EPISTRE
Si par aymer l’on desire sçavoir De ses amys et nouvelle en avoir,
Si en l’absence aymée est l’escripture Qui en amour les esperits rasseure.
Si le bienfaict mérité recompense.
Si tout amant en demande asseurance Et si nulluy n’a la puissance au lieu
' DeffenHrc, Ms. de Cangé.
De mon seul bien, fors sinon vous et Dieu,
Que debvray dire, et pour bien commancer,
Quelz humbles grâces te debvray-je advancer,
Ny quel peult estre mercy si convenable Que ma lettré ne sceust rendre aggreable?
Trop d’heur seroit, saus Tavoir mérité.
Mon escript estre de tel bien hérité ;
Mais pour certain , encores que je voys Que de si bas ne sont ouyz les voix En si hault lieu par vertu eslevé.
Comme le tien par sus tous hault levé.
Si ne lairray-je à fort très-humblement Te mercier, t’asseurant fermement Que si pouvoys bien entendre ou sçavoir Le trop grant heur, ou que le peusse veoir.
Que m’as donné, voyant ton escriplure.
Certain je suis que tu n’es point tant dtire Que tu prinses regrect ny desplaisir Une aultre foyz me faire ung tel plaisir;
Dont te supply qu’en toy-mesmes tu pence Que ne desire, pour toute recompense.
Que le sçavoir, de ton seul jugement.
Que je te suis vray et loyal amant ,
Et que plustost la mort je veulx choisir Que de te faire ennuy ny desplaisir.
Ne demandant aultre nul plus grant bien Que d’estre seur que me tiennes pour tien.
Mais pourquoy veulx t’asseurer d’une chose ,
Que ta puissance as serrée et enclose;
Car tu sçaiz bien qu’en ce monde ne suis Que pour t’aymer, et sans cela ne puis Vivre en repoz, ny bien jamais avoir.
Si envers toy je ne faiz mon devoir.
CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS l“.
Commande doncq , car tu le peulx bien faire Sur le tien mesme à qui n’a à refaire Pour t’obeyr, tenant pour son seul bien ,
S’il n’a cela , n’avoir au monde rien :
Faisant la fin à sa lectre ennuyeuse.
Car la longueur pourroit eslre fascheuse.
Mais bien diray ce mot avant finir,
Que tout le bien qui veult luy advenir Est d’avoir nom au tien entendement L’obeissance de ton commandement.