‹ Captivité du roi François 1erChapitre 3 sur 268 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

INTRODUCTION, veraines ou les gouverneurs de province, afin d’assurer la tranquillité du royaume : ce fut la confiance que l’administration de Louise de Savoie inspira généralement, qui contribua au succès de ces mesures adoptées avec un accord inaccoutumé, et qui réussit à calmer la terreur des esprits. Dans cet état satisfaisant de la chose publique, la régente ne songea plus qu’à négocier la délivrance du roi son fils : elle avait dépêché deux gentilshommes de sa chambre chargés de lui rapporter de ses nouvelles.

Enfermé à Pizzighitone, François F' chercha tout d’abord dans les pratiques religieuses, dans le jeûne et l’abstinence, les premières consolations à son infortune*. Ses sentiments religieux se montrèrent habituellement dans toutes les circonstances difficiles de sa vie; il paraissait en être profondément pénétré. Ses blessures avaient été soigneusement pansées. Le lendemain de la bataille, Montpesat remarquait, au réveil du Roi, «qu’il sembloit, à le voir, qu’il n’avoit pas bien reposé à son aise et non sans cause, et que, veu la fortune et adversité, jamais prince ne la porta mieulx et plus patiemment^. » Le Roi, cependant, manquait de toutes choses; il fut même obligé d’emprunter de l’argent à Charles de Lauoy, vice-roi de Naples^; il en reçut ensuite de France, ainsi que de la vaisselle d’argent : la sienne était passée dans le butin fait par les ennemis \ Dès cette époque, le Roi put écrire, et avec toute raison, aux grands du royaume : «J’ai plustost esleu honneste prison que honteuse fuite. « Il ajoutait : • Il ne sera jamais dit que , sy je n’ai esté si heureulx de

' Lettre de la Barre, p. 1 33 ; ibid. note i . * Acte public , p. 1 3o , note i .

' Rapport fait an parlement sur la santé * Lettre de la Barre à la duchesse

du Roi depuis la bataille de Pavie, par la d'Angouléme, p. i33.

Rochepot, p. i47-

XXIV INTRODUCTION

fayre bien à mon royaulme, pour envye d’eslre délyvré je y face mal, m’estimant bien heureulx, pour la lyberté de mon pays, toute ma vie demeurer en prison » Il déclara aussi, en présence du vice-roi, du marquis de Pescaire, d’Alarcon et autres « que , au cas où il fût contraint par l’empereur de quitter et laisser la Bourgogne ou tout autre droit de la couronne de France, que cela seroit et demeureroit de nul effet; ains ayant recouvré sa liberté, tâcheroit à recouvrer ses droits^. »

Telles étaient les dispositions d’esprit de François I" pendant les premiers temps de sa captivité, et lorsqu’il se décida à écrire à Cbarles-Quint une lettre® dans laquelle il invoqua le cœur, la vertu et la magnanimité de l’empereur, trois qualités que l’empereur subordonnait aux intérêts de sa politique. Le Roi lui témoignait aussi l’espoir qu’il ne voudrait pas le contraindre de choses qui ne fussent honnêtes. Cette lettre a été bien diversement jugée, et sans tenir aucun compte des formes habituellement emphatiques du langage de la cour de France, comme on en trouve tant d’exemples, soit dans les lettres du Roi, soit encore dans ses poésies. Les formules de la politesse étaient encore fort exagérées dans les expressions.

Charles-Quint possédait au suprême degré les qualités d’un habile politique, celles-là mêmes qui manquaient le plus au monarque français. Aussi l’empereur ne se dirigea nullement par les inspirations de magnanimité qu’invoquait son prisonnier. D’un autre côté, et par un sentiment réfléchi, dont il faut peut-être chercher la source dans la crainte d’exciter la jalousie de ses alliés, surtout de l’Angleterre déjà

' Lettre de François I*' aux grands du voy. aussi la deuxième protestation, p.473. royaume et aux cours souveraines, p. i6o. ‘ Première lettre du roi François I" à ’ Première protestation du Hoi, p. 3o3; Charles-Quint depuis sa captivité, p. i3o.

INTRODUCTION. xxv

mal disposée envers lui, Charles-Quint ne parla qu’en termes pleins de modération de la victoire de Pavie * ; il recommandait à ses généraux de traiter son prisonnier avec les plus grands égards^. Mais les conditions de la paix qu’il proposait en même temps ^ étaient, sous les formes les plus bénignes, des plus dures et des plus offensantes. On pouvait demander tout le royaume, disaient les instructions''; cependant, on voulait

' Lettre de Charles-Quint au roi de Portugal , p. 64. — Des lettres analogues à celle-ci furent aussi écrites par l'empereur à tous les grands d'Espagne et k toutes les corporations religieuses du royaume. Il est à remnrcpicr que, parmi les réponses et les félicitations sur ce grand événement adressées à Cliarles-Quint , les moins modérées furent celles des corporations religieuses. Telle fut la réponse du doyen et du chapitre de Séville, dans laquelle on lit : Con tan gloriosa y

« soblome vitoria contra laynsolenciay per-

• tinencia francesca. • Nous citerons aussi la lettre du comte de Bénévent, dont voici le texte :

« Muy poderoso senor,

< Una carta de Vuestra Magestad me

■ dieron en que me hasia saber por ella tla bnena nueva y vittoria que Nuestro «Senor avia dado a vuestro exercito, y

• como en la vatella avia sido preso el rey

• de Francia , y presos y muertos a si « mismo la maior parte de los nobles de

■ su reyno. A mi me es be tanta parte desta «buena nneva, como al que mas destos

• vuestros rcynos por ser servidor y sub-

• dido y vasallo do V. M. Plega Dios que « siempre os consirven , y guarden yos de

• voluntad, para poner pas y sosiego en la

• cristiandad , pues a solo vuestra persona

« a dado Dios este poder cl quai conserve « y guaide con la real persona de V. M. « Y simimal diera lugar dello, y oficiera en

• persona a besar las rcalcs manos de V. .M .

• Suplico a Vuestra Altcsa que siempre

• tenga en la memoria los bicnes que re- «cibe de Nuestro Senor, y quanto poder

< le a dado paragelos poder servir y tener

• en pas toda la cristiandad. Guarde y «acriscicnc Nuestro Senor la vida y muy ■ podero.so estado de V. M. con acrisenta-

< miento de mas rcynos y mas vitlorias.

* De Valladolid, xviii° de março i bah.

« Les reales manos de V. M. beso

«EL CO-NDE.»

Sur la suscription ; « Al muy poderoso

< senor el emperador nuestro senor. • Et en cote : «A Su Magestad, el coude de

• Benavente. »

Ce document provient de la collection de Simancas, et nous en devons l'obligeante communication à M. Douet d'Arcq, attaché à la section historique des Archives du royaume.

* Lettre de Cliarles de Lanoy à la régente, p. 103.

’ Elles sont contenues dans les Instructions de Charles-Quint à ses ambassadeurs, p. 149 et suiv.

* Instructions de Charles-Quint à ses ambassadeurs , p. 1 5o et suiv.

INTRODUCTION, bien se contenter du duché de Bourgogne, et de la réintégration dans tous leurs biens, titres et honneurs, du connétable, traître à son pays, et de tous ses complices.

Le Roi, quoique prisonnier, répondit de sa main à presque tous CCS articles : Impossible^ Quant au connétable, pour lequel on exigeait exemption de service et des devoirs personnels, François I" ajouta : Facille, mais quon ne le voye jamais^.

L’empereur avait pour le connétable une grande déférence; il le nommait toujours son beau-frère, son meilleur ami; il ' écartait attentivement toutes les circonstances qui auraient pu donner à ce prince quelque inquiétude sur son avenir, et celui-ci, tout dévoué à l’empire, réservait pour la France toute sa haine Cependant, le Roi étant retenu à Pizzighitone, le connétable demanda à lui rendre ses devoirs, et lui offrit ses services. La régente en fut immédiatement informée, et dans une lettre au Roi elle en témoigna une satisfaction froide, mais sans restiiction Là, rien ne dévoile ce sentiment de haine vive et tenace qu’on a attribué à la régente pour le connétable, rien n’indique les traces de propositions humiliantes faites par la duchesse d’Angoulême à ce prince, s’il voulait rentrer en grâce

Du reste, les témoignages d’affection et de sympathie ne manquèrent pas au Roi; nous connaissons les lettres du duc de Savoie®, de Léonor de Portugal, fiancée du connétable, et

' Réponse du Roi aux articles proposés par l’empereur, p. 166.

’ Ibid. p. 168.

’ n désirait même faire une invasion en France ; voyez sa lettre , p. a 1 7.

* Lettre de la duchesse d'Angouléme au Roi, p. 191.

’ Garnier [Histoire de France, t XXIV, p. 1 5G ) fait cette supposition. Nous n’a-

vons trouvé aucune mention de l’offre que le Roi aurait faite à Bourbon d’épouser sa sœur Marguerite, comme le prétend le P. Barre, Hist. d'Allem. t. VIII , p. i a4*

* La lettre de rcmercîment du Roi au duc de Savoie, p. 178, constate ce fait. Nous croyons aussi que, mal à propos, certains historiens ont dit que le duc de Savoie prêta de l’argent au connétable

INTRODUCTION, du sultan de Constantinople *. C’est à cette époque aussi que s’établirent les premières relations suivies de la France avec la Sublime Porte.

L’armée de Charles-Quint victorieuse à Pavie ne se recommandait ni par la discipline, ni par l’union de ses chefs. Charles de Lanoy, vice-roi de Naples, était, en Italie, l’homme de confiance de Charles-Quint, et chargé de surveiller les deux autres généraux, quoiqu’il fût celui dont l’habileté militaire était le plus douteuse. Le connétable de Bourbon se montrait, il est vrai, tout dévoué à l’empereur, mais Pescaire donnait des inquiétudesà cause de ses relations connues avec les petits Etats d’Italie. (Il justifia quelque temps après toutes ces craintes.) En même temps, plusieurs tentatives d’insubordination éclataient autour du château fort dans lequel on tenait enfermé François I"; plusieurs conspirations pour faire évader le Roi avaient été récemment découvertes^. Charles de Lanoy répondait à l’empereur de la garde de son prisonnier : il résolut de proposer aux autres généraux de mettre le Roi à l’abri d’un coup de main en le transportant à Naples. Les galères espagnoles devaient l’y conduire.

François I" fut informé de cette circonstance; il écrivit aussitôt secrètement à sa mère (voy. planche III pour l’instruire de la résolution qui venait d’être prise. Il lui demanda aussi de le faire enlever de vive force pendant son voyage sur mer. La régente chargea de cette périlleuse expédition Bernard d’Ormezan, baron de Saint-Blancard, amiral des mers du Levant, et

pour asaembler des troupes contre ie Roi. De ce nombre, sont M. Henri Martin, Hittaire de France, L X, p 3i , et Garnier, Histoire de France, t. XXIV, p. 1 14- ‘ Lettre de remerdment de François 1* au Grand Seigneur, p. 529. M. Rey a pu-

blié la traduction des lettres du sultan au roi de Franco, d'après les originaux de la Bibliothèque royale. /

* Anqiietii, t. III, p. 167.

’ Lettre de François 1" à la régente, p. 180.

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