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et d'ardeur, il pouvait passer des heures entières à contempler Fleur-du-mystère qu'il trouvait de plus en lus mystérieuse; mais, hélas! il na pouvait plus sortir de son cœur que des flammes brûlantes qui allaient détruire tout sur leur passage. Il veil- Jait sur Fleur-äu-mystère avec une vigilance d’Ar. gus, ce monstre aux cents yeux, se Contentant de lui apprendre, tant bien que mal, l'écriture et la lecture,
À douze ans, Fleur-du-mystère savait lire cou. ramment. Le seul livre que Mélag lui laissa entre les mains, était celui qu’on avait trouvé sur un ca-
davre échoué au plain: les poëmes d'Ossian, ces|
éternelles plaintes du poëte à l'imagination en fau. Fleur-du-mystère en avait retiré une mélancolie douce et rêveuse qui la portait à s’isoler, à errer dans les bois et sur les grèves, pour entendre parler à son oreille ces mille etun bruits dont la nature sauvage est pleine. Quoique restreinte par M6las, elle pouvait s'échapper parfois et 8e livrer au plaisir d’une longue marche, au bord des flots agités ou tranquilles.
Disons-le de suite: Mélas craignait Bison-des- Plaines qui vaillait toujours. La vue de Fleur dumystère pouvait être fala.e, et en s’aimant tous deux, Mélas pouvait être privé du cœur de cette fille qu'il aimait follement. .
Pendant ce temps de véritable captivité, Fleur-dumystère dépérissait comme ces fleurs privées du s0- Jeil, elle qui aimait tant l'air et la liberté, Quelle jouissance entre une vieille sauvegesse à moitié aveugle et un père qui l’aimait parfois pour la rudo-
er ensuite! Elle sortait quelques fois à travers le village, toujours accompagnée de Mélas, l'ous la regardaient passer avec joie. Il tombait alors de sa personne je ne sa1s quel charme mystique qui frap-
it les sauvages et les portait à vénérer cette jeune |
fille à l'air si doux, au regard si bon!
Le Chef avait souvent invité Mélas et Fleur-du| mystère À des repas de circonstance, et pour une! raison où pour une autre Mélas avait trouvé un pré-| texte pour ne pas amener son enfant avec lui. Cé.| tait alors que Bison-des- Piaines trouvait moyen de se faufñiler jusqu'à Fleur-du-mystère, la regarder! sans qu'elle le sût et s’en retourner heureux d'avoir ‘contemplé ses traits. Il allait satiefaire ce besoin du | cœur, aux heures mêmes de la nuit où Mélas et Fleur-du-mystère étaient ensemble, sous la tente.
C'est en vain que Mélas veille, et une heure a son-|°
n6 où il doit comprendre où ont abouti ses efforts, Un soir, Mélas dévorait des yeux piutôt qu’il ne ne regardait, Fleur-du-mystère récitant tout bas les | vers d'Ossian. Le malheureux, il ressentait dans son cœur ua amour profond et jaloux. ll aurait voulu la voir se lever lentement, s'approcher de fui et lui | er er: « Mon père,” et cela par une impulsion na-' turelle partie du cœur de Fleur du mystère, Il aurait voulu qu'elle murmurât à sou oreille ces pa roies ineffables que jamais femme aimée ne lui avail dites, Ilin’était pas digne, le monstre, d’enten-| dre une voix de femme, une voix d’ange, lui dire: “ Je t'aimel” ces mots tombés du ciel pour la con. solation de ceux qui souffrent ei pleurent.
Viens ici, flle, dit il.—L'enfant s'apg voha,
— M'aimes-tu, Moi twu père ?
— Qui père, tu le sais blen.
. — Pourquoi faut-il que je te le demamde toujours ?
L'enfant baissa la tête,
— Tu as seize ans passés, je crois bien ; il me semble que ton cœur doit savoir ce qu’est l'amour ?
— Oui, mon père, Laurent m'a dit ün jour ce que c'était que l'amour.
— Que dis-tu ? Laurent qui ?
— Oui, Laurent, M. Laurent qui reste au poste...
Elle n'acheva pas, que le poing fermé de Mélas la frappait en pleine poitrine et l’envoyait rouler, sans connaissance, dans un coin de la cabane, C'est en vain, ditil, que j'ai pris mes mesures, C’est en vain que je l’ai isolée. Je Le vois, son cœur rêve un autre que moi. Et comme effrayé de ce qu'il venait de faire, en un instant il fut auprès de Fleur-du-mys. tère, et après beaucoup de soins la ramena à la vie La laissant au soin de la vieille sanvagesse, il sortit,
Comme il frauchissait le seuil du wigwam une ombre passa; un chien, 8e ditil;etil courut vers la grève,
Le chien, que dans son excitation il avait cru voir, c'était Bison-des Plaines qui avait tout vu du dehors.
Passons sous silence ses lamentations, ses larmes |brûlantes de désespoir, et ses menaces. Fureur | vaine ; il commençäit à comprendre qu'il avait À lutter contre une force plus grande que la sienne | plus forte que l'enfer. T1 avait aimé un jour d'un [amour qui le porta au crime; puis il avait haï et çmaudit ; maintenant il voulait ouvrir son cœur aux |joies de se sentir aimé de l'enfant ravié, il voyait tout s'écrouler sous l’avenir de Fleur-du-mvstère, Laurent, du Poste, avait le cœur de l'enfant qu'il | voulait pour Jui seul. Le ciel me punit{ disait Mélas.
{Je suis condamné à traîner partout ma vie migérable
et sans joie, à errer comme un vil lépreux à travers ce chemin si sombre de la vie. J'ai voulu semer le vent, et maintenant la tempêle gronde sourdement au-dessus de ma tête, et je ne puis me mettre à l’a. bri, Triomphe, ciel, un moment. Au troisième coup je plierai peut-être le front devant ta puissance, |
C'est en gesticulant et en parlant ainsi que Mélas parcourut la grève déserte ; mais non, il n'était pas seu!, Bison-des-Plaines avait suivi 8es pas et il avai! prêté l'oreille à toutes ses paroles. | Qu'était donc ce Laurent et comment avait-il connu Fleur-du-mystère ? Nous allons le voir.