‹ Captive et bourreau [microforme]Chapitre 24 sur 31 · OMBRES ET LUEURS · texte numérisé non relu

OMBRES ET LUEURS

Revenons sur nos pas, pour retrouver nos premiers personnages laissés en arrière.

On a vu arriver George à son foyer où l'attendait la ruine, la désolation, presque la mort. Alexan drine ne le reconnaissait plus, et non-seulement il avait à pleurer sur cette intelligence éteinte, mais encore sur la perte de son enfant dont la joie de le revoir dans les bras de sa mère, à son retour, l'avait si souventes fois consolé dans ses courses lointaines. En chrétien, fortifié par les paroles et les encouragements du pasteur, il accepta la triste tâche que ie ciel lui réservait, bien décidé à continuer ainsi le chemin de la vie. Sans murmurer, se dévouant pour celle qu'il aimait toujours d'un amour si fort, je serai pour elle ce que j'ai été, disaitil: un cœur aimant, sincère et empressé. Je lui ferai la vie la plus douce possible, sans me laisser vaincre par les diffijultés. Ma tâche est rude et pénible, je le sais; mais elle sera adoucie par la conscience que j'aurai 4e faire mon devoir, N’éprouverais-je pas une indiscible satisfattion en me di-

grande partie de son temps à la pauvre folle qui semblait se plaire auprès de George qu'elle recon. naissait à certaines heures, pour là méconnaître quelques instants après et retomber dans la nuit profonde de l'oubli,

A ces heures de lucidité, c'était toujours une douce ivresse pour ce pauvre George, quand Alexandrine entourait son cou, pressait ses lèvres décolorées sur le front pâle de son mari, en lui disant: Nous souffrons, mon George, mais nous nous aimons, et Dieu nous rendra Armande; puis la nuit se faisant dans son âme, elle se prenait à divaguer. C'était toujours les mêmes caresses, les mêmes paroles, le même regard :et c'était fugitif et passager comme l'éclair

|qui fend la nue.

Revenue à son état de folie douce et pleine de quiétude, quand elle ne divaguait pas, elle berçait en chantant le ‘“ Vallon, ” et toujours George voyait sa figure se couvrir de grosses larmes.

George, au milieu de cet atmosphère si lourd de tristesse et de deuil, vitles années lui peser sur le dos. Il maigrissait à vue d'œil, en même temps que toute sa personne prenait ane apparence de lassitude et de mélancolie très accentuée.

Dans le village, on n’était pas sans le remarquer. On entendait dire de toute part: George a dans le cœur uue tombe qui lui pèse lourdement, À moins d’un miracle, c'est un homme fini qui use sa vie dans un dévouement sans borne. Dieu ne laissera pas tant de bonté de cœur sans récompense, disait un particulier ; il lui rendra Armande, et avec elle la santé, et qui sait, le bonheur aussi. Ainsi parlait le monde à l'égard de George qui dépérissalt, privé des saintes joies de la famille, comme ces arbres longtemps arrosés par un ruisseau qui s’est desséché.

Un événement nouveau allait amener un changement dans la vie de ces deux êtres dont la douleur nâvraic l’âme.

Un jour, pendant que la pauvre folle chantait auprès du berceau vide d'Armande, un faible coup fut frappé à la porte. George s'empressa d'aller ouvrir. Une personne masquée se présenta à ses regards.

N'ayez pas peur, dit la voix, je viens à vous au nom de Dieu, vous offrir cet enfant privée de ses parents, vous que le ciel a privé du plus charmant des anges.

— Quel est son nom ?

— Elle n’en a pas. Enfant trouvée, on l'élève en secret en l'appelant Zirma. Anjourd'hui que la misère a frappé à ma porte, j'ai marché tout le jour, et vers le soir je suis entré au village pour vous offrir de prendre cette pauvre innocente qui n’est pas coupable, elle; et l'homme avait des larmes dans la voix.

George eut une inspiration.—Oui, dit il, je l’ac-

sant: J’agis ainsi parce que J'aime, et l'amour est/cepte comme venant de Dieu, pour égayer un peu

tout de dévoue.nent. Et d’ailleurs, quelle joie ne ressent on pas lorsqu'on a fait un sacrifice à ceux

que l’on aime.

C'est avec ces dispositions que George entreprit

mon intérieur.

— Oh! merci, dit l’homme, Dieu vous béuira ; et

se penchant vers Zirma, il l’'embrassa.

— N'êtes-vous pas son père ? dit George ; l’incon- P P ge ;

sa nouvelle charge. Il abandonna le rude métier de |nu s’éloigna sans répondre,

Capitaine au long cours, et avec ses épargnes qu'il

Qu'importe, mon enfant, dit George. Tu resteras

mit à profit sur une bonne terre, il put espérer vivre }ñvec moi et nous tâcherons que tu ne regrettes pas à l’aise, tout en veillant avec soin sur sa pauvre |ceux d'avec qui tu pars. Tu as l’âge qu’aurait notre Alexandrine, Ainsi donc il pouvait consaerer une | Armande; viens, et tâche de la remplacer. La ciel

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46 FAULLLETON DE LA

m'envoie une âme. se disait à lui-même George en |nir demeuré vivace, À l'exclusion de tout autre: le amenant la petite Zirma ; c'est une charité à faire, |souvenir de l'enlèvement d'Armande par les sauet je le fais dvec l'espérance que Dieu me rendra | vages. mon Armande disparue, mon Armande enlevée, Ainsi se passèrent les quinze années écoulées de- Restait Alexandrine ; comment recevrait elle cette | puis la disparition d'Armande, sans amener de chanenfant? George s'attendait à une scène, Un soir, c'é- |gement dans l'état d’Alexandrine, si ca n’est un peu tait au souper. La porte de la chambre s'ouvre et|plus de calme dans les nerfs et partant des moments Alexandrine, en longue robe noire, les cheveux bou-| plus Jongs de lucidité; il y avait plus de sang aux clées, les joues parcheminées, des rides partout et | joues: signe d’une vitalité qui pouvait faire espérer, des fils d'argent aux tempes, entre lentement, Ses sinon un changement radical, du moins un mieux eux, naguère si vifs, ont perdu de leur expression. | sensible. George ne perdait pas espoir. Dieu devait. ls tournent, sans rayons pour ainsi dire, dans leurs |il écouter la voix de celui qui pouvait dire: orbites qui semblent trop étroits pour les contenir ; lambeaux éteints qu’on n’a plus l'espoir de rallumer, si ce n’est par un prodige, par un de ces grands coups é À LE : , portés par l'auteur du monde, et qui sont un effet|, Laissons faire les événements. Tout vient à point de sa bonté, À la +-1e de l'enfant, elle s'arrête et une |à qui sait attendre; et George, plein d'espérance légère teinte rosée donne à sa joue un peu de vie. chrétienne, savait attendre, se confiant en Dieu. Le cœur a donc battu plus fortement, les fibres du cœur se sont émus en présence ds cette enfant hâve, vu vrai portrait de la misère rendue à l'extrême nudité. UN (COUP DE TOMAHAWK.

Elle s'approche avec une démarche automatique.| Bison des-Plaines avait dit À Laurent, après lui Pas un mot ne remue ses lèvres blêmes et entr’ ou-| avoir avoué le secret de l'enlèvement de Fleur duvertee, Est-ce toi, Armande, qui me regarde ainsi et| mystère et des maltraitements auxquels elle était ne vient pas dans mes bras ? Pauvre enfant, comme | soumise: “ Fais ce que je t'ai dit et laisse moi le reste, tu as été longtemps absente. C’est, plus long qu’un |{y auras de mes nouvelles bientôt. Il devait tenir parêve que cet long espace écoulé entre ton enlève-|role, ment et ta venue. Viens, mon ange, dans mes bras! Depuis longtemps l'indien attend l’occasion de privés de toi. Je te porterai contre mon sein avec | venger l’afront fait à la Chouette par le Hibou. Le tant de force, qu'ils ne pourront plus t’enlever de là | sauvage est dissimulé de sa nature; la rage peut qu'avec ma vie. Viens.—Et l'enfant se laissait presser | gronder dans son cœur, sans qu'aucun indice ne se par cette mère de douleur, sans crainte, sans parler. manifeste à l’extérienr, comme ces volcans qui

Alexandrine avait ét6 calme, sans cris, sans larmes | dorment dans le sein des montagnes e! qui font ir. et sans explosions de douleur. Oh! il fallait si peu |ruption qu'à un moment donné. Et combien de

Une heure est plus qu’un siècle au sablier du temps. Quand la borne douleur en compte les instants,

pour ramener cette raison à laquelle il ne manquait | temps l'enfant des bois peut4l patienter et attendre

qu'une corde. Dans ses moments de lucidité, la petite Zirma se voyait repousser des bras d’Alexandrine qui lui disait: Va, tu n’es pas mon Armande, car

l'heure propice ? Une vie presque entière, Aussi Bison des-Plaines, comme ceux de sa race, savait patienter et attendre la moment favorable.

autrement mon sang serait plus chaud et mon cœur |On l'avait vu bien des fois, au village, descendre aurait moins froid. Elle parlait et sa main amaigrie | vers le bord des flots et y examiner quelque chose

ressait son front avec force, comme si elle eut vouuen faire jaillir une pensée nette, claire, et non pas pas envolée d'ombres épaisses.

La nuit, à l'heure où tout chagrin dans un rêve s'endort, elle s’éveillait en sursaut, Des rêves pé-

nibles hantaient son imagination en délire ; ne pou-| vant alors rester en repos, elle se dirigeait vers le|

lit où dormait Zirma. Elle y est encore, se disait-elle tout haut, en même temps qu’un long soupir semblait souiager sa poitrine. Pourtant il m'a semblé qu’on l’enlevait et que c'était des bandits à figures rouges qui me la ravissaient ainsi. Je me serai trompée ; et alors, chantant tristement, elle caressait la pauvre orpheline.

George, ne pouvant s’accoutumer à ce navrant spectacle d’'Alexandrine caressant cette pauvre Armande qui la faisait vivre, voyait les larmes inonder sa figure. Il se levait, et la pressant dans ses bras, il lui parlait tout doucement. Elle l’écoutait sang parler et finissait par tomber endormie dans ses bras, La soulevant comme une enfant, il la déposait doucement dans son lit.

C'était ainsi que se passait les nuits, quand chez Alexandrine, l'imagination surexcitée travaillait d’un travail pénible, ayant à lutter contre un souve-

de caché soigneusement dans les grandes herbes qui poussent sur les grèves; mais personne n'était ailé voir, car le sauvage n'est pas curieux, ni ba vard. S'il voit quelque chose d’insolite, il se demande pourquoi, et s’il ne trouve pas de solution juste il se tait et ne va pas plus loin.

Heureuses gens | comme vous pouvez en remontrer à ces maudites langues de vipères qui sont les plaies de n03 paroisses ; à ces harpies à la figure parcheminée, au crâne dénudé, quand ce sont des hommes qui font le triste métier de perdre les autres, eux qui n’ont plus rien à perdre, même l’honneur qu'ils ont prostitué *et foulé aux pieds, Ces gens là craignent la lumière et agissent dans les ténèbres.

L'ombre recèle les serpents Qui veulent mordre les passants.

Huit jours se sont écoulés depuis l'entretien de Laurent Goulord et de Bison-des-Plaines, Déjà le s0leil a disparu derrière l'horizon qui vient de se cou. vrir d’un nuage épais qui va amener les ténèbres plus à bonne heure; pourtant les étoiles commencent à orner la voute du ciel, et leurs feux pâles inondent le ciel d’une douce clarté, Le fleuve, agité par les vents de la veille, a des voix étranges qui pleurent ou chantent tristement, L'air est limpide et

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pur; dessenteurs de varech et de salin montent de la| heureux de mettre à tes pieds son cœur, son or et ses grève et rafraichissent l’air que l’on respire avec vo-| plus belles fourrures; mais non, il a dû refouler en lupté. Les bois sont pleins d'ombres et de xystères ; | lui ses aspirations, ses sentiments, car ilse savait indigne les oiseaux s'y appellent en jelant au zéphyre qui! de la fille des visages-pâles déjà uni au blanc, mon frère passe les notes suaves d’un chant joyeux et plein de|et mon ami, Moi qui t'aime, j'ai juré la perte de ce

douceur,

A cette beure du soir, où déjà les feux de la nuit s'allument &ux portes des cabanes. Mélas a fui le wigwam où repose Fleur-du-mystère. Avant de s'éloigner, il a voulu contempler les traits de l'enfant qui dormait sous la triple garde de sa pureté, sa faiblesse et son Ange-Gardien, Une lueur sinistre a lui dans le grand œil noir du Hibou, à la vue de l'enfant endormie, dont les lèvres entr’ ouvertes légèrement laissent passer un souffle faible, mais égal et har. monieux. Un bias sous sa tête, l’autre ramené chastement sur sa poitrine, elle révait du eiel, car un nimbe lumineux semblait entourer son front, tant elle souriait d’un sourire doux et angélique. Mélas en fut frappé; ne pouvant contenir le flot bouillonnant dans son cœur, il se pencha sur le corps de l'enfant, et ses lèvres sanguines efleurèrent le front de l'enfant qui y passa sa main sans s'éveiller. Encore une empreinte disparue sous une main impitoyable, se dit-il. Oh 1 partout où j'ai vou- Ju m’attacher, une main maudite s'est approché et m'a effacé ; partout cette main a passé le pinceau de

“oubli, et tout a disparu comme les songes au réveil.

Hasard, serais tu dûr ? ou bien Dieu serait il le hasard ? Après avoir formulé ce doute affreux, arraché par une douleur réelle, le Hibou sortit. Il lui fallait un peu d'air frais pour refraichir son front brûlant. Il pouvait dire avec le poète :

Mon front est froid, mon âme est on feu.

11 fit quelques pas dans la direction de la grève; mais se ravisant: Non, ditil, allons au bois; il y plus d'ombre, plus de solitude; sur la grève, la grande voix des flots me ferait mal au cœur. Là, perdu sous la feuillée je serai plus avec moi. Quel ques minutes après, il disparaissait sous le couvert.

A peine Mélas était-il disparu dans le bois, qu’une ombre légère glissa le long du wigwam silencieux et se fautilant comme uné couleuvre, elle entra sous la tente. L'enfant dormait toujours, souriante. L'ombre s'approche du lit de sapin. Une lampe de fer, où brûlait uue mèche dans l'huile de phoque, éclairait faiblement l'appartement ; au fond dormait la vieille sauvagesse, et près de l'entrée de la porte, Fleur du-mystère. 2 52 |

Dorsen paix ma colombe, disaitil, dors en paix comme la gazelle timide aux bords des eaux dormantes des lacs. Ton cœur a connu le poison de la douleur en buvant à la coupe de la vie. Pour toi de. vaient éclore les roses blanches comme ton front, fleurir les arbres, verdir les prés, mais un oiseau de. proie a fondu sur ta vie comme l’aigle aux fortes serres fond sur le faon timide dans les valions, et tu trembles devant lui comme la feuille du peuplier dans la forêt. Comme la chèvre blessée qui erre sur la montagne, un jeune visage-pâle allait sans but dans la vie; 1lte vit et lia avec toi la chaîne solide de l'amour ; oui, i! t'aima, mais pas avant Bison-des- Plaines qui te fixe à cette heure, en attendant l'heure de la vengeance. Lui, fisr de ces années, orgueilleux de sa force et de son agilité, il aurait été,

lynx maudit qui trouble ta vie et qui a été assez |lâche pour porter sa maiu sur toi et te frapper, Qu'il disparaisse de notre soleil; il est de trop, et vous serez heureux. 11 est un obstacle, je veux l’enlever, et, une main sur son cœur pour l'empêcher de protester, Bison-des-Plaines dira: Pars, Laurent, pars Fleurdu-mystère, et soyez heureux. N'oubliez pas, aux rives du Sud, au milieu des grandes huttes, Bisondes-Plaines qui se dévoue surtout pour toi, fille au front pâle que j'aime avec une passion et une ardeur de sauvage. Les blancs ont le cœur léger comme une plume que le vent emporte et ils oublient; mais, vous deux, sachez penser parfois au pauvre enfant des bois qui risque sa vie pour deux bonheurs, A tantôt. Repose en paix, ma colombe; répare tes forces par un sommeil paisible, car le voyage que tu vas entreprendre sera long et pénible.

Bison des-Plaines disparut au dehors, où il ne tar. da pas à gagner les bois, à la recherche de Mélas. 11 ne fut pas longtemps sans le trouver. Déjà quelques paroles entrecoupées arrivaient incompréhensibles à son oreile fine et exercée. Se hâtant d'arriver, il s’'approcha du Hibou avec cette dextérité connue seule des sauvages dont les membres, souvent rom-

pus aux exercices, se prêtent à toute la souplesse possible.

Je suis maudit de Dieu et des hommes, disait M6. las. Le ciel aurait-il permis que j'aimasse cette enfant pour qu’on me fit sauffrir la peine du talion ? Je n’ai plus de paix, la joie me fuit, et le cœur brisé je descends tristement le sentier de la vie. Un ins. tant j'ai cru ensevelir le passé sous l'immense joie en voyant Fleur-du-mystère m'appeler son père et me combler de caresses. Comme mon cœur palpitait de sincère ivresse alors ; mais hélas! une heure a tout détruit, Le remords a repris son empire avec la sombre passion de la jalousie, depuis qu’elle m'a avoué l'amour de Laurent. C’est un enfer pour moi que cette pensée: ‘‘ elle l'aime !”’ Cet amour de Laurent sera la clef qui fera tout connaître à Fleurdu mystère. La Chouette se vengera, car il ne serait pas un digne enfant des bois, et Bison-des-Plaines a épousé son affrent, Je me suis cru fort, mais voilà que je sens ma faiblesse. Fleur-du-mystère saura tout et elle me méprisera, et plutôt mourir que de la voir s'éloigner en me disant: ‘ Va, tu n'es pas mon père, ” Que faire, que faire ? La débarrasser de la vie ? Horreur! n'y a il pas-assez de crimes dans ma vie ? Alexandrine! Alexandrine | pourquoi m'avoir repoussé de tes bras? ton amour aurait fait de moi un honnête homme; ton dédain m'a conduit dans la voie du crime, et Dieu sait où je m’arrêterai. Mais la tombe arrête tout, et qui sait si elle n’est pas proche. Allons! pas d'attendrissement. Envisageons de sang-froid ma situation. Il ne me reste qu'un moyen : fuir cette uuit même et gagner Tadoussac, pour m’enfoncer avec Fieur-du-mystère &ane l'inté« rienr. J'irai établir ma tente sur les bords du lac Kenogami, et j'y serai en paix. Allons! à la grâca de Dieu.—Dieu fai je bien proñondé ce nom? Oh L

je voudrais croire qu’il n'existe pas, car il n'y aurait pas tant d'orages en moi. Oui, je sens là, au fond du cœur, quelque chose qui me dit: ‘‘ Au-des. sus des montagues, au dessus de ce grain de sable que se disputent les hommes, il y a un être supérieur qui a mis en nous une soif inextinguible icibas. Ïl vient un moment dans la vie où le cœur, quelque méchant qu'il soit, s'avoue qu'il y a un Dieu qui punit et récompense et que, hors de lui, c’est le chaos, la mort, le néant, ce sont des ombres éternelles,

Pendant que Mélas parlait ainsi, Bison-des-Plaines l'œil au guet, les yeux illuminés d’une lueur fa rouche et pleine dé haine, tenait un tomahawk à la main droite, tandis que de la main gauche il écartait les branches des arbres avec précaution, L'enfant des bois est terrible dans sa colère et eile ne le rend pas aveugle au point de diminuer la sûreté du coup-d'œil, l’élasticité du poignet et la force des muscles. À voir !Bison-des Plaines, on l’aurait pris pour un ours féroce des Montagnes-Rocheuses. S'ac culant contre un arbre, pour mieux tenir et viser son ennemi, Bison-des Plaines attendait le moment favorable. Soudain le bras de Bison-des-Plaines s’est élevé au dessus de sa tête et comme s’il fut mû par un ressort, il se détentit avec force. Un reflet a illuminé la sombre épaisseur des bois, un sifflement s'est fait entendre, et la chute d’un corps vint avertir Bison-des-Plaines que le tomahawk avait suivi la direction donnée et que le coup était mortel. Pas un cri n'avait réveillé l'écho des bois.

Bison-des-Plaines, sûr de l’accomplissement de son œuvre, gagne à la course le village où tout le monde dormait, Des feux à moilié éteints brûlaient encore aux portes des cabanes. Quelques chiens hurlaient sur le passage du sauvage, mais aussitôt qu'ils re-

connurent Bison des-Plaines, ils se couchèrent de-

nouveau et leur tête retombèrent sur leurs pattes allongées sur le sable, Une faible lueur brillait encore là bas, äu Poste, dans la chambre de Laurent qui veillait encore. Bison-des-Plaines dirigea sa course vagabonde vers le Poste où il ne tarda pas à arriver,

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