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lieux. Mélas ne voit qu'elle; il n'ose pas encore maudire la dureté des circonstances, Il pardonne
— Savez-vous à quoi je pense, Monsieur George ? — Je serais trop heureux de le savoir, Madémoi-
bien cette incartade de jeune fille, uttribuant à la selle.
beauté seule des lieux, ce départ subit qui le laisse tout désarçonné au beaa milieu d’une phrase pleine d’emphase et de sentiments tendrement exprimés. Tout n’est pas fini encore, se dit-il, comme manière d2 consolation. L'enthousiasme prend fin une fois. Elle reviendra à moi, et libre je pourrai lui avouer ce secret que j'aurais jamais dû trouver dans mon
— Ce n'est pas difficile, je vous assure. Voyez. voue ce lac tranquille, dormant dans son lit moëlleux? !l me semble voir Lamurtine, ce poëte des âmes tendres, s'inspirant pour chanter en vers sublimes, ce p°tit joyau qu’on a devant nous,
— Oh ! pourquoi n'ai-je pas ie talent de génie du
cœur, si elle doit me préferer À un aûtre. Pourquoi |grand romantique Lamartine. Il me semble qu’à souffrir ainsi ? Pourquoi ne pas l'oublier ? Oh! oh1|cette heure qui me voit auprès de vous, au sein
demandez au soleil de ne pas luire, à la mer de ne plus se plaindre, et alors je cesserai de l'aimer.
Ainsi pensait Mélas, à cette heure où Alexandrine criait, ‘“ Que c’est beau! oh! que c’est beau!
LES CONFIDENOES.
L'enthousiasma était passé: c'est une traînée lu-
d'une nature agreste et sauvage, j'aurais des expressions de brülant délire, de nobles expressions vers l'infini, ce, je ne sais quoi qui attire et repousse, élève et alterre; je chanterais ces lieux dignes de de nous....
— Prenez garde de devenir flatteur, Monsieur George; ce ne sont pas les paroles les plus sincères, parfois. Mais quittons ce sujet que l’on peut prolonger outre mesure, Vous devez vous sentir heureux maintenant de pouvoir jouir en liberté l'air de.la
mineuse qui ne laisse rien après elle, si ce n’est un |campagne, des bois et des champs, de sentir vos éblouissomrent qui dure peu de temps. Tous les in-| membres moins rebelles À l'exercico volontaire de vités rassasiés du spectacle féérique qui venait de chaque jour.
frapper leurs yeux cherchaient des endroits pleins d’ombres, pour s’y reposer un peu des fatigues d’une assez longue marche.
Mélas a pour partage le Notaire Boildieu, qui
— On le comprend mieux qu’on ne exprime, Ma.
demoiselle, Nous sommes de vrais oiseaux de passage que les exigences de la vie ont renfermés quelques années. Antantie joug a 616 pesant, au-
discute sur les questions du jour et fait par parler |tant le jour de la délivrance se lève radieux. Oh! des gaz qui s’échappent des marais et de leur infu-| comme tout sourit à cette heure, Il y a des charmes
euce sur le règne animal et végétal.
Quant à Alexandrine, voyez-là, sous un pin gi gantesque dont les branches touflues donnent une ombre bienfaisante, et à elle et à son trop bieu heu reux compagnon, George. Ils sout bien seuls, tout près du lac, assis sur la mousse verte et soyeuse, parmi laquelle courent les Courants qui ornent les autels du temple, aux beaux Jours de mai. Nul bruit, si ce n’est celui de leur respiration ou le ! tement irréguliers de leur cœurs 6émus. George est sans forces, auprès de cette enfant dont il ignore les sen. timents. Aime:t elle ? Son cœur, si innocent encore, connaît il ce que c'est que l'amour, ce que cette passion fait souffrir comme elle sais rendre heureux et content?! Autant de questions que George se posait à lui même, sans pouvoir arriver à des conclusions sûres. Comment le savoir? Elle est là, la chaste enfant, le dos appuyé au pin séculaire qui lui donne son ombre ; ses cheveux lui tombent sur le dos, bien que retenus auparavent; son beau cou, protégé tout à l'heure par un fichu de soie, a la blancheur du marbre ; son chapeau de paille, entouré de fleurs sauvages cueillies par Mélas en chemin, repose à ses pieds, sur la mousse haute et verte, Il tombe de toute s1 personne un charme exguis, qui captive George et le jette au sein d’une rêverie rose et sans fin. [i est seul avec elle ; il pourrait parler; ille voudrait, mais il craint encore; les paroles parlent du cœur, pour expirer sur ses lèvres, Pourtant, il se nt jones et ravi, auvrès d’Alexan drine qu'il aime tendrement, Il ÿ a ‘dès chañts suiaves dans son âme; 80n cœur se compiait dans cette extase pleine de quiétude qui laisse rien à envier aux
plus heureux de ce monde,
même dans les larmes versées au départ, en pressant la main de nos maîtres et nos camarades, Puis le chemin qui conduit au hameau ne finit plus; mais sitôt qu’on aperçoit dans le lointain le clocher de l’humble chapelle où nous avons prié et pleuré, alors ce cœur se prend à battre, il est vaste comme le monde et déborde d'un bonheur sans tache et sans nuage,
| George parlait avec une éloquence pleine de chaleur. !1 sentait si bien ce qu'il disait, et c’est là le secret de cette éloquence qui intéresse et subjugue: isentir et faire passer dans l'âme des autres les sentiments que l’on éprouve.
Aussi Alexandrine, les yeux rivés sur George, ressentait une joie secrète à l'entendre parler ; 1l avait fini qu’elle écoutait encore dans son âme ses dernières paroles, comme on écoute les dernières notes d’un morceau ravissant, même après que le pianiste a cessé de faire résonner l'instrument.
Pauvres enfants! pourquoi tant retarder ces aveux qui viennent expirer sur vos lèvres? pourquoi na pas vous dire qu'un mystérieux aimant vous attire l’un vers l’autre? Vous êtes seuls avec Dieu qui sonde les reins et les cœurs; les oiseaux ont recommencé leurs chansons, les feuilles vous donnent lombrage et quelques rayons adoucis du soleil; la mousse verte vous sourit, tout vous invite à par! r, à vous dire ce secret que vous igaorez l’un l'autre,
Enfir l'heure solennelle va sonner, cette heure où deux ânré8 se fusionnent en une seule dans an sentiment commun pour marcher le chemin de la vie ; ce sentiment est fort comme le roc éiernelles went battu par les fluts,
Œs am nmes
Le pour andri lie à invoc de cel à com
rose.
peu...
tombe le pét:
de Ge et l'ai fille 8 Georg:
— Q taire ; l'esprit sonne ] plie, le bliez pe pas ces — Qi VOUS vc — M; chemen souffrir d'augme vage do Mademce bien qu’ s'aimer mettre à l’on non Je suis € fait soufi andrive, avoir ho de ce la où votre votre far pleine d n'ai pas d suivait p elle encl C9mpagn la vôtre, cèremen la sincér d’une he quelque et durera ronge toi George niers acc fardeau. ( les yeux les maias Oh! po cette heü ne me pa vous tenil partir, s'él riez pas
recomonnent eil; la
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heure ans un n de la ernelle:
GAZITTE DES CAMPAGNES 17
Le silence s'était fait cutre ces denx cœurs faits| mers, je ne pourrai pas, aux heures d’ennui, me pour se comprendre et s'aimer sincèrement, Alex-|dire: “ Au village quelqu'un, à part ma mère, andrine distraite effeuillait une rose sauvage cueil-| pense à moi ? ” J'aurai au cœur une plaie mortelle, lie à ses pieds ; ses lèvres s'agiteïtcomme dans une|car on a dit: Les blessures du ‘eur sont universelles, invocation, chaque fois qu'elle arrache une pétale|et sans courage pour l'avenir, sans force dans les de cette fleur délicate. George la regarde et cherche | épreuves, tourmenté par ce cœur qui n'aura pu renà comprendre ce que la jeune fille peut dire à la! contrer le ferme appui qu’il désirait, j'irai par le rose. Il entend bien ces paroles: “ Il m'aime un|monde, traïnant partout mon malheur comme l'es-
autre,
peu....” et le pétale enlevé par la jeune fille! clave son boulet, sans pouvoir me dire: Je puis être tombe sur le gazon; ‘ il m'aime beaucoup...” |libre en n’aimant plus!
le pétale ne 8e détacha pas de la corolle, car la main
Il se tut de nouveau. Mon Dieu ! venez à mon
de George s'était appuyée sur le bras d’Alexaudrine | secours, se dit il en lui-même, Oh ! pourquoi, pouret l'arrôtait presque involontairement. La jeune|quoi son cœur ne répond-il pas au mien ?
fille surprise, retira son bras aussitôt, et levant sur George ses grands yeux si pleins de douceur :
— Que me voulez-vous, Monsieur George ?
— Oh! pardon, mademoiselle, ça été involontaire; je vous assure que je me suis oublié; mais l'esprit est souvent dominé par le cœur qui ne raisonne pas toujours, Dites-moi donc, je vous en supplie, le nom de cet heureux mortel de qui vous sem bliez parler, en effeuillant votre rose ? Ne me cachez pas ce secret, et moi je saurai bien courber la tête.
— Que dites-vous donc? Vraiment je ne sais où vous voulez en venir.
— Mademoiselle, J'aime autant vous avouer franchement ce que j'éprouve pour vous, plutôt que de souffrir dans les étreintes d’un doute mortel vient
Alexandrine venait de soupirer, Son œil était humide ; et une couleur rose ornait son front ordinairement blanc comrae le marbre.
Ecoutez, George, mon cœur ne pourrait refuser un pauvre enfant, comme vous dites, qui me tend la main. Sachez-le, George, pour votre bonheur et pour le mien, j'aime quelqu'un, et cet amour est mon bonheur vivace.
George se prit à pâlir. Il avais un rival, lui.
Oui, George, je l'aime de toutes les forces de mon âme, et son départ me brisera le cœur; cet homme qui à blessé mou cœur, C'est vous....
À peine achevait-elle ces mots qu'elle bondit comme si un serpent l'eut mordue. Un bruit sec et mat, comme la détente d’un fusil, s'était fait en-
d'augmenter vos paroles, en effeuillant la fleur sau-| tendre. Aussilôt un petit oiseau sortit du fourré en vage dont les pétales gisent là, à vos pieds. Comment, [jetant à la brise son cri joyeux.
Mademoiselle, n'avez vous pas compris ? Vous savez| bien qu'il ne faut pas des mois et des anuées pour| g'aimer, un instant, un seul instant suffit pour mettre au cœur d'un jeune homme cette passion que l’on nomme l’amour et dont Ja nature est si subtile. Je suis encore sous le charme de cette passion qui! fait souffrir, quand elle n’est pas partagée. Oni, Alexandrite, je puis vous l'avouer, car on ne doit pas | avoir honte d’un sentiment aussi pur que le crystal | de ce lac; je puis vous avouer que depuis le jour| où votre père nous admit, Mélas et moi, au sein de| votre famille, depuis le jour où votre voix fraîche et pleine de naturel trouva le chemin de mon âme, je n'ai pas eu de repos. Une image bien chère me poursuivait partout, elle me sourieit à mon réveil comme elle enchantait mes rêves; tout le jour elle m'accompagnait comme un ami fidèle. Cette image c’est la vôtre, et Dieu m'est témoin que je vous aime sin cèrement; d’ailleurs l’avenir est là qui prouvera la la sincérité de mes paroles. Ma passion n'est pas d'une heure ; elle est réfléchie, et je sens moi mime quelque chose qui me dit que cet amour est fort et durera comme le roc de granit que le temps qui ronge tout ne parvient pas ébranler.
Géorge se tut. Un silence de mort suivit ses derniers accents; il sentait son cœur allégé d’un bon fardeau. Quelque dut être les résultats, Alexandrine] les yeux baissés vers la terre, le rouge sur le front, les maias croisées sur les genoux, gardait le silence,
Oh! pourquoi vous avoir parlé ainsi, puisqu’à cette hettre, je ne dois pas espérer de retour. Vous ne“me parlez pas, Alex indiine? Un pauvre enfant vous tend la maiu dans le chemin de la vie; il va
rür, s'éloigner pour longtemps, et vous n’accéderies pas à sa demande ? Où! 1à bas, sur les hautes
C'est une branche sè:he qu’il aura cassée, dit George ému; puis ils se rassirent.
N'entreprenons pas de décrire et la joie de George, joie d'autant plus grande qu’elle lui semblait inespérée, et le bonheur d’'Alexandrine se voyant aiméa et ayant eu la force de dire qu’elle aimait, elle aussi, Plus de doute à cette heur:, plus de souffrance au sein d’une incertitude mortelle, C’est sous ces arbres pleins d’ombres, au bord de ce lac réflschissant la vraie image des cieux, qu'ils se jurèrent fidélité. On parlait d'avenir, et les instants coulèrent rapidement. Ja digue était rompue, et le flot longtemps soutenu déborda en promesse de filélité, en paroles sincères, en épanchements intimes.
Ils avaient déjà oublié le petit incident qui avait fort surpris Alexandrine. Ce bruit insolite entendu, avait eu pour cause le froissement d’une main mal contenue. Mélas aux aguetls, avait entendu leur conversation, Dissimulé ainsi dans l'épaisseur du bois, il ressemblait au vautour épiant un nid de fauvettes, Quand l’aveu d'Alexanärine tomba si joyeusement sur fe cœur de George, Mélas eut un rictus amer; 1l ressentit comme une douche d'eau froide sur la tête; un frisson lui passa par tous les membres, et rencontrant sous la main un faible appui, il le brisa comme où casse un roseau. Le démon de la jalousie avait déjà souflé dans son cœur une haine mortelle. Plus de raisonnement; il ne sa-
| vait que dire: *! Je ne suis pas aimél je ne suis pas aimé |! ”
Qui comprendra ce qui dût se passer alors dans
l’âmé de cet enfant trop faible pour résister à cette passion maudite de la jalousie. Il devait pourtant faire bonne: contenance et lutter mème contre l’envahissement complet de son cœur par cette espèce de
LS
F 4rà {R pu | +
frénésie, suite de la jalousie poussée aux extrêmes. | choses et d'autres, Et n’ai-je pas reucontré cet être Il était si difficile de rompre ainsi ouvertement|cynique de sauvage qui reste au piel de la monavec son compagnon d'étude, avec celui qui luiftagne. Qa été la seule ombre de ma journée. Je ne avait juré amitié éternelle et à qui il avait pro |sais pourquoi cet effroi, à la vue de ce sauvage? mis la même chose, Néanmoins le feu dévorant al-| Mon Dieu ! on dirait que les sauvages doivent avoir Jait dormir sous là cerdre; le démon de la jalousie ,une irflience funeste sur ma vie, essaiera bien d'allumer de suite un incendie. Mais,| Allons! Alexandrine, n'ineulte pas au bon Dieu ! patience! ce ne sera d’abord que quelques jets de |f[l est le seul maître de la vie, et tu le sais: pas un flamme, jusqu’au jour où ne pouvant plus contenir cheveu de notre tête ne tombe sans sa permission. le trop plein de son cœur envenimé, il éclatera | Que peux-tu craindre d’aiileurs d’un pauvre idiot ? comme ces montagnes arides et aux flancs rebondis | Il passe en tendant la main; on lui donne, et ne qui lancent soudain sur les campagnes un jet devoistu pae qu'il grimace un sourire de satisfaclaves brûlantes. tion.
L'heure du départ est arrivé. Déjà le soleil a par-! __ Allons, maman, jete laisse, Il me faut aller couru la distance entre le zénith et l'horizon sur les |fuirs un brin de toilette et sortir en voiture. bords duquel il semble se reposer un instant, avant| [a chère enfant, comme elle est souriante el gaie ; de donner À la terre son dernier rayon de chaleur |j'oiseau des bois n’a pas la souplesse de ses memdouce et attiédie. s bres; le ciel sans nuage n’a pas la sérénité de son . Alexandrine se levant, salue le petit lac de ses me nageant au sein d’une ivresse sans pareille. joyeux cris d’amiration. George entonne d’un cœur| La voilà partie pour faire un tour de voiture pur de joie la strophe suivante qui concordait|avant souper. Conduisant elle-nême un superbe
ien avec ses idées : cheval canadien pur sang, cetle race tant recher-, l Dieu donne aux fleurs'lenr aimable parure, chée et qu’on a perdue par notre ‘faute, elle laisse | L pins et mûrir les fruits, les guides au hazard, n’écoutant plus que les lougs D RNA TOR TOR et réguliers battements de son cœur si content d’a-
Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits,
Deux heures après, tout le n'onde leste et joyeux, { rentrait au village, après une heureuse traversée. Comptez les heureux, énumérez les rêves formés et a M ph charmes. ; QU SR
1 sitôt envolés. Ainsi va le monde, Joies, bonheurs,| Marche, jeune fille; souris à la vie, à la joie, au | illusions, tout cela fait vivre et nous dit que nous | bonheur ; ton cœur plein d'illusions et de rêves peut
{voir échangé sous les gros pins, au bord du lac, ces confidences mutuelles dont le souvenir la tenait
' sommes des pèlerins vers la sainte cité. chanter, car la joie est comme l’ombre du soir, et le ! bonheur ressemble au roseau fragile, Vois le ciel | VIIL sans ride; entends la voix pure des oiseaux peu- Ë lant le bocage, qui chantent leur dernière hymne
£ MPÊTE, P k : : ?
| RER DE TAREATE au Créateur et seluent l’astre étincelant qui semble
Que la journée a été longue pour moi, chère en-| fondre à l'horizon dans une fournaise embrasée; l fant, s'écrie Madame Boildieu, en yoyant arriver | écoute le bourdonnement des insectes dans Pair et | Alexandrine. J'ai cru mourir d’ennui. J'ai suivi des|sous l'herbe soyeuse et fine; les rumeurs de la 1 yeux la voile, et je vous ai vus revenir. brise sous la feuillée, le clapottement du ruissean Elle n’achevait pas de parler que déjà son enfant, |et la grande voix du fleuve; dis-moi, ne trouves tu ivre de joie, le cœur débordant d’une sainte 4llé-| pas tout cela dans ton âme? Il y a eu en toi ur congresse, sautait au cou de sa sainte mère et ne ces-|cert dont l'harmonie inconnue enveloppe ton cœur | sait de l’embrasser, $ d'un réseau de notes suaves et limpides qui te porte Oui, maman, quelle belle promenade nous avons |à rire à tout et à tous. Marche, Jeune fille, dans la faitel Elle aurait été trop belle si tu fusses venue ; campagne, dont les champs verdoyants annoncent mais tu n'as pas voulu, tu as perdu beaucoup. Ja-|la jeunesse. Tout cela aura un lendemain, comme mais encore je n’ai goûté pareil bonheur. toutes les choses d’ici-bas. Le vent lu malheur souf- ! Tant mieux, Alexandrine; ton bonheur com-|flera, et il y aura des larmes versées sur des ruines ‘} pense mon ennui, car tes joies sont les miennes.|à jamais irréparables. Prends garde; jeune fille ; dé- ‘4 Chère maman |! et elle la baisait au front. Tout|fle toi de l'ombre, Qui sait si le couteau qui brillera était pour nous: beau ciel, belle mer, bonne table, | un instant dux rayons de la lune argentée, ne frap- ° gracieux oasis, gais amis; en un mot de l’entrain | pera pas ton cœur pour l’envelopper dans un long #4 sur toute la ligne. Monsieur Mélas a paru sombre | deuil ? Prends garde au sang et à l'âcsassin, j un peu, mais enfin j'ai fait de mon mieux, et 1l| Pendant qu’Alexandrine jouit dans la campagne, “22 s’est amusé comme les autres, au’ milieu de ses chers souvenirs, pendant qu'elle Re — Et George ? dit la mère moitié sérieuse et moi. |se dit tout bas: “ Qui, mon Dieu, je l'aime! plutôt tié badine (car rien n’échappe à l'œil d’une mère).| mourir que d’être à jamais séparée de lui,” péné- — Monsieur George ? il s'est amusé comme pas|trons un instant chez Mélas Vincent,
un avec nos amies el moi-même, dit Alexandrine| Dans une petite chambre bleus, bien meublée, qui |
ui vint rouge à se cacher derrière l'épaule de sa regarde le fleuve et en même temps sur le chemin mère qui comprit et se tut. du roi, où l’on voit un bureau et des livres én dé- Mas où est ton père ? ; sordre, un jar homme se promène lentement; :l — liens! 11 movte dans le champ avec Monsieur s'arrête par
ge. Nous avons pris
! ois, et la main sur son cœur, il semb lo :
le devant, nous qu'avait | vouloir comprimer les battements précipités. Sa fl.
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centre | de la !
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ses met
Où es Quoi, 1 faibles s'aiment
endant arperi brise à eut rel ouillos Cœur jt avec le pousse tr tomber pourquc un jet di n'aurais Je sens furies d pour me douleur mais m:
indigne sil Me:
ter gur | sillère ; se suici parle trc sion a-t montan mailles ( je encor.
le jouet de paille quoi? E mon cœæ c'est 80 bres épe Elle lui rade; nd le préfé Je vous il ge tut
Il éta lousie ir Déjà le serres p l’'abime crainte.
flux de lèvres d momen du Rub cn est je À peine coup di il revè pas enci son frot pris le visage, en être
laisse longs nt d’aac, Ces tenait
ie, au 2s peut r,et le le ciel x peu- \ymne, semble rasée ; l'air et
de la aissean 1ves tu an Co'i cœur e porte daus la oncent comme ir soufruines Ile ; débrillera 1e frapin long
1pagne,
qu'elle plutôt
” péné:
lée, qui chemin êu déent; il semb la.
. San: W
centre du front qui se ride souvent: c'est le signe de la tempête, dans celte âme sans éuergie; ses lèvres ont un frémissement nervex comme tous ses membres.
Où est donc ma volonté, mon éneigie? se dit:il. Quoi, mon âme n'a pas d’empire sur ces nerfs trop faibles? Je tremble rien qu'à la pensée qu'ifs s'aiment. Allons! plus de résignation, plus d'indé pendance, moins de faiblesse, Mélas! fi il se prend à arpenter la chambre, Non! non ! reprend-il, je me brise à un rocher, je ressemble au nageur qui ne
eut refouler le courant qui l’'emmène. Le sang qui jouillonne dans mes vehies afflue au cœur et du cœur jusqu'au cerveau, Je suis troublé, iuquiet, avec le remords du coupable, et cette excitation me pousse malg:6 moi à maudire le jour où j'entendis tomber de ses lèvres, ces mots : ‘ Je t'atme! ”—Oh1! pourquoi n’est il pas sorti, à cette heure, de la terre un jet de flamme pour me consumer tout entier | Je v’aurais pas À souffrir maintenant ce que J'endure, Je sens en moi un feu dévorant; on dirait que les furies de l'enfer se sont donné rendez-vous en moi pour me tourmenter sans cesse, m’aveugler par la douleur, pour me jeter dans des voies funestes, à jamais mauvaises, George, George, mon amil c'est indigne de moi, qui Lai juré fidélité, de parler ain sil Me reconnaîtras-tu ? La raison devrait l’emporter sur la passion qui est toujours mauvaise con- &æillère ; c’est vrai, mais voyez le malheureuxqui se suicide, raisonne-t-il? Moi, non plus; le cœur parle trop haut ! Oh! pourquoi cette maudite passion a-t-elle envahie mon âme comme une mer montante ? pourquoi l’a-t-elle entourée de ses mailles de fer que je ne puis briser ? Pourquoi suis. je encore à cette heure de térèbres pour mon cœur, le jouet de cette jalousie sauvage, camme le fœtus de paille à la merci des flots qui l’empor:ent ? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Tout est sombre dans mon cœur! Je ne vois plus qu’à travers l'ombre, et c'est son image que j’entrevois au milieu des ténèbres épaisses qui m'environnent de toutes parts. Kile lui sourit, à lui George mon ami, mon Ccamarade; non, non, mon ennemi, mon rival heureux, le préféré de celle qui me repousse et que J'adore, Je vous maudis tous deux.... À ces derniers mots il ge ut, surpris et consierné.
Il était déjà bien avancé dans le chemin de la jalousie immonde et basse. I en fut surpris lui-même, Déjà le démon de l£ ‘lousie l’'empoignait dans ses serres profondes, et :. se prit à trembler en voyant l'abime ouvert sous ses pieds et qu’il cotoyeit sans crainte. Il y eut un moment de suspension dans le flux de paroles incohérentes qui se pressait sur ses lèvres depuis assez longtemps. Ge fut comme l'arrêt momentané de César revenant des Gaules, au bord du Rubicon; comme lui aussi, il s’écria: ‘“ Le sort cn est jeté, qu'il soit maudit puisqu'il est mon-rival. ” À peine achevait-il de prononcer ces paroles, qu'un coup discret fut frappé à sa porte. En une seconde il revêtit son masque de la tranquillité. Il n'avait pas encore dit le mot traditionnel : Entrez! que déjà son front s'était déridé, et que ses traits avaient repris leur état normal ; il lui restait bien le sang au visage, mais la fatigue de la journée pouvait bien en être regardée comme ia ÇGause par le visiteur
inattendu, qui n'était autre que notre ami George. Fatalité! 80 dit il eu lui-même. “
Bonjour, Mélas! j'ai pris le temps de souper, et me voilà auprès de toil Tu es mon meilleur ami, par conséquent je viens à toi, Mais ta mère me dit que tu n'as pas soupé,
— Oui, c'est vrai: une indisposition...….
Allons ! vas tu te laisser aller à ces idées de maladie ?
— J'ai tant mangé sur l’île, au pique-nique,
— Tu le dis pour rire. Ilme semble qne tu n'as pas mangé. M is, dis donc, n’estce pas un beau commencement ? Tout le monde nous choie, toi surtout; car le Notaire m'a parié de toi en termes qui me disent qu'il te tient en grande estime. Tu es bien heure.:x, Mélas, de rester ici, au village; moi, il va me falloir partir,
— Tu as également de-la chance d'avoir le goût des aventures. Ta reviendras riche de connaissances, avec un titre honorable qui te permettra da gagner honorablement ta vie, À vaincre sans périls, on triomphe sans gloire, dit Mélas.
— C'est vrai, tout cela; mais quand on reste au village et que l’on peut y gagner sa vie, soit en cultivant la terre, soit en travaillant autrement, ou voit ses parents, ses amis, on jouit du printemps comme des beautés sauvages de l'automne; on peut aimer, jouir auprès de ceux qu'on aime et qui nous paient de retour; et si l'enfant de notre choix nous aime profondément, on connait le bonheur,
— Dans ce dernier cas, plutôt que tout autre, tu prêches pour toi; car alors tu devrais rester pour goûter le bonheur auprès de l'enfant de ton cœur.
George comprit et se surprit à songer comme uns petite fille de quinze ans prise ên faute.
— Allons! Mélas. Viens faire une marche dans les champs! Viens, cela te fera du bien; l'air est frais et plein de senteurs douces, les oiseaux chantent partout; nous chanterons avec eux; notre chant sera une prière, car nous célébrerons Dieu dans la beauté de ses œuvres.
— Merci, Georga; je ne me sens pas la force d’aller avec toi. La tête veut me fendre; c'est le repos qu’il me faut, J'en suis fâché, mon cher, car j'aurais été heureux d’aller avec toi admirer un peu les beaux sites et üe jouir, comme il faut, de la liberté qui nous est accordée,
— Je vais y aller seul, et j'arrêterai te voir en revenant,
Un merci involontaire s’échappa de la bouche de Mélas et George sortit.
Le flot un instant contenu de Mélas déborda. Je suis son ami, dit-il, Oh! comme il est meilleur que moi ! Il me montre de l'intérêt, il me dit qu’il vient à moil Oh! mon Dieu, ayez pitié de moi, car je souffre une douleur qui n’a pas de nom. Pourquoi avez-vous mis dans mon Cœur cet amour qui ne de-
vait pas être payé de retour ? Pourquoi avoir allu- .
mer dans mon cœur cette flamme que je ne puis e8pérer voir éteindre, et qui me fait croire en la présence réelle de satan en moi? Ce n’était pas assez de me voir lorturé par ce démon cent fois maudit de la jalousie, il faliait ce remord pour augmenter ma souffrance, Je suis donc condamné à vivre au sein de la douleur, comme le paria au milieu de la
\ CURrIS
ps
misère ? Pauvre esclave ! me voilà avec un boulet au pied; d’un bond je pourrais briser ines chaînes, nel je ne sais quelle puissanco infernale me reent:
C'est bien le cas de dire avec le poète :
‘Tant de flel entre tit dans l'âme des dévots ? ”|
Mélas, ce cœur d'or avant ce jour néfaste ; ce | jeune homme craignant Dieu, comment se fait il qu'il accuse la Providence, quand toutes ses sou. frances ne sont que l'effet de sa liberté. Comment peut il nourrir dans son cœur des idées pareilles, fo- Imenter dans son esprit des projets aussi infernaux ?
Oui, se ditil, je saurai me venger de cet afront. Elle sait que je l'aime; je lui ai avoué cet amour qui fait mon tourment; elle m'a fui; et plus tard, sous l'ombre des grands pins, au bori du lac maudit qui entendit ses sermerts, elle avoua qu’elle ai mait George. Comment! j'ai entendu, sans perdre la tête, cet aveu qui brisait mes rêves d’un jour. Oui j'ai tout entendu, et depuis ce moment le cœur me saigne ; je maudis ce jour néfaste, et je n'aurai pas de repos que je n’aie..,., mais il va partir ?... qui sait si tout n'est pas à refdire? Je f#tierai le père, er la fille me reviendra, car ‘ les grands espaces peuvent parfois amoindrir l'amour, ” Allons! Courage, se dit il,
Un rayon d'espoir encourageait ce pauvre dévoyé. Il s’y cramponna comme le naufragé à l’é. pave qui doit le conduire au port, Aussi quand George revint le voir après sa promenade, il le trouva calme. Il se décida même à accompagner George jusque chez lui.