LETTRE DE LEONOR DE PORTUGAL, FIANCEE DU ROI DE FRANCE
Témoignage de tendresse.
« Monseigneur, ne sachant salyfayre par à ses très humbles mercymans au byen
qo’yl vous a pieu me fayrc de m'escrypre de lant boucs cl gracyenxes lettres, m'an terey pour très humblement vous suplyer, monseigneur, croy rc qu’ancores que je fuce en ungne grant envyc de vous revoyr, qui est celle que me faytes l'onneur de m'escrypre que avés que ma compaygnye et moy resjoyons à la voslre, me l'a tant aumentée, que sy je croyès ma volenté, je hyrès plustost vers vous que à Cambray, où je voys demayn coucher ; et de là , monseigneur, vous escryprey ce que j'aroy aprys, vous asscurant qu’y fera le moyns de séjour quy luy sera posyblc
• Vostre très humble et très obeyssante famé,
«LEONOR
SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 513 autres dames les furent visiter après le diner; lesquelles dames vindrent recevoir ledict empereur et Roy aux degrez, et après avoir salué les dames allèrent par ensemble en une sale tous quatre assis soubs un dosserel, ayant plusieurs devises entr’eux. Cependant les dames dansoyent; après prindre congé desdictes dameset s’on retournèrent coucher audict Tierras, et le lendemain ledict empereur et Roy vindrent ensemble en une litiere audict Iliesca, où le grand maistre de Rhodes print congé de S. M. Au mesme lieu, depescha le grand maistre pour aller en Bourgogne estre gouverneur, en l’absence du prince d’Orance, du conté de Bourgogne que le Roi avoit promis rendre par le traité de Madrid ès mains de S. M. ou de ses commis, remettant ledict gouverneur son estât de grand maistre ès mains de S. M. duquel estât fut pourveu le vice-roi de Naples, et davantage fut fait conte d’Ast, et le s' du Rœux un temps après fut faict grand escuyer. Le a 4, l’empereur print congé de sa sœur, la royne de France, la laissant audict Iliesca, et lui prenant son chemin vers Seville pour parfaire le traitté que le s' de Lachaux, envoié depuis Madrid pour S. M. en Portugal, avoit conclu du mariage dudict seigneur empereur et de la sœur du roy dudict Portugal, laquelle se debvoit trouver le 9* de mars audict Seville. Et pour la recevoir à l’entrée de Castille furent envoyés l’archevesque de Toledo, les ducqz d’Alve et de Vejer. Sadicte Majesté prenant son chemin par ledict Seville, alla coucher le mesme jour à S. Clara, et ledict Roy print son chemin vers France par Bourgues et Victoria jusques à Fontarabie, conduict par le vice-roy de Naples. Auquel passage de la rivierede Fontarabie en France, au milieu de l’eau, fut le Roy délivré, et au mesme instant ses fils, à sçavoir le daulphin et le duc d’Orléans, furent donnés pour ostages jusques avoir satisfait au tralcté de Madrid, ès-mains dudict vice-roy, lequel les reçut et les délivra au conestable de Castille, qui pour ce estoit commis par S. M. les avoir en charge. Lequel en bailla sa lettre au vice-roi d’en faire bon compte et faire bonne garde. Et ledict Roy estant passé la riviere, fut requis par le sieur de Prat, lors ambassadeur pour S. M. vers la regente en France, que ledict Roy eut à ratifier le traicté par luy faict à Madrid comme à ce tems , à quoy il fit
aucune difliculté, qui fut cause que la royne de France, que l’empereur lui avoit accordé le devoir suivre incontinent, fut retardée à Victoria, et que le vice-roy de Naples alla en France requérir l’enterinement dudict traicté conclud par luy avecq ledict Roy, à quoi ne voulut entendre. Ledict vice-roy revint trouver ladicte Majesté à Grenade. Le a 4, S. M. vint coucher à Jalavera, le 28 à Gropeso jusques au dernier jour dudict mois. Le 1", a®, 3' jours de mars à Tour. . . le 4 é Madrigalles jusques au 8. Le 9, à Séville jusques à i3 de mai, auquel lieu S. M. trouva la sœur du roy de Portugal qui estoit déjà arrivée, l’attendant en une grande salle accompagnée de la royne Germaine et de plusieurs dames, de l’archevesque de Toledo, des ducqs d’Albe et de Vejere, du s' de Lachaux, et y estoit cardinal Salviaty légat: lequel, incontinent S. M. arrivée, les fiança, et le sieur de Lachaux commencha une danse après laquelle S. M. s’en retira pour s’en aller .s’accoustrer; les dames et cbascun retiré jusques à une heure après ininuict, que fut le i o de mars. L’archevesque de Toledo estant prest pour dire la messe basse, S. M. vint en la chapelle où par ledict archevesque furent espousés. Après la messe s’en allèrent coucher ensemlile au quartier de l’imperatrice. Et venant S. M. par chemin pour ledict Seville, fut adverty que l’evesque de Samora, qui de longtemps avoit esté prisonnier à Simanges pour rebelle du temps des communaultés de Castelle, que furent en l’an 20, avoit tué le capitaine audict Slmangucs: fut envoyé pour S. M. l’alcalde Ronguille avec commission d’incontinent en faire justice : lequel le fit prendre et estrangler. De quoy S. M. fut advertie l’onsiesme jour de mars; par quoy il se abstint d’aller au service divin, et envoya à Rome pour en avoir absolution, laquelle vint le dernier jour dudict mois, et vindrent nouvelles de la mort de la royne de Danemarcq sa sœur, laquelle décéda à Sovenarde, près de Gand. Leurs Majestés prindrent le dœul jusques (ju’on eut faict les obsèques, lesquelz furent célébrés audict Seville , le 2 1 d’asout, auquel temps vint l’infant don Loys de Portugal , frère de l’imperatrice , accompagné de plusieurs seigneurs; et lors S. M. fit des joustes renies, jeus de cannes et autres passetemps: et audict lieu
SFXTION IV. - DÉLIVRANCE DU ROI. 515 de Scville fut espousé le duc don Fernando d’Arragon à la royne Germaine avant nommée, et fut faitvice-roy de Valence. I.e i3 de mav, S. M. fut à Crémone; le i4, à Fuenles; le i5, àEssise; le i 6, à Cordova jusques au 24; le 27, à Caldct jusques au 28; le 28 à Santafee jusques au 4 de juing.