N* CXCV. — LETTRE DE LA DUCHESSE D’ALENÇON AU ROI
Elle exprime des craintes sur le voyage que le Roi va faire à Tolède. — Le Roi doit se tenir sur
ses gardes '.
[Octolir* IS35.)
Monseigneur, encores que vostre mal m’aist esté cellé jusques à la parfaite gueryson que par monsieur le grant-mestre j’ay entendue, sy n’ay-je lessé à soufrir avesques vous; car, despuis le temps que vostre douleur commença, ma fille ou moy n’avons bougé du list, elle pour la fievre et moy par une tristesse que je pansoys venir sans ocasion. Més maintenant, j’ayme myeux ma nacture que je ne fis onque, veu quelle a santy ce que j’ay de vous jugeant, et je ne vous puis dire, monseigneur, le bien que m’a fait la seuretté de vostre bonne santé, dont je loue de tout mon ceur celluy qui le vous a donnée, luy suplyant continuer plus que vous ne le desirez, et vous, monseigneur, de vouloir y prandre paine. Vous voyés le tamps quy est tel que congnoissés et que l’on dist tant dangereux au lieu où vous alés, quy me donne une sy merveilleuse crainte que je ne sauray avoir ayze que je ne sache le retour; et me pardonnerés sy je m’advence trop en vous suplyant pancer combien de vies despandent seulemant de la vostre , car non-seulement celles de vos amys, quy ne veulent vivre que pour vous, més toute la crestienté, qui par vous vist en pais, sont conservées : quy vous doit bien faire prandre aultant de soing de bien vous garder, que vous portés d’amour à vos amys, et que vous desirez le bien unyversel de tout le monde et l’augmentacion de l’oneur de Dieu, pour l’onneur duquel je vous suplye ne craindre de uzer de ce que je vous hay
' On peut consulter, au sujet des entre- guerite avec Charles-Quinl, la correspon-
vues du roi François I" et de sa sœur Mar- dance publiée par Lanz, p. 176 et suiv.
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE, envoyé, car incessanunant j’en foys telle preuve que j’ouze sur mon honneur la vous louer; car vous savés bien, monseigneur, que aultre bien ne demande en ce monde que de vous revoir en l’estât que sans cesser vous desire *
VosUe très humble et très obéissante subjette et seur,
MARGUERITE