qui tapissent les pans du musée ninivite, ou aurait pu le croire grec et du plus beau temps.

Ce lion, accroupi et allongé sur les pattes, porte dans le dos un fort anneau, et son usage parait avoir été , soit de retenir les cordes qui servent à tendre les tentes, soit de fixer le coin d'une portière. H b&iUe» Son masque se fronce et sa gueule fait un rictus que Barye ne rendrait pas avec plus de vérité et d'énergie. En art, nous ne connaissons d'é-

gai à ce lioji ninivite que le lion déchirant le serpent qui est aux Tuileries , au bas de la terrasse du bord de l'eau. Il a fallu trois mille ans et un sculpteur de génie pour revenir à' ce degré de perfection.

D'autres figures très-curieuses sont encastrées ç& et là dans les murailles : un dieu, peut-être un roi à ailes quadruples, à tête d'aigle ou d^épervier, rappelant les idoles égyptiennes , et tenant dans ses mains un panier ou yase et une pomme de pin, Tun emblème de l'eau , l'autre du feu ; un sacrificateur portant une gazelle ; un guerrier armé d'un sabre suspendu à un baudrier, d'un arc , d'un carquois et d'une masse d'armes; des rois, des eunuques , des esclaves faisant leur soumission ; des soldats portant du butin; des serviteurs préparant des banquets , occupent les frises entières ou fragmentées qui remplissent le musée ninivite. Un attelage de quatre chevaux, qui s'y trouve reproduit, présente cette particularité : les tètes des quatre chevaux sont représentées avec beaucoup de soin et de finesse ; mais les jambes des deux premiers chevaux sont seules indiquées, sans doute pour ne pas produire une confusion désagréable à rœU.

A l'aide de ces fragments, qui ne forment pas la centième partie des richesses découvertes à Khorsabad , rien n'est plus facile que de reconstnure en

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