I. EPISTRE [X MADAME LA DUCHESSE D’ANGOLLÉME
Si le regret d’esloigner les amys Engendre peine, et qu’il luy soit permis Dinainuer l’elTect de son plaisir.
Ne voyant plus la cause du désir;
Si le travail de l’esprit tourmenté Estre ne peult de joye en ce augmenté,
Et si la plume a eu ceste puissance A ses amys de faire congnoissance
' Le Roi, pendant ses voyages, au milieu même du fracas de la guerre, et dans ses rares moments de loisir, consacrait par la poésie les regrets que lui causait son éloignement de la cour. Des épitres en vers , des chansons, etc. étaient adressées à la duchesse d'AngouIême et à la belle duchesse d'Alençon , la mère et la sœur du Roi. Les vers tendres ou passionnés, dans lesquels François I* rappelait ses changeantes amours, avaient aussi leur part des inspirations du monarque. Pendant sa captinté, François 1** cherchait, comme son grand-oncle Charles d'Orléans, une consolante distraction dans la poésie, et l'on peut remarquer qu’au milieu des chagrins qu'il devait éprouver, enfermé au chAteau fort de Pizzighitone , le Roi trouvait encore des vers pour chanter la beauté de nimpkes qui habitaient les bords ravissants de la Loire.
Les pensées exprimées dans ce premier
extrait rappellent les adieux du Roi lorsqu'il partit pour la conquête du Milanais et ses souvenirs d'amour ; d'autres pièces donnent le récit fidèle de son parlement de France en Italie et de la prise du Roi devant Pavie. Le second extrait contiendra les.vers composés par le Roi pendant sa prison en Italie , vers où l'expression de ses chagrins se mêle à des souvenirs plus heureux.
Nous publions le texte de ces poésies d'après le manuscrit de la Bibliothèque royale n* 7688-2, collationné avec un autre volume de la même bibliothèque portant le n* i5 du fonds de Cangé. Les variantes les plus importantes de ces manuscrits se trouvent en note. Les vers de la duchesse d’AngouIême et ceux de Maiguerite d’.Alençon en réponse à ceux du Roi sont mêlés avec ses poésies.
' Les titres entre crochets on été ajoutés par l'éditeur, et ne sont pas dans les manuscrits.
Du dueil, ennuy, travail, peine et tourment Que prendre on peult faisant departement,
Que feray doncq, sinon sur papier mectre Ma voulenté en peu de maulvais mectre?
Or sachez doncq, o madame et ma mere !
Que de vous m’est l’absence trop amere :
Que diray plus, sinon que congnois bien Qu’en la beaulté des lieux ne gist le bien.
Mais seullement en compaignie bonne De celle-là où tout plaisir se donne;
Car pour certain ce lieu-cy de Chinon N’est point moins beau que partout a renom.
Mais que me sert sa beaulté tant congneue.
Celle praerye et excellante veue.
Quant pour certain les flciu^ n’ont la puissance De faire tant que mon plaisir s’advance,
Ny mais aussi les arbres ne les champs,
Ny le plaisir des oyseaulx ny leurs chantz.
Dont ma joye a bon droit d’eslre posée Sur le rcvoueolr, pour estre reposée Du grand travail et peine qu’a porté.
Dont vous supplye ce mot n’estre emporté Hors du jamais de vostre souvenance.
Qui ne demande en toute recompense Sinon pour vray ce très-grand bien avoir Que toute saine en joye vous puisse veoir Avec la seiu de veue tant desirée Que de nous deux se peult dire l’aymée Perfaitement, si jamais créature Le mérita par sens et par nature.
Sans oublier les amys que savez,
Lesquelz ne double auprès de vous avez.
Et sur ce point ia conchision je fayz,
Faisant la fin jusqu’à une autre foyz.