‹ Captive et bourreau [microforme]Chapitre 15 sur 31 · HU · texte numérisé non relu

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— Le devoir m'appelle, Alexandrine, et ton cœur |mettresaunombre d'un parti, d'unetribu sauvage.

noble et vaillant comme celui de toute notre race, [Il

me comprendra ; tu sauras me cacher tes iarmes afin que mon courage ne faiblisse pas en face des exigences de mon état, j'oserais dire de ma vocation.

— Oh! George, je comprends ton devoir; mais je ne sais pourquoi mon cœur se brise dans une étreinte mortelle, Il y a parfois en nous des voix qu'on ne devrait pas méconnaîitre. Elles sont parfois messagères du ciel; eh bien il y a en moi quelque chose qui me fait souffrir et qui me dit que Je souf: frirai, malgré que je sacüe que souffrir esl une loi pour tous, riches et parias. George, mon espoir, ma vie, garde-moi ; ne l'en va pas, ou je vais mourir.

— (Console-tai, mon enfant, cousole-toi. Tu restes seule au foyer; mais qui sait si la solitude ne s’é. clairera pas par la présence d’un petit chérubin que tu aimeras pour noue deux; car.j'espère bien que Dieu a béni notre union, et qu'il nous donnera ua berceau, et dans ce berceau nous confondrors nos cœurs et notre amour mutuel qui devra toujours être fort comme la mort Sois sage et forte pour moi et pour cet enfant à naître qui fera notre joie,

— Je tâcherai..... et elle entoura le cou de George de ses deux bras nerveux.

«Longtemps ils restèrent ainsi, le regard rivé l’un à l'autre et tous deux plongés dans une extase muette, On aurait dit Hector.et Audromagne 8e parlant d'adieu avant l'heure du départ pour la guerre de Troie.

Passons sous silence les sanglants adieux de George et d’Alexandrine. Il est des scènes qu'on res gent mieux qu'on ne peut les rendre.

Ver.ons contempler un frêle enfant dans un petit berceau d'osier, auprès du lit d'Alexandrine; c'est un ange; il est beau comme son père, mais il a les traits de la mère. Ü’est une petite Glle rose et pleine de vie que sa mère a appelée Armande. Quelle joie depuis son apparition. Le logis triste d'Alexandrine s'était éclairé d'un flambeau par l’arrivée de ce pe. tit être qui compte et tient une place dans un jeune ménage, Comme sa mère l’aimait! et quelle mère n'aime pas sou enfant? Elle la chérissait tellement:

u’elle craignait que le ciel ne lui reprochât tant d'amour en lui enlevant cette enfant, une partie d'elle même, sa vie et son sang.

L'enleverf avant que George ne l’ait prise dans ges bras, ne l'ait pressée sur son cœur paternel ? Allons donc! g'aurait été un crime, et le ciel n'en -est-pas capable. Mais qui connaît les desseins impénétrables de Dieu ? Les fleurs naissent, sourient au soleil et parfois le soir, quand elles ne sont pas souillées par une main marâtre. Ainsi de ces petits enfants qui viennent, fleurs si fraiches, orner le parterre du foyer conjugal.

Pendant que George navigue sur l'Océan .et parcourt lesmers du vieux monde, tandis qu'Alexan drine, tout à son enfant, attend avec anxiété le redour de celui qu’elle aime ardemment,; Mélas, dont oo n'a pas eu de nouvelles, a fait du chemin. Rendu sur La eôte Nord, il trouve moyen de se faire ad-

n’a pas abandonné son projét de vengeance, comme on le verra el comme on l’a déjà vu.

Dans ces tribus sauvages nomades, il se trouve toujours de ces êtres faibles «t remplis de passions. C'est vers eux que Mélas devait aller leur tendre la main en s'en faisant des sôides flièles : il flatterait leurs passions, et il pensait bien pouvoir réussir. 11

Iait mettre à profil les mauvais instincts de la nature humaine.

Après quelqués jours de recherche et d'examen, il crut avoir trouvé ses hommes. LA Chouette et lu Brochu, deux sauvages à la figure rebarbative, aux appétits grossiers et ivrognes fléffés, lui parurent aveuants, La connaissance se-fit promptement; il parla peu, mais il sut agir beaucoup, Une:année ne s'était pas écoulée qu'on l'avait admis au nombre de ia iribu après toutes les formalités, toutes les cérémonies requises en pareil cas Le temps coula ainsi en trames méditées et en projets de vengeance.

Un jour Mélas partit du village ; il fut un mois absent. Quand il revint, il paraissait plus gai, C'ést alors qu’il travailla à s'assurer ses deux alter ego.

L'hiver 1878-79 se passa à la chasse où Mélas montra plus d'adresse qué par lo passé, car l'habitude est la grande chose, et il comménçait à s'y faire. Le mois d'août venu, on Vit partir du village Mélaset ses deux acolytes, en canot sauvage. [a cabane resta s0litaire, une vieille ghitane devait venir la garder, L'absence de Mélas avait porté à profit. Il avait eu l'audace de se rendre jusqu'au village, de s’assurer lui-même de là naissance d’un enfant par l’entremise de la mère de Plume d'’aigle, d'examiner là tot pographie des lieux, afiu de mieux assurer la réalisation de ses plans. Il partait, mais sûr d'avance de ne pas échouer, car George n’y était pas, et quelles défenses peuvent offrir deux femmes au milieu de la nuit. Ils arrivèrent donc près du village où Mélas avait vu lé jour; il vitce clocher que ses yeux avaient si souvent regardé ; là tout près de l’église, sa vieille mère qui le pleurait encore, son-enfant prodigue; il vit ce bois où il avait.mis sur son front le signe de Caïa : tout cela glissa sur son âme maudite comme un boulet sur une surface plane. L'enfer le; possédait tout entier ; il n’y avait plus de-place dans son cœur pour un bon sentimeuit.

Arrêtés sur la grève, ils se consulièrent et leur plan fut arrêté.

| Mélas donna ses indicationsqui furett suivies 4 le ettre. 7 V -

On se rappelle l’enlèveñient de l'enfant, lé mel. heur de la mère, l'excitation de tout'le village, ete. Hélas! tout était consommé. La vengeance ‘allait avoir son cours, une véngeance , diabolique qui ferait trois victimes : George absent, la mère devenue folle, et u1e enfant bien chétive qui comprendrait plus tard la douleur de satriste situatiom® ‘1

Triste situation pour ces trois êtres frappés dans ce qu'ils oùt de plus Cher. Ce sera le süjet de la se. conde partie de ce livre,

no po nesé né SR 18 9

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