AUX RIVES DU SUD
Arrivés au village, Laurent et Fieur-du-mystère | ne savaient pas où diriger leurs pas. D'ailleurs étaient ils certains que ce fut là l'endroit où vivaient: les parents de Fleur du-Mystère., On leur avait dit : “ À une journée et demie de marche, et ce sera là.” | La chouette en était sûr, et Bison-des-Plaines était | sûr que Laurent ne se tromperait pas, et qu'après une |
êtes sauvagesse, vous, mon enfant, quoique vous ayez les yeux bleus.
— Crois pas, répond laconiquement Fleur-du.mystère.
Le Curé eut un franc sourire, comme savent sou-
trire ceux qui ont la conscience en paix ; et loi, mon
fils, quia des airs de coureurs des bois, qui es. tu ?
— Je me nomme Laurent Goulord, et c'est toute une histoire que j'ai à vous raconter, si vous voulez avoir la patience de m'écouter,
‘ iatoir j ‘uré É î .- Une histoire ? dit le Curé, qui devenait plus sérieus. ras pour rire f
— Non, non, Monsieur le Curé, c’est sérieux. Et quand vous aurez écouté vous jugerez.
— Allons ! mc voilà juge encore une fois, je t'6coute, mon fils.
Laurent, d une voix émue, fit le récit ce son enfance et de ses aventures ; il parla de son arrivée
chez les sauvagrs, de la connaissance de Fleur-du-
mysière à qui il avait enseigné à connaître et à aimer Dieu dont elle n'avait eue avant ce temps au-
A Je cune notion. {l passa ensuite à l’histoire , journée et demie il trouverait juste le village désiré, enfant e 4 re de cette
— Irons- nous chez le Curé ? demanda Laurent, |
— Oùtu voudras, mon bon ami. |
Ils dirigèrent donc leurs pas vers l'humble pres-| bytère de la paroisse.
laissez moi vous dire que cette enfant doit
nlevée, de ses souffrances et de sa délivrance par la mort du Hibou qui avait enlevé l'enfant et qui s'était atiiré la haine d’un sauvage qui l'avait tué. Voilà Monsieur le Curé, notre histoire vraie, et
partir
Fleur-du-mystère excitait tous les regards et elle | d'ici; j'en suis sûr, car on m'a dit'que le village était
même était emerveillée à la vie de ces maisons | à une journée et demie de marche du slignées et du temple dont la flèche se perdait dans | part, et je ne saurais m’être trompé.
le ciel. Comme tous les enfants en face de nou-
poste d'où je
— C'est une lugubre et triste histoire que tu viens
veautés, elle ne cessuit de questionner son compa-|de me conter là. Mon cœur de prêtre s'est ému en gnon jusqu'au perron du presbytère, que Laurent | voyant la perversilé de cet homme que j'ai connu ne tarda pas à mouter pour aller frapper à la porte. | Mais Dieu soit loué [dans ses desseins il a voulu cor.
La servante du curé vint ouvrir. Que vous faut il, server cet enfant qu'on croit morte, et il vous «
leur dit-elle, mes bons enfants ? conduit sûreneut ici où elle doit rester. Approche — Voir Monsieu: le Ouré, dit Laurent, Armande,
56 FRUILLETON DH LA
— Je ne m'appelle pas Armande, mais Fleur-du-|et il ne pouvait renier son sang. La voix du sang mystère. pentenfancar des prodiges et ell: ne sanrait tromper. — Pauvre enfant, tu es bien en effet une fleur| George sentait bien à ses larmes de joie, à son mytériense pour tout autre que nous; mais sache | cœur dilaté par une ivresse indissible, mais tempéune chose, lon nom est Armande. Ù rée par une pensée toujours triste: la mère, folle, — Armande! c'est bien beau. Je tâcherai de m'en! George sentait bien que c'était là l'enfant q il ressouvenir. n'avait pas vue et que Mélas, dans sa haine, avait —Maintenant, écoutez mes enfants, Votre histoire }ravie pour la faire souffrir et torturer en même est de celles dont on peut dire: /e doigt de Dieu est | temps que le père et la mère. We: là ! Nul doute, Laurent, que la Providence vous a! Viens mon Armande, dans mes bras, disait-il, viens choisi pour exécuter ses desseins. La souffrance ré-|me consoler de cette longue vie sans rayon, sans signée et pleine de foi devait ôtre récompensée ici-| joie, si ce n'est celle d'un devoir accompli; et les bas. Oh! je connais des cœurs qui vont bature d'i- larmes baiguaient son visage, et ses bras eutouraient vresse, qui sait si la pauvre folle .... la faible enfant dans un transport d'ivresse, {1 n6 — Qui serr heureuse de nous voir, interrompt|cessait de la regarder, de la manger pour ainsi dire l'enfant. des youx, Si grande, st noble, si belle avec ses veux — Ecoute, Armande, tu as 616 arrachée des bras| bleus, s'écriaïtil; ohl je crains de t'étouffer, dans de ta mère, et elie a tant souffert qu'elle en perdit}rma folle joie de le revoir à moi. Dieu sait si je t'ai la raison. pleurée, moi qui n'avais plus à me dévouer pourun
; CRE a our at Ÿ cœur mort, une me froide, inconsciente, un corps
+ Ma mère |} " Ar qe Éd [sans chaleu r, sans vie, Merci, mon Dieu! merci a # Oui, mon enfant, et elle vitici. : | voir exaucé ina prière. Mes vœux et mes soupirs ont — Ici? Vite, Laurent, ailons la voir. Mais mon donc percé celte enveloppe qui vous dérobe à notre père? | | | | vue et pénètre jusqu’à vous ? J'ai espéré plus; mon — Il vit aussi, et ilattend toujoursle retour de ir esten partie réalisé. Je co upte maintenant sun enfant, sur cet enfant pour tout ramener le passé au présent.
— Oh! le Hibou méchant. Il se faisait appeler :| op} nu Jatssoras voir Laurent, père ? ‘# mon père ! ” Je crois bien que le grand Manitou.. | — Quel Laure ? — Le bon Dieu dit Laurent... | — Celui qui m'a sauvé des mains du Hibou; ce Oui, que ie bon Dieu ne Je voulait pas, CAT Jui qui wa fait traverser le srand lac pour venir l'aimais avec crainte, Mais, Monsie ur le sur ma | jusqu’à toi; il m'a appris à connaîtrs Dieu, et moi mère à perdu la raison; qu'estce que cest Ça [je laine en retour. Il est resté là bas, près de la M’aime t-elle encore ? ” ; PAT jgrande butte qui à un mai montant dans les airs. — Voici, dit le curé. File ne pense plus qu'é eu — Tu as donc encore le parler sauvage, mais ça alors que tu étais jeune au berceau. Maintenane que! ira Oui, ma fille, tu verras ton Laurent qui tu es grande, elle ne saurait te reconnaître. t'a sauvée, qui t’a mis: dans mes bras. Sois sans — Que faire alors? dit enfant dont les grands yeux | crainte, tes désirs seront les miens. J'aimerai ton s'étaient voilés de larmes à ce récit. ami qui a été bon pour Loi, et il a une grande place …— Ton père vit, mon enfant, lui il saura te recon- dans mon affection, puisqu'il est la cause que je ‘ mer. P re Ge :{ il ser: ‘ure | , er 2 37 naitre et l'aimer. Pauvre George! il ser à bi Dreux |retrca:ve mon enfant qui me donne du bonheur, Dede te revoir. Sa joie sera immense, 6L La présence se-! ai nous le reverrons ra pour lui un aniple dédommagermnent aux douleurs | — Demain! c’est ban dit l'enfant. Ce soir je veux | Ju:
| t lans les bras de son Î
éprouvées auprès de ta mère qui na plus d'idée elle-| st. toute à toi : Etant mème, Ainsinous allons aller chez ton père pour père par une impulsion faturelle, elle resta suenen. que son ivresse 1e soit pas retardée. sache que ta due au cou etaux lèvres de G orge qui sent Data pauvre mére à des moments de calme et de quiétude |: frissonner comme sous l'effst d’une commotion ui nous donneut l'espoir de la voir revenir. | Dieu vousécoutel Ains', j'espère que par une de ces heures trop courtes de lncidité, la vue et le contact | de cette enfant qui est le sien, la raménerent à elle] et lui redonnerert la santé de l'intelligence, la lu | | | mière du cerveau. | berceau vide de son enfant, c'était sa folie, L'enfant Remercions Dieu, mes enfants, de nous avoir mé-| que George avait adoptée, venait de se voir rejetée nagé si visiblement un « ffet de sa puissance et de des pras de celle qu'elle appelait timidement sa sa bonté. Et le piètre s'agenouillant au pied du |mère. Va, avait-elle dit, Lu n'es pas mon enfant, Ton rist, récita avec ferveur l'oraison dominicale, |cœur ne réchauffà pas le mien, car lors mème que tu Maiutecant, viens avec moi, Armaude, au-devant | es là je le sens froid et glacé. Va, ne reviens plus me d'un père qui à toujours espéré en Dieu et dont | troubler. Tu n'es pas Armaude, je le sais bien. l'espérance n'a pas Ôte confondue ; viens illumiver un | George entre à ce moment. Il est souriant quoi. peu cet interieur où la douleur s'est 1ssise. Et ils! qu'une iégère ombre de douleur obscurcisse encore
électrique, LUCIDITÉ, Elle pleurait la pauvre mère, toujours auprès du
; s | A1 + à ‘ partirent dans la direction de la demeure de George | son front pâle et pleins de rides, C'était une heure Dubois décisive, aussi son cœur battait bien fort, Il avait
“ * 4 Q Q … + N'essayons pas do décrire cette scène de la ren-| pressé son enfant chérie dans ses bras qui s'étaient, contre d'un père malheureux mais plein d’espoir,| pendant vingt ans, refermés que sur une pauvre et de sou enfant perdu depuis plus de quinze «ns, femme incapable de comprendre même une care3so Qu'impvriaieut les preuves, le cœur parlait en luj,, partie du cœur,
Geor voisine chamb:
Geor, lexandi larmes, adore, i primab Joie ma mobile regard de cette
Georg mon Ge puis-je
Georg tendant
— Je
— Je moi aus noie le que vou pas moi front pi ainsi,
Mais c ne le sai temps qi elle ne :
la presse que cen George,
ourquo ongtem
— As.
— Moi et elle pourquoi c'est elle
— Sit la recon
— La son enfa ceau ; et un insta les petits
un regard toujours auprès de bras ner sur 8Gn 6 George qui se laient au espéré vo aurait pe son enfan recomme comme la désertes.
Tout 4 avait un 1 Il 58 sente
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George avait fait cacher Armande dans la pièce voisine, et à son signal elle devait rentrer dans la
chambre où se trouvait sa malheureuse mère.
George entre donc et vient s'asseoir aux pieds d’Alexandrine dont les joues étaient baignées de grosses larmes. Assis, le coude sur les genoux de ceile qu’il adore, il lève vers elle son regard chargé d'une inexprimable angoisse, adoucie par un rayon d'une douce joie mal contenue. Il fixe les yeux de son épouse 1mmobile et rigide assise dans sa longue chaise, et son regard semble lire ce qui se passe an elle. La fixité
de cette vue trouble la pauvre folle.
George ! dit-elle, comme faisant un effort auprème, mon George, tu souffres, n’est-ce pas? Pourquoi ne
puis-je t’aider à supporter la vie?
George ne put cacher sa joie, son ivresse, en en-
tendant Alexandrine lui parler ainsi.
— Je souffre avec toi, mon ange, lui répondit-il, — Je le sais, George, et tu n’es pas seul à souffrir ; | œi
Je ne saurais désespérer enaore, disait-il en luimême. J'ai trop souffert pour ne pas voir le ciel récompenser mes efforts et mes espérances.
— Où est-elle ? s'écrie soudainement la mère 6plorée. Il me semble qu'elle doit venir.
George fait un signal, le signal convenu, et la porte s'ouvrait à demi. Armande apparut toute rayonnante dans l'embrasure. Instruite d'avance, elle commence son rôle.
— Me voilà, mère, dit-elle. Tu devais m'attendre depuis longtemps! mais le bon Dieu m'a ramané à toi. Vois comme j'ai grandi; J6 suis toujours ton Armande et le cœur est toujours plein de toi.
— Il n'y a pas longtemps qu'elle est partie, Armande. C'était une nuit; où! moa Dieu mais j'ai dormi depuis; j'ai fait un long rêve da douleur.
— Oui, ma mère, tu as souffert et moi je reviens pour te consoler.
Il y eut alors une pause chez Alexandrine. Son L perçant prit une fixité étrange, et une lueur
moi aussi je ressens ‘ne mer d'amertume qui me fauve illumina soudain sa paupière rougie. La veine noie le cœur à tout :: ant. Je souffre des douleurs |4u front se dessina de haut en bas, at la bouche que vous ne romprenes pas et que je ne conprends | s'entrouvrit imperceptiblement.
pas moi.:aème ; et ses deux mains 86 posaient sur le
— Tu n'es pas Armande, car tu serais dans mes
front pil: de George, et elle le caressa longtemps | bras et mon cœur hattrait à se briser,
ainsi.
Mais où est donc Armande ? dit-elle. Mais non, tu
ne le sais pas, car tu me le ditais, Oh ! il y a si long
temps que je l'appelle et que je lui tends les bras; elle ne revient pas à son berceau. Parfois je crois la presser dans mes bras; mais non, je vois bien que ce n’est pas elle, je ne sens pas mon cœur battre. George, mon George, rends moi mon enfant. Oh! voie Dieu me la ramène-til pas? 1l y a si
ongtemps que son petit lit est vide | — Astu demandé à Dieu notre enfant ?
— Moi.... mais il fait si noir dans mon esprit; et elle pressait sa tête dans ses deux mains. Mais pourquoi, cela ne m'apporte pas mon Armande et
c'est elle qu’il me faut.
— Si tu voyais Armande, mon ange, dit George,
la reconnaîtrais-tu ?
— La reconnaitre? Une mère ne pas reconnaitre
— Comment veuxéu que j’y sois, ma mère, tu ne veux pas me raconnaître.
: Mèrel..., reconnaître! dit la folle; ohi mon front, mou pauvre front! Je souffre, et le cœur a des angoisses indicibles. Où es-tu? Armande, Raviens-moi, reviens-moi. Toi seule peut ine faire vivre; sans toi, je meurs à tout moment,
— Je viens, ma mère; vois, je suis là à tes pieds ; et l’anfant s'approcha jusque dans les bras d’Alexandrine,
George avait la pâleur d’un cadavre. Tout est sans espoir; mon Dieu ! j'espère pourtant encore en vous. Il faut qu’elle revienne, au prix d’un miracle s'il le faut, L'espérance et la foi peuvent tout.
La mère venait de prendre une main de l'enfant, Ta main est brûlée petite, et ton visage aussi ; mais ta main est douce et son attouchement me fait du bien,
son enfant? Pourtant! mais elle est dans son ber.| — Oui, ma mère, le sang quicoule [à, dans ces
ceau ; et se lavant avec une rapidité étonnante, en un instant elle fut près du berceau ; elle entrouvrit les petits rideaux de dentelle. Après y avoir plongé ua regard morne, elle s’écria d’un air abattu : ‘ Rien, toujours rien.” Puis elle revint prendre sa placo auprès de George. Elle entoura alors de ses deux bras nerveux le cou de son mari, sa tête appuyée sur 86n épaule, elle se prit à sangloter.
George fut inondé des larmes de la pauvre mère, qui se mélèrent aux sueurs nombreuses qui per. laient aux tempes du mari d'Alexandrine, Il avait espéré voir se continuer ce moment de lucidité, qui aurait permis à cette malheureuse de reconnaitre son enfant, mais il ne le voyait que trop: les ombres recommengaient à envahir le cerveau d’Alexandrine comme les mers houleuses envahissent les grèves désertes.
Tout étaitil sans espérance ? Oh! non, George avait un renfort dans la personne de son Armande, Il se sentait tous les couragus, toutes les espérances, flepuis qu'Armande était là, près de Lui.
| veines toutes petites, vois-tu ? c’est le tien.
— Tes yeux sont bleus ?
— Oui, comme les tiens, mère. Si mon visage est moins blanc, c’est que la fumée l'a bruni, chez les sauvages,
— Les sauvagesl..., les sauvages!l..,, ceux qui sont venus te prendre; ils vont venir, mon + |mande, mon enfant, mon trésor!...,
Ce ne fut que cris et larmes, saugloté et paroles |entrecoupées, Ce que l’art n'avait pu accomplir, la | voix du sang venait de le faire.
— Enfant, s’écria la mère, ma raison est vaincue fa. cilement, car les ténèbres y remplaçaient la lunrière depuis longtemps. Le sang qui coule dans tes veines a fait un prodige ; ila réchauffé le mien que ton départ avait figé dans mes artères, Viens maintenant que je vive de toi, de ta vie, de ton rogard, viens sur mon cœur; et un torrent de larmes vint inonder Ar. mande qui avait des pleurs au bordde ses longs cils.
Alexandrine semblait trouver la viedans ces longs embrassements, dans cette étroite union avec l'enfant
dont son cœur maternel était depuis si longtemps | plus généreux circuler dans ses veines ; comme il seprivé. Mon Armande ! ne cessait de répéter la pauvre |tait son cœur battre plus à l’aise dans sa poitrine, mère. Oui, j'ai là, dans l’Âme, je ne sais quelle ivrese | alors que sa femme ot son enfant lui souriaient en qui a remplacé la mer d'amertume qui m'envahissait | le caressant chacun leur tour, Chères âmes, disait il, a toute heure, Je suis heureuse, je jouis, je nage | pour vous j'ai souffert, pour vous j'ai espéré. Voyez au sein d’un bonheur sans pareil. ce qu'ont fait les angoisses : mes cheveux sont grison- George, à l'écart, attendait que l'explosion fut ter |nants, et mon cœur pourtant a des ardeurs d’un minée pour se jeter dans les bras de ces deux êtres |jeune homme de vingt ans. Pour toi, Alexandrine, qui composaient toute sa vie. à cette heure qui me voit dans tes bras, ” je rajeunis — Mais, dit Alexandrine, je suis égoïste, tout pour | de cent ans. Oh! que mes peines sont amplement mon enfant; viens mon George, viens toi aussi que | compensées aujourd’hui. Pendant vingt ans j'ai véje vous réunisse dans un baiser, dans un même ser-|cu d'espérance, et aujourd’hui j'ai la réalité, réalité rement sur mon cœur réjoui; et tous trois se con-| visible, palpable ; et pour affirmer ses paroles ses bras fondirent dans ane même longue et chaude caresse. |s’arrondissaient pour confondre sur sa vaste poitrine La mère avait donné la vie à son enfant, et son | ces trésors précieux d’où dépendait son bonhuer. enfant lui rendait la vie de l'intelligence. Alex-| Les jouissances d'un amour calme, d’un intérieur andrine était revenue ; les brouillards se dissipèrent |plein de douces ivresses, venaient s’asseoir encore pour laisser à l'intelligence toute sa lucidité, toute | une fois au foyer de George, et cette fois pour ne sa force d'action et d'opération. | plus finir. Cette demeure, naguère image vivante d'un tombeau vivant peuplé de squelettes ambulants, XIV reprenait une apparence plus gaie, plus réjouissante,
CALME DU CŒUR- Tout avait vieilli; Alexandrine avait blanchi. Oh!
Ce ne fut qu’un concert de joie, d’admiration et [quelle loïgue nuit pour moi! isait-elle. Comme j'ai dû vous faire souffrir, toi surtout, mon George.
Que d'amour profond il t'a fallu pour me veiller avec patience, devancer mes désirs inconscients, cal-
de louange par tout le village. Aussi les maisons restèrent-elles presque désertes le matin qui vit une
grand’ messe chantée en action €: grâce pour re- l mercier Dieu de cette double recouvrance: la fille et | mer mes douleurs, tromper mes ennuis. Tu esun la mère, l’une perdue à sa famille, l’autre rendue à |4286, el Dieu te récompensera comme je vais esla raison. Au Te Deum, il y eut bien des darmes |Sayer de te rendre tout cela par mon amour emdans l’humble nef de Ja petite chapelle qui avait pressé, par mes caresses profondes et pleines de sin. vu le mariage de George et d'Alexandrine, comme | Cérité.
le baptôme d’Armande. Les flots du passé surgirent| Je suis récompensé, dit George dans la joie que alors et montrèrent à bien des yeux des souvenirs |j'éprouve de vous voir enfin remises toutes deux tantôt heureux, tantôt tristeset nâvrants, dans mes bras. Oh! qu'il est vrai de dire avec le
Pendant huit jours, ce fut le sujet intarissable au | poëte : coin du feu, dans toutes les familles du village. On vint de toute part pour voir l'enfant perdue et retrouvée, et juger si réellement Alexandrine avait ro’ LE L couvré la raison, et les gens de crier: ‘“ Au mi-| mOn ange, et C'était pour moi une grande source de raclel ” | consolation que d'agir ainsi. J'aimais et j'agissais
Ils avaient bien raison de crier: * Au miracle ! ” | Par amour.“ L'amour se nourrit de sacrifice,” dit-on. Oh amour d’une mère et la voix du sang sont si |J'ai eu amples provisions, et pas un seul instant le forts qu'ils peuvent laire des miracles. cœur n'a fait défaut,
S'imagine-t on Ja joie, l'ivresse de ces deux êtres! Cher enfant! disait alors Alexandrine ; et dans un intimes, George et Alexandrine, rendus l’un à l':u-|é6lan de joie et d'amour elle se jetait au cou de tre à leurs premiers amours. et unis plus intimement ; George, et elle restait ainsi suspendue à ses lèvres par leur enfant si grande déjà, si intelligence etsi|daus un suave baiser dont seuls ils pouvaient sabelle. On avait bien raison de dire qu’elle promettait | vourer les charmes, pour l'avenir. Elle avait la bardiesse et l’agilité des] Au milieu de l’énivrement qui inondait leurs enfants des bois, et conserva une cer'aine gaucherie | ânes, ils n'oubhèrent pas le nobleet courageux jeune naïve qui fit rire bien souvent, élevée sur les grèves, | homme à qui ils devaient une partie de leurs joies, à la porte de la cabane, au milieu des bois ; elle avait! Laurent fut admis au foyer, on le félicita et il fut graudi comme les joncs, et maintenant que sa taille |un héros pour tout le village et les paroisses avoi. négligée était relevée par un habillement plus régu-|sinantes. De suite, on s’éprit de lui, tamt son air lier, plus uniforme, elle paraissait plus souple, plus humble et ses belles manières lui attachaient tous svelte, plus élancée. les cœurs. À voir son teint pâle et l’épaisse cheve-
Gedrge ne cessait de la fixer, et ses regards hu |lure noire qui encadrait si bien son visage de forme mides disaient assez les emotions auxquelles il était |ovale, on devinait de suite une nature énergique, en proie ; Alexandrine, qui avait conservé un air plus |un cœur droit, une âme ardente et fière. Les solisongeur, plus recueilli, Alexandrine qui voyait M tudes du Nord Ouest avaient, au contraire, rafferm des fils blancs dans sa chevelure, se contentait de |son caractère en lui apportant une légère dose de sourire. Alors George, daus son ivresse dont il sa- |mélancolie qui lui allait très bien. vourait tous les charmes, ne pouvait contenir ses| Un soir, l’heureuse famiile était réunie au salon. transports, et sesdeus bras enserraient ces deux êtres; | Un silence presque lugubre planait sur ces personga vie, son amour, sa joie, Comme il sentait un sang [nages tantôt si riauts, Oh! c'est qu’on venait de
Pour venir au repos, il faut souffrir.
D'ailleurs mon devoir était d'être auprès de toi,
me
toucl patri
Le malh tion.
parce tisme une ( privé arbit déen:
la lu!
brige glais aux | eut d de la
On comn avaie que pagn bon r de ba abatt chéri dévoi fester
On territ et fut s'étai s'étai
m’apl conni
Je comm tion d passe le Sei Georg vous
et acc naissd de cel
sembl mais place Dieu à tout ne sal le po récon
Par andri voir r
Ge 4 pas de l'égoiïs
ces er id 18 il setoitrine, tient en \isait il, . Voyez | grisonrs d’un ndrine, rajeunis lement j'ai véréalité ses bras poitrine ur.
térieur encore pour ne vivante ulants, issante ,
hi, Oh!
Comme George.
veiller ats, cal- \ esun ais e8ur emde sin.
oie que 8 deux avec le
de toi, urce de Agisgais dit-on, stant le
ans un cou da ; lèvres ient 8a-
t leurs x jeune ‘8 joies.
t ilfut *$ avai:
30n air nt tous cheve- > forme rgique,, 8 soli- ‘affermi lose de
| salon.
person nait de
GAZETTR DES
tam am mean ot
toucher une cord3 sensible : les malheurs de la patrie.
Le cœur si fler du Canadien ne pouvait parler des malheurs d'alors, sans ressentir une poignante émotion. Papineau, d’illustre et de triste mémoire avait parcouru les campagnes, tonnant contre le despotisme des Anglaiset faisant vibrer dans tous les cœura une corde sensible du patriotisme. Nos Canadiens, privés de leurs droits, régis par la minorité aveugle et arbitraire. se soulevèrent comme autrefois les Vendéens de LaRochejaquelin. On connait le résultat de la lutte : du sang et des martyrs de notre côte, des brigandages et de lâches actions du côté des Anglais ; il y eut des emprisonnements el des déportés aux Bermudes, du bord des Canadiens, comme il y eut des fronts stigmatisés et des conduites blâmées de la part de nos ennemis.
On venait donc d'apprendre, chez George Dubois, comme dans tout le village, que les Canadiens avaient été défaits à St-Charles et à St-Eustache, et que la plus grande terreur régnait dans les cam: pagnes, aux alentours de Montreal, On disait’ que bon nombre des nôtres étaient restés sur le champ de bataille. Cette nouvelle était bion de nature à abattre la joie, car quand on aime une cause, on chérit ses défenseurs, et s’ils tombent victimes de leur dévouement, les larmes coulent, les regrets se mauifestent.
On parla longtemps à la veillée de cet événement terrible ; on en parlait encore quand le pasteur entra et fut accueilh avec joie et vénération : tout le monds« s'était levé d'ensemble, et Armande, toute réjouie, s'était envolée à sa rencontre.
— Bonsoir Père, lui dit-elle.
— Bonsoir, Fleur-du-mystère.
— Oh! ne me rappelez plus ce nom qui dit trop mes souffrances. Pourtant je l'aime ce nom, car je m'appelais Fleur du-mystère quand Laurent me connut, m'aima et me le dit.
— Laurent, mais il est ici ?
— Non, dirent les assistants.
Je comprends. D'ailleurs vous aliez comprendre comme inoi. Mes chers amis, voue venez de voir l’action de la Providence dans tout ce qui vient de se passer. George et Alesandrine, vous avez remercié le Seigneur de vous avoir rendu votre enfant et George surtout, votre chère moitié; il est juste que vous ne s0yez pas trop égoïstes. Vous avez reçu, fêté et acclamé le vaillant jeune homme que vous connaissez tous, Laurent Goulord, lui la cause première de cette joie, de ce ravissement que vous goûtez ensemble depuis quelque temps. Tout cela est bien, mais ce n’est pas tout, Ce jeune homme a quitté une place importante; on dirait qu’il écouta la voix de Dieu: l’amour seul de sauver votre enfant le porta à tout abandonner. C’est un acte héroïque dont on ne saurait trop le récompenser. J'ai dit l’amour seul le porta, donc il aime votre enfant, et la plus grande récompense pour lui serait de la posséder à jamais,
Par ma bouche, il vous demande, George et Alexandrine, la main de votre enfant, sûr de ne pas se voir refusé.
George se leva alors: Monsieur le Curé, je ne suis pas de ces parents qui n’ont que l'intérêt en vue et l'égoïsme dans le cœur. Le bonheur de mon enfant,
Dé amet mer gi gt ht
je ne le mesure pas à la richesse de celui qu’elle doit prendre, mais aux qualités qui l’ornent. La vie est trop courte et trop pleine de troubles, de larmes et de déceptions pour augmenter encore son aridité par un refus, quand je sais que le cœur de notre Armande désire, elle anssi, cette union. Aingi, j'ac-
pte pour Armande votre protégé, Monsieur le Cu-
:, votre ami, le sauveur d'Armande.
— Je n'attendais pas moins de votre bon cœur, répondit le Curé, J'estime Laurent, et je lui ai avancé l'argent nécessaire pour commencer un établissement qu’ deviendra prospère, j'en ai la certitude. Soyez cor. :‘s, vous avez fait des heureux; et quelle joie u «à faire, quand il y a tant de bonheur qui se perd dans le monde, La mariage, en unissant ces deux êtres qui s’aiment, ue f:ra qu'augmenter la famille d’un membre,
La cérémonie fut fixée à une date prochaine.
Elle suivit la première communion d'Armande de quelques jours seulement.
Ce fut une fête que ce mariage. La chapelle avait revêtu 8es plus beaux ornements, des érables élégantes ornaient la nefetlechœur, et reposaient la vue par ce tableau frais et verdoyant ; il y eut des voix limpides qui chantèrent, et la voix grave du prêtre troubla seule ensuite le silence du tempie, en par lant avec âme de la sainteté du mariage, de ses devoirs et de ses exigences. :
Laurent et Armande étaient unis pour la vie; dé. sormais au bras l'un de l’autre, ils allaient jouir de leur bonheur bien mérité.
Ceci avait lieu quelques mois après les événements de 1837 38, pendant lesquels Mélas, blessé, avait 6t6 recueilli par la sentinelle, son ami, et smporté loin du champ de bataille où Les Anglais étaient vainqueurs.