EPISTRE DU ROY EN RESPONSE
Tant plus je pense, et moins, certes, je treuve Seure raison, qui vérité me preuve Comme est possible en toy, 6 chere seur !
Que seureté soit convertie en peur.
Et que désir tel passion t'imprime Que la clarté de congnoissance exprime;
Ny comme peult certaine congnoissance Se transmuer de foy en delfiance.
N’as-tu pensé , en escripvant ta lectre ,
Que je debvoys pour raison Ion frere estre.
Et que le corps de toy tant estimé ,
Qui nous porta, n'est de moy moins aymé;
Et que vouloir de reveoir ses amys N'est moins puissant, et en moy si n'a mys Plus foibie force, estant loing de reveoir.
' Par, Afi. de Balaze.
’ Faisant, Ms. de Baluze.
SECTION I. — GUERRE DU MILANAIS. 103 Qu’à ceulx qui ont l’heur et le bien du veoir.
Certes, je croy qu’en l’ennuyeuse absence Tu n’as pensé seiu*eté qu’en presence.
Si doncq les boys, les prez et les fontaines,
Les fleurs, les fruictz, les uniibres tant amenés,
Te causent dueil, ennuy et desplaisir.
Je te supply que penses quel plaisir Je puis avoir entre peuple affolé,
Champs plains de guerre et le pays bruslé.
Riens n’esperans en si grande souflrance,
Pour leur confort, que du roy la presence;
Importuné de mille requerans.
Et commandant à cent mille ignorans.
Mais pour cela, si n’ay-je point perdue La souvenance heureuse de, la vue ,
Ny le désir n’a souffert ny permys,
En tel travail, oublyer ses amys.
Que diray plus : l’amour et le debvoir,
Accompaignez d’envie du revenir.
M’ont faict ouvrer par diligence entière Tant, que l’ordre est par toute la frontière.
Dormir peuvent maintenant seurement.
Car l’ennemy ne leur fera tourment;
Et la grand peur qu’avoyent dedans leur porte Leur renvoyons, nostre armée la leur porte.
En lieu d’alarmes auront repoz, plaisant.
N’ayant si près l’ennemy desplaisant.
O 1 donc, seur, je te supply penser Si mon sçavoir n’eust voulu offenser Trop mon debvoir, si plustost je sçavoys
M’en retourner, et moins si le debvoys.
Je croys que non; car, certes, mon plaisir Icy n’estoit si fort que mon désir,
Aymant trop myeulx, pour me rendre content, Estre avecq vous, de noz plaisirs comptant.
Que de parolle une armée mener.
Et sans argent enfin la ramener.
Par quoy suis seur que ton vray jugement En toy, sy dit, il dit vray, point ne ment.
Dont feray fin, craignant, par longue lectre Mal composée, à voz yeulx fascheux estre;
Vous advisant que demain partirav.
Et que coucher à Mondidier ‘ )Tay.
Doncq, sans séjour, tant feray diligence.
Que de Madame auray la vraye presence.