‹ Captivité du roi François IerChapitre 124 sur 241 · I.F.TTRE DE CHARLES DE VEXDOSME · texte numérisé non relu

I.F.TTRE DE CHARLES DE VEXDOSME

Messieurs , puis cinq ou six jours , avons eu nouvelles d'Fjpaigne que le Roy cstoit grief mallade, estant ù l'extrémité et du tout habandonné des médecins; mais à ce soir ( 4 octobre ) avons sccu pour vérité que, grâce à Dieu, il est hors de lic\Te, sur le retour en sa santé, avec bonne espcrance que bientost il sera du tout guery. Et. pour ce que je suis seur que ces nouvelles vous seront fort bonnes, et dont vous serez joyeux, vous en ay bien voidlu advertir, vous priant en faire faire les processions et rendre louange àNostre Seigneur, ainsi que trop mieulx que moy entendez qu’il se doit faire. Et à tant, messieurs , je prie à Dieu , etc.

De Lyon, le un' jour d’octobre.

Voslre bon aniy,

CH.\RLES.

N- rXXXXlV. — LETTRE DU ROI DE NAVARRE AU ROI DE FRANCE.

11 envoie de m prison Mvoir des notriel{e* du Koi.

(11 IKtolf* 1M5.]

Monaeigneur, pour ce qu’il a longtemps que je n’ay eu aucunes nouvelles de vous, ne n’en suis en lieu pour en savoir, envoyé devers vous pour savoir d'icelles et estament de voustre parsonne , mon maistre d'oustel, présent porteur, auquel ay donné charge me faire savoir de vosdictes nouvelles et vous dire aucunes choses de par moy, vous suppliant, monseigneur, le vouloir ouy et croire.

Monseigneur, je prie Dieu vous doint très-bonne vie et longue.

Escript au cbasteau de Pavye *, le ii' jour d’octobre.

Vostre très humble et très obéissant serviteur, HENRY.

' Voir ci-dessDS n* CLXX. p. 3AI>. — ' Voyes la note de la pape 8b.

N- CLXX.W. — AVIS DONNÉ EN ANGLETERRE DE CE QUI SE PASSAIT EN FRANCE PENDANT LA CAPTIVITÉ DU ROI.

[Ckuk.li3S. ]

La mere du roy Françoys continuje toiisjoiirs n-^cnte on France, et le duc de Vendosmc est lieutenant general par tout le royaume.

Lesestatz qui ont e.sté tentii à Lyon ont conclud avecque la regente, et ledict duc, qu’il sera mis en ordre deux mille hommes d’annes, founiiz de gens de pyé à l’cstpiipoUent, oultrc et pardessus ce ijui y estoit, et aussi le résidu de la dcRaicte delà les moiiiz, qui seront pour la delTence du royaume , et seront mis sur les frontières vers les cniieinys; et seront bien payez et entretenus, allin qu’ik ne foullent plus le peuple de mengeryes : et de ceste heure est cryé partout le rovaume que, si l’on trouve aucmis gens d’armes vivans sur les champs, que on les tue comme cnnemys du royaunie. Toutcsfoiz, cela n’est pas gardé comme il a esté dict; mais fout tant de niaulx «pie jamais, et menassent le païs, disant que si on leur tient telle rigueur, qu’ilz se rendront aux ennemys. La regente a proposé auxdicts estatz qu’elle voulloit avoir et impetrer sauf-conduit de l'empereur pour aller delà les montz veoir le Koy son filz; mais on ne luy a point accordé.

Après que ladicte regente a receu les lettres de l’empereur, et le.sdicts estatz fmiz , ib ont envoyé vers l’empereur le sieur de Salva , premier president de Paris, et aultres personnaiges , affin de traicter paix , et ont intcncion de hesoigner avec ledict sieur empereur. Et s’ilz vcoyent ([u’ilz ne le puissent gaigner du tout, ilz le entretiendront en quelque espérance jusques à ce qu’ilz puissent cncoires passer deux moys, et non plus; dimant lequel temps les gens d’armes et gens de pyé seront mis en ordre, et les places sur les frontières partout le royaume fortiffyées, et aussi cependant rccuylleront partye de leurs biens.

hem, s’ilz veoient que l’empereur ne vueille venir à leur raisons,

ilz sont délibérez de liiy laisser le Roy et de non-plus en parler, car leur inlencion est, quelque chose que l’empereur demande, en fin iinallc, de ne luy bailler ung seul pyé de terre. D'argent on luy en baillera assez, et aussi on luy fera beaucoup de promesses; car ilz ne veullcnl que gaigner le temps d’esté pour résister aux armées de l’empereur et du seigneur de Bourbon.

Item, ladicte regente a fait publycr par tout France que les .Angloys sont mutinez les ungs contre les aultres, et qu’ilz sont assez empesclioz en ceste affaire, et qu'ilz n'ont garde de venir en France; et, oultre ce, elle a flit à ceulx qui estoient auxdicts estatz k Lyon, que l’on ne se soueye desdicLs Angloys en façon que ce soit, et qu’elle est bien as.seurée de ceulx qui gouvernent le roy d’Angleterre, qu’ilz ne feront riens. Toutesfoyz, tout le royaume de France n’a craincte que dc.sdicts Angloys ; et davantaige , la regente a dit aux estatz quelle a bonne promesse des Escossoys, et que sitost que les Angloys mouveront poiu" marcher en France, ilz feront guerre auxdicts .Angloys.

Ladicte regente a gens partout pour pourchasser la délivrance du Roy son filz. L’on dit qu’elle a gaigné aucuns Espaignolz par larges promesses. Au rcgarl des .Allemands, s’ilz ont le Roy, ladicte regente ne se soueye pas fort de l’avoir par force d’argent.

Item, les estatz ont requis ladicte dame qu'elle n’empesche que justice ne soit faictc et accomplye , laquelle a esté mal gardée par ci-devant au royaume, dont en est en perdition et le Roy prisonnier, poiu’ avoir laissé gouverner quelques gens de bas estât, dont est, entre les aidtres, le chanccllicr, lequel est de présent fort peneyf. Ladicte regente l’avoit fait arebevesque de Sens, et, pour en prendre la possession, il y avoit envoyé aucuns du grant conseil et force de gentilzhommes. Ce nonobstant, la court de parlement y a mis les mains et mis en arryere ledict chancellier dudict bénéfice , nonobstant le don de la regente; et luy et tous ceulx qui tenoient son party sont ajournez à comparoir en la court du parlement en leurs personnes. Ladicte regente supjwrte de son puvoir lcdict chancellier, à cause du s' de I^autrech, lequel ilz ont cuydé faire lieutenant

SFXTION ni. - CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 373 general, en grande mellencolye dont a esté fort mallade, et porte grand despit à l’encontre dudict s' de Laulrech , et ont cncoires du présent grandes mimniires sécrétés plusieurs seigneurs et gens du conseil les ungs contre les aultres, à raison desdicts deux seigneurs de Vendosinc et de Lautrccb.

Les pnnci|>anlx cappitaines et bons gens de guerre ont tous esté perdu/ en Itallvc pour certain, et aussi k ceste heure ilz n’ont pas que bien peu de bons cbevaidx, ny gens qui congnoissent le faict de la guerre.

.Aussi pour certain, si l’on ne peult be.soigner avec l’empereur touebant la délivrance du Roy, l'Estat sera baillé au daulpbin en toutes choses comme avoit le Roy, et tout se fera en son nom par tout le royaume.

Au regart du conte de Sainct-Pol , il ne se pourra jamais ayder, à cause des playes qu'il eult à la journée, dont il est du tout impotent, et aussi le s' de Lcscut, frere du s' de Lautrech, est mort. Aussi le bmyl est que le s' de Florenge, lllz du s' de la Mair.he, est mort; cculx-cy estoient ebiefz de guerre en France, et en est et sera le royaume fort afoibly, aussi tous les cappitaines des Lansquenet/ sont mortz et les cappitaines des Souysses pareillement.

N* CUX.XXVI — CHANSON FAITE A LYON CONTRE LE CHANCELIER DE FRANCE SCR SA CONDUITE PENDANT LA RÉGENCE'.

ürt chancellier. Dieu te maudye !

Desloyal, trailre conseiller.

Par toy le Roy est prisonnier ;

Dont tu perdras en brief la vye :

Ort chancellier !

' Antoine Duprat, qui fut chancelier orties, et mena une vie assec mondaine de France, apres avoir obtenu des lettres jusqu’en l’année iha4, que le pape Clé-

de (onstire en i5i7, jeta le froc aiit m«*nl VII, par une bulle spéciale, remit

D’estre archevestpie tu as cnvye ,

Tirant qui a tant fait (le mal !

Mais tu seras fait cardinal Maugré toute ta tirannyc :

Ort chanccilicr !

Partout on chantera ta vyc.

Et, deusscs-tu vyf surenrager,

Tu veulx le parlement renger.

Qui par toy est à villcnnye:

Ort chanccllier !

Pour souslcnir ta folye

Tu as mys le premier president;

Mais ton cas est si évident.

Qu’en la lin ne te sauveras mye :

Ort chanccllier !

La Pragmatique après toy crye, C’estoil la tierce llcur de lys Qu’on perdit par tes faitz jolyz :

De le souflVir c'est grant folye :

Ort chanccllier !

Du pape eus la bourse gamye Pour la croissade avoir le cours.

Et aussy du trcilly de Tours,

Et les francs liefz de la folye :

Ort chanccilicr !

Anloinc Dupml dans lV.tat ccclosiastique » t parc« qu*U n'a été marié qn*unc seule fois et avec une vierge» et à celte fm lui pardonne et remet toutes le» peines et censure» qu’il avait encourue» pour avoir (Hit l'oOice de séculier après avoir été dans tes

ordres, et pour s'ètre trouvé en armes en lieu où il y a eu effusion de sang humain, etc. ■

Les lettres patentes de la régente qui lui pennotunt de prendre possession de l'archevêché de Sens sont du i A juin ihsh.

SECTION III.— CAPTIVITE EN ESPAGNE, Le.s acquetz ne fault qu'on oublye,

Ne aussy les appostrcs de l'an;

Aux églises as fait cryer haii,

Si grant qu’il fault qu'on le publye :

Ort cbancellier !

Maistre Pierre de Coignol crye Que l'on te mette auprès de lut ,

Qui jamais ne feist tant d'eniiut Comme tu as fait, on le certiflic ;

Ort cbancellier !

Pour user de ta sorcerye.

Tu feiz au roy chas.ser Bourbon:

Duquel le conseil estoit bon ;

Il nuysoit à la niengerve,

Ort cbancellier !

Tu as la justice abolye Et opresse les innosens.

Puis veux eslre pastour de gens !

L’Eglise eu seroit bien honnve :

Ort cbancellier !

Cbascun de toy faict mocquerye,

Villain paillart, puant porceau.

Si la cour ne reprenl le sceau.

Elle est des François enemye :

Ort cbancellier !

Tu as ta maison enriebye Four Girardin to niato nyllct,

Qui scet mieulx fouyr (pte Triboullet,

Il ne vault une vielle acroupye :

Ort cliancellier !

11 faut que ta vye soit linye Et assembler tous les Estatz,

Ou des inaulx aurons si grant tas,

Que mil ans n’aurons paix unyc :

Ort cliancellier I

Par toy s’est levée heresye.

Dont les meaulx sont fort poluz.

Tu faitz les parlemens cornuz.

Qui est à eulx grand besterye :

Ort chanceilier !

Tandis que tu seras en vye.

Tous maulx en France régneront ;

Les blcdz et vignes gelleront ,

Et n’y aura que mutyncrye :

Ort cliancellier !

Ton grant oi^eil se magnyfye,

Toy, filz d’un faiseur de sabotz.

Portes les robbes de drap d’or :

La cronicque le certilTye :

Ort cliancellier !

Toute noblesse de toy baye.

Tu as mis villains en avant.

Et cbassé les bons et sçavans.

Ta fyn sera selon ta vye :

Ort cliancellier , Dieu te maudye !

N- CLXXXVII. — LETTRE DU CHANCELIER DU PRAT Aü ROI.

Inquiétude de U régente avant d'avoir re^o la nouvelle de la guériaon du Roi. — Elle a pourvu aui cho9« lea plua utilea au royaume avec lea Snancea ordioairei de l'Etat.

(ta octobt* isi&.]

Sire, tout ainsi que vostre maladie a causé grosse doleur et tristesse à Madame et à vos très humbles et très hobeyssants subjeetz , bons et affectionnez serviteurs, vostre guérison et convalescence les a remis en grosse joye et plaisir. Tous prions à Dieu très cordiallement vous maintenir en santé et très-longue vie, et bientost revenir en vostre royaume, où estes Umt désiré. Ce porteur, qui est cclluy que pourta les nouvelles de vostre guérison, vint bien à proiipos; s’il eust encorcs deinouré à venir, croy ma dicte dame fust tombée en une grosse maladie, dont eust esté malaisé à relever. Elle avoit demouré huit jours sans dormir et avoit perdu tout appétit, et nions- Iroit bien son visage quel y faisoit à son cueur; voz bons subjeetz et serviteurs estoient en double peine, l’une pour vostre maladie, l’autre pour l'inconvenient où visiblement la voyoient tomber. Nous debvons bien louer et remercier Dieu de nous avoir ousté de ceste grosse peyne , et des aultres dangereuses conséquence que s’en fussent ensuyvys, que vous entendrez trop mieux que ne vous sçaurois escripre.

Sire, quant au demeurant, tout se porte, grâces â Dieu, très-bien sellon le temps. Madame a fait casser huit cens hommes d’armes, qu’a esté faict par compaignics â xx pour cent, pour ne malcontenter personne. Les gens de pied estrangiers ont estés cassés, qui i

est gros soulagement pour voz finances La piliiuerie a esté beaucoup moindre que cbascun ne pensoit, â cause du bon ordre que Madame y a donné. Les Suysses ont heu depuis la Sainct-Jean deux cens XXXVI mil I. tournois; les Angloys, ce moys d’octoubre, environ

378 CAPTlVniî DU ROI FRANÇOIS I'.

six vingt mille livres toumoys, et doibvent encores avoir les Suysses, à la fin de ce moys, cent mille livres tournois, et les Angloys, dans le mois de novembre, autant que ont bue ce moys de octoubre; et les pensions particulliercs davantaigc. Madicte dame mesnage si bien qu’elle fait pourvoir à tout avec l'ordinaire du royaume, sans creue ni emprunt/, et se fait payer les charges acoustummez estre percbcus en l’estât et beaucop de debtcs et parties du passé.

Sire, après me estre recommandé tant et si très-lumiblcmenl que fere puis à vo.stre bonne grâce, prieray nostre Seigneur vous donner très-longue vie avecsanté et prospérité, et bien tost revenir en voslre royaume.

.\Lyon, le xill' octoubre.

Voslre très humble et très obéissant subject et serviteur.

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