‹ Captive et bourreau [microforme]Chapitre 23 sur 31 · LA LE COMMIS NU POSTE · texte numérisé non relu

LA LE COMMIS NU POSTE

Un jour, sur les bords de la bells [le d'Orléans, une pauvre malheureuse mourait d'inanition. Un

[brave cultivateur de l'endroit trouva le cadavre, jet tout auprès un enfant faible, 2ux joues caves et

au teint livide. Il fit enterrer convenablement la mendiante, et comme le ciel l’avait privé du bon-

{heur d'avoir des enfants, il garda, de concert avec

son épouse, le petit malheureux qui serait mort de faim, sans le secours de ces personnes charitables. Oa l’appela * Laurent, ” parce qu'il avait été trouvé au bord du flauve, et porta le nom de son père adoptif: Laurent Qoulard, f

Laurent g amour imm tion essaya tion. Rienn plus forte q les territoir!

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GAZETTE DÉS

Laurent grandit et manifesta de honne heure un amour immodéré des aventures. Sa famille d’adoption essaya en vain de détruire en lui cette inclina tion. Rien n’y fit: c'était une voix qui parlait en lui,

l'enfant de la pauvre abandonnée. Il ss demandait s’il n’était pas venu au monde pour souffrir, lui l'enfant de la misère,

Oh ! qui dira les dramss inconnus qui se déroulent

lus forte que sa ve onté. A size ans, il partit pour |tous les jours, drames sombres, horribles, où les vice

es territoires de la Baie d'Hudson, Pendant deux ans, il végéta au milieu des tribus nommades qui erraient dans ces contrées,

Un jour, dans une de ses périgrinations, il fit la rencontra d’un des membres de cette fameuse Conipagnie de la Baie d'Hudson qui monopolisait le commerce des fourrures. L'intérieur franc du jeune Laurent le frappa ; il devina en Eni de la bonne étoffe, Les yeux seuls disaient l'honnêteté, la hardiesse et le mâle courage de ce jeune homme de dix huft ans. Il lui demanda s’il voulait bien s'engager. Laurent fatigué de cette pénible vie d'aventure, accepta de suite. Il fut envoyé comme commis au Poste sauvage, justement où Mélas et sa tribu passaient leur vie. Ses allures franches, son caractère plein de douceur mais non sans énergie, lui gagna l'estime de tous les sauvages du Poste. Bisou-des-Plaines surtout g’attacha à lui comme l'ombre à son objet. Le Poste était en dehors des limites du village indien,

— Tu ne viens pas au village? Lui dit un jour Bison-des-Plaines; tu y verrais un blanc comme toi,

qui vitau milieu de nous avec une jeune Visage-|

pâle qui ressemble à une pâle marguerite qui se penche au bord des eaux.

— Des blancs au village ? dit Laurent.

— Oui, frère et.... Son secret faillit lui échapper.

— Et... quoi? dit Laurent, |

— Et tu devrais venir les voir, Oh ! non.

— J'aimerais connaître cette jeune filie.

— Ça viendra, répartit Bison-des-Plaines qui ga: gna seul le village.

Cette révélation avait piqué au vif la curiosité de Laurert. Seul, jeté dans le monde sans protection, aujourd'hui au milieu de ce peuple grouiilant dont il avait presque pris les habitudes, il avait conservé intact, au fond du cœur, cette capacité d'amour que le ciel y plaça. Comme tout jeune homme de vingt ans, il rêvait un intérieur à deux, un foyer paisible, en un mot une famille,

Aussi cette nuit qui suivit la révélation de Bisondes-Plaines, Laurent eut le sommeil court. Il rêva lougtemps; il voyait des yeux du cœur cette jeune fille blanche élevée parmi les sauvages, et il l’entourait de tout ce qu’une imagination en fau peut trouver de beau; il en fit une statue animée à la

quelle il prêta toutes les formes imaginables; il pas |

sa donc la plus grande partie de la nuit à entrevoir cette beauté inconnue qu'il aurait voulu connaitre.

Le lendemain, c'était le jour äu Seigueur; vers le soir, ennuyé, poursuivi par celte vision enchante

resse, Laurent prit sa perche et s’en alla picher au

bord des rochers qui bordent ;e fleuve. Le soleil gllait disparaissant en arrière des montagnes, et l'ombre des collines s’allengeait sur le flzuve dont les eaux se doraient vers les rives du sud.

Le jeune homme, pirogé dans une rêverie pro

times refoulent sans cesse une plainte prête à s'échapper de leur cœur.

Laurent était à se demander comment il pourrait connaitre cet enfant dont lui avait parlé Bison-des- Plaines, quand une voix suave et sonore vint ls tirer de sa rêverie. Sur la grève une enfant délicate autant que brunie par le soleil et la fumée, à la chevelure pendante, s’avangait lentement en chantant avec cette douceur de voix particulière aux sauvages,

C'est bien là cette marguerite pâle dant parlait Btson-des-Plaines! A sa vue, Laurent ressent un trouble inexprimable. La rayonnement des yeux de l'enfant a trouvé le chemin de son cœur qu’aucune squaw n’a encore fait battre, pas plus qu'une visage-pâle,

Fleur-du.Mystère l’apergoit et ne se trouble nullement, Le sourire sur les lèvres, elle s'approche plus vivement depuis qu’elle a vu Laurent. Innocente

(dans ses manières d'agir et de parler, caudide en tout, simple comme la nature qui l’avait pour ainsi dire bercée, elle vient s'asseoir tout près de Laurent, — Vous ne prenez pas da beaux poissons? lai {dit elle. On dirait que vous n’aimez pas ça? *

! — Non, enfant... Quel est votre nom ?

| — Ja m'appelle Fleur-du mystère; un beau nom, | n'est-ce.pas ?

— Qh! oui, dit Laurent, Nou, Fleur-du-mystère, |continua-t-il, la pèche pour moi n’a pas été un désen- {nui, aujourd'hui. Seul en çe monde, igaoré de tous, |sans famille, sans amis, je regardais le passé sans en avoir peur, et je me demandais ce que j'étais ve- {nu faire en ce monde, seul, quand les autres ont des {parents et des amis.

| — Quel vent de douleur a passé sur ton front {pâle ? répond Fleur-du-mystère; tu parais bien |maiheureux? et, s'avançant de plus près, elle lui | prit la main en le regardant dans les yeux.

| Laurent sentit des larmes de jcie lui monter du cœur aux veux. C'était le premier être qui lui donna ce signe d'amitié profonde et d'intérêt,

— Pourquoi ne chantestu pas comme moi, sur

|les grèves, dans les bois avec les oiseaux ?

| — Tu peux chanter, toi, Fleur-du-mystère, car tu as des parents, des amig....

— Je n'ai que Mélas, le Hibon, que j'appelle mon | père, et voilà tout. Mais toi qui parais si doux, si | bon, dis-moi, que fais-tu au milieu de nous? D'où |viens-tu ? Bison-des-Plaines, mon bon ami, ne m'as | jamais parlé de toi.

— Je viens de l’autre côté, et il montrait la rive | Sud, Je suis ici, au Poste, depuis tout près de six | mois.

— Six mois! et je ne le savais pas; oh! mais Je

sors si peu souveut. Mon père ne veut pas que je sorte, Aujourd’hui Bison-des-Plaines est parti pour

fonde, oubliait sa ligne et les beaux poissons du|la chasse, il m'a permis de sortir, Oh! que je suis fauve les bords enchantés de cette île où vivaient encore peut-être ses parents adoptifs, eux qui l'avaient aimé,

ui off'aient une capture facile. Il revoyait|contente de Vavoir connue. C'est mon pauvre cœu*

qui ma fait choisir la grève où je devais te voir, plutôt que les bois où je n’aurais vu que les fleurs eù

ls nids d'oiseaux. J'avais besoin de connaître quel. ge qui soufire pour lui dire tout ce que j'ai - dans le cœur; c'est quelque chose que je ne comprends pas; c'est un je ne sais quoi qui me porte vers toi à cette heure, et me dit de rester près de toi our jouir, pour ne plus rien désirer que ta présence, oln des yeux, seule avec toi, Dis-moi, toi qui souffres, comprends-tu ce qui se passe en mai?

Mon Dieu, se ditil en lui-même, se pourrait-t-il que son cœur se sentirait déjà attaché à moi.

— Fleur.du-mysière, ce qui est en toi, et que tu ne sais pas bien définir, c'est un sentiment qu'on appelle l'amour, c'est Dieu qui nous donne ce sentiment pour aimer et faire, par ce moyen, notre bonheur ici-bas.

Amour ! Dieu ! il ne faut pas que j'oublie ces deux mots là. Dieu ! Qu'est-ce que c’est que Dieu ?

— C'est un esprit supérieur, qui est invisible. 11 réside au-dessus de nos têtes; il punit les méchants et récompense les bons.

— Il fait comme le chef, donc ?

Oui. Tout ce que tu vois:les oiseaux, les fleurs, le ciel, les arbres, cette vaste nappe d’eau, ces beaux poissons dorés, tout ce qui frappe tes yeux, jusqu’à moi, c’est lui qui a tout fait, tout créé. C’est encore Jui qui a fait ton cœur, y a placé l'amour, et ta vie toute entière est un bienfait de sa bonté. Par lui, tu vis; on n’est rien, sans lui.

— Que j'aime à t'entendre parler ainsi. Ta voix est plus douce aux oreilles de mon cœur que la voix de la mer et le chant des oiseaux, Mais il se fait tard, il me faut partir. Demain, au soleil couchant, je se-

parler de Dieu et de ses ouvrages. Jeunes gens d'aujourd’hui, en feriez vous autant.

Ce fut à la suite d’une de ces conversations que Fleur-du-mystère vit le poing du farouche Mélas lui

Pr presque la poitrine, parce qu’elle avait heur-

té de front son amour jaloux, en avouant que Lau

je lui avait parlé d'amour,

Bison des-Plaines avait tout vu, tout entendu ; son plan se trouva modifié, La haine avait enfin trouvé le moyen de s’assouvir doublement, si je puis m'exprimer ainsi. Après avoir suivi Mélas sur la grève, il rentra sous la tente où dormait la Chouette,

— Frère, dit Bison-des-Plaines, l'heure de la vengeance est arrivée, Ton couteau va sortir de sa gaine et mon tomahawk bien affilé saura faire son œuvre ; puis il raconta la scène qui venait de se dérouler sous 8e8 yeux,

— Et tu n'es pas entré pour étouffer ce monstre ? dit la Chouette. Ù

— Mon sang a bouillonné; mais si je l'eusse tué, il n'aurait pas assez souffert, le maudit Visage pâle. Ecoute mon plan, du moins nne partie : Tu sais que Fieur du-mystère appelle le Hibou, son père ; tu as dû comprendre à mon récit de tantôt que le Hibou aime Fleur-du-mystère à la folie, avec jalousie. Je saurai dire à Fleur du mystère que le Hibou n'est pas son père, et sa répugnance sera plus apparente etle Hibou en souffrira ; puis après cela, Laurent et moi fsront le reste.

Il ne quitta la Chouette que pour se rendre au. près de Laurent,

rai ici ; fidèle au rendez-vous, je t’attendrai, Adieul} -— Salut à toi, frère.

Ton nom} — Laurent.

— Adieu, Laurent ; que le sommeil ne te soit pas lourd.

— Au revoir, Fleur-du mystère! que mon nom te berce, ce soir, sous ton wigwam, le nom de celui qui aime déjà.

— D'amour!

— Oui, d'amour.

— Eh bien, moi aus'i je t'aime d'amour, et plus que mon père qui me gronde sans que je me plaigne. Maintenant que je t'aime, je serai heureuse de souf frir, car je ne serai plus seule.

Le cœur de Laurent bondissait de joie. Exil6, il avait cru mourir de nostalgie, mais à cette heure qu'il voyait une enfant de seize ans lui sourire et t'aimer avec cette candeur etcette simplicité si na-

turelie chez elle, il ne demandait plus que de vivre!

dans ce petit coin de terre entre Fleur-du-mystère et son devoir.

Tous deux se comprenaient déjà, et ils surent mettre dans leur amour cette force que donne le

malheur, quand on rencontre sur sa route une âme|

qui s'attache à soi, | Le lendemain du jour de leur première entrevue,

— Bonjour! Quelle nouvelle au village ?

— Pas trop bonne. Mais le silence, Laurent, est d’or, surtout là où Les roches parlent.

— Viens avec moi, là-bas, sur les flots; pas d’oreilles là pour écouter, et ils partirent,.

— Ecoute, frère, commença Bison des-Plaines, J'ai vu le goëland nourrir ses petits, j'ai vu la femelle du rarsouin porter sur son dos son petit qu’elle nourrit encore: maïs je n'avais jamais vu un enfant des bois, un Visige-pâle lever la main sur une fleur prête à se faner. Oui, hier, j'ai vu le Hibou frapper Fieur-du-mystère parce que l'enfant lui avouait que tu lui avais parlé d'amour,

-- Le lâche! soupira Laurent, dont les poings se crispèrent; et tu n’as pas agi ?

— Ecoute, mon frère, j'aurais voulu l’étrangler {sur le champ, mais mon sang s’est appaisé, et je me suis dit: le chat tigre sait être patient pour mieux ss venger, C'est ce que je ferai, et c’est là mon secret, Je n’oserais pas même le dire aux échos des bois, car les esprits pourraient le dire à ce maudit blanc, qui n'a pas de cœur, Puis il raconta à Laurent, aussi courtement que possible, la naissance de Fleurdu-mystère, sa venue au sein de la tribu, ses souffrances et ses tortures,

Oui, frère, j'ai senti mon cœur battre dans ma

ils furent fidèles au rendez vous ; nouveaux charmes, | poitrine pour la fille des blancs, moi si peu de chose. | nouvelles expressions. Ils parlèrent de Dieu, de ses |J’ai refoulé jusqu’au profond de moi-même ces sen œuvres ; et tout en s’aimant, Fleur du mystère trou-|timents si doux. Je n'aurais jamais osé m'élever jus. | vait moyen de s’instruire. qu’à elle et lui dire: je t'aime. Les courants rampent | Que c'était touchant et sublime de voir ces deux{à terre et s’appuient rarement aux branches des | jeunes enfants, assis au bord de notre beau fleuve, | grauds arbres. Ne pouvant lui dire ce que j'ai dans

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le cœur, j'ai voulu lui vouer mon bras et mon cou: rage pour la défendre et la venger. Mais l'heure est arrivée, frère, heure terrible qui va réjouir le cœur de Bison-des-Plaines.

— Mais que faire ? dit Laurent.

— Commence par avouer À Fleur-du-mystère qu’elle a une famille et que le Hibou n’est pas son père. Alors elle sera froide pour le Visage-pâle qui en soufirira, Ce ne sera alors que le commence ment,

— Mais dépèche-toi. Vous avez tous les deux les roucoulements du ramier et de la colombe aux temps de leurs amours. Ne perdez pas de temps. L'heure va sonner où tu pourrais peut-être voir le Hibou ravir Fleur-du-mystère et l'amener dans quelque retraite inaccessible. ‘ Fais ce que je t'ai dit et laisse-| moi le reste, Tu auras bientôt de mes nouvelles. ” Promets-moi de m’écouter en tout,

— Je te le promets.

— Tu ne te repentiras pas de ta promesse,

— Puisses-tu dire vrai; mais pas de sang, dit Laurent, qui avait peur des desseins de vengeance de Bison des-Piaines, ;

Le sauvage ne parla pas. Quelques minutes après ils étaient séparés.

Laurent fut atiéré par ces nouvelles de Bison-des- Plaines. Elle ravie ? etelle souffrir ? Que faire ? Fuir? Mais où aller? et ma place de confiance ? Attendons, se dit-il. Bison-des-Plaines saura tirer tout cela à clair. Je m'en rapporte à lui, Je veux qu'elle soit heureuse.

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