‹ Captivité du roi François 1erChapitre 9 sur 268 · I.NTHODIJCTION · texte numérisé non relu

I.NTHODIJCTION

fui parvenue au milieu de la rivière, entre Fontarabie et Andaye. Il alla dîner à Sainl-Jean-de-Luz ; il arriva à Bayonne sur les trois heures après-midi: et dans ces indications de temps et de lieux, fort minutieuses et non moins authentiques, il n’y a point de place pour l’iiistoire de ce cheval turquois qui emporta le Roi à toute bride jusqu’à Saint-Jean-de-Luz, où à peine il s’arrêta, voulant arriver plus tôt à Bayonne. A son entrée dans cette ville, le Roi se rendit immédiatement, en grande cérémonie, à l’église cathédrale pour remercier Dieu de son retour dans son royaume.

On a pu voir, parle rapprochement des relations historiques connues avec les documents inédits qui sont réunis dans ce volume, combien d’inexactitudes se sont introduites dans nos annales nationales, en ce qui concerne la bataille de Pavie et ses déplorables conséquences, ün examen attentif de ces mêmes relations laisse craindre de trouver, dans la plupart de leurs auteurs, trop de fidélité aux jugements de leurs devanciers. On peut cependant ranger ces écrivains, quoique le défaut de renseignements complets leur soit commun à tous, en plusieurs catégories, et chacune aura un nom célèbre sur sa bannière: Brantôme, Voltaire et Mézeray sont les principaux.

M. Roederer appartient à la première catégorie, à celle qui n’est pas assez dilficile sur l’authenticité des faits et les traditions incertaines qui leur servent de commentaire. La critique historique rejette les inductions hasardées comme trop voisines de l’erreur. L’ouvrage sur Louis XII et François I" est resté bien loin de l’ensemble des faits révélés par les documents réunis dans ce volume.

L’Histoire des Français de M. de Sismondi est de l’école de Voltaire, qui n’épargna aucun blâme au règne de Fran-

INTRODUCTION. i.xv

çois I", ni les jugements lestes et dégagés que lui dictait sa philosophie appliquée à Thistoirc. Mais en les reproduisant, M. de Sismondi, moins délié, a enchéri, peut-être sans le vouloir, sur ces jugements en les revêtant des formes sévères et lourdes de son style. Les mots honte, trahison, infamie, s’y trouvent pour ce période des annales françaises : c’est peutêtre trop. Les destins sont changeants; les peuples braves et éclairés ont parfois leur revanche des infidélités de la victoire et de celles des historiens. Nous sommes obligé de dire que l’Histoire des Français, en ce qui touche le règne de François I", ne peut être surpassée pour l’incertitude des faits et des jugements.

Mézeray, au contraire, s’est efforcé de rendre un compte fidèle des événements, qu’il étudia autant que cela lui fut possible à l’époque où il écrivait. La première édition de son Histoire de France se fait remarquer par quelque liberté d’opinion. C’est l’auteur le moins inexact à l’égard de la captivité de François I*'. Toutefois, un grand nombre d’écrivains sur l’histoire générale de la France ont suivi le texte de Mézeray pour la bataille de Pavie et la captivité du Roi; mais ils n’ont été fidèles qu’à demi , puisque le désir de plaire a porté ces écrivains à accueillir des anecdotes racontées dans des mémoires anciens arrangés à la moderne.

Dans ce nombre, il faut nommer Garnier, le plus fécond

amplificateur de Mézeray, surtout pour les erreurs : accusant

la mère du Roi et la méchanceté du chancelier de France

d’avoir occasionné tous les désordres de l’Etat, citant au long des discours ou des documents après eu avoir modifié le texte, notamment celui des actes du parlement de Paris et des plaintes de la régente sur la conduite de cette cour souveraine.

txvi INTRODUCTION.

Le père Daniel, au contraire, est resté assez fidèle à la tradition historique dont Mézeray fut la source, tout en conservant ces piquantes anecdotes qui plaisent peut-être au lecteur, mais ne sont pas utiles à Thistoire, l’anecdote sur Montpezat, celle du comte de Saint-Pol et de l’évasion du roi de Navarre. Le P. Daniel adopte pour la date de la bataille de Pavie l’année iSsG, et se complaît à faire discourir ses personnages, quoique leurs discours lui soient inconnus; soin tout oiseux et sans influence sur l’opinion des lecteurs : les documents originaux s’expriment tout autrement.

Muratori, dans ses Annali d’Italia; Anquetil, dans son Histoire de France, et M. Henri Martin après lui, ont résumé les textes des écrivains qui les ont précédés.

Parmi les panégyristes de François I", on doit citer l’historien Gaillard , qui a droit d’occuper la première place. Cet écrivain nous a laissé un ouvrage dont le temps a consacré la réputation. En savait-il assez pour que son panégyrique fût une histoire? Sans nous permettre de le décider, il nous suffira de dire que, pour les trois années du règne de François I",

1 5q4-i il a suivi pas à pas le P. Daniel, sans rien omettre, ni les erreurs ni les vérités. Ce qui appartient en propre à Gaillard, ce sont ses analyses et ses jugements des poètes du règne de François I*'; mais c’était, de sa part, trop exiger, trop oublier aussi les progrès amenés par le temps, que de comparer, comme il l’a fait, leurs ouvrages aux beaux modèles de l’antiquité, aux meilleures compositions du xviii' siècle, et sans tenir compte de celte aurore d’un meilleur avenir, que les ouvrages de Ronsard faisaient entrevoir. Mais hâtons-nous de reconnaître que l’opinion de Gaillard sur les poésies du Roi est l’effet de l’examen attentif et complet de ses écrits, rare mérite, pre.sque particulier à Gaillard parmi tous les éenvains qui ont

LWil

INTRODUCTION, parlé des ouvrages littéraires de François M, Sainte-Beuve, dans sa Littérature du xvi' siècle, n’accorde au Boi que quelques vers; lepoëine sur la campagne d’Italie en a quelcjues centaines, et il fut publié par Lenglet-Dufresnoy. Une méprise de ce genre n’est point aperçue dans un excellent ouvrage , abondant en études remarquables sur les autres poètes du même temps.

Nous ne devons pas omettre les travaux des auteurs contemporains, et nous rappellerons d’abord l’ouvrage de M. Capefigue, consacré à l’histoire de François 1" et de la renaissance. Quant au volume de M. iley, dont le titre est presque le même que celui de ce recueil, il nous sulfira de dire que l’auteur, panégyriste résolu de l’illustre prisonnier, poursuit sans relâche les philosophes et les novateurs qui ne s’inclinent point devant cette royale infortune, et qui ont volé, dit-il, son épée et sou armure U

M. le Glay, dans son Essai sur les négociations diplomatiques entre la France et l’Autriche au xvr‘ siècle, a donné quelques pages aux souvenirs de la captivité de François I" et aux négociations pour sa délivrance. Je lui dois des remercîments d’avoir bien voulu renoncer à faire usage , dans son travail si recommandable, de quelques documents qui se rattachaient directement à l’œuvre que j’avais entreprise, et, entre autres, des instructions de Charles -Quint au connétable et au viceroi, pièce connue de M. le Glay et dont il avait apprécié tout l’intérêt^. Son ouvrage est le fruit de longues et soigneuses recherches; il a consulté attentivement les écrits et les documents publiés avant lui, et, s’il n’en a pas relevé toutesles erreurs, s’il en a meme, en ce qui concerne la bataille de Pavie et la captivité

' Histoire de la captivité de François 1'', * Estai historique, p. i5o.

par M. Rey , i vol. in-8*.

txvm INTRODUCTION,

de François I", répété quelques-unes, c’est parce que les témoignages écrits qui révèlent ces erreurs étaient alors enfouis dans la poussière des bibliothèques, d’où je les ai retirés. L’Essai de M. le Glay sert d’introduction à un volume de la collection historique du gouvernement.

Dans son Histoire de Venise, le comte Darua rappelé toutes les perplexités de cette république pendant le xvi' siècle, combien son alliance fut incertaine pour ses amis, secrètement disposée, comme elle le fut toujours, à s’entendre, quand il serait temps, avec le vainqueur de l’Italie. Le même écrivain a imprimé dans son ouvrage un prétendu discours de François I", dans lequel ce monarque menace de sa disgrâce ceux de ses généraux qui voudraient le détourner d’aller en personne en Italie, à la tête de son armée, dans le dessein d’y détruire les impériaux. Mais il est permis, d’après les documents que nous publions, de douter de l’exactitude de celui dont nous parlons *. Toutefois, c’est sur Bonnivet que M. Daru fait peser toute la responsabilité des désastres de l’année 162 5. Quant <à Venise, bientôt après, l’exemple de l’Angleterre et les menaces de Charles-Quint la ramenèrent, avec le pape, dans l’alliance française.

Cinq documents nouvellement découverts, émanés du conseil des Dix, et que nous publions, comme appendice, à la fin de cette Introduction, serviront de développement à ce que riiistorien que nous venons de nommer raconte des hésitations du gouvernement de Venise, et prouveront que cet illustre écrivain avait jugé très-sainement des intentions politiques de ce gouvernement à l’égard de François I" et de Charles-Quint.

Des erreurs ou des omissions essentielles subsistent dans d’autres livres dont la captivité du Roi n’est point le sujet

' Histoire de Venise, t. III, p. 54 J.

INTRODUCTION, principal : il en est ainsi de l’Histoire d’Allemagne du père Barre, pour la narration des événements d’Italie et d’Espagne. Dans l’Histoire de Gênes, ouvrage si remarquable de M. Vincens, ce qui est relatif au séjour momentané du Roi daus le port de cette ville, est un abrégé trop incomplet d’autres écrits qui ne sont pas toujours recommandables par leur exactitude. Malgré ces remarques, nous le déclarons, ce n’est pas sans utilité que nous avons consulté tous ces ouvrages, que nous les avons rapprochés des documents qui sont le fruit de nos longues recherches, et dont quelques-uns des écrivains que nous venons de nommer, si ces documents leur avaient été connus, se seraient sans doute mieux servis que nous.

Toutefois, les utiles directions ne nous ont point manqué: le projet de ce recueil fut soumis à M. le ministre de l’instruction publique et communiqué au comité des travaux historiques. M. Mignet et M. de Golbéry furent chargés de l’examiner. Sur. leur rapport, dont l’extrême indulgence fut pour moi un bien précieux encouragement, M. le ministre a autorisé l’impression de ce volume pour la grande collection historique publiée par l’ordre du Roi. M. Mignet m’a permis de le consulter habituellement, et je lui dois l’hommage du faible mérite de mon travail. Le nom seul d’un si gracieux censeur, d’un si brillant écrivain, et le désir de mériter son suflfrage, me portaient à tous les efforts pour l’obtenir.

L’ordre chronologique des documents m’a paru le plus convenable; quelques doutes cependant restent encore sur la place que j’ai assignée à certaines pièces sans date : telles sont la lettre de Charles-Quint au Roi (p. SaS) et celle de la duchesse Marguerite d’Alençon (p. 386)*.

' En suivant l'opinion d'un biographe une erreur au sujet de la date qu'on peut

de la reine de Navarre, nous avons répété assigner à une chanson de celte princesse,

Lxx INTRODUCTION.

Divers établissements publics ont fourni des documents à notre ouvrage. Nous les avons cherchés avec persévérance dans les archives et les bibliothèques de Paris ; d’autres viennent de collections d’Espagne, de Portugal et de quelques villes d’Italie : nous n’avons pas oublié les marques d’obligeance que nous avons reçues, à cette occasion, des savants préposés à la conservation de ces riches et précieux dépôts.

Des tables diverses rendront commode l’usage de ce volume, et les fac-similé des pièces principales n’en sont pas un inutile ornement. Ils montrent que François I" fut du nombre des rois qui n’abandonnaient pas à leurs chanceliers la direction des affaires importantes du royaume.

qui est imprimée dnns ce volume, p. 45o. bien en ibà’}, quelque temps avant la

Cette cliaiison ne fut pas composée en mort du Roi, comme l’indique la qua-

i5a5, ainsi que nous l’avons dit, mais tricme strophe, à la pa^e Aba.

APPENDICE

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