‹ Captivité du roi François 1erChapitre 211 sur 268 · EPISTRE EN VERS ALEXANDRINS [ AD ROI PAR · texte numérisé non relu

EPISTRE EN VERS ALEXANDRINS [ AD ROI PAR

Celle paovre deceue et misérable amante,

Pour trop avoir aymé tourmentée et doulente;

Dame, non daine estant, pour plus estre estimée.

Mais par mort ung vray monstre, horrible mieulx nommé.

Geste présente epistre emplye de malheur Tenvoye rinfortunée, indigne de tout heur;

Où pour amour verras fiel, feu, fiâmes et crys.

Estant plus de mes larmes que de noire ancre escriptz.

Assez, certes, m’ennuye, ayant voulu t’aymer.

De t’appeller cruel et ingrat te nommer;

Mais, certes, pour la foy qu’as rompue et mentie.

Ainsi mal te nommer je me suis consentie.

Laquelle faulse foy me donnas et promys Lorsque dolyberas d’esloigner tes amys.

Las î ne te souvient-il que tu me feis promesse De n’estre, par oubly, si remply de paresse,

A faire prompt retour; mais, certes, il me semble Qu’à une mesme foys tu joigniz tout ensemble Ton asseuré parler et ton efiect muable :

Où te pensant amy t’ay trouvé variable.

Mais nonobstant qu’ainsi triste mourir me faiz.

Et que te puis servir par mort, te donnant paix,

Plus doulx m’est le mourir qui par toy m’est donné.

Qu’il ne m’est malaisé de l’avoir pardonné.

Doneques puisqu’ainsi veulx qu’en cest estât je meure ,

Soit faict ta voulenté, sans y faire demeure.

Point ne prendray le mal à dueil ne desplaisir.

En quoy as passe-temps et où tu prends plaisir.

Ha 1 mon Dieu ! qu’autresfois, pour faire ton excuse A mon doubteux penser, qui sans cesse t’accuse, ‘

J’estoys encontre moy traislresse et mensongère Plus qu’estre estimée à croire trop legiere.

Mais je congnoys ti'op bien par mon adversité Que mon vouloir n’estoit remply de vérité.

Quant il disoit ainsi : Quoy qu’il en soit, je nye Qu’il m’ait laissé pour prandre ailleurs ime aultre amye; Ains plustost long chemyn, son honneur et debvoir,

Et la guerre ou prison m’empeschent de le veoir.

Mais comme, en ces cas, puis-je en riens faulte imputer. Quant je voy par effect qu’il n’en fault plus doubler.

Que mon très grand malheur n’est, comme ores je sentz. Causé par nul de ceulx dont les tiens innocens?

Et fault bien que j’accorde au penser, comme veoy,

Que ta faulte il sçavoit et veoyoit mieulx que moy.

Dont désormais fauldra pour certain que je croye La chose de ce monde que moins desiroys vraye :

Qui est certainement que tu as faict le change De moy, qui tant t’aymoye, à une amye estrange.

Mais, dys-moy, quelle amour en ce monde sera-ce Qui par raison ne deust faire à la inyenne place?

Ha I quantes fois j’ay veu de mes tropt dolentz yeulx Le temps rude et divers, en regardant les cieulx.

Mon pouvre cueur adoncq qui tant fort se douloit.

Sa grand douleur et peine alors rcnouvelloit !

Ha ! quantes foys je suis sortie à noyre nuyct.

Au couchant point du jour, à l’heure de mynuict.

Pour sçavoir mieiüx compter les heures une à une.

Qui tous les moys conduict et faict passer la lune !

Par ce moyen j’ay faict que les cieulx j’ay congncu.

Et ton vouloir si faulx m’a esté incongncu ;

Dont deceu ay esté, car oncq au descouvert Je ne peux veoir bon cueur desloyal trop couvert *.

' Le tien cueur je ne viz desloyal trop couvert. Ms. de Cangé.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI

Mais ung tel mal advient aux folz; c’est la raison Qui ne font leur folye à temps et par saison.

Et si ne voy pour vray femme si fortunée Que pour avoir aymé fust tant habandonnée.

O cueur ingrat et plain d’impitié ‘ trop cruelle,

Ne te souvient-il pas quelle est la foy de celle Qui , par trop fermement t’avoir voulu aymer,

Soy-mesmes a hay, sachant se diffamer.

Or ne meetz en ouhly qu’en ta seulle personne L’estoille est le seul poinct qui de ma vie ordonne.

Quant au regard de moy, sçaehez que je suis celle Qui ay pareil tourment qu’a en mer la nascelle ;

Mais le grand dueil, hclas ! malheureux qui m’assault,

Entend très-bien et sçait que telle chose vault.

Mais quoy 1 le ciel si beau , n’est-ce à grande merveille ,

Aux malheureux ne veult prester sa douce oreille.

A tel malheur je suis conduicte et destinée,

Qui me faict desirer ma vie en brief fmée.

A peine doneques peult la personne enueillir Qu’en aspre dueil et soing le fruict veult recueillir Parquoy bientost sera le tien cueur plain de joye ,

Mais qu’il voye que pour luy conduicte à la mort soye :

En bberté seras délivré et despesché De l’ennuy que te donne qui tant ay empesché.

Mais qui eust sceu penser pouvoir trouver au miel Tant de mortel venin, d’amertume et de fiel?

Las ! moy par toy dolente et paouvre misérable ,

Je n’ay jamais usé envers toy le semblable.

Point n’ay désiré veoir mort pour toy doloreuse ;

Ains de te veoir joyeulx tousjours fus envyeuse.

' D'amitié. Ms. de Baluze. — * Que d’aspres soing et dueil ne veult le fruict cuillir. Ms. de Cangé.

Mais, certes, je ne sçay, helas ! quant ce sera Que mon pileux regret * vers toy s’adressera.

Ha ! quantes fois le mien très-dolent cueur Iressault, Quant le grand soing de toy par quelque peur l’assauit Aultre secours je n’ay , si n’est à Dieu prier Que de mal dangereulx te gard et d’encombrier :

C’est tout le myen soucy, désir et penscment De jour et nuyct travailler à t’aymer seullement :

Car tourmentée suis maintes foys“ sans propos, I..angui$l en peine et mal, sans trouver nui repos. Doneques, ainsi le dueil par tant de faulx alarmes M’assault, que une grand mer je feroys de mes larmes, Et mon pouvre esperit si souvent se transporte, Qu’esgaréc me treuve en trop pénible sorte.

Dont souvent en mon cueur mes yeulx ont présenté Ennuy , peine et travail et penser tourmenté.

Ensemble tous les maulx qui font le monde hayr. Trouver la vie longue et soy-mesme fouyr.

El nonobstant cpi’en ce n’ayez ne mal ny peine ,

Le seul suspeçonner me rend comme certaine.

Celle double à toute heure estant si très craintifve , Qu’eüe oppresse mon cueur d’amour trop ententive : Car quelque bien que j’aye et qu’on sceusl présenter, Sans toy je ne pourroys jamays me contenter. Souventes foys dormant, à songer je me boulte Qu’on te veult faire mal; par quoy je tremble toute. Ainsi par toy, cruel, en quelque lieu que voise,

Je ne puis trouver lieu où me trouve à mon ayse.

Bien dilBcile il est d’amour vraye et non faincte Jamais pouvoir aymer sans avoir doubte et craincte. Tu viz doneques bien ayse, ayant joye sans dueil.

Et je gecte en plorant les grosses larmes d’œil.

Regard. Ms. de Cangé. — * Nuyt el jours.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 553 De ma mori briefve veolr tu as certes en\'ye;

Mais tout le myen désir est te veoir longue vie.

Je voys que de mes yeulx ne pourront plus sortir Eaulx, larmes ny grandz pleurs pour mon feu admortir;

Ny de mon estommach n’est plus souspir qui saille ,

Dont trop plus seiche suis que le boys sec ou paille.

Désormais il convient que mon malbeur en somme Dedans le leu d’amour avecq mon corps con.somme.

Voici doncques d’amour l’extresme et deniier signe,

Qu’à toy, ingrat amy, j’envoye ains que je fine.

Plus ne pouvant escripre, je faiz fin à ma lectre,

Après laquelle voiz à la mort me soubzmectre, •

Sans nulle guarison actendre ou medecine.

Ne désirant santé , car je ne m’en sentz digne.

Devant mes yeulx la veoy par trop triste et horrible.

Venant mectre la fin à ma peine tenible,

Puysqu’elle a le pouvoir guérir et faire seine La pensée en ce monde qui ne vous rend que peine.

Dont à moy seulle elle est propice et aggreable.

Aux aultres est terrible et trop espouventable.

Mais si jamais tu fuz par amour enflammé De moy, qui de bon cueur si longtemps t’ay aymé.

Si passes par icy après le myen trespas,

Je te prie t’arrester sans marcher oultre ung pas.

Jusque à ce qu’ayez veu, par ceste pourtraicture ,

Geste myenne epytaphe et dolente escripture :

EPYTAPllE.

Une femme gisant en ceste fosse obscure Mourut par trop aymer d’amour grande et naïfve ;

Mais combien que le corps soit mort par peine dime.

Joyeulx est l’esperit de sa foy qui est vifve.

HLICTAIN D’DNG PLEUR.

Cessez, mes yeulx, de plus vous tourmenter, Puisqu’en voz pleurs ny a point d’alegeance. Las ! c est le point qui nous faict lamenter :

(]ar s’en pleurant nous avions esperance Que pour noz pleurs s’araoindrist la souffrance, De cest espoir prendrions tant de confort Que de pleurer n’aurions plus la puissance : Voilà pourquoy nous pleurons ainsi fort.

Disant bonsoir à une damoiselle,

Luy ay voullu de bon cueur demander S’elle voulloit riens la nuyct commander.

Elle m’a dict que je n’ayraasse qu’elle.

Telle doulceur je trouve trop cruelle :

(^ar sa responce interpréter je veulx, Saicbant qu’Amour se nourrist de querelle. Qu’elle a pensé qu’on en peidt aymer deux. .

L’aise que je reçoy , vous voyant mal contant De mon eslongnement, ne permect que je pleure. Combien que de mon aise et plaisir je m’absente.

Et du lieu où plus part de moy sans moy demeure.

11 est vray que vostre œil qui pleure le mien tante ;

Mais mon cueur ne consent qu’en pleurant vous sequeure Car c’est bien la raison que celuy seul lamente Qui pour me faire vivre est cause que je meure.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI

EPYTAPHE.

Elle est morte. — Non. — Est-elle vivante ?

— Ne régnant plus. — Plus cpie jamais régnante. .

— Mort la détient. — Mais mort elle suplantc.

— Dy les raisons. — Hnyt germes de sa plante Notis a laissez en paix, dont bien me vante Qu’en ciel terre demeure triomphante.

Dessus le marbre de dure récompensé Ensevelly tu as temps et service,

Voullant que vif de mort face l’office.

Me punissant pour en moy n’estre offense.

Mon innocence en cueur ingrat gravée Me faict haïr service, foy et temps ;

Pui.sque condampne tout le bien de presenl En rude exil, par loy non approuvée.

Tu me congnoys, et non ta cruaulté ;

Tu me pugnis, et non la tienne offense; Tu me tiens tord de mon obéissance,

Me pngnis.sant pour ma grant loyaulté.

Dictes, sans paeur, ou l’ouy ou nenny : (iar l’un des deux ne m’est que proflilable. Si c’est nenny, je rendray honnorable Ma fermeté, aymant de vous banny.

Si c’est ouy, c’est le fruict de l’attente. Plus digne assez que labeur de service.

CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I" Donc choisissez ce qui vous est propice :

(iar l’un m’honore et l’autre me contante.

A Menelée et Paris je pardonne, l/ung de sa femme importun demandeur, L’aultre d’amye obstiné deffendeur.

Mais du malheur des Troiens je m’estonne : Car .s’il falloyt que pour belle personne La ville fust quelquefoyz desmolye ,

Périr pour vous, madame belle et bonne. Leur eust esté plus gloire que folye.

Plus j’ay de bien, plus ma douleur augmente; Plus j’ay d’honneur, et moins je me contente : Car ung receu m’en faict cent desirer.

Quant riens je n’ay, de riens ne me lamente ; Mais ayant tout, la craincte me tourmente.

Ou de le perdre ou bien de l’empirer.

Las ! je doibs bien mon malheur souspirer.

Vu que d’avoir ung bien je meurs d’envye.

Qui est ma mort, et je l’estime vie.

Malheureuse est tpii faict par sa beaulté Feu si très grant, qu’il est mis en mémoire ; En cores plus que par desloyaulté D’ung bon mary faict une triste histoire.

Peu d’honneur a celle qui prent sa gloire Sur ung amy user de cruaulté;

Mais heureuse est la bonne, saige et noire Qui ne use point de directe cauté.

SFXTION IV. — DÉLIVKANCK DU ROI.

OISAIN.

D’en aymer troys ce m’est force et contraincte : L’une est k moy trop pour ne l’aymcr point ,

Et l’autre m’a donné si vive attaintc,

Que plus la fuy, plus sa grâce me poingt.

La tierce tient son cueur uny et joinct,

Voire attaché de si très près au myen.

Que je ne puis ne veulx n’estre point sien. Ainsi Amour me tient en ses destroictz Et me submcct à toutes vouloir bien;

Mais je sçay bien à qui le plus des troys '.

Quant la personne en honneur fut haulsée , Elle ne sceut sa fortune congnoistre :

Dont luy advint, à son grant malheur, d’estre Accomparée k la beste insansée.

Et envoyée avec elle aux champs paistre.

DISAIN.

Si le soleil n’a plus grande puissance Que d’aveugler cil qui trop le regarde ,

Se tienne au ciel : car j'ay eu congnoissance D’une qui peult, en son arriere-garde ,

Mectre tout œil qui d’elle ne se garde ;

Ravir tous cueurs et les durs amollir,

Mesme au soleil pourroit-elle abollir

' On trouve dans Mcllin de Saint-Gclais un dizain qui offre quelque ressemblance avec celui-ci (édition de 171g, p. 117).

Sa grant clarté, si contre luy gectoit L'ng traict semblable à celluy dont tollir Me vint le cuenr, lorsqu’elle me guecloit.

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