BORNE R ROGUE TEEN TERRE
surlui, dansle cœur d’Aleyandrine, Il avait pour | Soudain un cri strident a dominé le bruit des flots
et réveillé la grande voix des bois. Le jeune homme
possibles, et cette conduite loyrte, loin de dimi |eut un haut le-corps, et en un instant il fut debout,
nuer l’aigreur de Mélas, ne faisa que l’augmenter. 11 voyait George, son rival, non s-ulement l’emporter sur lui dans le cœur d’Alexandrine où il n'avait nulle place, mais encore il le voyait supérieur à lui en courage, en noblesse de caractère et en magnanimité.
Passons sons silence les longues insomnies de Mélas, ses veilles flévreuses où, la tête en feu, les yeux secs de larmes, le front pâle et ridé, les che veux en désordre, il n'avait à la bouche que des piroles d'imprécations et de menaces horribles; parfois on aurait dit que le remords qui glissait presque toujours sur son âme, counme un boulet sur une surface piane, le mordait à certaines heures, etil se prenait à regretter de s'être avancé aussi loin. Mais non, il ne pouvait reculer ; la jalousie doublée de son orgueil, l'empêchait de reculer: il ne pouvait donc que se plonger davantage dans la voie tortueuse du mal. Le remords se faisait à son âme mile et déjà entre les mains de Satan ; et la rage plus forte, réagissant sur son cœur gangrené, le rendait fou.
Le mois de septembre était arrivé, et avec lui les oiseaux de la nouvelle couvée essayèrent leurs voix. George et Alexandrine coulaient des jours heureux, l’un auprès de l’autr:. Pas de nuage dans le ciel de leurs amours, car José Garrot n'avait pas la langue assez sale pour aller inventer quoique ce soit contre les jeunes amoureux,
Déjà on parlait. de mariage, et George, croyant faire plaisir à Mélas lui avoua que l'hiver ne se pas serait peut-être pas sans qu'Alexandrine n’unisse sa mein à la sienne. Ce fut le coup décisif, Mélas se troubla tellement que George lui en deman
da la cause. Ua prétexte futile lui réussit à sortir
de ce mauvais pas, car toujours il avait un masque avec son compagnon d'enfance et da collége. Nean moins il sut comprimer sa passion fatale; mais pas assez pour que l'œil clairvoyant de la mère ne romprit le ravage que le démon de la jalousie avait fait dans le cœur de 800 enfant. Pauvre mère ! elle pria plus longteinps le soir; ses larmes furent plus abondantes Nouvelle Monique, ella espérait faire de son Mélas un nouvel Augustin par la con. version.
Dix heures sont sonnées depuis longtemps. Le
— Estce toi, Plume d’aigie ?
Un bruit d’aigle froissant les feuilles, lui répondit que c'était le cri d’un hibou qui l’avait ainsi troublé dans 8a profonde méditation. Revenu de son erreur, il se mit à arpenter la forêt; l’état d'excitation où 1l se trouvait ne lui permettait pas de rester inactif, L'heure est venue d’agir, se dit il tout haut; j+ n'aurai plus de trève que je ne l’aie frappée dans ce: qu'elle a de plus cher; ma vengeance ‘era terrible, parce que ma douleur a été forte et profonde. J'ai lutté longtemps contre l’enfer qui m’entrainait, J'ai été vaincu dans une lutte inégale, Lui, la mari. er, là poiséder à jamais! Elle, jouir quand elle sait que je souffre pour elle et par elle; ch! maudite fille que j'aime follement, éperduement, Oui, un de vous deux doit disparaître de la scène, Mais la justicel La justice n’est plus qu’un vain mot, quand son exécuton est obstruére, Que m'importe le Capitaine de Milice à moi ? Qui pourra me soupçonner? Ille faut; 1! ne l'aura jamais pour épouse, Entra ses lèvres et celles d’Alexandrine dans le baiser qui doit les unir pour la vie il y a encore la place d'un cercuril, d’une fosse, d'un couteau, Oni, encore une fois, j> le répète ce mot: le sort en est jeté. La haine et la jalousie bouillonneat trop fortement dans mon cœur; je me suis livré au courant, il faut qu'il m'entraîine. Plus de place pour la pitié, car ils n’en ont pas pour moi. Qu'ils disparaissent da mon che. min |
À ce moment un bruit sec se fit entendre, et d’un fourré épais sortit un être immonde et sale; c'était Plume-d'aigle,
Viensici, Plume-d’aigle, et ouvre bien tes oreilles,
L’interpellé s’approcha en chien-couchant; c'était lui, cet être servile qui pouviit, pour de l'eau de-vie et un peu de tabac, torturer l'enfant le plus faible et le plus souffreteux.
— Tu connais mes desseins, Plume d’aigle ? Tu sais quel est celui quise met sur ma roule? Eh
| bien, il faut qu'il disparaisse au plus vite.
— Quand maître ?
— Domain, à l'heure où le soleil disparaît à l’horizon, J'irai au hois avec lui, près de la grève. Nous parlerons assez lonvuement, quand la chouette aura jait entendre sa voix, nous partirons ; c'est toi qui
ciel n’a pas uñe étoile qui réjouisse la vue, et la | Sera la chouette,
lune ne se montrera que sur le matin, entre les in
ters ices des nuages. Les bois sont réveillés par la rép-reussion des souris groniements de la mer en courroux, battue comme elle l’a 6t6 pendaut deux jours de vent sud ouest. O1 entend parfiis, de loin en loin, le cri des oiseaux de nuit sous le cuu vert, et ce cri lugubre e’ déchiraui fait trissonner les pas-| sauts qui croient aux lutins et aux Iloup-garous,
par celle nunt noire d'encre.
A cette hur- du soir, derrière chez le Notaire B:ldieu, dans l'éteudue du bois qui pirt du pied de
— Oui, maitre.
— Alors nois partirons ; suis nos traces un peu de près, Je m'écart-rai un moment, et alors bandit, et d un coup de couteau sûr, me:s fin à tout, puis silence, Tu m’as compris ? è
— Ou, maître.
— En! bien, regagne ton bouge.
— J'obéirai, maître, mais. ...
— Qioil mas?
— Qioi tu donnes?
— Vingt pièces blanches et une barrique de
de la montayie, un jeune homine est assis au pied | rhum.
d'uu arbre; les coni 8 sur les geuoux et la tête
Les yeux du sauvage lancèrent une gerbe d'étin-
daus ses veux larg:s maius; 1 pense. On dirait un|telles, et joyeux il disparut un bondissant sous le
un peuu-Jouge invoquant ks mânes de ses aieux. couvert, ei le bruit de
ENVI RS OA CT FL ATEN Qt A
| tants. C’est
sa course se perdit dans le.
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Je puis c chemin du
chaud dev semblait sel peü à peu plus que le
Comme |
touche, ni ni la vied
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George e vers l'heur avait dema il dit, je d et pour aû sacrifier qu
nous voir,
tir là, tout} et qui ai t George, tu « sans toi c’e joie,
Quand l'I put -se déci sentiment 8ç rait le cœur pauvre enla:
récieuses, a jeune fille promit, pou la promenad Puis il parti
— Queile j'ai bien fait nons jouiro lant de tos y
— Je we Mélas. Je su et si celte | moins agréa séparant d’/ preuve d'am
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éclair subit.
qui fut susc ment. Assis
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George fit à
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mais il n’osa
lointin, Cependant Mélas put entendre: “ Mon âme à Satan, pourvu que j'aie du rhum, ”
Je puis compter sur lui, dit Mélas qui regagna le chemin du roi pour entrer chez lui.
Le lendemain, la journée était belle. Il y avai bien quelques nuages épars çà et là, légères na celles au sein de l’azur des Cieux; mais le vent chaud devait bientôt les nouer à l'horizon où la mer semblait se confondre avec le ciel. La mer avait tu peü à peu sa grande et forte voix; on n'entend plus que le brisement de ses flots sur la grève.
Quand la Chouette eut jeté dans les airs son cri plaintif et morne, Mélaseut un frisson glacé qui lui parcourut tous les membres.
— L'heure est avancée, M6las ; nous allons rega-
|gner le village.
— Comme il ta plaira, George. Etre dernier en. lonna l'air ei sonore: Tu veux savoir jusqu'à quel point je t'aime A mesure qu'il avançait dans sa chanson, on entendait les branches sèches crier sous la
ait pression d'un être inconnu. Mélas savait tout, et
tout son sang refluait au cœur qui baitait à rompre
Commc la journée fut longue et pleine d’anxiété|*a Poitrine, Quand George eut fini les quatre vers
pour Mélas, ce Caïn qui voulait trahir son ami comme Judas, son maîre, par un baiser, Rien re le touche, ni le spectacle de sa pauvre mère en larmes, ni la vie de la victime désignée d'avance au cou
suivants :
L'un à l’autre ayons confiance, Le doute aseoubrttaft nos jours; Maigré le temps, malgré l’alsence, Crois-moi, je t’'aimerai toujours,
teau du meurtrier, Enfin! l'heure est sonnée Les| Le bruit devint plus évident.
coups de l'horloge ont eu un dur retentissement dans le cœur ingrat de Mélas,
— Quel est donc ce bruit insolite ? dit George. — Attends, reprend Mélas, je vais aller voir, et il
George est invité à faire une promenade au bois, | disparut dans les bois, laissant George seul.
vers l'heure du soleil couchant, Alexandrine lui
Un faible cri, suivi de la chûte d’un corps, vint
avait demandé sa veillée. Non, mon ange, lui avait.| avertir Mélas que tout était consommé. Une sueur il dit, je dois des ménagements à mon ami Mélas ; | froide perlait à ses tempes. [l se hâte lentement, et et pour adoucir la rigueur de son sort, je dois lui arrivé-enfin auprès du cadavre de son ami, il faillit,
sacrifier quelques instants du bonheur que je goûte auprès de toi.
Oh! George, nous avons été si longtemps sans nous voir, que nous avons besoin de tous nos ins tants. C’est un besoin pour moi de te voir, de te sentir là, tout près de moi qui t'ai laissé partir une fois et qui ai tant souffert de cette longue absence. George, tu es devenu un moitié de mon âme, et sans toi c’est vivre à moitié, sans douceur, sens joie.
Quand l'heure du souper arriva Alexandrine ne put .se décider à laisser George partir. Un pres-
le Jâche, se trouver mal, ‘ Caïn, Caïn, qu'as tu fair de ton frère ? ” semblait lui crier toutes les voix de la nature, Il part, affollé de terreur et crie: au secours, au secours, Un frisson d'horreur courut par tout le village en entendant ces cris, avant-coureurs d’un grandi malheur.
Les premiers habitants s'empressent et arrivent en toute hâte, auprès de Gzorge immabile, raide sur le sol; sa pauvre figure regardait le ciel, et le corps était replié sur lui-même, Une mare de sang souillait la terre.
Pourra-t-on comprendre la panique dans laquelle fut plongé tout le village entier. Comment dépzindre
sentiment secret, qu’elle n'osait lui avouer, lui ser-| es cris et les larmes et de la mère de George, et
rait le cœur comme dans un étau. Elle pleura, la! G'Alexandrine, à l’arrivée êu cadavre. Le vénérable pauvre enlant, près de George qui essuya ces larmes | pasteur du village, toujours où il y avait quelque
récieuses, Il s'arracha doucement de l'étreinte de | Gouleur à consoler, fut le premier rendu chez la a jeune fille, et l'encourageait à se remettre. Il lui! mûre de George. Il avait le cœur large et rempli de
promit, pour la consoler, de revenir la voir après! sainte charité. Il avait vu bien des svènes pénibles, et
la promenade qui devait être moins longue Puis il partit pour se rencontrer avec Mélas.
— Quelle belle journée. George ? N'est-ce pas que j'ai bien fait de tl'inviter d'aller avec moi au bois, où nos jouirons des beautés de la nature tout en par lant de tes voyages ?
— Je we suis rendu avec plaisir À ta demande, Mélas. Je suis toujours heureux de te faire plaisir,
possible. | celle là le frappait davantage, parce que la victime
était jeune et pleine d'espérances, [Il parla longuement, pendant que le docteur était en devoir de constater si réellement il n’y avait plus d’espoir, et réussit à tranquilliser les esprits en leur assurant (sans en être certain) que George n’était pas mort et ne devait pas mourir,
D'un autre côté, Mélas était questienné sur tous les incidents d’une semblable tragédie qui fait tox.
et si cette promenade te pleit, elle ne m'est pas|jours tant d'impression sur les populations. E! lui moins agréable, puisqu'elle va te prouver qu’en me | fallut un tempérament de fer pour résister à tous séparant d'Alexandrie pour aller avec toi, je fais ces assauts et ne pas 82 compromeéltre par des pas preuve d'amitié. roles awbigues et évasives. Je le laisso un moment
Ces paroles si chaudes, si convaincues, amenèrent|dit-il, pour connaître la nature des bruits qu'on une ride au front de Mélas. Mais ce ne fut qu’un |ertendait dans les bois; un cri n’appelle à la hâte, éclair subit. Oh! son cœur n'avait plus do côté | j'arrive et j: trouve George baigné dans son sang, qui fut susceptible d'être mordu par un senti-|[On peut m'accuser, dit-il, mais George est mon ment. Assis sur un arbre renversé, les deux amis|ami; et d’alleurs l'assassin a dû êlre vu et connu
restèrent plongés dans une conversation dont|par lui. S'il revient à la vie, il pourta parier et dire George fit presqu'à lui seul tous les £rais, Molas | la vérité,
avait des distractions que G:orge remarqua bien, ‘ mais il n'osa lui en demander la cause ui la uature.| Mélas; maisenfn, quelennemi pouvaitavoir George?
On était à cent lieues de croire à la culpabilité de
Ti Pi Et