‹ Caprices et zigzagsChapitre 6 sur 10 · UNE VISITE CHEZ MERODACH-BALADAN · texte numérisé non relu

UNE VISITE CHEZ MERODACH-BALADAN

particulières dont les historiens n'ont que confusément tracé la pathologie. Soudainement, on ne sait pas pourquoi, une ville qui paraissait florissante et douée d'un long avenir, est frappée de langueur et de paralysie. L'existence l'abandonne, et ses rues sont comme des veines ouvertes par où son sang s'écoule. Tantôt c'est une invasion de barbares ou de conquérants, tantôt une révolution climatérique, ou bien encore, comme c'est le cas de Ninive, une malédiction céleste.

Ces centres prodigieux où les populations abondaient et bourdonnaient comme des essaims d'abeilles aux abords d'une ruche, entrant et sortant par les larges bouches des cités vomitoires, deviennent déserts tout à coup^ L'herbe pousse dans les ornières des chars. Les pullulations de la solitude, l'ortie et les reptiles, envahissent les chambres des palais; les orfraies et les griffons habitent les tpmples dévastés. Les chemins des hommes s'éloignent de plus en plus de ces lieux maudits, et alors, dans le silence et l'abandon, il se passe une chose étrange : lorsqu'un oiseau meurt au fond des bois, des insectes noirs sortis on ne sait d'où arrivent aussitôt et se mettent à l'œuvre. On les appelle fossoyeurs, et ils sont bien nommés ; ils creusent sous le petit corps une fosse où ils le font tomber, puis ils s'en vont après avoir soigneusement nivelé le sol. L'entomologie n'a pas classé les noirs insectes qui, dans la solitude, creusent la tombe des villes mortes et les font lentement disparaître de la surface du globe. Mais on ne sait comment la terre monte et s'accumule, jetée par la pelle d'invisibles fossoyeurs. Les colonnes en ont

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Mentôt jusqu'aux genoux; lesTastes cours des palais s'emplissent ccHome une mesure où le laboureur tasse le froment; les rues s*oblitèrent peu à peu, les canaux tarissent^ la poussière entahissante m(mte ks escaliers marche à marche, s'arrètant quelquefois un siècle sur les paliers, pourrej^reodre haldne; elle nivelle les toits, gagne les tours étage par étage, suit dans les airs lés spirales infinies des Babels» et les cercles d'aigles centenaires qui tournoyaient autour du sommet prodigieux sont tout surpris un jourd'encheyétrer leurs ailes aux broussailles du sol, là où ils fouettaient de leur noire enrei^re le créneau d'une Lylacq.

Dans un pli de terrain, elle a disparu, l'énorme ville, avec ses temples démesurés, ses palais géants, ses superpositions de, tours, ses escaliers de terras* ses, du haut desquelles, accoudés et rêveurs, les rois étalaient leurs barbes frisées sur un pectoral de pierreries, avec ses pylônes faits d'un seul bloc, ses colosses de granit rose , ses éléphants de basalte soufflant Teau et le feu par leurs trompes redressées, ses piscines où Ton descendait par cent dc^és de porphyre, ses viviers plems d'eaux amèrei , où sau- " talent et reniflaient les monstres de l'Océan, ses toits de màtbrt d'où les mages épelaient la nuit dans l'alphabet d'étoiles du ciel, et ses profondes cités mortuaires, où, couche par couche comme des feuilles d'automne, se déposaient les générations tombées de l'arbre du temps* Tout cet immense entassement de richesse, de puissance et d'orgueil, ce prodigieux amas dont les dentelures déchiraient les nuées aa passage, n'est plus maintenant qu'une plaine aride

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