EPISTRE [de la duchesse MARGUERITE AU ROl
Si par désir, voyre en trop plus grand nombre Que de fueilles y a qui vous font umbre.
Et pour' soubhaictz, autant que d’herbes brin Y a ès prez, et aux terres de grain;
Si prières envers vous humblement.
Comme il y a d’estoilles au firmament.
Et requestes doubles devant Dieu,
Plus qu’il n’y a de sables® en ce lieu.
Ont puissance d’icy vous transporter Pour nous venir vcoir et reconforter,
Croyez , amy que par l’inlinitude Accomplirons nostre béatitude ,
Qui consiste en la fruiction De ta veue : car consolation ,
Ne nul plaisir que nature nous donne.
Ne nous est riens, si bientost ne retourne;
Mais, qui pis est, présentent * à nostre œil
' Par, Ms. de Congé.
’ Sablon , \fs. idem.
’ Monseigneur, Ms. de Congé.
* Présenter, Mt. de Baluze.
SECTION I. — GUERRE DU MILANAIS. 101 Boys, prés, jardins, augmentent nostre dueil;
Car vray Amour, qui n’a soucy ne cure Que de te veoir, ne se paist de verdure.
Je confesse que pour ce temps nouveau L’on ne sçauroit trouver ung lieu plus beau Pour recouvrer santé tant estimée A la mere d’un seul filz tant aymée !
Mais l’on a beau luy monstrer par dehors Tous les esbatz que demandroit ung corps,
Car si son cueur n’a le contentement De vous reveoir, croyez certainement Que la peine de son seul desirer La feroit plus que amender, empirer.
Et nonobstant quelle ne puisse aller,
Elle s’est faict deux foys porter à l’aer.
En regardant arbres et fruictz nouveauix,
Et escoutant le doulx chant des oyseaulx;
Mais tout cela ne luy prouffite rien ,
Sans la cause dont procedde son bien ;
Et congnoist-on , où qu’elle ait son regard,
Soit terre ou ciel, son cueur estre aultre part ;
Car, en voyant herbes et fleurs, je croy Qu’elle cuyde partout trouver son roy.
Elle vous cherche tout le jour pas à pas :
Ce qu’elle faict, soit disner ou repas,
Pour de son mal estre bientost delivre.
N’est que pour vous, saichant vous veoir pour vivre.
Sa vie doncq par vous est soustenue,
En espérant bientost vostre venue.
Sans laquelle je vous dys seurement Qu’elle ne peult avoir amendement.
Doncques, ô' toy, en qui sa vie est visve,
‘ En , de Baluze.
CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS r.
A qui elle a ainour si très^aïfve Que le dire ne se peult nullement,
May s l’ay rcmys en son vray sentiment,
Ne pense tant à tes faulx ennemys.
Que tu ne viegnes parfaire en tes aniys Ce que sans ‘ toy Dieu y a commancé :
En quoy faillant^ seroit trop offencé.
Satisfaictes , par bien hastif retour,
Au grand désir de sa parfaicte amour.
Tel que penser par dire satisfaire L'impossible, le vous dira pour taire.