‹ Caprices et zigzagsChapitre 7 sur 10 · UNE VISITE CHEZ MBR0DAC9-BALADAN · texte numérisé non relu

UNE VISITE CHEZ MBR0DAC9-BALADAN

et bossuée de moDikules difformes. Les sources extravasées y filtrent à travers les pierresjet les briques, et s*y étalent en flaques noires où s'ahreurent les plantes vénéneuses, où frétillent les hydres en nœuds verdâtres. La terre, corrompue el brûlée par la putréfaction lente du cadavre qu'elle recouvre, ne produit que des poisons et ne peut fournir à la vie des aliments. L'homme meurt dans ces lieux que foulaient jadis d'innombrables populations. Quelle est la raison secrète, la cause occulte qui raye du livre de la vie, comme un mot inutile, toutes ces cités colossales^ centres d'empires tels que le soleil n'en reverra plus ? Faut-il croire, comme pour Babylone et Ninive, à l'effet d'une malédiction î Dieu a-t-il pris la peine de se colérer contre ces villes superbes, et d'appuyer son pouce sur leur front rebelle pour les écraser? Impénétrable mystère, problème insoluble qu'on cherche en vain à expliquer par les conquêtes et les changements d'empires, les écroulements de dynasties, les substitutions et les dispersions des races. Qui aurait jamais cru que nous verrions de nos yeux , que nous toucherions de nos mains, des fragments de la ville anathématisée par le prophète; que nos pieds fouleraient le seuil qu'ont foulé Assur, fils de Sem; Ninus, fils de fiélus; Sardanapale^ Teglath-Phalasar et Salmanasar, tous ces rois demiréels , demi-fantastiques , embaumés dans des versets de la Bible? Un de ces jours, si l'on fait des fouilles à la place où fut Babylone, on apportera au Louvre la salle tout entière du festin de Balthasar et la muraille avec le manè^ thecel, phares, écrits par la main flamboyante et traduits par Daniel.

La découverte de ces restes merveilleux est due à un de iîes hasards qui n'arrivent qu'aux gens d'esprit : M. Botta faisait pratiquer des fouilles sur Tenceinte où Ton croit généralement qu'était située Ninive , et, las de ne rencontrer que des briques et des fragments informes, il fit attaquer un monticule au village de Khorsabad. Ce monticule à peine éraillé par les travailleurs livra le secret que renfermaient ses flancs. C'était la caisse de terre, la botte mystérieuse qui conservait la momie d'un palais ninivite. Palais gigantesque tout plaqué de basreliefs et d'inscriptions cunéiformes , peuplé de colosses d'albâtre aux aspects étranges et symboliques. Un incendie avait dévasté l'édifice, et sur le plancher gisaient les poutres carbonisées du plafond, parmi les cendres mêlées des restes d'un enduit bleu ; car cette architecture était coloriée, suivant l'usage presque général de l'antiquité. Le feu qui a laissé ses traces sur les murailles de ce palais avait peut-être été allumé par Cyaxare, le romèide, le réalisateur des menaces prophétiques, l'exécuteur des vengeances divines. Quelques-uns des bas-reliefs, trop profondément mordus par la flamme, s'exfoliaient et s'effritaient au contact de l'air ; et jusqu'à l'arrivée de M. Plandrin, envoyé par le gouvernement au bruit de la découverte, M. Botta dut s'improviser dessinateur, pour conserver au moins en croquis ces révélations du passé, que le néant allait ressaisir. Heureusement beaucoup de portions avaient été moins maltraitées et purent être détachées des murailles pour être embarquées sur le Tigre et envoyées à Paris. Alors, découverte abrutissante, qui confond

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tout raisonnement et ouvre des perspectives sans borne à la rêverie, on s'aperçut que sur l'envers des bas-reliefs étaient gravées d'interminables inscriptions cunéiformes, creusées avec le soin le plus méticuleux, et que nul œil n'avait jamais pu lire, puisqu'elles regardaient la paroi de la muraille et qu'elles étaient faites pour se noyer dans la maçonnerie. Ainsi ce n'était pas assez d'orner des salles de basreliefs du travail le plus fin et le plus soigné, et qui, mis bout à bout, formeraient une bandelette de plusieurs kilomètres ; il fallait encore que la face perdue , le côté aveugle de ces frises «sculpturales dans lesquelles se déroule la vie d'un peuple, fût sillonné de légendes cryptiques. Quelle armée d'artistes infatigables et habiles on a dû employer à Texécution de ces travaux incompréhensibles I Quels étaient l'intention et le but de ceux qui les commandaient? Qu'espéraient-ils de ces inscriptions, qui ne pouvaient être lues qu'après la dévastation et la ruine des monuments auxquels on les appliquait? Quelle révélation terrible voulaient-ils faire à l'avenir, qu'ils prenaient de telles précautions ? Oh I si l'on pouvait pénétrer cette pensée si profondément mystérieuse, et devant laquelle le sphinx, cet expert en fait d'énigmes, resterait rêveur pendant des siècles en i^e rongeant les griffes I Quel est le sens de tous ces petits clous gravés en creux, qui se groupent, s'isolent, se penchent, se dressent, se couchent en mille attitudes inintelligiblement significatives ? Sontce des formules talismaniques destinées à rendre éternel le palais qu'elles protègent occultement , des dates ou des renseignements historiques comme

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eeui qu'on enfouit sous }a inr^oaière pierre des mo« numents qu'on élève» des éloges teltement hyperboliques du maître qu'il aurait rougi de les exposa aux regards des contemporains, et disposés ainsi pour donner de lui l'idée la plus flatteuse à la postérité? Ou bien encore lesesdaves occupés à sculpter ces bas-reliefs, où leur défaite était glorifiée, auraient-ils Toulu sur la fiice opposée inscrire la lé^ gende ironique de leurs vainqueurs et se venger ainsi de leur abaissement? Après tout, cette abAé« gation n'a rien qui doive surprendre dans l'art antique^ où des peuples entiers travaillaient au profit et à la gloire d'un seul mattre, où TÉgypte gravait patiemment dans le plus noir granit, sur les murailles ténébreuses de ses syringes, d'incommensurables bandelettes d'hiéroglyphes coloriées, pour amuser la momie de quelque prêtre ou dç quelque pharaon.

Outre ces bas-reliefs, M. Botta a fait embarquer après qu'on les eut sciés en plusieurs morceaux, car leurs monstrueuses dimensions ne le permettaient pas avec les ressources dont il disposait, quatre colosses qui formaient les jambages d'une porte, et dont les proportions, l'aspect grandiose et le travail admirable frappent d'étonnement et de stupeur, et font se demander si, depuis trois mille ans, le genre humain a fait un pas, et si le progrès n'est pas un vain mot dont se berce Torgueil de chaque génération.

Ces fragments ont été ressoudés au Louvre avec une telle adresse, que le point de jonction est introuvable : d'autres colosses du même genre, réenterrés

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