CHANSON
Si par raison l’on se plainct de souffrance Et par vertu on prent en patience, Contant seray de faire deses'perance Ma liberté.
Libre en prison je suis et ay esté;
De dui’ yvef j’ay faict plaisant esté :
Tant de vertu la peur a degecté Comme ennemye,
Peu estimant poim vertu ceste vie.
Qui aux bons est occasion d’envie.
Aux verlueulx prochaine et bonne amye.
Comme on peult veoir.
Qu’en grand travail le plaisir du debvoir Que l’on a faict contente le sçavoir.
Tant qu’on change liberté pour l’avoir En la pensée.
Bien qu’elle soit de plaisir dechassée.
Se recordant de sa joye passée,
' Et pesant faix. Ms. de Congé.
SECTION IV. — DÉLIVRAT^CE DU ROI
Las ! que souhhaict la rendist advancée Par fermeté ,
Laquelle peult mériter seureté,
Si nul voidoir fut jamais hérité D’honneste preuve en grande austérité *
De longue absence,
Qui ne congnoist ny vertu ne prudence,
Estant son bien, sa preuve et penitence.
Que vous aymer rendant mort et naissance Je metz et unlz.
Car’ voulonté esgalle aux bons amys.
En confessant qu’ Amour n’a rien obmys A mon vouloir, aflln que tout soubzmys A vous je fusse :
Car le sçavoir qu’aultre chose je sceusse Et congnolssance en moy (juc plus je peusse ,
Me seroit mort encores que je voulusse Ne riens vouloir
Que d’obeir à vostre grand pouvoir :
Car aultre bien ne puis appercevoir Pour mon confort, actendant le reveoir,
Vaincueur de peine.
* Auctorité. — * Pour. Ms. de Balaie.
EPISTBE [de la reine DE NAVARRe].
Le gi*02 ventre trop pesant et massif ‘
Ne veult souffrir, au vray bon cueur naïf. Vous obeyr, complaire et satisfaire.
Ce que surtout il désiré de faire :
Car s’il cuide prandre la plume en main,
Ung mal de cueur le remsct à demain.
Et par doulleur souvent et passion Il oublye sa bonne invention.
De foiblesse luy donne tel tourment,
Qu’il empesche sens et entendement;
Mais, toutesfois, ne me rend insansible D’avoir regret à vous dire impossible :
Qui s’augmente tant plus avant je voys. N’ayant le bien et l’honneur que j’avoys.
Et qui pis est, ne vous faisant service Fors prier Dieu, voylà tout mon office.
Je ne vous puis au long mander ma vie.
De vous donner tel ennuy n’ay envye;
Mais s’il vous piaist sçavoir quelle je suis, Comparaison mieulx bailler ne vous puis Que du rochier de Cerès, dont racompte Eiu-ialo, qui d’asseurer n’a honte Que par douleur la pierre fut contraincte A recevoir de leurs larmes l’empraincte.
Ce dur chaillou, monsieur, je vous envoyé,
‘ Celte épître nous parait se rapporter à la première grossesse de la reine de Navarre, c’est-à-dire à l’année 1637. Le Roi,
dans sa réponse, parie de ses enfants comme étant encore en otage.
SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI
Que j’ay trouve en ce desert sans voye ,
Il suppléra à ma pouvre escriplure,
Vous demonslrant quelle est ma pourlraicture.
Par mes larmes sentirez la douleur Qui procédant de la triste coiüeur,
Soustenue par foy et e.sperance De recouvrer ce que m’oste l’absence.
Et qui jamais de vostre bonne grâce
Jà ne perdra, pour temps qui soit, sa place
Celle qui vit en désir et atente ^
Vous veolr contant et Madame contante,
Quy est le tout au vray de mon atante.
EPISTRE [en réponse À LA REINE DE NAVARRE ].
La chose entière estant inséparable Rend temoignalge à elle trop louable :
L’esprit vivant en ung corps triformé Est bien heureux en tel temps estre né.
Je le te dy, o seur, pour congnoissance ,
Que nostre mort est joincte à sa naissance.
Et que le cours qui entre deux se faict N’est que tesmoing d’ung ouvrage parfaict.
Parquoy, si l’œil de ton corps veult plourer,
Arreste-le, faisant le demeurer,
En luy disant : O corps I tu n’as puissance Rien exercer; Amour t’en faict deffence.
Deux aullres sont qui, sans les offenser.
Tu ne pourroys ung triste ennuy penser :
Car la chose qui à trois est commune
' Par les larmes sentans l’asprc dou- ' Ce vers manque dans le ms. de Valeur. Mi. 8626. laz*.
538 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS l
Impossible est sans les deux estre à une.
Soient donaj cessez voz plainctz et vos ennuytz Soient convertiz en plaisans jours vos nuytcz ; Soit donné lieu et plaisante scilence A ton regret : plus en toy n’ayt puissance.
En lieu de fiers souspirs ennuyeulx,
Soit toute chose agréable à tes yeulx :
Ainsi faisant, tu donras à ta merc Joyc et plaisir, ostant douleur amere ;
Et à ton frere rendras, par telle joye.
Chemin heureulx et plaisante sa voye.
Tu diz Ccrès avoir en son malheur Tant fort pleuré, que sa grande douleur A eu pouvoir les pierres entamer,
Monstrant combien peult un parfaict aymer.^
Et toy, estant entre rochiers divers Tout convertie, escripre piteulx vers?
Mais quelle exemple à raoy sera propice Pour déclarer quel est le myen office ?
Vien doneque, Enée, qui portes la pitié En secourant paternelle amytié,
Portans les ans lesquelz t’avoient faict naistre Dessus ton col , te donnant heureulx estre ; Dis-moy comment ne quel moyen trouvas Qui dieux, et pere, femme et enfans saulvas? Certes besoing je auroys de ton ayde.
Pour en tel temps trouver un seul remede.
Je suis celluy de qui la longue absence De mes enfans procure diliigence;
Et leur pitié a esté tant amere ,
Quelle esvertue les ans de nostre mere ' :
' Qui donne force aux ans de noslre mere. M$. 862i.
SECTION IV. — DÉLIVRANCE OC ROI. 539 Mere à bon droit, qui soy-mesmes oblye Pour conserver ceulx-là qui d’elle ont vie.
.Ainsi allons par temps rude et divers,
Meclant au pis l’effort de tous yvers.
H est bien vray, où amour a puissance Rien n’y pourrolt avoir longiie deffence.
Or doncques, sœur, je te prie penser Si tel effect te doibt faire avancer Le tien espoir, causant en ton esperit Le contraire de ton plteulx escript;
Et si l’amom- maternelle * ne fault A ton enfant, quand tel sçavoir l’assaidt.
S’elle ne doibt au moins, pour ton debvoir.
Ce doul.x penser de luy faire sçavoir.
Pour vray, je croy, que l’innocente chair Auroit cela ù plaisir et bien cher :
Car si le sang qui est mort renouvelle Pour demonstrer du meurtrier la nouvelle.
Que debvra donc le sang tant amyable Vif resentir du sien tant aggreable !
Je me tairay, laissant au seul penser Ce qu’on ne peult dire sans l’offenser.
En remectant au tien tant clair sçavoir Le remede pour à l’ennuy pourveoir®.
Mais ce seul mot fera conclusion,
Que poiu* jamais sera l’affection De mon vouloir à la tienne mesure,
Passé, présent et le futur t’asseime.
' Paternelle. Ms. de Baluse. — ’ Remede eslirc et à ton mal pourvoir. Ms. 862fi.
EI’ISTBE [de la reine DE NAVARRE EN REPONSE].
Ce m’est tel bien de sentir l’amytié
Que Dieu a mise en nostre Irinilé
Daignant aux deux me joindre pour tiers nombre,
Qui ne suis digne à m’en estimer l’ombre,
Que tout mon heur et ma gloire y consiste ,
Et le pouvoir dont contre ennuy résisté.
Puysque ainsi est qu’ung tiine sentiment Avons tous troys et ung consentement,
L’ung à l’autre, par amour si naïfve.
Que deux vivons tiennent la tierse vifve.
Qui ne l’eust sceu pour nulle medecine.
Si en vous deux sa vie n’eust racine;
Mais la vertu de voz cueurs en moy forte Vivifiera, vivons, ma vie morte.
Or n’a eu mort', pour vous, sur moy puyssance ; Ennuy aussi n’en prendroit jouissance Obeyssant au tien commandement.
Si de ta peine oster le sentement Povoir j’avoys ; ce qui m’est impossible :
Car comme toy je n’en suis insansible.
' Celle trinité, donl il e$l souvenl parlé dans les leltres du Roi, de la duchesse d'Angouléme el de la duchesse Marguerite, ainsi que dans les poésies de ces trois personnages, a aussi été célébrée par les poêles du lemps. Voici un rondeau de Jean Marot à la louange de cette trinité (édition de 1781, t. V, p. 374)
t'ng *«til CQciar tn troit corps aujoard'haî voy «n France Rcgoa»t en dooU accord , aaiu cpitlqao difTcrsncc, D'amotir tant tnlacti , q«’il acmblr que nature
Lc« formant ayt cbaiac diiaeDiioo i marmura »
Pour Bourrir aaoi dtacorda amourtuaft alliance.
Ung pin t bi«n m'en rocorda , «o Sovoya eut cromaooe , Si trk beau , que dia iori l« \y$ pour aa plaiaance Flturon y a totcu et mît pur gesiture aeul coeur ea troâa corpa.
L*uug «ut entre 1m forta nomme pour aa puiaaaace , François, froac aua efTorU. doa Fronçoia 1a fiance ;
Sa Mur bien congBoiseci , duebeaae nette et pure ,
Bonne trop ploa qu'aaaea. O noble geaiture f Voua eatea unicorpa, comme une trinc essence :
Ung aeul cueor eu iroia corpe.
SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 541
Ce seul sentir de chose à moy tant chere Me vient crier : Las 1 faiz ta bonne chere !
Vouldroys-tu bien rire, voyant ton frere N’ayant secours que de sa foihle mere,
Qui sans repos, travaillant jours et nuyctz,
En surmontant la force des cnnuictz Vont loing de toy. Et quoy que l’on te die,
Ta mere n’est quicte de malladie.
O monseigneur ! pense, je te supplie.
Geste raison dans mon cueur accomplie.
Doy-je passer mon temps sans y penser?
Certe, nenny; se seroit offenser Parfaicte amour, qui sans . diminuer Je voy en toy sans fin continuer.
Hélas I mais quoy, pour me reconforter.
Travail te voy plus qu’à Enée porter.
S’il en a eu, c’estoit bien la raison Pour le pugnir de sa grand trahison.
Mais toy, qui as tousjours foy conservée Et envers tous ta constance observée,
Randant content Dieu et ta conscience Par ta vertu, doulceur, foy, pacience.
Tenant à tous parole et vérité, •
Honneur tu as non ennuy mérité :
Car tu ne quiers que celuy qui est tien,
Celuy qui l’a sçait bien qu’il n’est pas sien :
C’est ung trésor qui fait tant travailler Filz et mere, et nuyt et joiu’ veiller,
Qu’oncques ne fut trouvé par escripture Pareille amour, ne si bonne. nature.
La se monstre qu’elle est extreine et grande,
Quant sur l’aaige et la force commande.
Dieux et pere porta facillement Cest Eneas, fuyant mort et tourment;
Mais tu cherches ce que tu doihz haïr.
Peine et labeur, pour à Dieu obeyr;
Et comme luy, qui est mort poiu* les siens,
Tu ne crainctz point nid danger pour les tiens. Les bras ne sont, de ce pere fort vieulx, Corbez ne las pour porter ses faulx dieux ;
Mais regarde ce qu’a soustenu celle De qui le nom ung seul bon cueur ne celle.
A- elle eu peur de mal, de mort, de guerre. Comme Anchises qui délaissa sa terre?
Non : chascun sçait que sa seure constance De son pays fut la seulle delfcnce.
Pour dire vray, nous ferions une histoire '
Si toy et moy avons bonne mémoire.
De tous les faietz que pour nous elle a faietz, Seulle portant, nous soullagcant le faitz.
Et maintenant qu’elle est foible et toy fort,
Tu la soustiens comme son reconfort.
Non moins souifrant par ta compassion Qu’elle endure de mal et passion.
Or faict chascun de vous deux son devoir.
Par vraye amour, excedant le pouvoir Que dessert bien du ciel grâce immortelle.
Et en ce monde, à jamais, gloire telle.
Que * l’un à ’ l’autre a voulu satisfaire Tout ce qu’Amour peult ordonner et faire. Mais tout cecy me doit-il resjouir Quant je ne puis d’un tel honneur jouir?
Car. — • Et Ms, de Cangé.
SECTION IV.— DÉLIVRANCE DU ROI. 543 Est plus Creusa du feu troyen pimie Que moy, qui suis d’un si grand bien banie)
Est plus la mort à craindre et estimer Que ne .servir ceulx qu’on doibt tant aymer?
A ung bon cueur desplaist, Dieu sçait combien,
Vovdoir bien faire et ne servir de rien.
C’est ung enfer, croyer-le en vérité,
Quant il congnoist son inutilité.
D’ung lieu je suis par trop heureuse née.
Mais au double m’en sentz infortunée :
Car l’office ne faiz de ma naissance,
Obeyssant au petit corps d’enfance
Qui est en moy, et pour en estre enseincte
De t’esloigner tous deux je suis contraincte.
Voire et au temps où plus j’avoys désir De te servir; qui m’est tel desplaisir Que tout travail, tant fust-il ennuyeux.
Me seroit plus que nul repos joieulx.
Le reconfort que tu dis que doy prendre En mon enfant, je ne le puis entendre.
J’en sentz le mal, le bien m’est incongneu :
L’un est présent, l’aultre n’est pas venu.
Je sentz très bien souvent qu’il frappe fort,
S’esjouyssant du gracieulx rap]>ort Que l’on m’a faict de la liberté briefve De tes enflans, dont la prison trop griefve;
Mais il me garde que mon debvoir ne faietz A ceulx que j’aime mieux que luy mille foiz.
Helas 1 fault-il de vous, perdre la veue Pour satisfaire à la chose incongneue !
Une vaine et si longue esperance.
Où je ne puys fonder nulle asseurance.^
Digne n’est pas d’estre mon juste dueil ,
blih CAPTIVITF' DU ROI FRANÇOIS I".
Ne deseicher la larme de mon œil ;
Et si n’estoit que tu le me deffendz,
Je ne craindroys le corps ny les enflans Pour te suy\Te, estimant moins ma vie Que de faillir à ce que j’ay envie.
Mais l’ordonnance à moy par vous deux faicte De conserver l’œuvre, qui n’est parfaicte,
Rend cueur et corps, sens et entendement Du tout subjectz au tien commandement.
Pour quoy t’en faiz très humble sacrifice ,
En ne pouvant faire meilleur office.
Regarde ce qu’il te plaist commander,
Car le vouloir ne s’en peult amender.
Tu l’entendz bien. Amour le sçait mieux dire Dedans ton cueur, que nulle main escrire ;
Le suppliant prendre le mien pour langue Et luy faire ma piteuse harangue.
En rapportant pour responce du tien Ta bonne grâce, qui est tout l’heur du mien.
EPISTRE [au roi PAR
Puysque changez le privé pour l’estrange, Avecques vous plus ne seray privée :
Car vous m’avez de vostre amour privée En me laissant pour tost aller au change. De ce meffaict bonne raison me venge : Car vous, seigneur, qui avez renommée D’estre loyal en amytié privée.
Par bon vouloir plaisant et favorable,
Ne trouverez le temps plus amyable Pour si très tost vostre vouloir changer.
SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 5^i5 Je ne le dys pour de vous me venger;
Mai.s en musant, sottise m'amusa,
Quant on disolt : IVigra, sed formosa.
Je l’entends bien, jà colt qu’il me despiaisc.
S’il fault qu’à vous chose nouvelle plaise;
Mais toutesfois debvez considérer Que privaulté, s’on ne la fait durer,
Estre ne peult des salges fort prisée;
Et si elle est par temps accoustumée.
Elle vault myeulx que briefve congnolssance.
Ce neantmoins, ainsi comme je pense.
Par doulx regard et façon asseurce ,
Crespés cbeveulx ont pris vostre pensée.
Je n’en dis plus, mais entendre debvez;
Aussi je croy que moult bien le sçavez,
Que vous avez, avecques oubliance En mon endroit, courte perseverance ,
Qui n’a esgard à mon affection :
Car je vouloys longue possession Poitr demeurer tout le temps de ma vie Dame d’honneur ; mais honneur se varie.
Folie donc seroit de se allyer A tel honneur qu’il ne sçauroit lyer;
Lequel desjà m’a sa porte fermée.
Me contraignant de dire à la volée Que c’est chose qui ne doibt advenir.
Et beaucoup moins par raison convenir Au plus parfaict et honneste du monde,
Ouquel vertu et bonne grâce habonde ,
D’avoir sltost falct nouvelle partie ;
Et s’il vous plaist à ceste départie De reproucber que n’ayez riens perdu
CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I^ A me changer, le tout bien entendu;
Si en prenant vous ne dictes Jacquette En délaissant Jacquette pour Jacquette,
Et vous respondz que l’acquest est petit :
Car le noir est pour avoir bon crédit ,
Plus que le blanc qui n a point de durée ; Blanche coulleur est bientost effacée.
Blanche coulleur de se changer se haicte. Blanche coulleur est en ung an passée,
Blanche coulleur doibt estre mesprisée.
Blanche coulleur est à sueur subjecte.
Blanche coulleur n’est plus longuement nccte. Mais le tainct noir et la noire couleur A hault pris est de plus grande valeur.
Comme par vous le pouvez myeulx sçavoir :
Car vostre tainct me faict appercevoir Que le clair brun est de plus doulce sorte Que n’est le blanc, car blancheur point ne porte Ny entretient l’yvemalle froidure.
Or quy est froid est contraire à nature : Doncques blancheur nous est bien fort contraire.
J’en parle trop, mais je ne puis m’en taire :
Car j’ay bon droit, et si suis toute seiu'e,
En congnoissant que de moy n’avez cure ,
Que pour le moins, si je ne vous puis plaire,
Sy aymez-vous de celle qui est noire Le propre nom , et fault que je l’endure.
SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI
EPISTRE RESPONSIVE.
C’est bien assez me donner à congnoislre.
En mon endroit, que ne voulez plus estre En la façon que tousjours j ay pensé :
Dont je me tiens très mal recompensé Du long servir à vous non variable :
Et toutesfois vous m’estimez muable.
Car quand le chien est hay de son maistre,
Et fust-il bon, la raige luy faict mectre Pour loing de luy l’esloigner et chasser ;
Qui est signe que me voulez casser.
Je ne sçay pas si par longueur de veue Vostre couraige si tost se change et mue.
Si ainsi est, au noir il faict grant tort;
Qui signilTie avant muer la mort ;
Et vous, ingrate, qui sans cause et raison,
Sans regarder à temps ny à saison ,
Mais seulement à voulenté legiere En me laissant de me mettre en arriéré.
Doncques je dys, sans penser nul remede :
Quai infamye maior que rompre fede !
Bien l’as rompue, certes, en mon endroit,
Sans juste cause et nul tiltre de droit.
Et en cela malheureux je me tiens :
Car pour t’aymer gaigné je n’y ay riens.
Fors seullement que j’ay eu congnoissance Qu’en femme noyre n’a pas grande fiance.
Pourtant, doncques, bien te veulx asseurer Que si après je vouloys demeurer
!iS CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I*.
En nul service, soit de blanche ou de noire, Devant les yeulx j’auray bien en mémoire De me garder de fantaisie couverte,
Plus q\ie la tienne estant trop descouverte;
Mais pour cela ne lairray à te dire Que si j’esloys au lieu où je desire ,
Lès Angoulmoys auprès de toy assis.
Je te diroys quatre motz bien assis.
Non pas pour dire que vueille revenir.
Ne te prier me vouloir retenir :
Car je t’as.seure qu’en ce que j’ay congneu.
En ton endroit, ne m’as pas retenu.
Mais, au contraire, voulenté m’as donné Par telle femme n’estre jamais mené.
Et sur ce point, adieu je voys vous dire.
En luy priant, autant que je desire.
De vous donner congnoissance parfaicte Que sans raison de moy faictes la perte :
Car entendez que de moi voulunté Et du pouvoir qui y est adjousté Tu en as peu hault et bas commander.
Sans que mdluy t’en peust riens demander.
Et que pour fin ne me peulx reprocher.
Sinon que t’ay voulu tenir trop cher :
Dont pour le temps qu’avec toy j’ay passé Dire je puis : Requiescat in pace.