INTRODUCTION
naître qu’il craignait réellement son départ'. Il est permis de croire quelle avait, en cflct, deviné la pensée deCharles-Quint; néanmoins, elle quitta Tolède et Madrid vers la fin du mois de novembre’ pour rentrer en France.
Cependant, Cliarles-Quint, pour donner à connaître au Roi et à chacun qu’il ne tenait pas à lui que la paix ne se conclût, envoya demander au Roi de retenir la duchesse d’Alençon et le prévenir qu’il enverrait des gens de son conseil au Roi pour discuter à Madrid les articles de la paix et de sa délivrance , mais qu’il voulait que la conclusion s’en fît à Tolède \
François n’avait point oublié le refus de l’empereur de prolonger le sauf-conduit de Marguerite*. Il refusa aussi de la retenir, en ajoutant qu’il écouterait volontiers les ambassadeurs de l’empereur*. Il paraît môme, d’après une lettre de la princesse’, que le Roi lui recommanda, au contraire, de hâter sa rentrée en France. Ainsi Marguerite était bien avertie quelle ne devait pas se trouver sur le territoire espagnol après le terme fixé par le sauf-conduit*. C’est donc tout à fait gratuitement que des biographes et des historiens ont supposé que le connétable de Bourbon , toujours amoureux d’elle, repentant de son crime, trompa la confiance de Charles-Quint pour réparer, autant que possible, sa trahison envers François I*% en prévenant le Roi
' Lettre de Marguerite, p. 4oa. — Les documents imprimés aux pages 359-369 de ce volume démentent aussi l'opinion deSismondi, qui prétend que l'empereur donna à entendre à cette princesse de ne pas se mêler de la négociation du traité de Madrid et de retourner en France.
(Histoire des Français, t. XVI, p. 272.)
* En décembre, d'après la protestation
du Roi. p. 474.
’ Lettre de Charles-Quint, p. 383.
‘ Rapport de Babou au parlement , p.437.
’ Deuxième protestation du Roi contre le traité de Madrid, p. 478.
* Rapport fait au pariement par Babou , p. 438.
’ Lettres de Marguerite d'Angouléme, p. 201 ( 1" recueil J.
' Voy. document p. 473.
INTRODUCTION. un
des intentions secrètes de l’empereur*. Le motif pour lequel on suppose que l’empereur voulait faire arrêter la duchesse d’Alençon n’existait pas ; ce ne fut point Marguerite qui apporta en France l’acte d’abdication de François I", mais bien le maréchal de Montmorency^. Ainsi, l’expiration de la trêve et du sauf-conduit devait être le motif réel de l’arrestation de Marguerite, et, par cette rigueur, on comptait montrer au Roi combien l’empereur était décidé à des mesures analogues envers lui-même, qui persistait à refuser avec une honorable fermeté les conditions qui lui étaient proposées.
Marguerite était à Montpellier le 29 décembre 162 5, de retour de son voyage en Espagne^. Profondément affligée d’avoir échoué dans sa négociation, elle avait reconnu, disaitelle au Roi, cette grande vérité, l’office de solliciteur est plus pénible que celui de médecin à vous veiller*. L’état des négociations et des rapports personnels du Roi et des ambassadeurs français avec l’empereur et ses ministres dit assez haut que les soins de Marguerite furent sans résultat. Le Roi le déclare lui-même dans sa protestation®, et les documents de la fin de cette même année 162 5 ne sont pas moins affirmatifs sur ce point important. Enfin, François I" écrivait à Cbarles-Quint, qu’il reconnaissait que l’empereur ne pouvait lui faire entendre d’une manière plus honnête que son intention était de le retenir toujours prisonnier, qu’en exigeant des concessions qu’il ne pouvait faire ; mais qu’il était résolu de s’habituer à sa captivité, bien persuadé que Dieu, qui a jugé
* Notice sur Marguerite d'Angoulême, d^à citée, p. aS. — Garnier, Histoire de France, I. XXIV, p. igS.
* Voyez Discours du Roi à l'assemblée des notables, du 17 décembre 1637 (Clairambault, vol, XXXIX, p. 7Ô7.)
* Rapport fait an parlement par Baboii ,
* Lettre de la duchesse d’Alençon .
‘ Deuxième protestation du Roi, p.471 , Uglt-
uv INTRODUCTION.
que le Roi ne l’avait pas mérité, puisqu’il était prisonnier de bonne guerre, lui dominerait la lorce et le courage de la supporter avec patience; enfin, qu’il était décidé à souffrir une détention aussi longue qu’il plairait à Dieu, plutôt que de souscrire volontairement à ce qu’exigeait l’empereur'. Le Roi regrettait, toutefois, que les bonnes paroles que lui avait dites l’empereur pendant sa maladie restassent sans eflet. 11 ne fallait donc plus croire aux paroles de Cliarles-Quint. Les ambassadeurs étaient persuadés que le Roi sortirait de prison plutôt par la force que par la clémence. Au départ de la duchesse pour la France, tout espoir dans les bonnes dispositions de l’empereur s’était évanoui^.
C’est h ce moment de la captivité du Roi que se place une résolution des plus décisives et des plus honorables pour le caractère de François R' : nous voulons parler des lettres patentes qu’il envoya en France parle maréchal de Montmorency pour faire couronner roi le dauphin François^, se réservant toutefois de reprendre le nom et la place de roi si jamais il revenait en son royaume. Cet acte ne fut point enregistré au parlement, comme n’ayant pas été présenté en temps convenable : c’est ce qui a fait douter de son existence par plusieurs historiens; mais nous l’avons sous les yeux*; et M. de Sisniondi , qui n’accorde pas au Roi une seule pensée bonne ou utile, meme à ses intérêts propres et les plus chers, affirme que François 1" retira, aussitôt après l’avoir signé, cet acte, dont il redoutait l’exécution eu France®.
' Lellre de François 1" à Charles Quint, p. 384. — Lellrcs d'abdication du Roi, p. 4>9-
’ Rapport fait au Parlement, p. 438.
' Abdication, p. 4l6-43&.
* Voye* document p. 43.3.
* Voyez notre planche VII. — Le père Barre prétend, par erreur, que le parlement en refusa l’enregistrement. {Hùloire d’Allemagne , t. VIII, p. laS.)
* SLsmondi, Hut. des Français, t. XVI,
p. açb. •
INTHODIJCTION. i.v
On a parlé aussi de conjurations ourdies en Espagne pour favoriser l’évasion du Roi : nous n’avons retrouvé dans les documents français aucun indice ni de celte tentative, ni de la date qu’il fallait lui assigner. Une lettre de l’ambassadeur de Charles-Quint, mentionnée dans une note de la page 4oc) de ce volume, en rappelle seule le souvenir.
En attendant, la duchesse d’Angoulême, dont la .santé s’altérait par le chagrin quelle ressentait de la captivité prolongée du Roi son fils, et qui commençait à trouver très-lourdes les charges de la régence, craignant aussi «de tumber en ennuy et de ne pouvoir plus en porter le faix *, n ne cessait d’écrire au Roi que le royaume souffrirait moins de la perte du duché de Bourgogne que de la prolongation de la captivité de son roi ^ et qu’il y avait nécessité de sa délivrance^. Des craintes de troubles augmentaient encore ses inquiétudes. Le parlement, toujours soumis à l’empire des formes, traînait en longueur la vérification du traité avec l’Angleterre et le mettait en discussion Quelques villes en prenaient prétexte pouiajourner leur adhésion aux garanties qu’elles avaient à souscrire, et la commune de Paris, dans la crainte de trop s’engager®, et oublieuse des marques nombreuses de dévouement qu’elle venait de donner au Roi prisonnier, ajournait aussi toute délibération sur ce même sujet, ne tenant aucun compte de l’avis du parlement qui assurait qu’elle était suffisamment garantie par les lettres patentes de la régente’. Tant d’incertitudes en de si graves conjonctures portaient invinciblement la duchesse d’Angoulême à supplier le Roi d’accepter à tout
' Voyez les dernières instructions de la régente à scs ambassadeurs , p. 4 13.
’ Ibid. p. 4 1 5.
’ Voyez les documents p. 33 1, 4ia, 4i5. 4a8.
‘ On le voit par l’extrait des registres du parlement, p. 379, 385.
‘ Document p. 379.
‘ Voyei document p. 35 1.
’ Document p. 35a.
Lvi ■ INTRODUCTION,
priv le traité qui devait assurer sa liberté : la duchesse d’Alençon et quelques grands personnages du royaume unissaient leurs instances à celles de la régente.
De son côté, le Roi savait assez que sa liberté, dans les fermes résolutions de l’empereur, ne lui serait accordée qu’en échange du duché de Bourgogne *. Dans cette cruelle extrémité, il se résolut à un parti non moins extrême, et que d’autres exemples recueillis par l’histoire ne sulTisent peutêtre pas à justifier : la raison d’état a, dit-on, ses exigences; mais la justice et la vérité, a dit Cicéron, sont antérieures et supérieures à toutes ces raisons.
Le 19 décembre, François I" enjoignit à ses ambassadeurs’ d’accepter le traité proposé par Charles-Quint et de le signer en son nom; et, le i3 janvier de l’année i5q6 (n. s.), la veille du jour où cette solennelle formalité devait s’accomplir^, le Roi réunit tous les envoyés français; il leur fit prêter le serment de ne révéler à personne, si ce n’est à la régente et à la duchesse Marguerite, ce qu’il allait leur dire, et il exposa verbalement les justes motifs qu’il avait de protester devant Dieu contre le traité qu’on le forçait de signer, ajoutant qu’il n’entendait faire aucune chose contraire à l’honneur de Dieu, ni au sien, ni préjudiciable à son royaume, et qu’il signait le traité imposé par l’empereur, mais qu’il cédait à la force pour éviter les maux qui menaçaient la chrétienté et son propre royaume. Il leur déclarait en même temps son intention de faire, après sa liberté, ce que devait faire un roi prisonnier de bonne guerre, en oO'rant à l’empereur une forte rançon. Bayard,
' Documents p. 434 et 44a.
’ Injonction faite par le Roi , etc. p. 44 1 . * M. Vincens (Histoirt de Gènes, t. 11, p 4og ) dit par erreur que le traité de
Madrid fut accordé parce que l'empereur craignait de voir mourir F rançoisl", alors malade. — La grave maladie du Roi est du mois de septembre i5a5.
INTRODUCTION. i.vii
notaire et secrétaire royal, fut chargé de retenir acte authentique de ces paroles du Roi K
Ainsi allaitla foi publique au xvi' siècle. Le pape, le roi d’Angleterre, les petits états d’Italie se tirèrent de quelques mauvais pas avec des moyens analogues; la toute-puissance poutilicale rassurait et dégageait les consciences : elle déliait de leurs serments les rois comme les peuples. Clément VU, dans cette grave circonstance, vint en aide à la probité politique de François I"; et si Charles-Quint put invoquer contre le Roi, son prisonnier, la donation du royaume de France faite à l’empereur par le pape Boniface VIII, François I" ne pouvait-il pas répondre à l’empereur que Clément VII le dispensait d’exécuter un traité que lui avait arraché la violence?
Même après la signature du traité de Madrid, le Roi fut gardé comme auparavant^ et moins d’égards furent prodigués à sa royale personne. Il était malade depuis quelques jours lorsque Lanoy, couvert de son armure, vint chez ce prince lui faire fiancer la reine douairière de Portugal, sœur de l’empereur. Quelques jours après, le Roi reçut la visite de Charles- Quint, qui demandait encore des concessions nouvelles en faveur du connétable ou de ses partisans, et François I" promettait tout, bien décidé à ne rien tenir. L’entrevue du Roi et de Léonor se fit dans un petit château prés d’illescas; pendant cette cérémonie, des divertissements et des danses amusèrent la royale assistance, et le lendemain, durant la seconde visite, l’empereur pria madame Léonor de danser à l’espagnole de-
' Deuxirme proteslaüon contre le traité de Madrid, p. 47 7- t'üc porte dans les manuscrits la date du i3 janvier, au lieu du i4, comme on l'a généralement imprimé.
M. Henri Martin [Histoire de France,
t. A', p. 59) lo mentionne aussi, mais avec
la date erronée do 19 décembre i5a5.
’ Voyei le procès-verbal du traitement fait au Roi après la signature du traité de Madrid , p. 5o6 , et la relation de ce qui s'est passé, etc. p. 5o3. — Gaillard, Histoire de François p. 496.
,.viM INTRODUCTION,
vant le Roi : ce dont elle s’acquitta avec une gn^ce parfaite*. François I" fut ramené à Madrid dans sa prison , qu’un incendie menaça un moment de détruire. Il ne gagna pas l’appartement du Roi; tous les objets qui lui appartenaient furent cependant emballés et disposés pour être transportés hors du château; mais l’on sc rendit maître du feu.
Enfin, le Roi put prendre congé de l’empereur et se diriger vers la France, après divers délais bien allligcants pour son cœur. On a dit que François I" avait eu, dans ces derniers temps, toute sorte de sujets de prendre sa prison en patience'"*: c’est encore une opinion sur laquelle les documents liistoriques jettent quelques doutes.
Pendant sa captivité, la littérature fut la principale distraction du Roi. A limitation de son grand-oncle, Charles, duc d’Orléans, il cherchait un adoucissement à son infortune dans son goût déjà bien connu pour les belles-lettres. Il écrivit en vers la relation de sa campagne en Italie; il s’inspira fréquemment dans ses écrits à sa grande afi’ection pour sa mère et pour sa sœur; l’expression directe sufiisait a scs sentiments, il employa rarement le langage de l’allégorie.
Depuis Charles d’Orléans, la poésie n’avait pas fait de progrès sensibles; les ouvrages du temps révèlent plutôt une décadence prématurée, mais temporaire. Au bon goût dans
‘ On doit peut-êire mentionner ici le singulier personnage que joua alors le connétable de Bourbon en Espagne. Il était chargé d'accompagner ou d'aller recevoir la reine Léonor, lorsqu'elle était déjà fiancée au roi de France : il ne paraissait pas SC souvenir que la main de cette princesse lui avait été autrefois promise par Gbarles-Quint.
’ Une lettre du bailli la Barre à ma-
dame d'Alençon a servi de fondement à celte opinion de l'éditeur des Lettres de Marguerite d'Angoulémc. On trouve le texte de cette lettre à la page 4.16 de son premier recueil et à la page 487 de notre volume. (Voyes, sur le séjour du Roi à Madrid, Garnier, Ilisl. de France, t. XXIV, p. 173.) Des lettres de la Barre parlent aussi d'une belle c.sclave noire qui fut alors achetée.
INTRODUCTION
LU
l’expression, à la grâce et à la netteté dans la pensée, avaient succédé les rimes équivoqiiées et le style ampoulé de Guillaume Crétin et d’Octavien de Saint-Gelais. Martial d’Auvergne et Guillaume Alexis échappèrent à la fâcheuse inlluence des ouvrages de Villon*. Mais George Châtelain, Jean Molinet, Jean Meschinot et Jean Lemaire ne furent que de pâles imitateurs de Crétin et de Saint-Gelais : ils se traînèrent dans l’ornière où le mauvais goût avait abaissé la poésie. La naïveté du langage n’était plus que de la trivialité, jusqu’au moment où Jean Marot, et surtout son fils Clément, tirèrent la poésie de cet état trop infinie. Mellin de Saint-Gelais coninbua également à relever le langage des muses. C’est à l’école de ces trois derniers poètes que se formèrent François I" et Marguerite de Navarre, sa sœur. Les fragments de leurs ouvrages insérés dans ce volume sulliront pour donner une idée complète de leur mérite; ils sont en meme temps des documents trèsutiles à l’histoire. Le pocme du Roi sur sa campagne d’Italie a fourni des renseignements nouveaux et fort honorables pour sa mémoire; mais on ne peut s’empêcher de reconnaître que le style en est froid, quelquefois embarrassé et souvent dénué de noblesse. Dans les compositions moins sérieuses, dans les chansons, les rondeaux, les dizains, l’esprit de François I" paraît être plus à l’aise, sa pensée et son langage sont plus faciles et plus abondants.
' Expression de M. Sainle-Bcuvc dans son Histoire de la littérature française au xvi'siècic. 11 y expose la fâcheuse influence de Villon sur la poésie de son temps, aux pages 1 3 , a 3 , 38 et 43 , édition Charpentier. — On a vivement blâmé notre opinion sur la corruption littéraire du style de Villon, opinion exposée dans notre introduction aux Poésies de Charles d’Or-
léans, et plus tard dans un article de la Nouvelle Revue encyclopédique publiée par MM. Firmin Didot, n* 1, P labetiaS. Si c'était une erreur, nous nous féliciterions de nous être trompé avec M. Sainte- Beuve, qui a porté le même jugement dans son beau travail sur la littérature française au xvi* siècle.
IX INTRODUCTION
Quoique le Roi n’ait excellé dans aucun genre de poésie; ses ouvrages méritent néanmoins une place honorable dans riiistoire de la littérature française, et on le jugerait trop sévèrement si on le regardait comme déshérité des talents de sa famille.
Quelques-unes des poésies du Roi peuvent être comparées à celles de son maître Clément Marot. Son langage y est aussi poli et aussi gracieux; le naturel s’y montre aussi souvent que le bon goût : mais, en général, elles ont trop fréquemment les défauts des compositions en vers de cette époque; la recherche dans le style y dégénère souvent en emphase ; point de variété ni dans le tour, ni dans le mouvement du vers ; elles expriment les vifs sentiments dont l’ànie du Roi était remplie, mais les expressions naissent plutôt des combinaisons de l’esprit que des inspirations du cœur; il y manque en tout ce feu sacré qui est le génie des poètes, et le Roi avait bien raison de dire de ses vers : c’est le fruit
Qu’a mcuri mon esprit en ce pénible lieu.
Il écrivait à sa maîtresse, en lui envoyant son épître sur la campagne d’Italie :
Triste penser. . . .
Cause ceste œuvre en te faisant savoir Que longue absence en riens n’a le pouvoir Sur mon esprit, de qui tu es maistresse.
La réponse qui fut envoyée au Roi était des plus gracieuses et certainement plus poétique :
Las ! si le cueur de ceulx qui ont puissance De vous donner très briefve délivrance Pouvoyt savoir quelle est nostre amitié ,
Je crois pour vrai qu’il en auroit pitié.
INTRODUCTION. f.xi
Si l’on rapproche ce que rapportent du Roi certaines chroniques anonymes, des allusions fournies par le vers qui termine cette épître, dans lequel la même personne dit :
Que mon amour ne fait que commencer,
ainsi que des autres vers où le Roi exprime le désir
Et (ju'en la fin tu soys bien mariée ,
Vivante en paix, contante de lignée,
on pourra conclure, ce nous semble, de ces rapprochements, que c’est à mademoiselle de Pisseleu que ces vers furent adressés. Elle seule, parmi les maîtresses du Roi, n’était pas encore mariée. François I"" avouait que sa main était impuissante à rendre la douleur que lui inspirait son malheur; et plus loin, il ajoutait :
Mais à qui esse à qui ferai ma plainte . De la rigueur de mon amoui' sans feinte ?
Quelz yeulx liront ceste triste escripturc Sans lamenter ma fortune tant dure?
Ce sera toy , ô amie et maistresse !
Je te suplie que tu veuilles penser N’estre au monde qu’un seul parfait amant.
Toutefois, une autre circonstance nous paraît peu d’accord avec ce que nous raconte la chronique sur les amours du Roi, c’est la discrétion et le mystère dont François I" enveloppait son affection pour mademoiselle de Pisseleu :
Garde mon plaint de peur que l'on en cause . '
L’honnesteté te commandoit cacher,
Soubz bon visaige, amour que tiens tant cher.
La crainte et peur que ne feusse congnue,
A ung chascun feis riante ta veue.