XVIII
INTRODUCTION, le maréchal de Montmorency fut secrètement débarqué la nuit, près de Gcnes, pour tout préparer'. Mais le séjour prolongé du Roi dans ce port de mer fil complètement échouer cette tentative. En même temps, François I", qui, malheureusement, jugeait trop du caractère des autres souverains par le sien propre, si susceptible d’émotions nobles et généreuses, se laissa persuader, par le vice-roi, qu’une entrevue avec Charles-Quint terminerait toutes les difficultés qui retardaient le traité de sa délivrance. Flatté de cet espoir, le Roi consentit à aller en Espagne^, et comme les forces navales de la France dans la Méditerranée étaient un obstacle à ce projet, François I" leva lui-même cette dernière difficulté en consentant à prêter ses propres vaisseaux au vice-roi pour se faire transporter en Espagne, et sous l’escorte des troupes de ce même pays. Le maréchal de Montmorency signa cet arrangement avec Lanoy Il se rendit donc en France pour en obtenir de la régente l’exécution immédiate; mais il se manifesta dans le conseil de vives oppositions'', qui causèrent du retard dans l’envoi des vaisseaux français à Gênes, et le vice-roi, suspectant les intentions du Roi, revint à son premier projet de le conduire à Naples. Pendant dix jours, les bâtiments espagnols louvoyèrent sur les
' Lettre du baroo de Saint- Blancard,
* Lanoy n'avait pas consulté sur ce projet les intentions de Cliarlcs-Quint , cl l'empereur ne le connut que lorsque le Roi fut arrivé é Valence, ainsi que le prouvent les documents. C'est donc par erreur que riiisloricn Garnier a dit que Charles-'Quint chargea Lanoy de persuader à François I" de venir en Espagne (t. XXIV, p. 166-167).
’ Accord fait et passé, etc. p. ai a. — 11
n'y est nullement question du désarmement des vaisseaux français dans les ports, comme le prétend M. Vincens [Histoire de Gênes, t. II, p. 4o8), ni des vaisseaux de Doria qui furent donnés en gage [ihid) , et encore moins de l'intention de Doria d'attaquer la flotte espagnole. (VoyezAnquetil, p. 168.)
* D en est question dans la protestation du Roi , ainsi que dans un mémoire donné par le Roi à Montmorency, p. 389.
INTRODUCTION, côtes dTtalie,'^u grand mécontentement du roi de France. Enfin, on signala l’approche de la flottille française, et François I", tout joyeux d’ôtre conduit en Espagne, vit se réaliser ce projet, qui devait pourtant prolonger sa captivité’. L’empereur, le connétable et le marquis de Pescaire ignoraient cette décision de Charles de Lanoy '^ aussi, rien n’égala le mécontentement des deux généraux , surtout du connétable de Bourbon, lorsqu’ils apprirent l’arrivée de François I" en E.spagne. Le connétable avait-il médité quelque projet favorable à la liberté du Roi, comme certains historiens lui en font honneur? Nous n’avons vu aucun document qui permette de le supposer. Mais ce qui n’est pas douteux, c’est la réalité des regrets du connétable d’être arrête, par cette circonstance, dans son entreprise contre la France, dont il entretenait l’empereur Ses plaintes abondaient en expressions blessantes pour la bravoure du vice-roi.
Le 2 2 juin iÔ25, François P" était à Barcelone. Partout les populations espagnoles accouraient sur son passage Lanoy, qui ignorait encore les intentions de son maître au sujet du Roi, le laissa, pendant quelques jours, à Venyssollo®, près de Valence®, et alla lui- même informer Charles-Quint de ce qui se passait, et prendre ses ordres pour la suite du voyage. Tous les événements étaient d’une singulière gravité : l’empereur allait décider du sort du roi de France.
‘ Lettre du boilly de la Barre à la régente, p. ai4-
’ Lettre du vice -roi à Charles-Quint, p. ai6, note i.
* Lettre du connétable de Bourbon à l'empereur, p. a 17.
* Lettre de M. de la Barre à madame la régente, p. aai.
' Trois lettres des olTiciers du Boi de
France, écrites pendant le mois de juillet i5a5, sont datées de ce lieu. Elles contredisent en cela l'iiistoire de Gaillard, qui a dit que François 1” fut enfermé d'abord à Xiativa, près Valence. (Gaillanl, t. Il, p. 46».)
’ Nous n'avons pas trouvé de document relatif à la révolte des soldats d'Alarcon à Valence, et que le Roi aida à apaiser.
XXX INTRODUCTION
Les documents de la seconde section de notre recueil nous ont révélé les plus secrètes et les plus douloureuses vicissitudes auxquelles le Roi venait d’être exposé. On apprendra, dans la troisième section, jusqu’où s’élevèrent son courage contre l’adversité, et ses nobles résolutions pour la conservation de son royaume et de l’honneur de la France.
La régente avait pour le roi son fils une afifeclion profonde, inquiète, exaltée. Ce sentiment si naturel se montre avec toute sa force dans les moindres actions de la duchesse d’Angoulême, au milieu même des plus graves préoccupations des affaires de l’État. Des historiens nous disent de cette princesse, que ce fut une femme haineuse, cruelle, vindicative et ambitieuse; mais sa correspondance intime avec le Roi et avec Marguerite d’Alençon, sa fille, nous révèle aussi la tendresse vraie , prévoyante et attentive d’une mère pour son fils: on voit quelle ^ l’aimerait autant, ne fût-il pas roi. Jamais l’amour du pouvoir, même lorsqu’il dirigea les actions de la régente, n’efiaça, n’altéra dans ce cœur maternel le dévouement dont il était rempli; l’usage de l’autorité déposée dans ses mains n’eut qu’un seul objet en vue, la sûreté du Roi, surtout lorsque les inspirations trop vives de la jeunesse et sa bravoure chevaleresque entraînaient le monarque à des périls que la majesté de son rang lui faisait un devoir d’éviter. Enfin, cette mère si tendre et si passionnée sut conduire, avec la plus parfaite prudence, des négociations qui donnèrent à la France d’utiles alliés dans ses luttes contre l’Empire ou l’Angleterre.
Le Roi connaissait bien cette grande affection maternelle, et il s’efforçait d’y répondre. Il nomme souvent sa mère dans ses lettres et dans ses poésies :
Or sachez doncq, ô madame et ma merc !
Que de vous m’est l'absence trop amere :
INTRODUCTION
Que diray plus, sinon que congnois bien Qu’en la beaulté des lieux ne gist le bien ,
Mais seullement en compagnie bonne De celle-là où tout plaisir se donne
Et lorsqu’il nous retrace en vers les malheurs de Pavie, il nous apprend que l’un de ses plus grands chagrins fut que.
Trop fort doublant que l'amour de ma mere Ne peult souffrir ceste nouvelle amere ,
Par desplaisir causé de ma prison.
Sans regarder qu’en tant triste saison Le seul confart de toute France est mis Sur sa vertu, la gardant d'ennemys,
Et qu’en ma sœur ne demoura pouvoir Pour telle dame et à son mal pourveoir
La duchesse d’Angoulôme exprimait ses sentiments pour le Roi avec une grande vivacité. Le rondeau adressé à François I*' (p. 109) en est une preuve : c’était pour elle un cuisant chagrin que l’absence du Roi. Marguerite, sœur de ce monarque, le lui écrivait souvent :
Car vray amour, qui n’a soucy ne cure Que de te veoir, ne se paist de verdure.
Je confesse que pour ce temps nouveau L’on ne sçauroit trouver ung lieu plus beau Pour recouvrer santé tant estimée A la mere d’un fils tant aymée
D’ailleurs, une conformité absolue de vues, de sentiments
' Épitre du Roi i la duchesse d'Angoulème, p. go.
* Épitre du Roi sur la campagne d’Ita-
lie, p. ia4- — ‘ Épitre de la duchesse Marguerite au Roi, p. 101.
INTRODUCTION, et de goûts, une sympathie parfaite sur toute chose existait entre la mère et le fils, et entretenait sans trouble l’intimité qui les unissait. Tant que vécut la duchesse d’Angoulême, ni les favoris, ni les maîtresses du Roi n’aflaiblirent cette sainte affection. « Encores que vous soyez en France et le Roy en Espaigne, écrivait Brion h la régente, vos opinions sont semblables h B Dans une autre lettre, la régente dit encore : «Je cuide sentir en moi que vous souffrez » Cette princesse pouvait donc avec toute vérité écrire au Roi : « Reposez-vous sur la foi et amour d’uue mère "
Une autre personne tout à fait digne d’une si rare association la cimentait par la solidité et la grâce infinie de son esprit; elle était, nous dit-elle,
Ung petit point de ce parfaict triangle
une personne de cette trinité de famille « qui a tousjours esté unye »
A d’autres historiens, ce dévouement d’une sœur pour son frère malheureux a paru aussi n’avoir pour origine que des motifs dignes de blâme, comme si le rang suprême desséchait et éteignait tous les sentiments de la nature. Brantôme, par sa Chronique, fondamentalement médisante, par tant de méchants propos, a pu se faire, en ce mauvais côté, une sorte
' Lettre de Brion, p. a63.
* Lettre de la duchesse d'AngouIéroe au Roi, p. 287.
^ Lettre de la même, p. SaS.
* Épitrede la reine de Navarre, p. 455.
* Lettres de Louise de Savoie et de Marguerite sa fille, p. i4a. — Vojcz aussi les poésies du Roi, p. 587 , et de Margue-
rite, p. 54o. — Jean Marot s’est servi aussi de ce mot de trinité dans ses poésies ; et à ce sujet, l’abbé Goujet [Bibliothèque française, t. XI, p. 3a) déclare qu’on ne peut excuser ce poète d’avoir employé ce même mot, et l’idée qu'il présente, dans un rondeau d’un sujet tout à fait profane.
INTRODUCTION, de réputation historique, et, puisqu’elle n’était pas usurpée, au moins ne devait-elle pas trouver des imitateurs. Cependant, que de jugements sur le xvr siècle n’ont d’autre source que les caquets historiques de ce célèbre conteur ! Par ce moyen, il est vrai, toute difliciilté sérieuse disparaît de l’histoire : il ne faut que se montrer accommodant sur les sources*, sans .s’inquiéter de la malice des écrivains.
Marguerite d’Angouleme, duchesse d’Alençon, puis reine de Navarre, sœur du Roi, a éprouvé les effets de cette triste méthode d’écrire l’histoire. Quoique Brantôme ait en quelque sorte épargné cette princesse, et qu’on ne le puisse trouver médisant, dit-on, que par induction il reste quelques nuages sur cette brillante et légitime renommée de la reine de Navarre. Mais fallait-il donc que le Roi n’écrivît à sa sœur que par sa chancellerie? Nés pour s’entendre, les mômes goûts les rapprochaient encore, donnant l’un et l’autre à la cour et à la ville l’exemple de ce que peut pour la civilisation la culture de l’esprit unie à l’élégance des manières et du langage. Le Roi et la duchesse s’écrivaient en vers : l’exagération habituelle du style poétique et une inévitable émulation expliquent naturellement tout ce qu’il y a de dolent ou de passionné dans des écrits dont la forme exclut habituellement les froideurs de la prose et le cérémonial du protocole.
Après son départ de Paris, le Roi,
Qui ne demande en toute récompense
' L’ouvrage de M. Rœderer, Louis XII et François /", repose entièrement snr les dires de Brantôme. En général, le publiciste contemporain nous semble bien peu difficile en fait de preuves historiques.
* Notice sur la reine de Navarre, en tête des Lettres de cette princesse, publiées pour la Société de l’histoire de France, a* recueil, p. i.
xxxiv INTRODUCTION.
Sinon, pour vray, ce très-grand bien avoir,
Que toute saine 'en joyc vous puisse veoir Avec la sœur de voue tant désirée.
Que de nous deux se peult dire laymée Parfaitement, si jamais créature Le mérita , par sens et par nature *,
parlait souvent de la duchesse sa sœur, même dans les épîtres qu’il adresse à sa mère, et Marguerite ne répondait pas moins aftectueusement au Roi :
Croyez, amy, que par l'infinitude Accomplirons nostre béatitude.
Qui consiste en la fruiction De ta vue'-
Les témoignages de cette affection réciproque sont souvent renouvelés dans les épîtres et les rondeaux que le Roi et la duchesse échangeaient fréquemment, et l’on peut considérer comme les plus remarquables par la chaleur des expressions ceux qui sont rapportes aux pages io5, 446, 46 1 et 54 i de ce volume.
Et dans ces vers, bons ou mauvais, mais si affectueux, qu'y a-t-il donc de plus que dans tous les écrits analogues du xvi' siècle, époque où la vivacité naturelle des esprits et des pas.sions pénétra nécessairement dans le langage, excitée quelle était par les grands événements qui donnèrent alors à la société européenne une face nouvelle ? N’accusons donc pas sans des preuves évidentes cet inaltérable sentiment d’affection qui unit toujours la mère, le fds et la sœur, et que j’appellerai avec eux leur triniié royale.
' Epitre du Roi à la duclicsse d'Angou- ’ Épître de la duclic»se Marguerite au léme, p. 90. Roi, p. loo.
WW
INTRODUCTION
La régente avait proposé à Charles-Quint daller traiter avec lui de la délivrance de François 1", et avait désigné la ville de Perpignan pour la réunion des négociateurs. Si l’on en croit cette princesse, elle renonça bientôt à ce projet, ne voulant point laisser l’État sans chef D’autres documents nous disent, au contraire, que l’empereur n’accepta pas la proposition de la régente^. La duchesse d’Angoulôme ne fut pas plus heureuse lorsqu’elle olVrit à l’empereur de mettre le Hoi à rançon pour une somme qu’on le laissait libre de fixer et de marier le Roi et le dauphin à des princesses portugaises On proposait aussi à Charles-Quint la duchesse Marguerite pour femme
Bien que ce fait soit avéré, on a soutenu historiquement le contraire : on a dit que l’empereur, à cette époque, avait demandé la main de la princesse comme une des conditions de la paix, et que le Roi la lui refusa; de plus, on a découvert les importants motifs de ce refus, du rejet d’une demande qui ne se fit point alors et qui fut toujours inconnue à f histoire, comme le furent aussi les prétentions du connétable et les généreux sacrifices que se seraient faits mutuellement l'empereur et le connétable au sujet de la duchesse Marguerite, qu’ils n’avaient ni l’un ni l’autre demandée en mariage
A toutes ces communications de la part de la France, l’empereur répondit en persistant dans les articles apportés en Italie par Beaurain"' : c’est-à-dire en demandant, outre quelques concessions secondaires, la cession entière du duché de Bourgogne, de la vicomté d’Auxonne, du Charolais, de la Flandre,
‘ Vov, p. 3g6.
* Avis donné en Angleterre , p. 87 1 .
^ Premières instructions de la régente à l'archevêque d'Ëmbmn , p. 1 76.
* .Articles proposés par le Roi, p. 170
‘ Lettre à madame la régente, p. 194.
* Voye?. la Notice sur Marguerite d'Angouléme, déjà citée.
’ Ils sont déjà indiqués dans les instructions deCharles^uint a ses ambassadeurs.
XXXVI INTRODLCTION.
(le l’Artois, du Milanais, de Gênes et du comté d’Asti; enfin, l(î mariage du Roi avec Léonor, sœur de Charles-Quint, celui du dauphin avec l’infante de Portugal, sa fille, et l’entretien par la France d’un corps d’armée de six mille hommes qui seraient mis à la disposition de l’empereur. Dès lors, les émissaires de la régente se répandirent dans toutes les cours pour émouvoir les souverains en faveur du roi prisonnier'. Cette princesse s’assura, même à prix d’argent, du dévouement de quelques grands personnages de la cour d’Espagne
Malgré les mauvaises dispositions de l’empereur, la régente avait vu avec le plus grand plaisir le voyage du Roi à Madrid, où un climat plus salubre et les entrevues des deux monarques devaient, dans son opinion, raffermir la santé de son fils et aplanir les difficultés du traité^.
Depuis la fin du mois de juin, le château fort de Venyssollo, à quatre lieues de Valence, servait de résidence au prisonnier''. Il avait pris le parti de s’y retirer afin d’échapper à la grande presse des habitants de cette ville, car le respect et l’empressement du peuple espagnol étaient universels, et, toutes les fois que le Roi paraissait en public, un grand nombre de malades des écrouelles lui étaient présentés pour les toucher, avec grande espérance de guérison, et jamais en France l’einpressement n’avait été tel : la personne du Roi séduisait tous les esprits, et tous ceux qui le voyaient désiraient sa délivrance et la paix La noblesse espagnole était animée des mêmes sentiments, et quatre des plus grands personnages s’ofi'rirent
' Avis donné en Angleterre, p. 37a.
— Cest à celle même époque que remonte le voyage de Frangepani à Constantinople pour solliciter aussi Soliman II.
* Sa correspondaucc en fait foi.
’ • 11 n’y a que les ennemis du Roi qui
peuvent trouver mauvais le voyage d'Kspagne,» écrivait-elle, p. a3a et a33.
' Lettre de . . . à la duchesse d’Angouléme, p. a3G, et note a.
' Lettre des ambassadeurs français, p. a53.
INTRODUCTION. XXXVll
en otage pour faire rendre la liberté au Roi*. Enfin, les agents de Charles-Quint écrivaient de Lyon à leur maître : « Le Roi est si merveilleusement aimé, que si sa rançon fust convertie en argent comptant, on ne la sauroit faire si excessive que tost elle ne fust preste; l’afiection du peuple avoit esté augmentée depuis qu’il a esté sceu comment il s’est porté honnestement et en prince de cœur à sa prinse*. » Un pareil témoignage d’un ambassadeur étranger est un éclatant démenti aux narrations contraires de quelques historiens français au sujet des sentiments de la nation envers le Roi en sa captivité.
Le 2 juillet 1 52 5, François I" dépêcha le maréchal de Montmorency vers l’empereur. Ses instructions disaient^ que le plus grand désir du Roi était de voir l’empereur, de lui déclarer ce qu’il avait dans le cœur, et de lui faire connaître qu’il espérait encore en sa magnanimité. Mais il fallait au Roi bien de cruelles épreuves pour ne pas sentir qu’il se trompait en s’adressant au cœur de l’empereur ! Il demandait en môme temps un saufconduit pour la duchesse d’Alençon sa sœur, afin quelle put venir, avec un train honorable, selon la qualité et grandeur du personnage, négocier la délivrance de son frère. Enfin, Montmorency était chargé de démentir des paroles qui étaient imputées au Roi, à savoir, qu’il avait mal parlé de l’empereur, et qu’il avait donné sa foi, le jour de la bataille de Pavie, à Lamothe-des-Noirs*. L’évidence et la certitude de ces divers faits n’ont pas empêché de dire que la duchesse Marguerite fit demander à fempereur un sauf-conduit secrètement, d’une manière détournée, en n’ayant garde de se nommer*^ et au
' Voy. p. .3g6.
* Lettre de M. de Praet, ambassadeur de Charles-Quint, p. 385, et Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl V, p. 1 7g.
’ Mémoire à M. de Montmorency de ce qu'il aura à dire à l'empereur, p. 238.
' Ibid. p. 240.
’ Notice sur Marguerite d'Angoalême ,
XXWIII
INTRODUCTION, moyen (rune lettre « qui paraissait avoir été concertée dans l’espoir d’une indiscrétion qui la ferait passer sous les yeux do l’empereur*. » Cette opinion n’est point justifiée par les documents, et il est avéré que ce lut le Roi qui désira la venue de sa sœur en Espagne, et qui demanda ostensiblement l’agrément écrit de l’empereur.
Rien n’arrêta la résolution de la duchesse loi'squ’clle connut l’intention du Roi : l espoir de diminuer la rigueur de sa prison calma toutes les craintes que ce grand voyage lui inspirait naturellement. L’empereur avait accordé le sauf- conduit'^ en même temps qu’une nouvelle trêve de trois mois, et il réservait, disait-il, à la princesse l’honneur de conclure avec lui le traité de délivrance du Roi et de paix universelle demandant en même temps des ambassadeurs munis de pouvoirs suflisants pour discuter préalablement, avec les ministres espagnols, les intérêts des deux couronnes En conséquence, le Roi écrivit en France pour faire hâter le départ de la princesse sa sœur : toutefois, elle ne put s’embarquer qu’à la fin du mois d’août®.
Dans cet intervalle de temps, de longues, d’inutiles négociations et d’oiseuses conférences avaient eu lieu à Madrid et à Tolède entre les agents des deux couronnes. Les uns étaient accrédités par la régente ; c’étaient François de Tournon, archevêque d’Embrun; le premier président du parle-
nt léle du premier recueil des Lctlres de celle princesse, publiées pour la Société de l'Histoire de Fratice, p. i8 el noies des pages cl 183.
' Voyez, sur l'origine de ces erreurs, noire noie 1 , p. 179.
' Dans son Histoire de Fiance, t. IX, p. 361, le P. Daniel prétend, par erreur, que ce fut le roi d'Angleterre qui l'oblint.
’ Itapporl de ce qui a été négocié, etc. p. 343.
‘ Ibid.
* Elle était à .Aigues-Mortes le 37 août. [Lettref citées de Murgaerite d'Angoaléme, p. 183.} — Voyez aussi la lettre de la ducliosse d'Angouléme, dans ce volume, p. 3o8.
INTRODUCTION. xxmx
ment de Paris, Jean de Selve, et M. de Brion; les autres venaient de la part du roi prisonnier : MM. de Montmorency, de la Barre et Babou, les plus actifs ou les plus habituellement employés, et de la Barre nous raconte qu’il ne fit pas moins de dix-huit voyages de Madrid à Tolède *. Charles de Lanoy, Hugues de Moncade et Lallemant avaient reçu les pouvoirs de l’empereur. Ces personnages dirigèrent la première partie des négociations , jusqu’au moment de la grande maladie de François I'" et de l’arrivée de la duchesse Marguerite à Madrid.
Charles-Quint n’avait pas cessé d’entourer des plus grands honneurs tous les personnages français qui lui étaient envoyés, soit de la part du Boi, soit de la part de la régente '^ : vaines démonstrations toutefois, car l’on pouvait juger de la persistance dei ce monarque, dans les demandes qu’il faisait au Roi, à l’excès même des prévenances ou des politesses qu’il pro<liguait aux négociateurs.
Ils n’étaienl-pas tous aussi habiles que savants : le président de Selve, par un long discours dans lequel il fit intervenir l’histoire d’Egypte celle de la Grèce et de Rome, l’Ecriture sainte, Charlemagne et autres noms célèbres de l’histoire'', invoqua la clémence et la magnanimité de l’empereur, et proposa que François l"fût mis à rançon, mais qu’on ne lui demandât aucune partie du domaine de la couronne, qu’il n’avait pas, du reste, le droit d’aliéner. Une si verbeuse éloquence toucha médiocrement l’empereur; il reconnut dans sa réponse qu’il lui serait impossible de réciter tant d’histoires et de bons exemples qu’on venait d’alléguer®, et il renvoya les ambassadeurs
‘ Rapport au parlement de Paria, etc. ’ Lettre des ambassadeurs, p. 357. p. 433. * Ibid: p. 3 56.
’ Lettre des ambassadeurs, etc. p. 355. ' Ibid p. 353.