U BOY
Monseigneur, depuis la bataille, j’ay toujours faire service
à l'empereur et à vous; combien que mon a me fusl bien
convenable pour plusieurs raisons. Et parce que, depuis le parlement du roy François pour aller en ce c il a pieu à mondit
* Une lettre de Charles-Quinl, publiée porte aussi aux négociations de M. de • par Lan/, ouvrage cité, p. i66, se rap- .Monlmorencv.
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 2/»3 seigneur l’empereur me mander aller devers sa majesté , ce que je suis délibéré faire , j’espere partir lorsque les galleres qui ont mené ledit roy François seront venues, lesquelles, comme je croy, arriveront à Gennes dedans sept à huit jours. Je vous en ay bien voulu
advertir, et vous Monseigneur, qui vous plaise estre asseuré
que , quelque part que je soye , je mectray toujours peine de me conduire et garder aubien et honneur des communes affaires, ainsi que
pi pourez estre informé par mons' de Rouffec : qui me garde
de vous en faire plus longue lettre, de peur de vous ennuyer. Monseigneur, je prie Nostre Seigneur qui vous doint très-bonne vie et longue.
Escript à Milan, ce vi* jour de juillet.
Vostre très huiuble et très ho
serviteur et cousin,
CHARLES »
N* ex. — LETTRE DE LA DUCHESSE D'ANGOULÈME AU ROI.
Elle \a bâter, ^elon le désir dn Roi, le départ de la duebesse Marguerite. — M. de Moiitmurcuc-v
lui donnera des nouvelles de son royaume.
IJuill.l IS2S.)
L’ayze que j’ay eue de savoir la coiitynuacyon de vostre bonne senté par le mareschal de Montmorancy, avecques le surplus de sa charge, a esté telle que vous pouvez penser, monseigneur, que la nesesyté du temps de vostre absence le requyer et porte. Et pour ce que, par luy, dedens peu de jours, pourés entendre le bon estât en quoy sont voz afayres de par deçà, cela me gardera, remectant le tout à luy, de vous en escryre pour ceste heure autre chouse.
' Celle lettre a aussi été brûlée en pin- (Archives cl' Angleterre ; copie de Bréqiii-
sicurs endroits. La souscription est seule gny, vol. XC, Bibliollièqnc royale.) de la main du connétable de Bourbon.
2kk CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS r.
Au surplus , monseigneur, je suys après pour fayre delygenter le parteinenl de vostre seur, celon se qxie vous avez raendé, quy se fera le plus toust qTiy sera possyble : vous suplyent que, en adtendent son arryvée devers vous, ordonnez à voz ambassadeurs qu’yls acheinynent et poursuyvent le fait de vostre delyvrance, afin de ne perdre point de temps, et que la longueur du chemyn qu’il fault qu’elle face ne donne delay à la conclusyon tant desyryé de vostre, etc.
LOYSE
N* CXl — INSTRUCTIONS A .MONSIEUR DE BRION POUR FAIRE LA TRÊVE AVEC L’EMPEREUR CHARLES<ÎUINT '.
Jh? Koi désire la trêve pour arriver à une paix universelle et à sa délivrance. — La trêve .sera aussi marchande. — Brion écoutera les propositions des gens de l’empereur. — Ne répondra <]uc sur les articles portés dans scs instructions, savoir ; — Sur le Tait de M. de Bourbon, on lui payera le revenu de scs terres, légalement confisquées. — Au roi d’Angleterre, on lui payera, pour complaire i l'empereur, ce que l'empereur payait audit roi. — On prêtera les vaisseaux du roi de France à l’empereur aux conditions indiquées. — Ce qu’il devra dire, si on l’interroge , au sujet de la Bourgogne , de Naples , de l’Aragon , ctr.
[JmIUl IMS ]
Après que le de Bryon aura présenté les lettres que le Roy escript à l’esleti et empereur, et qu’il luy aura exposé sa creance, luy dira , .sur le faict du depost d’armes, que le Roy, de sa part, le desire,
' En même temps que Brion reçtil scs inslriiclions pour se rendre en Elspagne, madame la régente et madame la duchesse Marguerite lui remirent des lettres pour le Roi prisonnier.
L’éditeur des Lettres de Marguerite de Navarre a publié la lettre de cette prinee.sse en lui donnant pour date le milieu de décembre 1525 (a* recueil, page 64). L’inadvertance est facile à rcconnaitrc , puisque la duchesse Marguerite y parle du bonheur qu’elle éprouverait si elle pou-
vait servir à obicnir la liberté du Roi, en quelque façon que ce fût. Il nous semble que Marguerite , au mois de décembre 1.^)3 5, après avoir échoué dans sa négociation , ne pouvait eK[irimcr encore cette pensée. La lettre nous parait donc se ra|>porter à l'espoir que la duchesse Marguerite exprimait avant de savoirencore si elle pourrait aller négocier à Madrid la délivrance du Roi son frère, et on peut lui assigner pour date la ûn de juin ou le commencement de juillet.
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. M affin que, durant icclluy, il se puisse trouver quelque honnesle moyen de faire une paix universelle, à la louange de Dieu, proITit et utilité de la chrestienneté et d’iceulx seigneurs empereur et I\oy ; aussy afin que pendant icelle , par les communications qui se pourront faire d’un costé et d’autre, se ti’ouve façon que le Roy soit délivré.
Et quant aux conditions d’icelluy depost d’armes, ledlct seigneur de Bryon , avant de faire aucune ouverture , entendra d’eux ce qu’ils demandent ; et là où on demanderoit autre chose que le contenu aux articles qui luy ont esté baillez par le Roy, dira n’avoir aucune charge, et de cela n’aura esté nulles nouvelles à son partement dudict seigneur.
Et quant au faict du contenu aux articles que le Roy luy a baillez , respondra seullcment et mettra en avant ceux dont luy parleront.
Si luy est parlé d’icelluy de Bourbon , respondra que jà çoit que ses prétendus biens soient par raisonnable cau.se , comme il est bien notoire, à la main dudict seigneur, neantmoins, pour complaire audict seigneur empereur, ledict seigneur sera content donner et payer par chascun moys audict de Bourbon , par voye de baneque , ce que se monte son revenu par chascun moys, pourveu que luy ne autre, directement ou indirectement, ne mene aucune praticque en France, le tout durant ladicte abstinence de guerre.
Et quant au temps dudict depost d’armes, le prendra le plus long que faire se pourra; et s’ils veullent qu’elle soit marchande, l’accordera , avec telle condition que durant la communication et trallic de marchandises, aller, retourner, demeurer, ne se mèneront aucunes praticques sécrétés ne ouvertes , sur peine de confiscation de corps et de bien à ceux qui le feront, et que les uns et autres qui vouldront entrer, sortir ou demourer, pour le Iralfic de marchandise esdict pays, y entreront sans armes offensives et assemblées.
Et quant au fait du roy d’Angleterre , combien que ledict seigneur ne soit tenu luy payer ce que soit convenu luy bailler un chacun an pour Tournay, neantmoins, pour complaire audict esleu et empereur, sera content luy payer, durant ledict depost d’armes, telle et semblable
provision et i mesmes termes qu'il payoit audict roy d’Angleterre auparavant la guerre, pour et selon la contingente part et portion de ladicte tresvc, pourveu que iceiluy roy d’Angleterre soit contraint ou comprins de sou consentement à ladicte treve, ou que, durant Icelle, directement ou indirectement, partner ne par terre, ne face la guerre audict seigneur.
Et quant au fait des navires, ledict sieur de Bryon n’en pailera , si ledict empereur ou ses gens ne luy en parlent.
Et là où luy en sera parlé, dira que, le tout bien entendu, n'est grande chose <{ue de l'armée de mer dudict seigneur, et que eux ne se y doivent arrester, d'autant que la plus grosse force que ledict seigneur ayt sur la mer, sont les galiaces et autres fustes de Dorie , qui est à la soulde dudict seigneur, et pour prendre party là où bon lu) semblera ; et que la maistresse et celle du feu de la Trysmoille ne sont de présent en estât pour pouvoir servir, comme si ne .sont plusieurs autres galions, comme se pourra veoir occulairement, et une partie de la reste est à frere Bernardin de Paulx, qui est aussy à la solde dudict seigneur; et tout ce que dessus mis hors, ce qui est de reste n'est rien. Toutesfois, quand ledict seigneur empereur se voudroit arrester à ladicte force de mer, luv sera oflérte en la maniéré qui s'en suit :
C'est à sçavoir, que ledict seigneur luy baillera ses galions et autres fustes qui luy appartiennent et sont en estât de servir et naviger, et ce jusques à la fin de l’este, et payera ) icelluy sei-
gneur, par deux mois seullement, et le reste du temps sera payé par ledict empereur, lequel se pourra seullement ayder desdicts galions et fustes pour la deffense des biens qu’il possédé, et contre les Turcs et Mores. Et seront les capitaines, maistres, contre-maistres , scribes, pillotz et autres oilicicrs ordonez et députez par ledict seigneur, qui feront serment audict empereur de le servir loyaulement es choses que dessus. Et s’obligera ledict empereur et baillera pleiges et cautions de rendie et restituer audict .seigneur sesdicts galbons et fustes en l’estât qu’il les luy aura baillées, après ledict temps d’esté; et si
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. '2<\1 durant icelluy advenoil, que Dieu ne veuille ! que ledict signeur fust assailiy par quelque .sien ennemy, en sorte que, pour sa delTense, luy convînt recouvrer sesdicls galliaces et fustes, ledict empereur sera tenu les luy rendre, et les capitaines et autres officiers desdicts galliaces et fustes seront absous et delivre* du serment fait à l’empereur, et ne se pourra ayder ledict empereur desdicts fustes et galliaces, en quelque sorte que ce soit, contre les alliez et confédéré* dudicl .seigneur.
Et si, sur les choses dessusdictes se trouvoient des diflicultez du coslé de l’empereur, pour ne mettre l’afl’aire en rompture, ledict seigneur de Bryon dira que le tout se pourra rabiller par ceux qui auront le pouvoir de capituller.
Et taschera ledict de Bryon que ledict seigneur empereur se contente d’envoyer quelque bon personnage , avec pouvoir suffisant, par devers Madame, qui est dame d’honneur et de paix, pour traiter des choses dessusdictes ou autres plus grandes, si que faire se doivent, et qu’il fie audict seigneur empereur que madicte dame traictera les choses de sorte que quelque bonne conclusion s’en ensuivra.
n se pourra faire que ledict seigneur empereur, ou autres pour luy, feront plusieurs interrogatoires audict sieur de Bryon, pour aprendre quelque chose de luy de l’intention dudict seigneur ;
Ausquelz il pourra respondre qu’ils n’a aucune charge dudict seigneur, si ce n’est ce que dessus.
Toutesfois, par maniéré de devis et comme de luy-mesmes, s’il entre en propos, leur pourra dire ce qui s’ensuit :
Premièrement, touchant la Bourgongne, que c’est appannage, qui est de mesme nature comme le royaume, qui ne tombe en quelnouilie, encore ceux qui le baillent feissent pacte au contraire, et par ce moyen sont advenus au Boy les duchez d’Anjou, Berry, Orléans, esquels les filles n’ont succédé.
Et quant aux villes qui sont sur la riviere de Somme, qui disent leur appartenir par le traicté d’.Arras, leur sera dict qu’elles estoient racheptables de quatre cens mil escus, lesquels furent payez par le
2'i8 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I".
roy Loys unzieine; et s’ils parlent du Iraicté de Peronne, leur sera reinonstré qui tenoienl injustement prisonnier ledict roy Loys , qui esloit là venu à leur fiance.
Et quant à Boulongnc, Mascon et le ressort Saint-Laurent et autres choses contenues au traicté d'Arras, ne peuvent prétendre aucune querelle , car tout cela a esté couvert par les traictés de Senlis et plusieurs autres sur ce faicts; par lesquels plusieurs parties ont esté rendues, mesmement le conté de Bourgongne, et tout de inesme eust esté fait de la duché si elle y eust appartenu, et aussy les autres choses que à présent querellent.
S’ils parloient du royaume de France, qu’ils prétendent avoir esté donnez au duc Albert d’Autriche par le pape Boniface , leur sera dit que icelluy pape n’avoit pouvoir de ce faire, et mesmement sans cause et luy estant ennemy dudict seigneur, et que tout ce que icelluy pape attenta contre Icelluy Phillippes le Bel, mesmement quant à la donnation dudict royaume, fut revocqué par Clement au concile de Vienne, et si y a plusieurs actes et solutions esquelles il n’y a point de repLicques.
Et par maniéré de devis, leur pourra dire que ledict seigneur a plusieurs querelles plus claires, plus .seures et de plus grande importance que celles cy-dessus.
Premièrement, n’y a rien plus clair que le droit qu’il a au royaume de Naples, ainsy que sera congneu quand ce viendra à disputation; pareillement le droit de la duché de Milan est si très-clair et notoire, que nulle n’y fait difficulté.
Ledict seigneur a inesme droit au royaume d’Arragon, Valance, Maillorque, Mlnorque, que au royaume de Naples.
La commune des contez d’Arthois et Flandres appartiennent au Roy à cause des guerres faictes contre luy, et le procès et estât de juger.
La conté de Bourgongne est tenue en foy et hommage du Roy, à cause de sa duché, et de ce y a selgnemens légitimés et certains, pour les causes que dessus.
La maison d’Arragon doit trois cens cinquante mil escus à feu de bonne mémoire le roy Loys, et de ce y a bon obligation.
Le feu roy d’Arragon devoit les avoir de ce qu’estoit tenu payer un chacun an, pour le royaume de Naples, par le traicté de mariage de la reyne Germaine.
L’empereur doit les arerages de ce que fut promis par la royne de Naples, payable un chacun an par le traicté de Noyon.
Et quant aux intéressés de la guerre, si la chose csloit bien disputée, seroit trouvé que celluy qui les demande les doit.
Et par conclusion , soit regardée la source de tous les diflerends , qui en est cause, et se trouvera que ledict seigneur et ses ance.stres en sont immuns; les choses se peuvent par les humains déguiser, mais Dieu, consolateur des mœurs, sçayt la vérité.